POL. II. IV
Presser (quelqu'un) d'un choix (de faire un choix).
(RoD. IV. I. 83).
Evitons le hasard gw'un imposteur l'abuse.
V (^IJ:b. II. II. 4^3).
S'ils vous tiennent ici, tout est pour eux tans crainte
(Nic. I. I. 88).
S'il n'eût par le poison lui-même évité Ronu} (la honte d'être livré aux Romains). {Ihid. I. i. 23).
Epouser le ^Hi pour éviter le père (expression trop faible).
(HÉR. V. I. 13).
Abattons sa superbe avec sa liberté.
(PoMP. 1. 1. 495).
t On^*abat point la liberté, on la détruit ; rien n'est beau sans le mot propre. »
irtW,
(1) Pomp. V. 1. 6. y. II. 1. II. II. 75, IV. m. 56. Hor. I. i. W. Hér. V. tn. 8S. .
Quoi ! vous parlez encor de vengeance et de haine, • Pour celle dont vou^-môme allez faire une reine*!
(UOD. II. II. 57. Cf. Sert, I. ii. 97).
(( On n'a point de vengeance pour quelqu'un. » Coinine on le voit, le critique n'admet pas qu'on puisse donner ;\ un veil>e ou h un substantif deux compléments dont le second passe ù la faveur dti premier. Cependant Hacine a eniployi'' ces sortes d'expressions (1), et l'auteur de Afartrtm)if/lui-m(^me a suivi son exemple (2).
.l'ainic les (ils du roi, je hais ceux do la reine.
(Ron. m. IV. 128).
A propos de ce vers, le goût extr(>mement timide du commentateur lui inspire Mute étrange remarque : « Comment péut-on haïr et aimer les mêmeâ personnes? »
Enlin Corneille est surtout blûmé pouf l'emploi qu'il fait des figures. Si le poète se permet de changerun mot dans une^ locution habituelle et de dire par exemple prendre journée pour prendre jour (Hor. I. 1. 107) ; prendre débat pour querelle (Pomp. IV. II. 7); rendre tribut , rendre injustice (Ilor. I. II. 17. Sert. III. ii. 7. Androm. I. 1. 123); piqué de colère (Nie. I. v. 69) ; gagner des diââèmes (Don Sanche. I. I. M); emporter un succès, remettre le- carnage (Sertorius. III. II. 16. — V. VI, 40) ; il est aussitôt repris au nom de cet usage dont son génie même le forçait à s'écarter. S'ircrée des métaphores de toutes pièces, il est critiqué plus sévèrement encore. Souvent, comme on sait, il emploie un terme abstrait à fti place du mot concret, soit comme sujet, soit comme complément d'un nom ou d'un verbe. Quelquefois aussi il accumule les abstractions. En voici des exemples :
(1) Clément. Sixième lettre, 296, 318.
.<2) Mariamne. III. iv :
« Seigneur, ne souffrez plus que d'indignes discours « Ofl^t troubler la paix et l'hoimeur de nos jours, »
J'ignore quels pi^jets p«ul former son bonheur. (Sert. III. ii. lÔ2)\(2r.,PoL.ifÈ>ii. 6 Pomp. I. i. 23. UÈ 105. — I. II. 153. -2^111. IV, 5:i D, Sanche. I. i. 41 II. 25. Sert. IV. iiri». I\iUï. 135.
La glorié^î><E^^pfinîc do votre choix. - (POL. III. IV. 10). Gf,i^;q. i.^LD. Sanche. I.Vji
Je donnai de mon fils h gOM\éfndgJ^§i»fance (1). ^ / . (IlfcR.I.i. 45). Cf. PoL. II. VI. 79. Sei\Ç.IV ■'iLl6i;Sopif. I. K 7,
Et rendre un heureux calme h nos divmons.
(Sert. III. iv. i^).
Et sous mon désespoir rangeant la tyrannie. (Nic. V. VII. 74). Cf. RoD. III. VI. 4. III. iv. 120 Hér. I. if. 22.
