T. III, II, VI, VJII, V
(5)"Pran général, t. I, iO. Cf. Disc, prél., t. V, ii Ainsi la lettre A, « qui correspond à Si dans la musique, est à la tête des mots et les » domine comme un monarque au milieu de ses sujets. » C'est le cri des passions fortes, et par suite le signe de la domination, de la propriété, comme dans le mot avoir, etc. (t. I, p. 21).
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, merve « i*app belin e mais i pour r L'art gués ei y a join observf ticle E ajouté u •^ guet, tri LepJ] plicatioi est uns au conti que le h mant im Toutes analytiq de la pre Afin ( dans les Diderot i nécessai sances i possible la fixer sonné (3) perpétue
logiël» celtiques : la langue des Gaulois est entre ses mains un , merveilleux instrument, qui lui permet de découvrir les « rapports • de toutes les autres. L'ouvrage de Court de Gebelin est d'une étendue considérable et passablement dilTds, mais il est précieux par les renseignements qu'il fournit pour l'histoire de la linguistique.
L'article de V Encyclopédie méthodique, qui traite des langues en général, est dû pour la grande partie à Beauzée : on y a joint un fragment d'une dissertation d'Adam Smith, des observations de l'éditeur et des réflexions extraites de Variicle Encyclopédie. 11 n'eût pas été complet, si l'on n'y eût ajouté un projet de Langue universelle : l'auteur était M. Fai- *i guet, trésorier de France.
Le philosophe écossais cherche à démontrer que la multiplication des désinences dans les déclinaisons et conjugaisons est tm signe de grossièreté, tandis que leur absence indique, au contraire, une langue perfectionnée (t). Panckouke admet que le langage a commencé par des cris qui, en se transformant insensiblement, ont produit les différentes langues. Toutes sont des constructions régulières, des méthodes analytiques dont on doit se servir pour donner de l'étendue, de la précision et de la clarté ^ ses propres pensées (2).
Afin d'éclaircir l'histoire des progrès de l'esprit humain dans les siècles passés, et d'être compris des siècles à venir, Diderot s'occupe de déterminer les conditions praticables et nécessaires pour que la langue, sans laquelle les. connaissances ne se transmettent point, c se fixe autant qu'il est possible de la fixer par sa nature, et qu'il est important de la fixeir pour l'objet d'un Dictionnaire universel et raisonné (3). » D veut qu'on recueille les radicaux, qui changent perpétuellement de signification, semblables à ces « instants
(1) P. 4SSM92.
intermédiaires » qiie la peinture ne peut représentent), r.o molli (Mir moyen d'y arriver est de rapporter la langue vivante à une langue rnrfite, commet une mesure exarte et invariable. On devra écrire chaque mot selon Palpliabet usuel, puis selon l'alphabet raisonné, chaque syllabe séparée et chargée de sa quantité, puis on ajoutera le radical grec ou latin correspondant ; on distinguera soigneusement les synonymes, et pour éviter les redites, on suivra le plan du ])rem\er Dictionnaire de V Académie' i'^). Ces idées sont originales et très philosophiques. Diderot désire qu'on établisse, pour ainsi dire, une commune mesure des langues, qui serait l'unité du langage, sorte d'étalon fixe et invaria^él 11 s'enferme d'ailleurs dans des limites assez restreintes : il ne veut comparer que des unités du même genre, et l'on voit qu'il songe principalement à l'avenir de la langue française» Beauzée, dans un travail assez étendu (3), combat l'hypothèse de l'homme sauvage qui ne peut expliquer l'origine du langage. Il s'en tient aux faits qui sont racontés par l'Esprit-Saint, et confirme le récit de la Genèse par des arguments semi-théologiques. Il considère Tordre analytique comme le lien universel de la communication de toutes less langues ; et c'est d'après ce* principe qu'il en établit la division. Beauzée distingue, comme* l'abbé Girard, les langues analogues et les langues transpositives^ mais il ajoute une subdivision : parmi ces dernières les unes sont libres, comme le latin, les autres uniformes, comme l'allemand. Le premier langage des hommes a.dû étrp analytique; c*est une raison qui appuie l'opinion de ceux qui regardent Thébreu comme primitif : peut-être les langues transpositivea remontent-elles à la confusion de Babel. Les langues se ressemblent toutes par trois caractères généraux, l'emploi
C^) P. 400-422. Art. I et ÏI. Origine et multiplication des langues. — Art. m. Analyse et comparaison des langues.
