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survenir un deuxième écoulement, suivi, lui aussi, de troubles articulaires, le lendemain d’un rapport sexuel bref.
Nous ne voulons pas multiplier les exemples ; ceux que nous venons de donner nous suffisent pour montrer l’influence néfaste du surmenage — même bien longtemps après les accidents primitifs — sur la réapparition des douleurs névralgiques ou arthralgiques : nous devons toutefois faire remarquer aussi que, dans la plupart des cas, la muqueuse urèthrale n’était pas intacte puisque les urines contenaient toujours quelques filaments muqueux, indice d’une uréthrite chronique.
Douleurs. — Parmi les manifestations symptomatiques, les sensations douloureuses sont les premières en date. Elles se manifestent d’abord sous forme de douleurs vagues siégeant dans les bras, les épaules, les muscles du thorax, les masses sacro-lombaires et la partie antérieure et interne des cuisses. Elles sont plus ou moins continues mais présentent des périodes d’exacerbation revenant sous forme de crises. Elles occupent parfois les articulations, celles du coude, du genou, du cou-de-pied, sans qu'il y ait toutefois lésion des jointures, car il ne s’agit pas, en pareil cas, d’arthrites mais d’arthralgies. On a signalé, dans certains cas, l'apparition de phénomènes avant-coureurs, tels que des élancements, des fourmillements et un certain degré d’inhabilité des membres. Dès maintenant, nous tenons à faire remarquer que ces douleurs sont le plus souvent bilatérales, ce qui semble indiquer déjà que le système nerveux est intéressé.
A côté de ces douleurs spontanées, la palpation méthodique a permis de constater la fréquence de douleurs neuromusculaires qui ont une modalité clinique bien particulière. M. Jacquet, qui les a recherchées méthodiquement a remar: :
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qué — et nous a bien souvent montré — que chez un grand nombre de blennorrhagiens, il existe une hyperesthésie excessive localisée à un segment de membre ou disséminée à un membre entier, souvent même à tout le corps.
Les muscles, contrairement à ce que disait Rollet, sont plus souvent atteints qu’on ne le croit « sur mes trente-neuf malades, dit M. Fournier, il en est huit qui accusèrent des douleurs évidemment musculaires, douleurs affectant les masses lombaires, les muscles de la nuque, ceux du dos, ceux de Pavant-bras, le deltoïde, le grand pectoral, etc. Dans un cas, un véritable torticolis, et dans un autre un violent lumbago unilatéral, coïncidaient avec des manifestations diverses du rhumatisme blennorrhagique ».
Le 21 mai 1897, M. Jacquet présentait à la Société médicale des Hôpitaux, un jeune homme de dix-neuf ans, atteint d’une chaudepisse, entré dans le service du professeur Bouchard pour une violente douleur abdominale à maximum hypogastrique.. Cette douleur chez ce malade, qui n'avait pas de fièvre, après avoir débuté par les lombes, s'étendit à l’abdomen, aux attaches musculaires costales, puis à la gorge sans aucune rougeur, sans nul exudat pendant deux jours et demi, et enfin aux museles du cou. Pour cet auteur l'influence de Ja chaudepisse sur le système musculo-fibreux est incontestable et il n'hésite pas à admettre à côté de myalgies s’accompagnant d’arthro-rhumatisme l'existence d’une forme musculaire pure (4).
La douleur au lieu d’êire diffuse peut quelquefois se localiser en un point, en particulier au niveau du talon.
… La fatalgie sur laquelle Le professeur Fournier a, dès 1869 aturé l’attention et dont Jacquet (2) nous a donné depuis
(1) Jacousr. Société médicale des Hôpilaua, 21 mai 1897. (2) Jacouer. Société médicale des Hôpitaux, mars 1897.
les caractères, est un des symptômes les plus fréquents du blenno-rhumatisme, nous dirions volontiers que c’est un des plus tenaces. Elle est remarquable en effet, par son extrême persistance pouvant durer longtemps encore après tous les autres symptômes et constituer une véritable infirmité. Elle apparaît souvent quelques jours après le début de Pinfection gonococcique, mais parfois à une période avancée, alors que le malade n'est plus porteur que d’un suintement uréthral goutte militaire).
. Noûs ne parlerons ici que de l'élément douleur, de la tatalgie sans déformation apparente du talon, nous réservant d'étudier plus loin l’hypérostose calcanéenne qui l'accompagne dans grand nombre de cas.
