‹ Étude sur Voltaire, grammarien et la grammaire au XVIIIe siècle [microforme]Chapitre 13 sur 34 · C.>) Cinn · texte numérisé non relu

C.>) Cinn

Nie, UI. II.

(10) Hér.

Prendre ut barbarisi^é.

(ii) Cid. Il| sion ce que la trouve éJ

. ,,qw'on puisse!

^^%;;iv.76); af iii. 137.

(12) Pomp.l

une faute qui n'e«t pas dans le texte (1), tantnl il substitue 4ans sa phrase un mot tautif à ceUii (ju'il vient de. citer luimême dans un vers (ii , tant(H il s'indignj; contre une siiiij)le faute d'imi)ression quiil est facile dé noôoimaitre '«^J. l)'autres fois il renvoie son lecteur à dGs'explicajtions.cjii'il ne parait pas avoir données (i-), confond une pièce avec une autre (•"» , fiiit des citations très inexactes (<>), et cjonne en prose des exemples qui montrent précisément le contraire de ce^jpi'il entend prouver (7). Il lui arrive aussi dje faire des remarques obscures sur des vers obsours (^), de mal comprendre le texte qu'il a devant les yeux ou de ne pas faire assez d'efforts pour ^pénétrer la pensée du poète C^), et même de l'glSscurcrr par une sorte de glose infidèle (tow de condafimer dans un passage ce qu'il approuve dans un autre endroit (H) de rappeler une^ expression qu'il a critiquée pour en^ustifier ufîe autre absolument semblable '<%). Ailleurs il prétend

(1) Nic.^II. iiL 78. (Il lit à noa'côtes, pour^ ûos WtésJ.

(2) Hér. IV. I. 68. Il critique le mot horrMir dans un vers où on lit

' Vf.

ardeur. - ^

ÇA) Hér. II. I. 27 — II. ii. 107.

(4) Hor, I. i.lll. Pomp. H. iv. 12. A

(5) Ment. II. i. 12, il écrit Cjnna au lieu de le Cid.

(6) Hér. I. n. 13. Il éite un vers de Molière pour montrer que le verl>o se satisfaire appartient au discours familier, alors que le poéie a écrit se contenter.

(7) « Si près de voir, n'est pas français; près de, v(Mit un sultstaiitif, près de la ruine^ près d^ètre ruiné. » Hor. I. i. 3. .

(8) Uod, Hl. IV. 99. '

(9) Cinn. H. i. 81. Pomp. V. iv. 491 Ment. II. n. 37. Pol. l. iv. 2:] Nie. ni. II. 116. Cf. Clément. Sixième lettre à Af. de Voltaire^ p. 166. "(10) Hér. V. VII. 35. « (}uel chémiû Exupère appris pour sa ruine,

. Prendre un chemin pour une ruine est unç expression vrcieuse, un barbarisi^ë. »

(11) Cid. II. II. 22. — Pomp. V. iv. 4. Dans le Cid, il regarde l'expression ce qiM (pour autant que) cdmme un barbarisme ; dans Pompée, il la trouve énergique et rey^ette, qu'elle ait entièrement vieillie II admet qv'on puissç dire le parti plus faible pour le parti le plus faible ( Hor.

f^ii IV. 76) ; ailleurs il considère cette expression comme une faute. Ibid. V. iii. 137. - - ^

