‹ Étude sur Voltaire, grammarien et la grammaire au XVIIIe siècle [microforme]Chapitre 10 sur 34 · LES FIGURES · texte numérisé non relu

LES FIGURES

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Sommaire. ,r- La théorie des métaphores, » sa véritable signification. — Voltaire condamne l'hyperbole, l'antithèse^xfe méls^nge des tons tli^ns les figures. — Analogie de ces idées avec ses autres opinions grammaticales. — Pourquoi il recommande de tourner les vers en ^rose.

Dumarsàis considérs^it avec raison l'étude des Tropes comme une partie iBSsentielle de la Gramnrawapbar « il est, disait-il, du ressort de cette science ne^Êk^ erttend-re en quel sens les mots sont employés dans le oliscoùrs (^) ».ilien ne prouve davantage la vérité de cette opiniCTh ^^ l'examen des idées de Voltaire sur les figures. Dans ses théories, unies par le lien le plus étroit à ses doctrines gtammaticales, on retrouve partout le goût de la clarté, de la simplicité, la haine du néologisme, les mémesv principes appuyés sur les mêmes raisonnements. « Un terme hasardé est peu de chose, avait écrit Desfontaines : c'est le tour. affecté des phrases, c'est la jonctioi) téméraire des mots, c'çst la bizarreri^ la fadeur, la petitesse dès figures .qui caractérisent surtout le néologue, et lui donnei^gpn faux air d'esprit auprès de ceux qui n'en ont guère W. » Voltaire était d'accord avec son ennemi pour conda^mner les « marienrs demots l'un et l'autre étonnés», les beaux esprile ouï appelaient un chou un phénomène potciger et pour qujfvW . cadran devenîwt un f;re//îer solaire (3) ; et il se faisait son

(1) Traité étés Tropes. Œiivrcs, t. IIl, p 29.

(2) Observations sur quelques écrits niodemeH, t. IV, p. 122.

(3) Expressions de I<a Motte. -^ Don Pèdre (dédicace). IX. 36U.— Dict, ^' néolfb. 141-208.

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îillié pour attaquer l'enflurev l'impropriété, là bassesse et l'incobérence dans Uemploi des figfure» et principalement des métaphore^. Mais au lieu d'érpplQver l'ironie et le sarcasme, il- cherche à établir un principe simple ^et naturel, qui doit servir de guide aux écrivains : «Toute métaphore qui ne forme point une image sensible est mauvaise, c'est hne règle qui ne souffre point d'exdeption.... Toute metaphore, pour être bonne, doit fournir un tableau, à .un peintre » : telle est la doctrine énoncée plusieurs fors dans le Coïyimeniaire sur Corneille (1). Cette théorie n'est probabliarnent (lue l'exagération d'une règle qui îvvait été donnée à Voltaire par ses maîtres dl II suffit pour la réfuter de penser à l'étrange galerie (Ju'on pourrait faire en essayant de représenterles figurés les plus usitées. Au reste jaïnais une loi pareille n'a été observée par aucun peuple ni oj^r aucun Auteur,' ni par Voltaire lui-niême. Quel tableau pourrait-on foii!e de ces vers où, dit-il, les métaphores portent un caV ractère sensible de vérité: ^ .

Ce colosse effrayant (Rome) dont lé monde est foulé, En pressant l'univers est liii-môme ébranlé (3)^ . . Votre hymen est un nœud qui joindra les deux mondes (4).

-Cependant, si l'on en croit l'auteur d'Aizt^e, cette dernière image présente « un magnifique spectacle à l'esprit et il est rare que l'exacte vérité se trouve jointe à lihît de grandeur (5) )); Mais Voltaire- a été obligé de modifier sa règle

(1) Comm. sur Corneille. Nie. III. viii. IQ. Cf. Ilér. I. i. 31 el 66. Nie. I. I. i05. SerK II. ii. 71. ' '

(2) « H «ioit y avoir <Ja^s les locutions mëtaplioriqnes, eomme dans le^ taMeaux, une espèce d'unité, de sorte que les mots différents dont elles sont composées aient de la. convenance entre eux, et soient faits en quelque sorte l'un sur l'autre ». Bouhours. Doutes sur la lan^ue^françaive, S»" édition, p. 80. 1 -

(3) La Mort de César. III. 4.

(4) Alzire. II. .-

(5) Connaissance dés beautés (mot Métaphore). XXXIX. 253.