Souvent en effet la douleur est le trouble unique. Elle se présente avec des degrés divers d’acuité : quelquefois elle est sourde, partant d’un point situé à la face inférieure et au milieu du calcanéum pour s’irradier de bas en haut vers les muscles du mollet ou vers la plante des pieds ; d’autres fois elle est vive, lancinante, faisant souffrir le malade mêmeau repos; dans tous les cas, elle est exaspérée par la pression et la station debout. La marche devient alors intolérable et le malade est presque condamné à l’immobilité.
A l’occasion de la moindre fatigue, la tatalgie est accompagnée d’un gonflement de toute la région.
D'après Jacquet, la pression du calcanéum réveille la douleur en deux points maxima : 4° à l’attache calcanéenne du tendon d'Achille, mais rarement limitée là et se diffusant plus ou moins haut sur le tendon lui-même; 2° sous le talon, au niveau des tubérosités calcanéennes, mais rarement aussi localisée à ce point et se diffusant plus ou moins vers la plante.
Cette douleur qu’on avait tout d’abord attribuée à l'inflammation des bourses séreuses rétro et sous-calcanéennes,
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se retrouve souvent aussi dans la zone d'insertion du tendon d'Achille et des aponévroses plantaires. Jacquet montre qu’elle ne répond pas toujours aux points où siègent les bourses séreuses, qu’elle est souvent diffuse et irradiante. Sur 13 observations de talalgie blennorrhagique qu'il a réunies, cet auteur dit n'avoir pas constaté une seule fois l’hygroma sous et rétro-calcanéen ; pour lui, elle doit être rattachée soit à un rhumatisme ostéo-fibreux du tendon d'A: chille, et des aponévroses plantaires, soit à une ostéite du calcanéum. « En effet, tendons et aponévroses, riches en nerfs, de sensibilité pathologique exquise, jouent dans la douleur rhumatismale un rôle prédominant, bien que méconnu au profit des synoviales. Ce rôle, je lai invoqué pour expliquer dans le blenno-rhumatisme, la coccycodynie, la douleur du fbro-cartilage nasal et des apophyses épineuses. Depuis, j'ai retrouvé maintes fois ces localisations douloureuses, et d’autres encore, qu'aucune inflammation synoviale, ne saurait expliquer, et je n'hésite plus à considérer la tatalgie non déformante comme le premier degré de la tatalgie hyperostosante et dépendant comme elle d’une même cause; le rhumatisme ostéo-fibreux, avec un travail d’ossification encore inappréciable ».
Parmi les caractères de la tatalgie, il en est un que nous tenons à mettre en valeur, c’est la ét/atéralité ou pour mieux dire, la symétrie. :
En dehors du talon, il existe d’autres points du pied où la pression détermine des sensations douloureuses. On les provoque en exerçant une pression sur un point siégeant sur son bord interne au niveau du scaphoïde (point signalé par Lévy) (1) ; sur deux autres points que l’on rencontre beaucoup plus fréquemment au niveau des têtes du 2% et
(4) Lévv. Th. de Paris, 4897.
5° métatarsien. Souvent même toute la plante du pied située sous les articulations métatarso-phalangiennes est le siège de sensations pénibles.
Jacquet, recherchant avec le plus grand soin, le siège des manifestations douloureuses a trouvé d’autres Iocalisations qui sont fort importantes à connaître. Il signale, en effet, comme on à pu le voir dans ces quelques lignes citées plus haut, comme pouvant être douloureuses à la pression, les régions suivantes : le fibro-cartilage du nez à son umion avec les os propres, l'insertion du raphé ano-coccygien au coccyx, l’apophyse épineuse de la troisième lombaire. « En ces divers points, la pression éveillait une sensibilité très vive qui existait encore sept ou huit mois après la guérison. Chez le mème sujet, ces points douloureux fibro-osseux ou fibro-cartilagineux se réveillèrent à la suite de fatigues et d'émotions morales, sans nouvelle chaudepisse et sans autres manifestations, trois ans après la crise de rhumatisme blennorrhagique, et persistèrent ainsi pendant près d’un mois ».