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(i) Art. j p. 511.
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des interjections, des cris naturels et des onomatopées ; mais le climat et le genre de vie font naître des dilférences, (|ui permettent au philosophe ohservateur du rec^onnaître le caractère d'une nation ;\ son lanirage : ainsi la langue italienne •( a amolli^ prononciation des mots latins dans la même proportion que lé peuple qui la parle a perdu de la vigueur des anciens Romains. 9 Beauzée ne croit pas aux languesmères ; il est persuadé, comme l'abbé Girard, qu'on ne p^ut tirer presque aucun secours de l'étymologie. Il pense, et avec raison, que toutes les langues ont leurs mérites particuliers, selon le point de vue auquel on se place. Il songe d'ailleurs plus à raisonner qu'à comparer, et renvoie i\ des ouvrages dont la plupart nous paraissent bien vieux. Le travail du célèbre auteur delà Grammaire générale montre en plus d'un endroit combien il était dangereux d'appliquer exclusivement l'esprit philosophique à la science des langues.
On voit qu'au xviu<> siècle les études grammaticales ont deux sortes de partisans, les érudits et les philosophes. Ceux-ci, plus enclins à raisonner qu'à observer, se trompent souvent par l'application d'une fausse méthode à la linguistique : ceux-là, privés d'un guide sur, ne font servir d«s connaissances souvent fort étendues qu'à faire triompher à tout prix des idées préconçues. Les uns et les autres sont convaincus que tous leurs ouvrages sont des enfants de Fesprit du siècle ; mais le président de Brosses est le seul qui ait essayé, par^ une critique sérieuse, de concilier la science et la raison. En somme,' la grammaire comparée* n'existait qu'à peine, puisqu'elle n'avait ^pas encore sa nniéthode ; elle ne faisait que naître, pour ainsi dire, à l'ombre de la ^ï^maire générale.
Voltaire, qui ne pouvait rester étranger à tout ce mouvement philosophique, écrivit pour V Encyclopédie quelques articles sur les langues en général (i). Il ne s'y montre point
(4) Art. A B C ou Alphab^,i, XXVI, p. 11-27. Art. Lattgues, t. XXX, p. 511.
Tami de la linguistique proprement dite, où il ne trouve guère que des théories aventureuses, des chimères ou des préjugés : et il faut avouer que sa défiancé était souvent justifiée, ï/étymologie était alors dédaignée ou méprisée de |)resc|Ue tous les grammairiens. <c Grâce au bon sens supérieur qui règne sur le théâtre français, écrit Bergier, "toute observation grammaticale est devenue souverainement ridicule : un homme qui raisonne sur la prononciation des lettres est Toriginal du bourgeois gentilhomme {}). * Cette science nouvelle, qui n'était encore qu'tfn art, avait exécuté des tours merveilleux au xvip siècle, grâce à Idénage et aux beaux es-, prits ; au xviii*, elle se mettait à faire des miracles dépuis (|u'elle était aux mains des savants : et il n'est pas étonnant, comme le dit Max Mûller, que Voltaire, qui croyait si peu aux miracles, n'ait pas voiïlu croire à ceux d'une science a où les voyelles ne font rien et les consonnes fort peu de chose. • Les érudits les plus sérieux prêtaient non-seulement à la critique, mais encore à la raillerie. Nous ne parlons pas des anciens livres ou écrits latins qu'on avait l'habitude de consulter et auxquels renvoie VEncyclopëdie (2). On y discute souvent des questions théologiques ; on y expose des systèmes puérils, dont le but est généralement d'établir un rapport entre le son des caractères de l'alphabet et leur signification (3); on torture les mots dans des interprélations étranges et souvent grotesques. Voltaire sans doute n'avait guère lu
(i) Èlémen8 prim. du langage, p. 28.