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quand il des métal reçues di poète inv pitloresqi sèment ( apparaît p raclius lïi son auteui faut aller (

Le COÏT peçte les i parfois de plaçant pj mots qui acvum 01 semble ne enrichir i ce sont là

Ainsi 01 prêtenlea

On trai]

On ne faute, un s

On détc

brave; on On ned On ne p

l'infamie.

(i> Sêntin (2)- Comm

(3) Ibid. I

(4) Ibid. î

(5) Rod. I] <6) Hér. V

quand il a voulu la défendre. Il n'a pas voulu parler, dit-il, des métaphores qui (^il devenues des expressions vufeaires reçues dans le làngiage commun ; mais de celles qu'un poète invente, et il veut «qu'elles soient toujours justes et pittoresques Ci) ». Ici, comme On h; voit, il n'est plus pnVisémcnt quest^pn de tabkjau. D'ailleurs^ la formule qui apparaît pour la première fois dansies Remarques ^ir IIc^ radius ne semWt pas leprésenter exactementM'opinion de son auteur; c'est dans les applications et les exemples qu'.il faut aller chercher sa véritable pensée. \

Le commentateur de Corneille veut d'abord qu'on res^ peçte les métaphores en usage. Les poètes se permettent parfois de renouveler uqe expression , commune en rern- ^plaçant par un synonyme souvent plus énergique Un des •'mots qui le -composent. Ainsi les Latins disaient ricr/rrr aevum ou ducerc vitam au lieu de degere vitam : Voltaire semble ne pas vouloir "admettre ces tournures si propres h enrichir une langue et à la rendre poétique, parce ce que ce sont là des fautesjnutiles contre l'usage.

Ainsi on ne doit pas dire « prêter V esprit comme on dit prêtenles yettx (^) '/ i '

. On tranche la vie, on ne tranche point un sort (3/';

On ne rejette point des alarmes comme on rejette une faute, un soupçon (*).

On détourne, on calme up orage ; on s'y dérobe, on le ., brave ; on ne le vainc pas (5); ^ - . '

On ne deV/enère point d*un rang (6) ; .

On ne peut jeter une loi comme on jette de l'opprobre, de l'infamie, du ridicule. Dans ces cas jeter rappelle l'idée de -

(i> Sentiments d'un Académicien de Lyon. XLVlIi, p. 48. (2)- Commentaire sur Corneille. Pomp; U. ii. 77.

(3) /6Mi. IL II. 5. ^ . '

(4) JWd. Rod. I. I. 5G-

(5) Rod. III. VI. 14.

^H<J) Hér. V. II. 73. '

(luelfpio souillure dont on veut pliysiquement couvrir (fbelqu'uM ;inais on ne peut (^ouvrir un homme d'une loi j^).

On ne peut rcmt'ltrc en éclat, on donne de l'éclat ; on met en lumière, en évidence, en honneur, en son jour (î).

Que pour avoir vos biens on dresse \\\\ artifice.

On use d'artifice, on iie Iç dresse pas (3).

Renverse le bon sens et tourne la jifstice. *

On Umme la roue de la fortune ; on tourne une chose avec esprit môme îi un certain sens, on ne peutdire tourner la justice pour signifier corrompre la justice.

Au bruit que contre vous sa malice a tourné.

Tourner urv\briiit ne peut pas plus se dire q^e tourner la justicelfiu mit tourner des traits contre quelqu'un : mais ufl bruit ne peut être une chose qui se tourne (*). »

Toutes ces ext)ressiorts. nouvelles sont condamnées au profit de celles qui sont devenues le mot propre. Voltaire croit que ces dernières seules sont conformes à la logique. « On ne peut trop répéter, dit-il, que la propriété des termes est fondée en raison (5\ » Et c'est en effet le raisonnenrient qu'il emploie trop souvent pour fortifier les unes ou attaquer les autres : « I^ourquoi dit-on prêter l'oreille et que prêter les yeux n'est pas français?... N'est-ce pas qu'on peut s'empêcher à toute forcé d'entendre en détbuVnant ailleurs son attention et qu'on ne peut s'empêcher de voir quand on a les yeux ouverts (fi) *? »

(1) Nic^.x. 61. . , '

(2) Nie. H. n. 46. ' . -^

(.i) Hetn. sur le Misanthrope. Conn. des beautés, art. Langage.

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