(12) Pomp. I. ai. 58. (CU*. Pol. I. iv. 0^ Il approuve courage employé

- jr

'^ue Corneille n'a fait qu'une seule . faute contre les règles de la versification admises au xviii* siècle i^ljef" pourtant il cite lui-même des exemples du contraire à (jaekiues pages de distance, et il n'oublie pas de les désapprouver (2). Le lecteur est quelque peu étonné d'une pareille légèreté et l'on n'a pas de peine à en croire Voltaire quand il dit dans une lettre à d' Alembert : << J^écris vite, je conrige de même (3)» . Enfin un« connaissance très imparfaite ou plutôt l'ignorance voulue de l'ancienne langue française devait amener l<auieur du Commentaire à jugçr le poète avec la plus grande injustice. Il regrette parfois, il est vrai, des expressions du vieux langage tombées en désuétude, tels que portraiture et portrairCj heur, 1u)8tië^, discord, angoisse, épandre, nourriture pour éducation (41; mais souvent il compi^ijàjd mal, ou bien il relève comme des fautes les mots et les tours qui ne sont pas employés conformément à l'usage du xviii« siècle, par exemple : lâcheté mis pour faiblesse, honte pour pudeur, amour pour affeclion, cœur ou courage pour esprit, estime employé dans le sens passil pour réputation, "^nerveilleu^ pour étonnant, étrange pour terrible, extraordinaire [^).

pour esprit, et cite comme exemple de cet emploi une phrase qu'il a / blAmée dans son commentaire sur Polyeucte.

(1) A propos de cet hémistiche : Justifie César, (Pomp. 1. 1. 14.)/

(2) Ment. III. 1. 13. Quoi que j'aie pu faire.— C(. Pomp. I. iv. 18. Consultez-en encore {hinlxxs). — Cid. II. IX. 9i; meurtrier dissyllabique. — Excusé à Ariste (à la suite du Cid). XXXV, p. 128; poète dissyllabique.— Ment. III. IV. 2 ; ancien trisyllabique. — Hor, II. v. 49. Cinn*- ï. i. 5. avecque. — Pomp. I. Ji. 13 ; enjambement. — Nie. III. i. 9; enjambement.

(3) Lettre du Si août, nm. LlX.Wè.

(4) Méd. Epître dédicatoire,— Hor. 1. 1. 58.— Ibid. 111. i^. — III. ii. 50. — ÏV. II. 56. — Rod. V. iv. 112. -^ Hér. IV. V. 47. Nic/ll. m. 9l

(Syilem. sur les Sentiments de l'Académie. .XXXV. 108. — Cinn. 111. IV. 61. — Pomp. I. IV. 1. — Sert. 1^. iv. 30. — Pomp. I. 1. 181. IV. i. 25. Rod. U. III. 115. Nie. II* ii. 12. — Pomp. I. iv.2. — Rod. IV. i. 85. — V. I. 33. — a. légalité ("équité, justice). Nie. I. v. 11. — Election (choix). Rod. III. IV. 19. — Désespoir (résolution extrême, parti déses-

Il blâm clioses ina trahir poU rai) pour ti nejLitres co actifs et pi mettre le plus-que-f reproche î dance des cle (5) ; il t puisse reg Il considèi autrefois 1 ou les le

père). Pomf Départ (sépi I. I. ^1. — JM vr^ parait j Rod. II. 1. 17 par Voltaire c (glorieux) « P^p. II. 11 (^Rod. U

(2) Sert. I v. dern. Nie

— Hor. I. I, (triompher di PôAip. m. I 72. — Squtei

(3) Ment. ] 72. — III. Il choêe. Rod. !

(4) Cid. n.

(5) Ment. 1 ■(,, (6) Pomp.

V (7) Parmi

4redêCatH

— Autant c

Il blAme également le pronom iui s'appliquaht à des cKoses inanimées (1), l'emploi des yevhesaleniir^ assurer, trahir pour dévoiler^ dispei^ser pour autoriser^ ravir (au morai) pour transporter (2). l\ n'admet pofnt que certains verbes ' nejLitres comme rêver y songer, consentir, puissent devenir actifs et prendre un complémeùt'direct (3), ni qu'on puisse mettre le présent indéfmi à la place du passé définfou du plus-que-parfait, ou le passé antérieur pour l'indéfini W. II reproche au poète d'avoir violé les règles, de la correspondance des temps, telles qu'elles étaient établies aù'xvin'' siècle (5); il trouve étrange, malgré l'exemple de Racine, qu'on puisse regarder de»8us et de«aou«commjB des prépositions (<>). Il considère comme incorrecte la manière dont on employait autrefois les adverbes, les prépositions, les conjonctions, ou les locutions formas de ces différents mots C^). Il

