‹ Étude sur Voltaire, grammarien et la grammaire au XVIIIe siècle [microforme]Chapitre 15 sur 34 · POMP. III. III · texte numérisé non relu

POMP. III. III

Le verbe actif remplace un passif, ou bien devient rieu-

tVe au lieu d'être r6fléchjk>

Et permettez que l'heur qui suivra votre époux, Se puisse redoubler à le tenir de vous.

(UOD. III. IV. 82).

Sire, on pâme de joie, ainsi que do tristesse. *

• (CiD. IV.^v. 14).

Outre que le succès est encore à douter. ,

' (HÉR. III. I. 125) (1).

Voltaire déclare impitoyablement que « cela n*est pas français ». Au reste, il bU\me en général les tours elliptiques dont Corneille a fait grand usage, surtout pour éviter de petits mots insignifiants qui ne font souvent qu'encombrer les phrases. Telle est, par exemple, la suppression de Tariicle défini ou indéfini, qui donne au langage cette concision souvent heureuse qu'on trouve dans les proverbes :

Dedans Héraclius il a gloire solide.

(HÉR. IV. IV. 110).

Couvert ou de louange ou d'opprobre éternçl.

^ {Ibid. IV. IV. 113).

Je (levois même peine ^ des crimes semblables.

(POL. III. III. 3ii)(2).

pas qu'on puisse prendre dans uft v§ens absolu les verbes posséder (Rod. II. H. 2.3), prétendre, entreprendre (Ht^r. I. u. o(). IVriv. 122), amasser (Nie. IV. M. OO), exécuter (Sert. I. i. 4). Il blùrne encore l'emploi sans complji^rnent du verlx^ garantir ISeri. II. n. 137) et Texpression prêter ses soins. (Ibid. IDl.) '(1) Cf. relever (Poinp. IL iv. 47), rapporter (Ment. IL il. 3D), Débattre (Nie. V. V. 4i\ défendre (Sert. I. ii. 26), au lieu de se relever, se rapporter, etc.

(2) Cf. Pomp. 1. M. 2. III. IV. 81. Hod. IL m 71. Nie. 1. i. T3. UI. H. 42. lier. I. IV. 3U. ' '

Corneille sous-entend le possessif wn^ le pronom je, le

verbe èite^ il supprime certaines particules et fait d'autres

ellipses encore plus hardies : - /

-1 Malgré^n^i,' comme fils toujours il me regarde.

(HéTr. V. II. 25).

■ Si je le veux ! J'y Cours,

Madame, et meurs déjà d'y consacrer mes. jours.

(Sert. II. ii||41).

Je suis toujours moi-môme^ et ma foi toujours pure.

(CiNNA. III. IV. 40).

Gii

Si j'ai besoin de vOus, dapeur qu'on me contraigne (I). - (Nie. I. I. 83).

Et que seroit heureux qiii pourroit aujourd'hui Disputer cette place, et l'emporter sur lui !

{Ibid. I. II. 19). -

\ ■Quelquefois il supprime le deuxième terme d'une comparaison : . .

Outre que lesxhrétiens ont plus de dureté.

(POL. III. III. 75. Cf. ClNNA. IV. I. 13).

..... Mais quel cœur assez bas Aurait pu vous connaître et ne vous chérir pas?

(POL. IV. v. 5).

^ Le con^entateur n'admet point ces sortes de hardiesses, excepté dans quelques endroità où il est beau, dit-il, de s'élever au-dessus des règles de la grammaire (2).

Tout en bannissant autant que possible les mots inutiles,

Corneille s'efforçait ."de tirer parti de ceux qui pouvaient

\- donner à la langue draniatique de la richesse et de la variété :

aussi le ton dans ses tragédies n'est-il jamais uniforme.

(1) Cf. Nie. I. n. 38, «). Ment. II. i. 7. Sert III n |0 Cinn III iy. CI -

(2) Pol II. I. 82. Cf. lé» lieinaniues à l'occasion des sentiments de l'Académie française sur les vers du Ctd, III. vi. 35.