(2) Les pr4ncipaux auteurs étymologiques étaient, en France : le Père Besnier, Bochart, les deux Casaubon, Gazeneuve, du Gange, Fourmont, Duret, Guichart, Huet, Ménage, « qui fit à la fois tant d*homieur à T^tymologie et la fit tomber dans un si grand discrédit » ; Petron, IHMrtd, 8«umaize, les deux Scaliger, Thomassin ; en Angleterre : BoxhcntûttS ; en Allemagne : Wachter, Schaevias ; en Suisse : Bibliander ; en Danemark : Borrichius. (Gourt de Gebdin, t. lU, chap. 6. Encyc, méth,t art. LamgiÂêi, p.40l.) .
(3) Henselius (Synopsis univgr'êaé phUologiae, Norimbergûê 1741), disserte sur ce point : Angdis quoHi tU Ungua $ribUenda (p 19.X
> -^38ces sortes d*ouvnages ; mais ceux qu'on écrivait de son temps en français leur ressemblaient par plus d'un point. Bergier, qu'un critique contemporain félicitait * d'avoir su employer d'une manière sage et ingénieuse le système trop souvent équivoque de l'étymologie comparée (*) » , osait rapprocher l'hébreu totCu hohu du grec t/^wïj et du français tripe, tuyau, boyau, par l'intermédiaire du patois franc-comtois (2). Court de Gebelin, qui a la prétention dejtirer du chaos un art jusqu'aloi% informe, se moque des ancieqs qui rattachaient Académie au nom propre Académoi ; il montre par l'hébreu que Gadmus était un savant venu dé l'Orient, et que par conséquent les Béotiens eurent la première Académie qui ait existé en Europe (3). Les affirmations de Certains savants étrangers étaient pour le moins aussi aventureuses (*). Si le président de Èrosses se trompe moins que les autres, c'est qu'il se risque beaucoup moins : encore commet-il des erreurs de détail, alors même qu'il a raison pour le fond (5). Les savants n'ignorent pas d'ailleurs que « la décomposition des mois n'est point une science susceptible d'évidence (^) : ce n'est qu'un t art conjectural », où l'on ne suit que « des lueur^ », 0^ l'on forme des hypothèses qu'on vérifie ensuite par des moyens nombreux et compliqués. Ceux qui cherchent à créer une méthode ne donnent en somme que des règles négativ69 qu'ils appliquent aux cas faciles et en se contentant d'à peu près ; ils ne font quMndiquer un en-
(i) Gatette littérairefl. 144. »
(2) Élémenijt de Unguiatique, p. 302.
• (J) TTV. Diêc, prêt., p. in, 1. 1, page 40.
(4) Rowland Jones, aateor d'un livre intitulé : The origine of Ijinguage and Natic^ (London 1767), ouvrage qu'un critique du temps appelle une « alchioiie grammaticale », f^t venir toùman du celtique w-oman (atUmal é» homine), Wife vient de w-i-fl (mon animal, etc.) V. Ù^^^xêtt0 lUtéraire. IV. 157.
(^) Il felt venir mou de Hhda, en passant par les rormés intermédiaires tiuto, sdlttf, t. II, p. 493.
f Bergier, oav. cit, 'p. tt.
semble de précautions moins, propres à démêler la vérité qu'à éviter de choquer le bon sens et la vraisemblance (1), Lesérudils de l'Académie des inscriptions, Falconnet, l'abbé Lebœuf, ne recherchent guère que l'origine .des noms propres ; là, il n'était pas absolument besoin de recourir à des principes grammaticaux, il suflisail d'appliquer les régies de la critique historique. Le savant Fréret est d'avis que les preuves étymologiques ne seront jamais que de^ preuves « extrêmement sabsidiaires » et qui ne doivent marcher qu'à la suite de toutes les autres (2). Voltaire ne pouvait pas avoir une bien grande jestime pour une science dont les afTirmations étaient tantôt puériles, tantôt chimériques. Il put np pas trouver fort plai'sant qu'on dit que t le mot cordonnier \\èni de ce qu'ils donnent des corsC^», et n'eut pas
(4) De Brosses, tome II, p. 434, f 381. — Turgot JFnc. méth., art. Etymologie. ~ Mém. dé l'Acad. dêi Inaer,, t. XX; p. 90.