pèré). Pomp. V. v. 18. — Aigreur (amertu-me). Ibid. V. v. 33. — Départ (séparation). Hér. I. iv. 21. — Saisons (circonstances). Pomp. I. I. ^i. — Marque (caractère, signe distinctif), mot dont Corneille, il est vrli^ parait avoir un peu abusé pour la rime. Pol. IL. ii. 9. V. v. 42. Rod. II. 1. 17. III. rv. 24. Nie. II^^ 42. m. 4. — Accorti regardé à tort par Voltaire comme synonyme de a)nbUiantJ. Pomp. IV. i. 15. — Illustre (glorieux) « mot vague et qui n'ajoute rien au sens. ». Hér. IV. iv. 112. P^p. II. II. 80.

(^Rod. UL V. 13. — Don Sanche. I. i. 27.

(2) Sert. ly. II. 46. — Hor. IV. iv. 17. Pol. V. v. 27. Pomp. II, i, V. dern. Nie. Vf. ni. 4. V. i. 55. — Ibid. î. v. 46. — Pol. III. ii. 33.

— Hor. I. i. 50. — Cf. Empêcher (interdire). Nie II. iv. 3. — Forcer (triompher de). Jbid. V. i. 48. — Eloigner (.sens actiC^pour s'éloigner de). PôAip. m. I, 21. — Seprendre pour «'en prendre, (atta^er). Ibid. II. n. 72. — Soutenir pour entretenir. Sert. III. ii. 99^

(3) Ment. m. vi. 19. — Pol. I. i. 3. — Ment. V. m. 49. — Rod. II. iv. 72. — III, III. 41.-— S^rt. V. I. 80.— Cf. Commander, tâcher quelque chose. Rod. II. n. 67. -^ lU. iv. 146.

(4) Cid. n. 1. 1. rv. uL 21. — Pomp.'^V. ni. 7. — Rod. I. i. 64.— Pomp. V.m.5. '

(5) Ment. I. iv. 12. lU. i. 3. — Sert. I. n. 33.

-V (6) Pomp. 1. 1. 86. — Cinn. II. f. 67. ,

« (7) Parmi (au milieu de). Pol. 1. m. 69. ~ Rod. III. iv. 9. — Au moindre de CoêtUle, Don Sanche. I. m. 25. — Divisée d'avec soi. Sert. I. 1. 13.

— Autant comme (aussi bien qiiè). Pol. III. iii. 46. — Pomp. 1. 1. 29. —

voit une taule ijans la forme d'interrogatioR double (ju'on >(ij0uve dans ce vers :

Tombé-je dans l'erreur ou si j'en vais sortir ? • ' :/ - ; (HfcR. IV. IV. 69).

Le commentateur ne |)araU pas s'ôtro rendu bien coTnpt'e de l'ûTiergie de l'ernains tenues dont le sens s'est alTaibli pùistafc, et (juïl r6gard(^ comme des impropriétés, telssontx grner^ déplaisir, disgrâce,} étonner ^ fàchd% fàchcxut, in- (lUtëtcr (1'. ' > ^ ^ ' ^

On pourraft Ci^ire! que l'expressiop cela n'est pas fran çais é(|.uivaut dans la pensée du critique ù : cela n'est plus . irançais; il n'en est rien. Voltaire croit se^ théories grammaticales tellement irréfutables qu'il semble prêt, i)our ainsi „ dire, à condarimer, au'Yiom de l'idéal qu]il s'est lait^de notre O langu<^, F usage de tous les^ temps et de ^us les écrivains. On en jugera par les remarques suiva,ntes1\ *^edan« fut toujours un solécisme quand on lui donne un régime. (Hor. I. IV. IV. .v. 70.> . ^ ^^

. Par votre congé ne se 4it plus'ej, ne devait pas se dire. (Cinn. III. m. 30.) ' . '

Voile de vaisseau a toujours été féminin, voile qui côu*vTe masculin. (Pomp. III. i. 23.)