Névralgqies. — Les douleurs peuvent aussi se localiser le long du trajet d’un nerf; la localisation la plus fréquente est celle qui se fait sur le sciatique. Nous ne croyons pas devoir insister sur la symptomatologie de cette variété de névralgie dont le professeur Fournier nous a donné une description détaiilée (1) et dont l’étude a été reprise maintes fois depuis. Nous dirons seulement que la sciatique blennorrhagique diffère de la sciatique commune par son explosion plus soudaine. En général, les douleurs très vives pendant deux ou trois jours, se calment déjà vers le quatrième ou le cinquième, pour disparaître presqne totalement
(1) Fournir. De la sciatique blennotrhagique. Union médicale,
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en quinze-ou vingt jours, laissant souvent derrière elles une sensation d’engourdissement et de fourmillements. Elle offre les mêmes points douloureux que la sciatique vulgaire. bien que toutefois, d’après Brisson, les points classiques de Valleix se retrouvent très rarement au-dessous du creux poplité. : |
La névralqie crurale est moins connue que la précédente peut-être parce que ses symptômes sont souvent moins accusés, les douleurs moins vives, mais surtout parce qu’on l'a moins recherchée.
Elle coexiste souvent avec la sciatique, mais elle peut demeurer isolée, ainsi que le démontrent les faits publiés par Tixier (1) (1866) par Coutagne de Lyon (2) (1870; et par Hayem et Parmentier en 1888 (3). La douleur qui s'étend du pli de laîne à la rotule, descend rarement audessous du genou.
Chez un malade que nous avons vu dans le service de M. Jacquet, et déjà soigné par ce dernier, quelques mois auparavant pour des accidents blennorrhagiques, il y avait coexistence d’une névralgie du trijumeau et d’une névralgie sciatique, imputables toutes deux à la blennorrhagie. On a signalé encore des névralgies intercostales et même la névralgie du testicule.
Arthralgqies. — Les arthralgies sont si fréquentes dans le cours du blenno-rhumatisme que Fournier n’a pas hésité à faire, de la forme arthralgique, une forme spéciale des arthropathies. Elles peuvent être observées à l’état aigu, au plus fort de la chaudepisse, mais c’est le plus souvent pendaut la période chronique qu’elles apparaissent. De toutes les articulations, les plus douloureuses sont celles du
(1) Tixrer. Thèse de Paris, 1866.
(2) CouraGne. Annales de dermalologie, 1870, p. 303. (3) HAYEM et PARMENTIER. Revue de méd. 1888.
genou, du cou-de-pied, des orteils, celles, en ur mot, qui sont le siège d’une fatigue fonctionnelle. Les articulations scapulo-humérales, du coude et du poignet, les articulations des doigts sont plus souvent indemnes.
Les sensations douloureuses sont variables dans leur localisations, elles peuvent occuper plusieurs jointures à la fois ou passer de l’une à l’autre. Dans certains cas, elles sont si vives que le malade supporte difficilement le poids des couvertures, comme d’autres fois, elles sont sourdes et le génent plutôt qu’elles ne le font souffrir. Tel malade ne ressent rien quand il est couché et souffre dès qu'il se lève. Les articulations ne sont ni tuméfiées, ni rouges, ni déformées. Il n’y a pas de fièvre. Dans certains cas, dit Fournier, ces douleurs articulaires subissent des recrudescences, lorsque le suintement uréthral estravivé par une excitation quelconque; lagène fonctionnelle comme d’ailleurs la douleur est généralementplus accusée le matin, au sortir du lit, que le soir. Il semble que les mouvements, qu’un léger exercice soient, en pareil cas, plutôt favorables. Pour M. Jacquet, il ne serait pas douteux que ces manifestations arthralgiques soient en rapport avec lirritation des fines ramifications nerveuses de l’articulation.
Les deux observations suivantes que nous avons recueillies à Saint-Louis se rapportent à ces névralgies et arthralgies bennorrhagiques.
OBSERVATION I (Hôpital Saint-Louis. Service de M. le Docteur Jacquet. Personnelle). Névralgies sciatique et crurale.
G..., Henri, 19 ans, garçon de café, entre à l'hôpital Saint-Louis dans
le service de M. Jacquet, le 6 novembre 1899, se plaignant de douleurs dans les membres inférieurs.
2 99 2% Dont
J1 n’y a pas d’antécédents rhumatismaux dans sa famille, Son père, ses frères et sœurs sont en bonne santé ; sa mère est morte tuberculeuse. I n’a fait aucune maladie sérieuse dans son enfance, et n’a jamais eu de rhumatismes.
Dans les premiers jours de juillet, il contracta une forte blennorrhagie. L'écoulement uréthral était abondant, les mictions douloureuses. II resta néanmoins quinze jours sans se soigner et continua son travail jusqu’à ce que les douleurs devenant intolérables, le malade qui maigrissait et perdait ses forces, se décida à entrer dans le service de M. Jacquet, le 10 août.
