LE COMMENTAWE SUR CORNEILLE
Sommaire. — Importance de cet ouvrage; ses d«^tracteurs et ses pancl^gyrîstes. — Légèreté blâmable de l'auteur. — Son ignorance de la langue du commencement du xvii» siècle. — Appréciation inexQclci du génie de Corneille. — Causes de l'inégalité du poète. — Originalité de sa langue. — Heureux emplpi des' ressources du français ; métaphores, latinismes, style pi-écieux. — Que Corneille n'est guère inégal vau point de *ue grammaticai. — Causes de l'injustice de Voltaire. —
. Comment il cherche à excuser sa sévérité.
.L'étude du Commentaire sur Corneille est fort importante au point de vue de l'higtoire de la langue française, parce que cet ouvrage, sous la forme d'une édition critique, est en quelque sorte le manifeste de l'école puriste. Aussi eut-il dès son origine ses partisans et ses détracteurs: Il fut approuvé, au moins dans son ensemble, par La Flarpe-, / Grimm, d'Alembert, Marie-Joseplï Ghénier (t) ; et il a été/; soutenu depuis par une longue trdidition scolaire, grûce ti laquelle les remarques de Voltaire sont devenues pa fois aussi classiques que les vers de l'auteur du Cid. Ai jourd'hui le blûme l'emporte sur l'éloge. Désapprouvé .1' xvnr siècle par Galiani, Palissot et Bachaumont Jattaqut^ et réfuté longuement par Clément (de Dijon) (2), qui^sacre un volume entier à relever ses fautes, injurié enfin pS|.Fréron CJ), qui lui reproche d'être dominé par l'orgueil ist la jalousie, le commentateur de Corneille a été jugé avec sévé-
(i) V. l'introduction du Lexique-Ai} M. de (^defroy, p. lxxx et suiv.
(2) Clément. Cinquième et tixièmo lettre à M, de VoUaire ( 1774).
(3) Année Itttérairer 1761, lettre iv, t. 111, p. 97.
Corneille sous-entend le possessif son, le pronom je, le
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W Connaissance dés beautés (mot Métaphore). XXXIX. 353.
rite par Ips plus éminénts criticpues de nos jour^ Chateaubriand, Giiizpl, Sainte-Beuve, Villemaln, MM. Nisard et Uavtit lui ont reproclié One injustice excessive. MM. Godefroy i^) et Marly-Lavoaux (2) ont relevé dans ses Remarques de très nombreuses erreurs., On-a fini par troliver regrettable ., de condamner le vieux poète à traîner .à son pied, commie un boulet, le Commentaire tout entier, et cet ouvrage a souvent fourni tles armes contre son ajcrteur. Les .éditeurs, il . est vrai, s'appuient assez Souvent sur la grande autorité-de Voltaire, quand ils. osent s'attaquer àHCIorneille ; mais du moins ils. le contrôlent toujours et il/^e réfutent souvent.
La critique exacte et miautieuse de nos jours ne serait ' guère -favorable au Commentaire sur C(^rneille ;,si un pareil ouvrage venait à. être, publié, l'Auteur, serait malmené durement par les journaux savants. Une simple lecture .suffit pour y faire apercevoit de nombreux défauts et de criantes injustices.^ N'ayant pu se procurer l'édition de 1GG4, dans laquelle le poète avait rajeuni un peu son style, Voltaire se servit d'abord de celle, de 1G44 (3), ce qui lui fit fiiire un certain nombre de remarques qui n'avaient plus de .raison d'être ; et lorqu'en 1761 il eut en main tout ce qu'il fallait pour réparer ces fautes, il ne prit pas toujours la peine de se rétracter (^1. Au reste, il ne se piquait poinf
de travailler lentement et consciencieusement ; de là un
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^rand nombre d'observations d'une légèreté extraordinaire; on voit trop (jue le critique les a écrites au courant de la plume. Tantôt il lit un mot pour un autre, tantôt il relève
(1) Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVII" siècle en général. ■ .w
. (2) Lexique de la lan'^uç de Corneillef t. XI et XII de rédltion de Corneille; dans la eolleotion des 'grands écrivains de la France (Hachette, 18()2). , '
(3) Lettre à Duclos, 14 septembre 4701. Cf. la préface de Beuchot sur le Conimentaire. XXXV.
(4) Ment. III. i. 13. Pol. I. i. 27. Hér. II. i. 2^. '
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