On disait alors faire banqueroute pour abandonner, mais mal à propos ; banqueroute était impropre même en ce temps-là. (Ment. I. i. 4.) ^

Rapportant à (pour se rapportant ni ri'étàit pas français du temps même de Corneille. Ibid. II. ii. 3Î).

Ment. 1. 1. 86. -* Rod. V. i^ 15. — Nie. III. 11. 80. 4- Ausêi eomr^. Ment.

IV. VII. 56. — Emploi pléonastique de point. Hor. III. iv. 48. s— Cinna.

I. m. tlO. Pol. IL III. 95. II!. j. 7. V. v. 5. — Pomp. L i. 13(7. ly-. v.T — Nie. III. VI. 6. — *Sert. I. i. 92. — Un peu bien du mépri$. Pomp. III.

II. 44. — Auparav(int que. Pomp. II. iv. 7. """ (1) Rod. t. I. 20. V. IV. 97. - Rod. V. iv. 212. — Pomp. I jv. 3. ~

Hor. II. VI. ,7. Ponip. IV. i. 12. Rod. II. u. 41. Nie. iV. ili.l. — Pol.

V. II. 28. — Ni<r. II. I. 46. V. au. sujet de tous ces mots les Lexiques de iPiM. Godefr^y et Marty-La veaux. ^

" Avoir jionfiance de quelqu'un est une inadvertance de Fontenelle. (Rem. siir la vie, de P. Corneille, xxvi. 52C.)

JJette critique despotique ne visait que la langue de Corneille; mais il était difficile (lu'elle n'attei^mit pas indirectoniont tous les grands éciivains, (f)iels qu'ils lussent. Aussi Voltaire a4-il été amené, sans s'en iloutfM-, ;"i eensin<M- Tau-

teur de Phèdre, le plus ii'réprocliable des modèles. Il se trompe étrangement quand il écrit que le mot rlss8cnti}nent dans le sens général de souvenir des bienfaits et des injure^ est peut-être le seul tertne employé par Racine qui ait été hors d'usage depuis (^). •

Par exemple les expressions ingrat à quel<iu'un, rêver (actif), se trahir pour se Sflcrifier^ race pour fds, disgrâce pour malheur, forces poui* esprits el sans doute bien d'autres locutions désapprouvéïîs par je commentateur- dé Corneille ont été employées par celui qu'il regarde comme le plus pur et le plus châtié des écrivains classiques. Enfin Voltairo lui-môme dans ses ouvrages en a pris un peu à son aise avec ses -propres principes, rej.. il rie s't3st pas fait ^faute d'employer parfois quekjues uns des tours qu'il con- (l/imne dans le vieax poète (2),

Toute& ces fautes sont regrettables sans doute ; cependant oh peut les excuser, , sans, les justifier, soit:par4a rapidité avec laquelle, un brillant littérateur ao(^omplissait une besogne peu faite pour lui, soit p/%tJMntention ou il était d'enseignïîr aux jfeûhes gens et .-rax étrangers la langue française telle qu'on lu parlaft au %\\\\^ siècle:* Mais 31 l'ôti

p«iuvait à la rigueur- critiquer dans Corneille 4es formes de langage qui appartehaientj moins à lui qu'à son temps, n'était-il pas nécessaire, dans un ouvrage écrit en l'honneur

de l'auteur du Cid, de faire ressortnWes qualités originales

• CH" Comm. sur Corneille. Rem. sur la Bérénice déracine, t. XXXVI.- II IV 6, ' » . .

(2) V. 1.6 Lexique de Godefroy aux mots desëous, ingrat, près, où, résoudre, ei\e Dictionnaire^ Littré aii mot dessus.

