LES LANGUES
Sommaire. — La science des langues au xviii* siècle. — Opinion^ âeti savants et des gens de lettres. — ,L*nbb<'> Girard^ Saintin-I^blan, Rousseau, Maùpertuis, Pluchc, Dumarsais, B<n>gier, le Pi-i^idcnt d» Brosses, Tabbé Côquinot, Changeux, Court de Gel>elin, lUvuizd^,
■ niderot. — Erreurs dès ètymologistes ; défiance de Voltaire. — La langue primitive et la filiation des langues. — Du génie des principaux idiomes européens^; le grec, le latin, l'espagnol, Titalien. Le fran' çais ; ses défauts et ses qualités, -r- Causes de son univcrsali^i(^.
C'est vers la fln dp xviii« siècle que la découverte du sanscrit, en dévoilant le lien mystérieux qui rattachait entre eux les principaux idiomes de l'I^urope, donna un nouvel essor à la science des langues. Mms si, dans la période qui nous occupe, les gens de lettres avaient déjà tourné leurs regards vers la littérature des Hindous (*), si .Voltaire lui-môme avait publié en 4767 une traduction, faite sur une autre, d'un de leurs livres qu'il crut antérieur ^ Tépoque d'Alexandre |2), les savants ne s'^étaient guère occupés de leur grammaire et de leur voèabulaire, ou n'avaient pas vu le parti qu'on pouvait en tirer. Cependant les questions les plus importantes que soulève l'étude. du langage ne laissaient pas que d'éveiller la curiosité; faute d'une, méthode particulière mieux appropriée à la science nouvelle, on appliqua celle qui semblait réussir partout ailleurs; on essaya de faire pérfétrey dans ces ténèbrefe la lumière de l'esprit philoso- * phique. V
(i) Ma:|[ Mûller, Nouvelle» leçonê sur la science du langage, trad. firançatf», 4* leçon, p. 18S et suiv.
(S) LèÙH 4 9tm aUèêêe le PHnce de ***. MëL 1767, XLIIL 348.
Los ouvrages les plus importants en cette matière appartiennent presque tous à la seconde moitié du siècle. Sans sV)ccu|)er précisément de linguistique, l'àbbé Girard dans son iivredes Vrah principes de la lang uc française, qui parut en 1747 (t), avait pourtant consacré (juehpies pages aux questions générales. Lé problème de l'originedu langage n'embarrassait pas beaucoup l'audacieux académicien ; pour lui, t la vue du ciel et de la terre produisit tout de spite chez les Latins cœlumy terra; au contraire te génie français créa d'abord l'article pour distinguer et tirer de la généralité les êtres dont im voulait parler (2). » Craignant qu'on ne relègue te français parmi les t jargons», Girard ne veut point admettre (fu'il y ait des langues mères; s'il y en avait, ce ne serait point le latin ou l'hébreu comme beaucoup le croient ; « car entin il faut qu'une langue mère ait des (illes, et on ne leur connaît point de postérité. * Aucun d^s idiomes connus ne peut prouver, par des titres authentiques et décisifs, qu'il remonte à la création du monde ou à la confusion de Habel. La partie la plus importante de ce chapitre est c^lle^qui a trait à la division des langues. L'auteur les ran^e selon leur génie, c'est-à-dire leur construction , en trois classes, auxquelles il donne des noms nouveaux. Les premières, coinnie le français, l'espagnol, Titalien, reproduisent a l'ordre naturel l3) et la gradation des idées »; elles ont de plus des articles ; ce sont les langues analoguen^ D'autres au contraire « ne suivent d'autre ordre que le feu \,de Timiigination »> telles sont le latin, Tesclavon, le moscovite, langues transpositives. La troisième classe, qui tient des deux autres, comprend celles qui ont à la fois un article et des cas, comme la langue grecque et la teutoniqu^, Bt
' (1) Les Vrais principes de la langue française, ou la Parole traduite en méthode conrormément aux lois de l'usage.