HUMHrtll

- i55 -. " point contre « lï'îifflfliTTfl TflnnmM*AW^ <Tm P^inTYia

le Commeniatre. aaa*.

(4) Ment. 111. i 13. Pol. 1. i. "n. Hér. 11. i. 27.

(Trp

omp

Ayant à parler au peuple, il ne, craigirilit point les exprea4^ sions populj^ires où il trouvait ||i simplicité on, Tônergie. Ainsi, il se sert des locutions jeter à,baa, jeter par terre (i); il fait un emploi extrêmement* fréquent des verbes les plus usités, tels que prendre^ mettre, remettre, dire, donner (2) et surtout du mot faire (3). Voltaire semble avoir une haine particulière contre tous ces verbes et surtout contre le dernier, « qui est troD^^^ vague, qui ne présente ni idée déterminée,'ni image, qui estime, qui est prosaïque (♦). »

Le commentateui' blâme également un grand nombre de locutions empruntées par Corneille au langage de différentes classes de la société. Il supporte difficilement qu*OD introduise dans un poème sérieux des t vers d'idylle ou d*églogue (5)», des expressions d'une c étrange galanterie (^ », qu'on y emploie le c style familier* des livres de dévotion 0) », le style des affaires (8), des bureaux, des finances ou des caisr ^ siers (9), qu'on y prenne le langage de la chicane et du barreau, « qui est celui des barbarismes W *, qu'on use du

(1) Hor. 1: I. 69 — m. 4t. Pol IV. u 6. ,

(2) Sert IV ii.l4^Pofnp. I II 8.-^Cid.^I.iv.l7. Méd. IIu 133. Hér.Ji, II 137— Pomp V. III. 6r.--Sert. II. ii. 85 —Cf. Krer (Pol. V. iv.3i Cinn. ' V. II. 80. Rod. I. vil 74. Nie. V. vu. 8.) Rompre (Cinn. V. ii. lÔ. Pol I. i. 55. V. IV 31. Hér. IV. r. 37. Pomp. V. iv. 7<>. Rod. III. v. 18; Nie. I. i. 25. Sert. 11. i. 79.) Pouster (Cid. III. vi. 38. Pol. IV. v. 20. Pomp. V.

. iv! 5 Ment I 5 41. Rod. lit. iv. 63. V. i. 21 Nie. Il m. 161. II. n. 46.)

(3) Hor. I. L 68. II. m. 43. Cinn. U. i. TS. Pol. 1. iv. M. Mdtit. V. vi. H5. Rod. II. 1. 19. III. v. 35. Hér. I. ii. 27. 1. 111.60. I. m. 72. H. vn. 15. Uï. m. 15. Nie. II. II. 43. H. m. 71. HI. i. 9. IV. v. 11. Sert. I. ii. 7. 1. ii. 99. III. II. 59. III. rv. 41.vVoltaire n*a pourttot pas tovgo^rs été du même avis. V. Dict. phiL, art. Français. XXIX. 499. 11 est vrai qoe Desfontaines-avait eritiqué Crébillon. Cf. Clément. Sixième Uitre à M. d$

Voltaire. 3\3. *

(4) Cinn. II. i. 81. ' .^ ^

(5) Pol. H. II. 77. i '*'*^ ^) Andromède. II. li. 9. . %

(7) Pol. I. I. 29. h

(8) Hér. I. I. 53. n. I. 31.

(9) Pomp. m. II. 67-70. '.V

(10) Pomp. I.. II. 13. Ment. II. iv. 14. *

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(9) Pol.

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Godeftxiy.