^e son style et de rappeler les services qu'il avait rendus à la langue française'? Voltaire ne l'a- point fait, et tel est le vice essentiel de son ouvrage. Gela, tient à un défaut grave pour un commentateur, et qui ne serait guère excusable, si ce commentateur n'était uU grand homme : le critique a mal compris le génie de son auteur.

Cependant on ne saurait lui repp6cher de n'avoir pas cherché h le comprendre. Effrayé de sa propre sévérité, qui

"parfois succédé à l'enthousiaGme de l'admiration, il s'étonne de l'ïnégahté dp cette langue si originale, et voit qu'il y a là une énigme à deviner. Gomment Corneille a-t-il pu tomber si, bas après être monté si haut (1)? Gomment a-t-il passé du pathétique et du sublime à un style si bourgeois ('-*) ? Par quelle fatalité écrivait-il toujours avec plus d'incorrection et ^ans un style plus grossier, à mesure que ja langue se perfectionnait davantage i^7 Le critique~juge utile?,^ t pour

•l'avancement de l'esprit humain et pour celui de l'art théâtral » de rechercher les causes de cette décadeneç. Si le poète est devenu si peu semblable à liy-même, n'est-ce point

' qif ayant acquis Un grand nom, et ne possédant point xme fortune digne de son mérité, il fut fo.rcé souvent de travailler avec trop de hûte? .

Conatibus obstàt vV "

Res angusta demi (4). ] ' '.

Aussi était-il arrivé à une « prodigieuse facilité cl*écrire quis dégénéra enfin en impossibilité 'd'écrire avec élégance t^). » Peut-être encore ri'avait-il pas d'ami éclairé et sévère, de sorte qu'il put contracter une malheu- « rquse habitude de se permettre tout et de parler mal sa

(1) Théod 1. I. 7. y

(2) Pomp. iL m. 3ô. -^Rod. IV. vi. â^ (d) Nie. V. IX. il.

(4) Rem. sur Pertharite. Cf. Préface sur Agéiiku.

(5) Nie. III. vm. 10. ;* •

langue (i)..... « Après l'insuccès^e Nicomède et de Don Sanchc, il Se reposait su.r sa réputation ; sa gloire nuisait à son

génie : il se voyait sans rival C'est pourquoi il méprisait

assez le, public pour ne soigner jamais son style et pour 'croire ^e la postérité lui pardonnerait ses fautes innombrables (2>^» Molière, en poète, avait imagirîé un lutin (|ui faisait les bons 'vers de Gorneiiïc et lui laissait ftiire lès autres. Voltaire parait avoir cru quelque peu. à cette influence surnaturelle (3), tout en essayant de l'expliquer. « Qucuid le sujet porte l'auteur, dit-il, il vogue à pleines voiles W ;

dès que le sujet bjotisse, l'auteur baisse nécessairement (•'>)

Toutes les fois qu'il est véritablement grand, son expression est noble et juste, et ses vers sont bons (G) ; quand il a quelque chose de vigouri^x à traiter, on le retrouve 0). Presque tout ce qin estrnaï exprimé chez lui ne méritait pas d'être . exprimé (8). »

Le grand critique a vu où était le problème : mais il ne semble pas l'avoir résolu. Il n'est pas prouvé que Corneille ait toujours travaillé trop vite ; d'ailleurs on ne s'inquiète guère de savoir si le Cid et les Horaces ont été composés trop rapidement : le temps ne fait rien à l'alîaire. Et qui poihait se hasarder à donner des conseils à Corneille, alors que son autorité sur la langue française était reconnue des plus illustres écrivains? D'ailleurs, il ne refusa jamais de se corriger : quelquefois même il corrigeait mal et alTaiblissait un vers pour rendre la syntaxe plus régulière : son com-

fr

(1) Pomp. II m. 35 — Oth. I. i. i(%— Hor W. i. 5

(2) Hér. II II. 107. Dans un autre ouvrage, Voltaire trouve encore une autre cause de cette inégalité du poète, c'est que Corneille « avait le mal: heur d'être né en province ». Dict. phiL, art. Langues. XXX. 525.