(2) Mém. de l'Académie des Inscriptions, XX, 90. o,
(3) Connaissance des beautés ejtdesdéfautfde la poésie et d&l'élO' \iuence dans la langue française, art. Langues {i. XXXIX, p. 241). Cet
ouvrage, qui parut en 1749, fut imprimé par les ëditwin de Çehl avec les autres œuvres de Voltaire (t. XXVUI. 277j. Se fondant sur un passage où Voltaire semble se désigner lui-même par inadvertance, sur quelques lignes d'ailleurs peu concluantes de d'Alembert, sur la citation d'un vers de la Henriade qui ne se trouve nulle part dans les éditions de ce poômê, sur un Vers du Discours sur rHomme, changé par Tauteur en 1748, enfin sur la ressemblance des observations sur -la tragédie de Pompée, avec les remarques du Commentaire sur ComeiUo, Beuchot ne crut pas pouvoir exclure cet ppuscule de son édition. (Voir sa note ibid,, p. 147, 148.) M. G. Bengesco (Biographie dem œuvres de Voltage, t^ II, p. 46, no 1G04) se refuse à en admettre Tanthenticité. Nous ne pouvons nous rendre entièrement a ses raisons. Voltaire, il est vrai, se cite inexactement et se contredit sur un point de détail ; mais il faut avouer qnll en avait quelque peu Thabitude.' D'autre. part, on trouve dans cet écrit la. plupart des opinions qu'il a exprimées dans d'autres ouvrages, sur le mélange des tons et des styles (p. SIO), sur Régnier et Boileau (p, 315), (V. le Mémoire sur la satire, t. XXXVIII, p. 327), sur Qninault (p. 965), sur les libelles diffamatoires (90B) et les expressions précieuses (S90). L'auteur est grand partisan du purisme ; il a quelque tendnnce à v<Hr partout des fautes (239), il se montre intolérant dains ses oitiqiMS grammaticales (199), il raisonne sur les métaphores t'SKOf m préoccii|ie des étrangers
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tort de railler ceux qui dérivaient, comme le P. Thomassin, le mot hrachmane de Thébreu harac, s'enfuir, « parce que les brach mânes constamment s'enfuyaient des villes (i) », ou qui prétendaient^ que les Pajinonicn* étaient ainsi appelés de pannuSf à cause de leurs habits déchirés (2). Il eut aussi quelqiie raison de s'obstiner à croire que l'empereur de la Chine Yu n'était pas visiblement le roi égyptien Menés, comme le prétendait M. de Guignes ;"* que l'empereur Ki n'était pas évidemment Aioen en changeant k qvl a et i en toes (3). Et;le dédain qu'il professe à l'égard de ces futilités était d'autfdit plus ' natut-el qu'il faisait en général assez peu de cas de tout ce qui lui paraissait être primitif ou barbare. < Des gens qui n'ont pas eu la moindre teinture des arts utiles » ne méritent pas plus noè recherches, à son avis, « que les porcs et les ânes qui ont habité leur pays (*) ». Il déclaré qu'il aurait du plaisir à voir les érudits « aller fouiller dans la tour de Babel pour y trouver l'ancien langage celtique et toscan, si la perte d'un temps consumé si misera-
(225), juge utile diépluiàiêr les boins auteurs (SÛO) ; enûn, il fait sur quelques sc^es de Pompée un commentaire qui, pour ■ le fond et la fcMifie, est à peu de chose près celui que Voltaire fit paraître 25 ans plus tard (p. 229). Nous ne pouvons croire cependant que le grand critique eût osë^ se mettre au-dessus de tous les écrivains français, bien qu'il n'hésitât pas toujours à se rendre à lui-même la justice qu'on lui refusait. Si la ConnaUèance de$ Beautét n'est pas uniquement l'œuvre de Voltaire, cet ouvragé reproduit certainement ses idées ; il a dû être rédigé sur des notes du maître par un de ses élèves. Ajoutons que l'orthographe beautez, qu'on trouve dans le titre de l'ouvrage paru en 1740, et qui semble étonner les éditeurs, n'est witre que celle de Voltaire lui-même, comme on^ut le voir notamment par les lettres de lui qu'on a publiées récemment, sans rien changer à sa manière d'écrire.