On lui ordonna alors des lavages uréthraux avec une solution de permanganate de potasse au 4/1000me, le régime lacté et le repos au lit. L'écoulement tarissait par moments, pour reparaitre, toujours verdâtre et épais dès que l’on suspendait les injections. Il fut rebelle également à l'opiat qu’on fit prendre au malade pendant quinze jours, et ce n’est qu'après des injections de protargol — trois par jour, — faites pendant trois semaines, que l'écoulement devint plus liquide, blanchâtre et moins abondant. I] y avait dans les urines de nombreux filaments.
Le 22 octobre, le malade quittait l'hôpital, et deux jours après sa sortie, il ne lui restait plus qu’une goutte matutinale. ;
Il reprit son métier quelque temps aprés, faisant le service de la cave. C'était un travail fatiguant qui l’obligeait à rester debout de 8 heures du matin à minuit, à monter et à descendre plusieurs fois dans la journée. En montant, dans un escalier difficile, une lourde charge, il ressentit une brusque et vive douleur bien localisée au milieu de la cuisse gauche. La jambe « lui fit défaut, » et il faillit tomber.
A partir de ce moment, ce point devint le siège d’une vive douleur continue, surtout exaspérée par la station debout et, dans la soirée, deux autres points douloureux se réveillèrent sur le trajet du sciatique gauche, dans la masse musculaire du jarret et derrière la malléole externe, le Jong de la gaine des péroniers. La marche devint pénible. Malgré tout, le malade continua son travail, Mais deux jours après, les douleurs s’accentuant, il est obligé de rentrer pour la seconde fois dans le service
7 novembre. Le malade est pâle, la figure est amaigrie, mais le corps est bien musclé et vigoureux. Depuis son départ de Saint-Louis, il a été très sobre et n’a pas fait d’excès.
Des élancements douloureux, spontanés, traversent le membre inférieur gauche, partant du point que le patient a ressenti pour la première fois et suivant le trajet du sciatique. Les masses musculaires du
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mollet sont surtout parcourues par des douleurs migratrices. Les points ischiatique, rétro-trochanterien et le point fémoral supérieur, ne sont que peu sensibles à la pression, mais les autres points de Valleix, et d’une façon toute spéciale, le point fémoral moyen, sont très douloureux. À ce niveau d’ailleurs, existe une douleur continue.
Le genou n’est pas tuméfié, il est indolore et ses mouvements sont libres.
Le cou-de-pied est un peu gonflé, et comme les mouvements de son articulation sont douloureux, le malade évite de remuer le pied. Il éprouve une douleur persistante à la pointe de la malléole externe et le long de la gaine des péroniers-sur une hauteur de dix centimètres environ ; la malléole interne n’est douloureuse qu’à la pression. Il existe un autre point très sensible au niveau de l'insertion du court péronier latéral sur l'apophyse du cinquième métatarsien, ‘Le malade n’a pas de tatalgie, pas d’hypertrophie du calcanéum, pas de déformation du pied.
En avant, la zone innervée par le crural est douloureuse à la pression, qu'on exerce sur les masses musculaires de la cuisse et de la jambe. Si l’on pince les muscles, on provoque une vive douleur.
La jambe droile est beaucoup moins atteinte que la gauche. Seule, une douleur fixe enserre le cou-de-pied, comme un bracelet, avec rnaximum d’acuité à la partie postéro-inférieure des deux malléoles, La région n’est pas tuméfiée,
L'examen de la sensibilité sous tous ses modes, dans la partie supérieure du corps, ne révèle aucun trouble. Aux membres inférieurs, la jambe gauche est un peu moins sensible à la douleur et à la température que la droite. La sensibilité tactile est la même partout ; il n’existe aucun trouble trophique ou vaso-moteur.
Les réflexes rotuliens sont normaux des deux côtés ; le réflexe crémastérien est notablement affaibli. A gauche, le réflexe plantaire est exagéré.
On voit quelques filaments dans les urines.
Les jours suivants, le repos au lit, le régime lacté, le siphonage sur le trajet du sciatique amènent vite de l’amélioration : les douleurs spontanées disparaissent les premières, puis bientôt les: douleurs à la pression. Seuls, le point malléolaire externe et la gaine des péroniers, à gauche, font souffrir le malade.
Le 1%, le malade a pu se lever une grande partie de la journée sans se fatiguer, sans souffrir, sans qu’il y ait de gonflement des jambes ou des pieds, et le 20 novémbr'e, sortir du service complétement rétabli,