(3) Sert. IH. iv. 60. — IV. 1. 19.

(4) Préface d'Otfwn. Cf. Préf. de Suréna. Ep. déd de Théodore, (5j Pomp. V. 2. Cf. II. III. 35

(6) Nie. II. I. 11. ' " -

(7) Théod. III. iii. 99.

{^) Préf: de Suréna. /

menlaleur, lui aussi, Ta recomiu. Quoi qu'il en soit, toutes ces raisons paraissent être d'ordre secondaire. La plus importante de toutes, celle qu'on trouve répétée à chaque page du Commentaire, et qui est tirée de l'inégalité de l'inspiration, a fait fortune dans l'enseignement. Cette idée ne pèche point par elle-niènié, mais par l'interprétation qui lui a été donnée. En lissant les remarques de Voltaire, on croirait qu'il y a deux langues dans Corneille : celle des bons endroits et celle des mauvais ; l'une noble, sublime, précise et correcte ; l'autre familière, basse, obscure et incorrecte (i). De là on peut conclure que l'auteur du CUi et de Nicomède n'est pas un grand artiste en fait de langage ; il vaut mieux par la force des idées que par l'expresslion C-^). Cette explication ne nous semble nullement fondée, et elle a le tort de nft pas rendre justice au mérite original d'un auteur qui fut un maître dans l'art d'écrire en français.

On sait que Corneille ne voulut jamais croire à sa propre décadence et que beaucoup de ses cjptemporàins s'obstinèrent à l'admirer. La postérité le trouve, il est vrai, très inégal, et non sans raison. Mais faut-il condamner, sans lui faire même l'honneur d'en rendre compte, l'opinion d'un grand poète, ippin ion confirmée d'ailleui*8 par d'illustres suffrages? Une analyse succincte de la langue qu'il a créée peut, ce semble, rendre compte de cette divergence des jugements, en nous permettant de saisir et de comparer entre eux les caractères généraux du style de l'écrivain et de la critique du grammairien.

Si la principale qualité d'un langage poétique est de s'écarter autant que possible de la langue commune, on ne saurait refuser à Corneille le titre de grand poète : ses vers diffèrent singulièrement de la prose de son temps et môme des vers faits par les auteurs dramatiques qui furent ses

(1) Oth. V. II. 3.

(2) Nie. IL I. a.

contemporains. GuWé par un instinct supérieur, Corneille a su employer presque toutes les hardiesses et les licences qu'on remarque dans les écrits poétiques des Anciens, et se servir heureusement de toutes les ressourées dont 1' de Ronsard avait recommandé l'usage aux écrivai cieux d'embellir la langue françâ^ ivftiérhc <^^ 1 mauv^iises pièces, la diction offre partout les car d'une création puissante et originale.

Il y a trois manières de donner à une langue la nouveauté qui fait la poésie. La première est d'ajouter à son vocabulaire des termes qu'ejle n'a pas ; la seconde est*do s'écarter deUosage ordinaire dans l'j^ploi des mots, qu'elle possède, mais en restant fidèle à, son génie particulier. La troisième est d'imaginer des aîUances de mots, çt^ des figures qui (^nnent au styles sa couleur propre. Gor'oeille a usé de tous ces moyens : nous ||lons voir comment il a été compris et jujfé par son-commentate^r. ,.