(1) Dict. phU„ art. JBraehmanes, XXVU. 420.
(2) ItHd.fWri, CeUeà, p. 435.
(3) Défense de mon oncle. Mélanges, 1767, t. XLIII, p. 313. — Préface de VBIêtoire de Russie, § 3, t. XXV, p. 18. — De Guignes voulait démontrsr que les Qûnois. sont une colonie des Egyptiens. Il identifiait Kang avec Diabiès et Tchong avec Phenphi, Penphoe. Mém. de VAcad. dM JiMcr^l., t. XXVI. 490.
(4) Dki.pm., mot Lettres. XXVn. 536.
blement n'inspirait pas la pitié (i). » D'ailleurs il se défie des savants qui parlent des langues étrangères sans bien les connaître, et qui puisent leurs renseignements à des sources qui ne sont pas toujours sûres. « On risque, dit-il, 4e tomber dans d'étranges méprises quand sur les bords de la Seine ou ^tsi Saône, ont donne des leçons sur la langue des pays où l'on n'a point été. Alors il faut avouer son ignorance ; il faut dire : J'ai lu cela dan^ Vachter, dans Ménage, dans Bochart, dans Kircher, dans Pezron (2), qui n'en savaient pas plus q\ïë moi ; je doute beaucoup, je crois, mais je suis très disposé à ne plus croire, etc. » Et plus loin il ajoute : « Connaissez bien le génie de notre langue , et, si vous avez du génie, mêlez- vous peu des langues étrangères et surtout des orientales , à moins que vous n'ayez passé trente ans dans Alep (3). »
Cette critique railleuse vise évidemment l'auteur du Traité de la formation méchanique de$ langues. On sait que Voltaire en voulait au président de Brosses, et son animosité contre le défenseur des études linguistiques finissait par rejaillir sur la science elle-même. Celle-ci, il est vrai, prit sa revanche. De Brosses avait écrit que la terminaison latine urire sert à indiquer un désir vif et ardent, et qu'elle vient d'un radical ur qui signifie le feu dans un certain nombre de langues (*). Voltaire s'inscrit en faux contre cette opinion et, confondant assez légè» rement urtVe avec ire, il n'a pas de peine à prouver qu'aucun désir violent n'est exprimé par des motS' tejs
(i) Ihid., art. Alouette, t.'XXVI, p. 194.
(2) J.-G. Wachter (1673-1757). Principaux ouvrages: GloB9ar%um ger' manicuin , Naturae et scripiurae ooncordià. — Samuel Bochart ( 1589- '1667). Geographia sacra, EHêrotoicon aive deanimalibuê $anctae scripturae,— Athanase Kircher (160Î>16B0). Œdipus Mgyptiaeua, Polygraphia. (Langue universelle). — Pezrok ^ 1639-1706). Antiquité de la nation des Celtee, 1708.