Tour à tour le curage et les proscriptions Ont sacrifié Rome \ leurs dissensions.
(Sert. I. i. 31. I. m. 78.
Et leur guerre est trop juste après cet attentat Qu'a fait sur leur grandeur un tel criwfe d'Etat.
(Nie. V. I. 39): Cf. V. I. 36. Sert. II. ii. 71.
Veul^on. savoir quel est le sentiment de Voltaire sur toutes ces locutions ? L'une est « trop impropre », l'autre est « un barbarisme », ailleurs il voit « une prose un peu commune et négligée » ou « une expression impropre ei qui forme un contre sens ». A propos des autres vers il s'écrie : « Quelle incorrection ! quelle impropriété ! et que ce défaut revient souvent ». Enfin les deux derniers renferment un «solécisme » et un « barbarisme », sans qu'on puisse bien distinguer ces deux sortes de fautes. Ces reproches sont singuliers ; les exemples que nous avons cités appartiennent au style précieux. L'épître à Fouquet qui précède la tragédie d'Œdipe renferme ces deux vers fort admirés des Précieuses, et^ui sont du même genre :
Et répandre Véclàt de ta propre bonté Sur y endurcissement de mon oisiveté.
(1) Cf. Racûie. Britannicus. I. ii : (
« Vous m'avei de César confié la jeunesse. »
Les 'Précieuses ne se doutaient pas que dans ces façons de parler <r extraordinaires et délicates » qu'elles aimaient à emprunter à un poète alors regardé comme leur maître (1), on trouverait un jour des solécismes, des barbarismes, des .impropriétés et même de 'la bassesse ; quant à Corneille, qui prétCtidait (pielques lignes plus bas que l'auteur de Cinna et de Pompée n'avait point dégénéré, il ne soupçonnait guère (pie son illustre commént^èur ne citerait ces deux vers ({uo pour plaindre la faiblesse de l'esprit bumain i'^).
(^rtes on ne piuit que blAmer l'abus de ce style maniéré (jui dèpan; trop souvent les pièces de OOrneille, surtout à partir d'(Kdipe ; mais Voltaire a souvent criticiué àtort ces locutions (jui remplacent certains tours de la poésie antique que nous avons perdus ('<). Il n'a pas vu que ces sortes de figures, employées plus sobrement, et débarrassées de tout ornement ambitieux, peuvent produire do très beaux effets; et quan'd il. ose affirmer que notre langue ne permet guère < qu'im applique à des choses inanirnées des verbes qui ne sont appropriés <|u'.^ des choses animées (^) *^ il senlble oublier que Hacine surtout a très heureusement personnifié des abstractions (•'>), et que lui-même a su profiter de ces avantages dont la langue classique "était redevable à Corneille.
En cheriiiaht à nous rendre coinpte des beautés originales de la langue de l'auteur du Cid, nous avons passé en revue les principî\les fautes de Voltaire. Compter les créations du poète, c'est énumérer les faiblesses du commentateur. Il y a là un singulier contraste. I^e critiqué a mal compris le grand écrivain, et sa principale eireur est dé croire que son auteur é(!rit dans deux styles et emploie deux langues différentes.
rx
(1) V. Livet. Précieux et précieuses. Introduction, p. xxvi. Ci) Retn. sur VépUre à Fouquet, t. XXXVI, p. 213, note 8.
(3) Par exemple : Secouez sa <orpeui|téquivaut k torpentem excutiie*
(4) I^mp. H. IV. Mpén.
(5) Cf. Clément. Sixième lettre à M. de Vollaire, p. 173, soît.