(3) Il faut entendre par là Tordre logique, qui est anaiogue i celai des idées. '
iduite
peut s'appeler pour ce motif mixte, « ou d'un air plus docte, nmphilogique {^) ri . Cette division (railIcMus lort sii/iplo^ o\ (jui repose sur la raison, dtnait plaire à rfvspiil pliiloso- |)hi(|ue; aussi fut-elle généralemeîiljidoptr'e et elle rst rcslc'c jusrju'à nos jours daps l'ensei^niernent. KIUî pouvait (Hi(^ util<î tant qu'on ne sortaH pas des limites de la «,''iani maire génét:ale; mais elle devint la source de noml)reuses erreurs, lorsqiïe les philosophes la transportèrent dans le domaine de la linguistique et prétendirent conclure du génie des l.jnguea Meur filiation. '
Trois ans plus tard parut une Théorie nouvelle de la parole et dca langues' contenant une critique abrégée de tous IcB grammairiens ancienu et modernes. L'jujteur , Claude Saintin-Leblan , avocat au Parlement, déclare bim haut (ju'il est un philosophe, et (ju'iL va substituer les lumières de l'esprit nouveau h des préjugés (|ui ont plus de trois mille ans d'existence 02) Comme les bonunes s(» serv(mt tous les jours du présent céleste de la parole sans savoir comme ils sont parvenus h s'en servir, il se propose d'étudier l'origine, le progrès et le système des langues, en forçant la parole à s'expliquer elle-même; il n'eiUre dans le détail d'aucune langue particulière,^ mais se renferme dans ce qui leur convient à toutes (3). Sans remonter à « l'infusion divine de la parole », le philosophe croit (|ue les mots soni « l'efTet du caprice de nos aïeux j». Il se demande ce (pje c'est que le langage en général, combien il dev;rit comporter d'espèces de mots, quelles sont les qualités qui en font la perfection ; puis il traite des inflexions, de la construction et de la syntaxe, et reconnaît que l'usage est « le maître absolu du langage (*) ». Il parle d'une façon très générale de la difîérence des langues, de leur génie particulier, des
(1) Ib.fp. 43 et suiv.
(2) Epit. déd. IV.
(3) Préface, p. x.
(4) Livre IIl, p. 153.
moyens de les perfectionner, de Futilité de leur étude et des moyens qu'il faut employer pour arrivg;^ à les connaître. Cet ouvrage, souvent déclamatoire et sans grande valeur, touche à la plupart des questions qu'on aimait alors h discuter. Il est purement logique et composé d'après la méthode qu'employèrent, avec plus de talent et de succès, les meilleurs esprits du siècle.
0 Ce serait la matière d'ua examen assez philosophique, avait écrit Duclos, que d'observer dans le fait et de montrer par des exemples combien le caractère, les mœurs et les intérêts d'un peuple influent sur sa langue (1) ». Ces lignes suggérèrent h. J.-J. Rousseau l'idée de composer son EêBai 8ur Voi'igine des langues (^. Le philo.sophe de Genève pen»e que la parole ne doit sa forme qu'à des causes noiturelles. Ce n'est ni la faim ni la soif,^miii8 l'amour, la haine, la pitié, la colère qui ont produit les premières langues, filles du plaisir et non du • besoin : car l'efTet des besoins eût été d'écarter ; les hommes, et non do les rapprocher. Il y a un rapport \ nécessaire entre les langues et le caractèi^ des peuples qai les parlent : celles qui sont nées sous un heureux climat^ dans les pays fertiles du raidi, ont plus de douceur et de mollesse; celles du nord ont des articulations qui peignent la rudesse de Thommé habitué à lutter contre la nature. Le langage est également lié à la forme du gouvemenfent : il y a des langues sonores, favorables à la liberté; mais les nôtres ne sont faites que « poui* le bourdonnement des divans (9)».
Maupertuis part d'un principe contraire : il est firappé avant tout de la discordance des mots et des choi^es. Le8 Réflexions $ur Vorigine des langue^M sont une œuvre toute
(1) Corom. sur la Gr. génér. et raimmnétt ch. I, fin.
(2) Ettai mr Vorigine 3àê lang%»e», où U est parlé àt la mélodie et ds rimitation musicale^ Œuvres (Musset-j^thay), 1. 11^ 415.
(3) Ces idées avaient déjà été exposées dans le célèbre DiêOûÊtn «ur nnégaUté.