(3) Dict, PhU„ art. Langue». Section I. XXX, 5M. \
(6)' cens i pueri
que balbutire, singultire et perircy « attendu que personne n'a envie de balbutier, de sangloter et encore moins de périr » (i). Doué sans doute d'une oreille délicate que Tétude de la musique avait rendue encore plus sensible, le président avait dit que le son de Vu est particulier aux Français W ; son contradicteur prétend, sur Tautorité de Gicéron, de Oratore, et d'après l'opinion de Calepin et de Scapula, qu'il ne cite guère ailleurs, que les Grecs donnaient à Vupsilon le son de notre u, que les Espagnols, les Allemands et les Hollandais ont aussi cette lettre ; et il se donne tort à lui-même en convenant qu'il y a des nuances dans la prononciation (3). Il soutient également contre le même auteur, et avec quelque mauvaise foi, qu'on peut traduire humour et spleen par humeur et rate, et que les Anglais ont un mot v^z qui correspond exactement avec notre mot esprit i^). Qu^sert-il d'ajouter: c Les Anglais prétendent que ce sont eux qui disent les bons mots et que ce sont les Français qui en rient ? ». \
Voltaire ne fut guère plus heureux quand il voulut prendre parti dans la question alors très discutée de l'inversion. Il semble croiVe que ce procédé illogic^ue ne saurait être justifié, et prétend encore que le Président s'est trompé grossièrement lorsqu'il a voulu soutenir les « paralogismes » de Pluche (5). De Brosses avait dit simplement quô les Romains, dan» leurs phrase^, suivaient l'ordre des sentiments préférablemént à celui des choses, et cite une phrase latine qui parait être de la composition de Pluche (6). Voltaire cherche à démontrer que les constructions des an- Ci) DUt. pfM., art. langues. XXXI. 514.
(2) T.I,p. W,ii*21.
(3) Dict, phiL, Jbid.
(4) Jhid,, 516. ^
{b) Dict. phil., un. Français. XXIX. ilS6, art. Langues. XXX. 520.
(6) T.'I| P- J8. « Goliathum proceritatis inusitatae viHim David adolesr cens impacto inejus frontein lapide prostravit, et allophylum cum inennis puer ossét ei detracto gladio confecit. »
ciens sont forcées, tandis que les nôtres sont conformes au bon sens et à la raison. Il appelle ordre naturel Tordre analytique suivi par les langues modernes : mais ce mot, d'ailleurs équivoque, et auquel on devrait renoncer, s'appliquerait tout aussi bien et même mieux à celui qu'on préférait dans l'antiquité. Ce dernier est en quelque sorte plus matériel, moins métaphysique ; pour les langues indo-européennes, il paraît être, venu le premier : le nôtre ne pouvait guère être connu avant Aristote, mais l'auteur du Dictionnaire philosophique avait des raisons de penser autrement. Refuser de donner au mot naturel son sens le plus simple, c'était prendre le parti des grammairiens de l'Encyclopédie, des philosophes pour lesquels la logique était la nature et même plus que la nature : c'était de plus se faire le champion de la langt(<p française, qu'on avait l'air de vouloir rabaisser en la mettant au-dessous des langues anciennes.
La question générale qui excitait alors le plus vivement la curiosité, en fait de linguistique, était assurément celle de la langue primitive. Ceux qui écrivaient sur la grammaire ne manquaient pas d'aborder le problème : les uns étaient pour l'hébreu, d'autres tenaient pour l'arabe ou le chinois , ou donnaient la priorité à l'idiome de leur propre nation (1) : on annonçait môme au monde, en style de charlatan, la découverte du langage dans lequel Eve s'était entrenue avec Adam (2). Voltaire se refuse à croire que toutes
, (i) V. Court de Gebelin, 1. 1, p. 30. -
(2) « On annence aux habitantB (le l'Europe la ^iëcon verte la plus précieuse pour la- religion et rhumanité ; la langue primitive éclipsée pendant quarante siècles et^retrouvée entière après quatre mille ans n'attend pour se reproduire que des auspices dig^ies dNm^ invention si inespérée. l/auteur,({ui ne se sent comptable que do ce quif est en lui, offre à son siècle cette découverte qui peut éterniser la mémoire de ceux qui n'auront pas dédaigné de contribuer à . ta restauration du plus beau des dons que Dieu fît à l'homme et "du plus admirable Ses monumeiits qui eurent rapport à. l'huàianitéi » 4nn. lUt,, 1767. III, 143. Il s'agit d'un livre de M. Le Brigant, avocat ^bretpn. X