(Pi) Pomp. I. 111. 58. (Cf. Pol. I. IV. 09|. 11 approuve courage employé

style bârlesqûë ou marotique (i), qu'on imite la négligence et l'incorrection des gazettes et, ce qui pis est, « deg gazettes suisses (^ >, qu'on y parle la langue de Jodelet (3), de Montfleuri (*), de Madame Pernelle (5) ou celle de « la noce d'Un bourgeois de la rue Thibautod(^ (<}). •

II n'est pas toujours facile de se prononcer sur toutes ces remarques. Il y a d'abord une question de goût et les goûts varient môme cbez les critiques. Voltaire approuve quelque part la locution* un peu populaire tout beau Oi : il la Mâme dans un autre endroit (8), et va môme jusqu'à déclarer que rien ne peut l'enneblir^). Ici encore le commentateur se met en contradiction avec Racine et Boileau, qu'il aime pourtant à citer comme modèles, trébucher (iO), dit-il, n'a jamais été du style noble ; et pourtant ce mot se trouve dans le premier cbantde VA^t Poétique. Les mots voler et ravaler et le terme de maîtrisée qui lui paraissent bas ; les expressions prendre le desiui, laisser êOi lauriers à la porte ont été employées (ou à peu près) par Racine dans Britannicus, dans Bajazet dans Mithridaie et ailleurs (i^). Et l'auteur de Rome sauvée n'a-t^û! pas employé lui-même le mot remède qu'il trouve trop bourgeois dans Polyeucte {X^'h-Enûn d'autres locutions également condamnées se trouvent dans différents auteurs de l'époque et ne semblent point avoir été

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(i).Pol. l\fti. 93. '^S>

<8) anna. IV. v. 33, Pomp. IV. i. 69. Sert. II. iv. 42. ,

(3) Sert. V. IV. 43. w.

(4) Soph. U. I.

ÇS) Nie, U. m. 163. '

{é) Aildr. II. n.9, -

(7) Don Sanche. I. m. 64.

(8) Pomp. III. n. 75.

(9) Pol. IV. m. 55. .

(îm Rod. IV. â 13. ,

(11) Nie. I. n. 94. Hor. IV. vn. 41. V. RaciM : Bèponte au diicours de Th. CornelUê. -* Cf. Oément. Sistième lettre. 157-310 et le Lexique de Godefipoy. V . --^

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Vi^uui*;. i\ou. m. IV. iw. — ueseapoir (revoiuuou 4S&ireui«, [vani U£3ê9-

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déplacées ni grossières (D. D'ailleurs, lors même que/le style de certains vers nous semble un peu familier, pouvonsnous affirmer que telle ou telle phrase était autrefois triviale et qu'elle n'a jamais été t noble ni exacXe(2)? » Il est bien difficile de juger de Tusage ancien, surtout quand 4f^'agit d'une langue encore en formation, et le critique doit être d'autant^ plus circonspect (ju'il s'attaque à un poète très respecté, et qui pouvait jusqu'à un certain point commander h l'usage. Si parfois nous sommes portés à donner raison, à Voltaire, nous^ ne pouvons guère prendre son ' paYti qu'en tombant dans la faute qu'il a commise lui-même en comparant les habitudes littéraires du xvii« siècle à celles de son temps. C'était là une grande injustice : car elle l'a conduit à reprocher continuellement Templpi du style familier ou bourgeois à un écrivain qui avait peut-être contribué plus que tout autre à le bannir.

Pour donner à notre langue la noblesse et la variété qui lui manquaient. Corneille ne s'était pas contenté des richesses qu'elle lui offrait naturellement ; comme Uonsard et comme beaucoup de nos grands écrivains, il n'avait pas dédaigné de «'enrichir des dépouilles des Romains. Le français, sorti tlu latin, s'y rénouvelle et s'y retrempe oons- ^ tamment ; les expressions et les tours qu'il lui emprunte, tout en conservant avec le reste un air de famille, ont quelque chose de plus noble et de plus frappant que ceux i[ui sont déjà dans l'usage commun. L'antiquité donne aux mots . un air nouveau, et les figures créées par des artistes d'une habileté consommée gardent encore pour nous une partie de leur valeur originale. Nourri de fortes études classiques.

(1) Par exemple les locutiong formées avec le xerhe tirer, les expressions faire brèche, être empêché à, sexe inUféeUe, eucre empoiêonné (Cf. Godefroy). Avancement (Rod. m. 4. 7) ne parait pas être on terme ûé loi (Cf. Littr^), tandis adverbe (Hor. IV. il. éS) n'est nullement du style n^arotiqne. i .

(8) Pol. m. lY. 34.

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(1) Nie Pomp. V

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