(4) Œuvres, 1. 1, p. 900.
géométrique, dont chaqtfe paragraphe est un théorème. L'auteur, supposant qu'il ébrt d'uo^'Sjt)mmeil qui lui a fait H^out oublier, essaye d'exphqu^r ïa'i^mation des langues par des substitutions de signei||Bt del^ transfprmations algébriques. Il est persuadé « que si hoa|â|ii^ons^ parler ùnè. langue commune, dans laquellè^h^Bn 'voudrait traduire ; ses idées, on trouverait do part ^f^utire dés raisohnçmènts' bien étranges, ou plutôt qu'on ne s'entend raii»M>iîit^»,. Beau-" coup de termes et de locutions n'ej^priment que les préjugés de ceux qui les emploient, et comme il est impossible de découvrir la cause de la liaison de nos idées, il y a lieu do douter de la solidité des fondements des sciences, qui dépendent intimement des nianières dont on s'est aèrvi pour désigner les perceptions; et, eu général, il ne faut pas avoir une trop grande conflance dans la sûreté de nos connaissances. Aussi Boindin reproche-t-il à Maupertuis de chercher à inspirer des doutes « sur la nécessité et l'étjernité de notre être » (i).
Tout le monde ne s'élevait pas à ces hauteurs philosophiques : dans d'autres' ouvrages plus modestes on n'étudiait le système des langues que pour arriver à des résultats pratiques. Telle est la Mécanique de Pluche, livre de grammaire générale et de pédagogie qui expose une théorie sur Tordre des mots pour l'appliquer ensuite à l'enseigiiementt2). Pluche s'éloigne des idées du siècle en ce qu'il considère surtout les formes physiques e^t mécaniques des languies, plutôt que leurs formes logiques ; il s'écarte de la voie tracée par Port-Royal. Il cherche pour ainsi dire à faire du latin une langue vivante : « Tout commerdè étant rompu entre les anciens et nous, il y faut suppléer, il faut user d'adresse ('^) » . On doit commencer à apprendre les langues
(t) Les remurques de Boindin ont été imprimées à la suite de l'opuscule de Maupertais, p. 987, suiv.
{%) La MéeaniquêiUêLangueê et l'art dé Ut enaeigner. 1751. (3) Liv. U, p. 41. . 0'^
par l'usage et non ^lar une étude réfléchie {^). Le maître qui veut faire oxpliffuer un passage d^un auteur doit d'abord dii^ en fonçais ce dont il s'agit, puis donner une traduction Mé)^ et déclamer le morceau ; ensuite l'élève répète la Ira-
ductiôrV sans déranger l'ordre des mots latins, car autrement
il se pri-veriiit du plaisir d'entendre un vrai concert; C-^) il en " : reruj Cy^inplti en fraiiçiiis, change alors seulement l'onlre de "^ "la |)hrase donnée, et la recompose de mém4)ire. (^) Ces idées étaient à pou près celles de l'abbé Batteux (♦), de £ondillac et d'un cortain nombre de grammairiens.
" IMuche regarde la construction des lai^gues anciennes comme la plus naturelle : Dumarsais et Beauzée sont persuach's, au (contraire, que le véritable ordf*e nAtiirol e»i l'ordre analyti(|ue, et ils concluent qu'une étude sérieuse des langues doit avoir pour fondement l'analyse logique (5î. Le premier suivait, comme on disait alors, une méthode wicfcanû/uf; ses adversaires défendaient un système m^<aphi/sique. On lutta pendant longtemps dans les livres et les journaux; on invQ({ua l'expérience des professeurs; aux su*ccès de M. d'Açiirq, directeur d'un lycée rue de TEstrapade, et partisan de M. Dumarsais, on opposa les résultats obtenus par M. Chompré, maître de pension rue des Cannes, qui suivait la méthode do M. Pluche(*J). La question se rattachait d'ailleurs à celle de la prééminence des langues et Voltaire ne manquait pas de se mêler à la querelle.
Dumarsais attache une grande importance à la questipn de
l'ordre des mois, et le principe (lu'il a défendu sert defonde-
lent à plusieurs de ses ouvrages i7). En revanche, il s'occupe
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(1) Liv. lit, p. 3i).