La Création des tewines nouveaux ^laesë jibiir la plus audacieuse des licences poétiques, bien qu'en généraKun aijteiir ne/icrée pas à«^proprement parler, nmis se borne h furmer des composés ou des dérivés, saris <iut^41ne s^'rait pas compris. Les mots invaincu k^), eacorii^ic ($', oiitrageiixi^^^y évitahle {^\ punisseur (^>), assiissine (aii fj^r^mn) (<*), /Vti/a- ' cietix {^) ont paru nouveaux h Voltajre, qui les .trouve, heureusement formés. 'Il a raison : mais on ueut ^s'étonner-;toutefoiâf de le vfir approuver ces hardiesses, alors (pt il en , condamne d'autres qui sont beaucoup plus excusables!

Nous n'avons pas à rechercher sMà plupart de ces e^pies-

<l) Cid. II. II. 2^2. — Hoi . III. VI ±2.

(2) Cinn. Ul in, 38.

(3) Pc^l. V: II. M.

(4)I>6mp.IV.i"35f. V (^Ylbid. IV. IV, 44 (6)^\Nicoiii. III. vin.

(75i Rod. n. i, 1. <•

Jg^v...-

sions ont été employées ou lionpardes écrivains du xvi^^y- ,.. siècle (ï). Si le poète ne les a pas créées, on na4jeut pai|r ' prouver qi|*il ne les ait pas retrouvées ou mieux ressuscli tées, ce qui est tout aussi difficile ; Corndlle sentit en eflR|tW ' tout ce qu'il y a de poésie dani^ ces vieux termes qui nonaS. i ^&

f^traniportent Sans necher

, pour ainsi djfe^ans le monde de nos ancôtresri^yv ^« l . .^ cfejr Tarchaïsme, il employa idsque dans ses f '•^ ^'iï>^'^

. dernières piè^ céHain^ mots ou expressions qu'on ne peut'^ ^- \, ■^ guère justifier que? par des exeniples tirés c^ vieux français . ou des écrivAs du coini^eacêh>ent,',dtl ^vii« siècle, par - ç, ^ exemple : dispenser pour .ai«tort«er Ç^), espérer mis daû! le sens dec^craindre (3). Le commentateur condamne Tènât^ ploi de Ces termes, ainsi qu'une foule de cOÉBOTCtïwiJ^ qui appartiennent pour la plupart ^^ à la vi^mma^g^;^^^^^ qu'il appelle solécisme^ et l^arbaj^iôfnes, sans qu^ïi|M«se.T distingu^f^ exactement lé sen^ 44ces mots. Corneilfe^uî^ écrivit A^un|;éDO(jue où la lan^ie était mal fixée, pëuvkit se -^onnëç^ des fcMrtés (^^^ lél auteurs durent s'interdire plus tard, Poup îiGiFiter la versification, il ^mble em|^byer tour à fei^, selon "le beso^iij certaines manières déparier e^Q8 f ùîie de Tautre. - , \.

Essayez sut ce ï)oiiit à la faire parler.

(HÔR. I. I. i29>.

eu dil

La^reinej'au désespoir de ne rien t)btènir, Se résout, d« se perdra

(ROD.l: VI-. 43)(4).

Mais clhaignez avec moi que ce choix ne ranime Cô|y,eiiainé'ntôurànle fv quelque nouveau crime.

/ ; *" "" (RoD. m. IV. 51).

. (i) f oir 1à*^essus Marty-Lavéaux : Introduction au Lexique de la kmgué de Corpelille.^p. xnr

il) Mgnt IV ni. 4. ~ ' (4) Ailleurs pourtant Voltaire dëcfare qae' résoudre de n'est un sole-' risme qu'en prose (lier. I ni. 41.) Il critique encore comme incorrectes

\,if^ «'i

lilt.5

l^iT^

Il emploie souvent le mot en pour désigner des personnes

ou pour rappeler des idées contenues dans une phrase

entière :

Pour en tirer l'aveu.... (de Martian). *

(HÉR. IV. in. 5.) (1).

Du secret révélé j'en prendrai le pouvoir (de vous aimer). ^ (ROD. III.iv.4i) (2).

-vN

Il emploie comme pour comment :

Albin, comme est-il mort ?

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