les langues de la terre puissent avoir une commune origine. Il est d'abord frappé de la prodigieuse diflférence de récriture. Les Phéniciens ont communiqué leur alphabet aux Grecs qui, rayant trouvé commode par l'écriture et la numération, l'ont transmis aux Romains ; mais ni Tyr, ni l'Egypte, ni aucun asiatique habitant vers la Méditerranée n'a importé sa manière d'écrire chez les peuples de l'Asie orientale i^). La méthode des Chinois, qui est « soixante et dix-neuf mille neuf cent soixante et seisje fois plus savante et plus embarrassée que la nôtt-e, n'a rien de commun avec celle de Tyr ; déplus les Chinois écrivent de haut en bas et les Chaldéens de droite à gauche». Les caractères tartares, indiens, siamois, japonais n'ont pas non plus la moindre analogie avec notre alphabet, quoique tous ces peuples prononcent comme nous les voyelles et les consonnes, parce qu'ils ont « le larynx fait de môme pour l'essentiel ». D'ailleurs si les marchands de Tyr ont enseigné leur ABC aux Grecs, ils ne leur ont point appris à parler. Les vocabulaires de tous ces peuples sont aussi différents que l^ur manière d'écrire. Comment reconnaître le mot père dans le fou des Chinois^ dans les mots employés par les- Flurons et les Iroquois(2)? Ces arguments ne mânquent pas de valeur grammaticale, bien que Voltaire se trompe aussitôt qu'il veut donner des exemples. « Le mot Al ou Ejt, qui signifiait Dieu chez quelques orientaux, n'a nul rapport, dit-il, au mot Gott qui veut dire Dieu en Allemagne... House, huis ne peut guère venir.du grec Domos,
(i) A propos du mot alphabet, JDtict. phil. (art. A B C,p. 18), Voltaire se demande pourquoi « on manque d'un terme pour exprimer la porte de toutes les sciences. L'art de compter ne s'appelle point un, deux, et le rudiment de l'art d'exprimer ses pensées n'a dans rEuro|)e aucune expression qui le distingue ». L'esprit philosophique ne peut considérer alphabet comme un mot : il ne peut admettre qu'on désigne un objet par une de ses parties, ce qui est pourtant bien naturel.
(2) Ibid., art. Langues, XXX/p. 511, 512. —Cf. Eeeai 8%ur leè mœurs, :i^V.p.6t.84 109.
qui signifie majison ? (1) » Ces observations sont justes en général, mais le rapprochement de quelques mots qui se trouvent mal choisis ne prouve pas grand'chosie. Si Voltaire revenait à ïa lumière, il ne refuserait pas sans doute de croire à certains miracles. Mais il n'admet pas môme la possibilité de faire reculer au moins la difficulté, sinon d^ la résoudre. « Ce serait ici, » écrit-il dans l'articlç Alphabet, « le lieu de dire ou de tâcher de dire comment on exprime et commejitlDn prononce dans toutes les langues da monde pèré^ mère , jour, nuit, terre, jeau, boire, manger , etc. ; mais il faut éviter le ridicule autant qu'il est possible (2). »
L'auteur du Dictionnaire philosophique laissera donc de côté les indications confuses ou grotesques d'une science incertaine : et, en pareille matière, il n'aura recours qu'aux lumières de la raison.
« Philosophiquement parlant, dit-il, et abstraction respectueuse faite de toutes les inductions qu'on pourrait tirer des livres sacrés, dont il ne s'agit certainement pas ici, la langue primitive n'est-elle pas une plaisante chimère ?
» "Que diriez-vous d'un homme qui voudrait rechercher quel a été le cri primitif de tous les animaux, et comipent il est arrivé que dans une multitude de siècles, les moutons se soient mis à bêler, les chats à miauler, les pigeons à rou- -couler, les linottes à siffler? Ils s'entendent tous parfaitement dans leurs idiomes, et beaucoup mieux que nous (**). Le chat ne manque pas d'accourir aux miaulements très articulés et très variés de la chatte ; c'est une merveilleuse chose de voir dans le Mirebalais une cavale dresser ses oreilles, frapper du pied., s'agiter aux braiements intelligibles d'un àne. Chaque espèce a sa langue. Celle des Es-
(i) On ne voit pas trop |K)iirquoi Voltaire a rapproché house de huis.