(2) Liv. II, p. 115.
(i) Cours de Belles- Lettres, i'JTi\, IV, 21W, (5) Enc. met h., art. Inversion et Mélhod^. (G) V. Ann, lin., 1757, II, 2i»4.
(7) V. les ouvi'Hges contenus dans le tome \" # ses Œuvres, publiés en 1797, par Dudiosal et Michelet.
son
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assez peu de la linguistiqtie proprement dite. Il pense, comme Rousseau, que la nature nous a d'abor^jk donné les signes des passions, signes qui se sont modifié*' et perfectionnt^s avec le temps (i). Il ne parle qu'avec réserve de la flliation^es langues ; et, quand il cite des étymôlogies, il évite do donner son propre avis. La sûreté de son jugement ne lui permettait guère de prendre parti dans des questions
j où' trop souvent la passion des systèm'es tenait lieu de méthode. .,^ -
Au lieu de chercher à découvrir, à l'aide de la raison, les principes généraux du langage, Bergier essaya d'étudier la formation des idiomes et de se rendre compte de leur rcs- Homblance en rapprochant leurs vocabulaires (2). Selon lui, l'hébreu est au fond la langue primitive, car avant la (confusion de Babel il existait au moins dans ses racines, et « la comparaison des langues devient le commentaire le^plus lumineux du dixième chapitre de la Genèse |3l )» La langue primitive est inaltérable; c partie des plaines de Sennaar, elle a rayonné et s'est embellie dans la Grèce ; transplantée en Italie, elle a repris une nouvelle forme pour venir enfin s'habillera la française : la course est longue et la métamorphose singulière (*i, » Bergier a des v>ies judicieuses sur le mélange des idiomes et les services que l'étuote des mots peut rendre à dilTéi'entes sciences. Si les étymôlogies qu'il donne sont en général fort peu acceptables, il aWu moins
^^-qudques idées justes sur la filiation des mots (•'îj. Il entre voit ce qu'on appelle aujourd'hui le principe de moind
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(1) Fragment gur les causes de la parole. Œuvres, t. III, p. 379.
(2) I^ Elémens primitifs des langues, découverts par l.i comparaison des racines de Thébreu avec cellesi du grec, du latin et du français; ouvrage dans le^iiei on examine la manière dont les langues ont pu se former et celfireHes peuvent avoir de commun. (Paris. t7(»4).
detion, cl croit ;\ la possibilité de donner une méthode se-
rieuse i\ la science nouvelle en composant un 'vocabulaire ■\^ comparé des quatre langues parallèles. « Les vraies racines du langage, dit-il dans sa conclusion, sont monosyllabes; elles sont les mêmes dans toutes les langues; tous, les peuples ont suivi et suivent en parlant le môme fil dans leurs idées, les mêmes régules dans leur prononciation : c'est donc aux mots simples et primitifs qu'il faut s'attacher pour trouver les vraies étymologie^TP^^^r comprendre la structure intime et le génie des langues, et, en suivant cette nouvelle route, on p>ourrk faire d'utiles découvertes en plusieurs' V genres ))"î^).
Le Traité de la formaiionAnëchanique des Langue» et des jtrincipes physiques de Vëtymologie du président de Brosse, parut en i765 0^); il était déjfi connu de bon nombre de gens de lettres, qui avaient eu le "manuscrit entre les mains et en avaient tiré profit. Le style du savant magistrat rappelle un peu trop parfois celui des arrêts et des considérants ; mai^ la critique et la mettre de l'auteur, et lès idées originales qu'il met à la lumière, firappèrent vivement les contemporains et firent de cet ouvrage le chefd'œuvre de la linguistique au xviii» siècle. Contrairement aux idées de cette époque, où lés savants faisaient en général peu de cas de l'étymotogie, le président déclare que l'étude de l'origine des mots < tient de plus près qu'on ne croit à la logique, et que c'est à les rapprocher que son Traité est destiné C'^); » « que non seulement l'art dont il s'occupe ne laisse ï^as que d'amuser agréablement oiTutilement la curiosité de l'esprit hbmain ; niais que celui-ci a de plus l'avan-
(2) « Il y a dans cet ouvrage l>eaiieoup de systématique, dit le critique » de V Année liltéraire; mais l'auteur a su y donner un ton de vérité M qui frappe au premier coup d'œil et qui séduit même après la réflexion.» 1765, t. VIII, p. 278, suiv. .