En réalité, Corneille n'en "îi jamais connu qu'une seule : les nouveautés et les hardiesses dont nous -^vons cité des exemples se trouvent presque indistinctement dans toutes ses 'pièces. Ghimène, Rodogune et Laodice ne parlent pas le môme langage, mais elles parlent la même langue. D'où vient donc l'inégalité dont On a tant parlé? C'est que le style du grand poète était comme l'arc d'Ulysse : un héros seul pouvait s'en servir. Pour imposer totftes ces audaces, il fallait de grandes pensées; cette forme extraordinaire, qui donne 4aut de relief aux belles idées, peut aussi dévoiler toutes les faiblesses et rehausser toutes les platitudes. Un pareil laur gage s'applique difficilement aiix choses très ordinaires ; l'auteur qui l'avait créé ne peut réussir à le transporter dans la prose, où il resta toujours au-dessous de lui-même. Or Corneille, quand il est privé de son génie, parle toujours sa langue. Voilà pourquoi la diction cTiez lui sefïible s'abaisser avec les idées alors qu'elle reste toujours audessus d'elles ; voilà pourquoi son style qui conserve tou-* jours son briginjilité, même quand il ne trouve plus à revêtir de pensées dignes de lui, s'affaiblit et tombe par l'effet de ses propres forces :
Il se ramène en soi, n'ayant plus oùAse prendre, Et monté sur.le faite, il aspire à descendre.
Si Voltaire avait osé appliquer à ces beaux vers la criti- ' que qu'il exerce sur tant d'aytfes; il aurait .pu écrire : • Ramène est trop familier ; en soi est un barb.M'isme ou un solécisme, se prendre une expressioii-^basse etr triviale : le faite demande un complément, descendre veut un régime, il faut dire d'où l'on descend ». On pourrait faire des remarqu$»^alogues sur d'autres plissages admirés à juste titre par le commentateur (1). Il n'est donc pas légitime d'affirmer que Corneille écrit purement quand il est soutenu par son
(1) Par exemple sur les beaux vers de la première scène d'Othon (4fl).
sujet ; ce n'est pas Ik peut-être qu'il est le plus correct. Il n'a jamais, parlé comme Mairet, Tristan ou Pradon ; et il est rarement ordinaire, quand même il cesse d'être supérieur. S'iiexiste un lutin, c'est un malin génie, qui trompe Voltaire en lui cachant la ressemblance des bons vers et des mauvais, et qui lui fait condamner dans les plus faibles le inême talent qui a produit les meilleurs. Ajoutons que le critique, qui méconnut trop souvent l'originalité du style de. son auteur, ne se reTïCiit pas non plus^ un compte exact des changements qu'il y apporta pendant sa longue. carrière. Il n'est ^rtullement étrange, ainsi qu'il le prétend, que Cor- -neille dans XExaméx de Théodore (t) f ait senti 'le vice de son sujet et n'ait p^ senti ceux- de sa diction ». N'en déplaise à Voltaire, fauteur de PerthaHte pouvait dire ç^e ' les vers de sa pièce étaient bien tournés (3) ; ils sont même trop bien tournés. Car le poète perfectionnait sans cesse sa manière d'écrire, même au moment oti le progrès ne pouvait plus être qu'une, décadence. Aussi put-il croire qu'il n'avait jama^ été aussi grand, lorsque ses qualités furent devenues des défauts, et qu'il flnit par tomber dans le jargon si fatal aux grands écrivains qui font leur langue.
Bien qu'on puisse reprocher à l'auteur du Commentaire une injuste sévérité, il ne serait point équitable de le condamner sans^hercher à le comprendre. Ses ennemis, entre autres Fréron et Clément, . prétendaient qu'en écrivant son Commentaire, il n'était inspiré que par la jalousie, et qu'il n'avait voulu abaisser le père de notre tragédie au-dessous de Racine que pour s'élever au-dessus de " Racine xmême (3>? C'est là, croyons-nous, une calomnie. Assez souvent les vers de Corneille sont critiqués avec une passion et une acrimonie qui vendent suspecte l'im-
(1) V. les Remarques sur Xf^^odare I. i. 45.
(2) V. la préface qui précède les Rêmarqvies sur Perthoriie.
(3) Clément. Cinquième lettre à M. de VoUaire, p. 6.
(2) F joumé mes. I