(3) Discours préliminairea, p. v.
que irité
on.»
tage de former sa raison dans uii des principaux exercices qu'il gp toiit, savoir, dans là logique des paroles qui consiste dans la juste convenanfee des mots avec les idées Itju'ils ■ expriment et avec les objets qu'ils représentenl(^). ^ Il décrit lejeude J'organe de la voix (2), donne un alphabet orgrant^ucindispensable pour bien s'entendre et se rendre compte des permutations des lettres (3), examine en passant la question de la langue primitive, sur laquelle il s'en< rapporte à la tradition des li^es saints, et traite des différents systèmes d'écriture (♦). Puis, descendant à l'examen des langues en particulier, de leur formation et de leur accroissement, il expose une (héorie des racines monosyllabiques, car il a pris connaissance du principe fondamental do la grammaire deX Hindous ^). Il recherché les principes elles règiles criti(|ues de l'art étymologique ; il devine que les consonnes d'un même ordre se substituent facilement l'une à l'autre et qu'on peut établir sur ce foudement des règles certaines (0). L'ouvrage se termine par une /ntirtietionpour construire, le Grand Archéologue ou Vocabulaire univf^rsel par racines, ouvrage qui doit comprendre tous les mots conmis de toutes les langues, sans oublier ceux des jargons populaires, et qui épargnera la lecture des traités d'étymologie, des dictionnaires et dQs dissertations de toute sorte qu'on ne cesse de publier sur ces questions (?). Letrait^ du président do Brosses est rempli de vues ingénieuses et nouvelles : mieux que Bergier^ila vu et signalé l'utilité qu'on pouvait retirer de i*étuâe dos différents idiomes pour l'histoire et la smythologie oomparôe (^}. Mais, quelle que fût sa valeufr, le
<1) T. Ur> 433. .
(î) Ch. m. p. 100. /*
(3) Ch. V, p. 177,
(4) Ch. VI, p. 196.
i) Ch. IX. /? ' ■:
((^aCh. XV, t. II, p. 410. Ch chap. XIV, p. 371. (7) bi. XVI, p. «M.
(«) Ch. U, n« «4.
Trctité de la formation méchaniqué^des Aaiignes n*était. <ïu'«ne étude préliminaire dont Tachèvement était subordonnera la confection du Grand Archéologue. S^t qu'il se préoccupe avaqt tout d'écrire une œuvre philosophique, soit qu'il hésite à entrer dans des détails dont sa critique se défie, l'auteur ne cite pas assez d'exemples : il ne fait point la science, il n'en donné pas môme la méthode : il se contente d'en poser les fondements et de fournir les moyens d'y arriver.
ly Essai synthétique sur l'origine et la formation des langues f qui parut en 1774, nous ramène à la pure philosophie (i). Ekins cet ouVrage, l'abbé Coquinot se projiose de montrer la naissance et les progrès du langage, c dans l'ordre sudSIssif où il est probable qu'il aurait lieu (2). » Il £ai1^ l'hypothèse, d'une colonie qui habiterait dans une lie isolée du monde, et cherche à faire voir par quels moyens ces hommes, qui ^'auraient 'aucune idée de nos langues, pourraient parvenir peu à peu à les parler. • .
Condillac, dans sa Grammaife, expose des idées assez semblables pour le fond,' mais avec pliis de netteté et de talent (3). Si l'Jhomme^n'a pas créé lui-m^me son langage, au moins était-if capable de ^'inventer ; car la nature, en nous donnant le Itingagè d'action, c'est-à-dire les geslè»^ . les molivem^nts du visage et les accents inarticulés, nous a qriis sur là voie pour imaginer nôus-nlômés de nouveaux signes. Ces mots gnl tfn certain rapport avec les choses,! non qu'ils en expriment la nature comme l'ont cru certains philosophes, mais parce qu'ils en X6préde|()tent les apparences, et la 'manière dentelles ont été d'aàk)rd perçues. Pour découvrir les principes du langage, il fout donc fa$|hé
(1) L'auteur de cet ouvrage concourut, aVcc Herder, pour le prix pr6^ '^ ;. post^, en 1770, par l'Académie de -Berlin. . *
(2) Préf., p. VI. - ; .
(3) ŒuwM (1827), t. VI, p. 35 et «uiv, ' ,,
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ranalyse de la pensée : car toûtes.les langues ne sont que
des méthodes analytiquestïuejes hommes ont créées à leur insu. . . *
Au temps où parut la Grammaire de Condillac, la science des langues semblait avoir été assez cultivée dans toutes ses parties pour qu'on pût songer à réunir et à comparer les • résultats acc|uis : aussi les* travaux des savants commencent-ils apprendre un «caractère encyclopédique. Les deux ouyrages dont nous allons dire quelques mots sont, il , , est vrai, postérieurs à Fépoque où .Voltaire écrivit sur la lin- . guistiqûe ; mais ils montrent d^une faOon générale ce qu'était alors la science du langage et comment on comprenait les questions qui plus d'une fois avaient occupé l'auteur du Dictionnaire philoBophique. ■ ' \-
Dans sa Bibliothèque grammaticale {i\ Changéux expose ses idées sur-les divers points qui attiraient le plus l'atten- » tion des grammairiens. Il donne d'abord une Grammaire générale, fondée sSr un principe unique qui est celui de ^ ^analogie : car toutes les grammaires ne sont que de,s abrégés d'analogies, ce qui permet d'établir une Grammaire philosoplif(ïue communia toutes les langues ; puis de ce principe générd, il déduit des Elémmta de philologie. Il essaye ensuite de créer une Jangue universelle; mais désespérant d'y parvenir, il se borne h indiquer quelques € stratagèmes »,grâce.auxquelson peut se servir des langues étrangères sans se donner la peine de les apprendre, ou bien les écrire ou les comprendre machinalement. L'ouvrage contient encore un Eisai de Logomancie ou « l'art de coh^ X iiaitre les hommes par leurs discours et les nations par' l^urs idiomes»; il se termine par des Conjectures sur la * Prosodie.
r,:l0^M0nde primitif analysé comparé avec le monde mo- -
■^ . (i) BibUoéhimU grammaticale abrégée ou Nouveaux mémoires $ur
X;> la parole tt Vitt^rè, 1774. V. Uém, de Trévouw. 1774, 1. 389.
deme, de Court de Gebelin, commença à paraître en 1773 : c'est une véritable encyclopédie de la science du langage (0. Cet ouVrage, pénétré lui aus^i de l'esprit philosophique qui « remonte aux causes par les effets i>y traite des origines jusqu'aux^ temps historique^ : il comprend deux classes générales : celle des mots et celle des choses (2). Il devait jeler uiie lumière nouvelle sur la langue primitive, mère et clef de toutes les autres, sur les rapports des différents idiomes, sur les principes généraux du langage , expliquer la langue allégorique de l'antiquité, présenter les lois" anciennes sous leur véritable face, éclaircir les sources du droit public et les faire mieux connaître (3). Ce qùraparu de la partie grammaticale comprend un traité des Principes du langage et de l'écriture, une jgrammaire générale, des vocabulaires étymologiques des^ langues latine, grecque, française précédés de longues dissertations sur les origines (4) : l'auteur n'a pu donner ce qu'il avait promis«ur la langue technique, l'étymologië des noms propres, la bibliographie ; surtout il n'a pas publié son Dictionnaire de la langue primitive ni son Dictionnaires comparatif des langues. Court de Gebelin pense que l'étymologie ne doit pas seulement rechercher la généalogie des mots, mais qu'elle doit examiner leurs rapports avec la nature même des choses (^). U cherche à démontrer qu'aucune des langues connues ne peut être regardée comme primitive : mais elleè ont toutes un fonds commun, et l'on peut remonter du mot français au mot primitif à travers toutes les langues et tous les peuples. Il x/se et abuse des étymo- ■ ^ . ji
(1) 9vol.in-4*. ' " I ,
{1) Plan général, Ul, p. il, , '/
(3) Vue générgie du monde primitif, t. IX, p. m.