CI) Art. A B C, p. 2i.
ÇS) Ces idées se rapprochent «le relies qu'on trouve danà PVdtarque, Sextus Enipirius, Porphyre, et plus tard^ daiis Vossius. Beauzée trouvl^ indécente une pareille assertion. (Enc. méth., art. Langue», p. 405.)
quimauxet des Algonquins ne Ait point celle du Pérou. Il n'y a pas eu plus de tangue primitive, et d'alphabet primitif, que de chênes primitifs, et que d'herbe primitive.
» Plusieurs rabbins prétendent que la langue-mère était le samaritain (i), quelques autres ont assuré que c'était le bas-breton : dans cette incertitude, on peut fort bien, sans offenser les habitants de Quimper et de Samarie, n^admettre aucune langue-mère. ^
» Ne peut-on pas, sans offenser personne, supposer que l'alphabet a commencé par des cris et des exclamations ? Les petits enfants disent d'eux-mêmes, ha ha quand ils voient un objet qui les frappe, hi ht quand ils pleurent, hu hu, hou hou quand ils se moquent ; aie quand on les frappe; et il ne faut pas J,es frapper.
» A l'égard des -dgux-petits garçons que le to d'Egypte
Psammeticus (qui n'est pas un mot égyptien) fit, élever pour
^savoir quelle^ éUiit la langue primitive, il n'est guère possible
qu'ils se soient tous deux mis à crier : bec bec pour avoir à déjeuner (2).
» Des exclaihationfl'formées par des voyelles, aussi naturelles aux enfants que le censément l'est aux grenouilles, il n'y a pas si loin qu'on croirait à un alphabet comple^t. Il - faut bien qu'une mère dise à son enfant l'équivalent de viens, tiens, prends, tais-toi , approche, va-t'en : ces mots ne sont représentatifs de rien, ils iie peigneht rien; mais ils •se Jont entendre avec un geste.
» De ces rudiments informes, il y a un chemin immense
lits.
(1) Les théologiens vont plus loin : quelques-uns affirment qpe la langue hébraïque est celle qui parait ressembler le plus au langage des esprits, et que les bienheureux parleront probablement hébreu dans lu ciel. V. Mallet, Diêsertation sur l'origine du langagtr, Copenhague 1767'. .
(2) Beauzée est d'uh avis contraire : « Il est évjdeiit que les enfants parlaient comme la chèvre leur nourrice, que les Grecs nommaient ^i^xT), par imitation du cri de cet animal, et ce cri ne ressemble que par hasard «u bèk (pain) des Phrygiens. » Ibid.
pour ar^er à la syntaxe, le. suis effirayé quand je songe que de ce seul mot merut il faut parvenir un jour à dire : c Je serais venu, ma mère , avec grand plaisir et j'aurais obéi à vos oi^res qui me seront toi^ours chers, si en accourant vers vous je n'étais pas tombé à la renverse, et si une épine de votre jardin ne m'ét&it pas entrée dans la jambe gauche. »
> Il semble à mon'' itiiagination étonnée qu'il a fallu 4es siècles pour ajuster cette phrase, et bien d'autres siècles' pour la peindre (i). »
Ailleurs Voltaire revient sur les mêmes idées :
<t Xes langues ont toutes été faites successivement et par degrés, selon nos besoins. C'est l'instinct^ommuii à tous les hommbs qui a fait les premières grammaires, sans qu'on s'en aperçut. Les Lapons, les Nègres, aussi bien que les Grecs, ont eu besoin d'exprimer le passé, le présent, le fu- W, et ils l'ont foit... ;
n TousJes mots, dans toutes les langues possibles, son^ nécessairement l'image des sensations. /Les hommes n*ôni pu jamais exprimer que ce qu'ils sentaient. Ainsi tout est devenu métaphore ; partout on éclaire l'âme, le cœur'brûle, l'esprit voit, il compose, il unit, il divise, il s'^aj^y il se recueille, il se dissipe. ^
c Toutes les nations seront accordées à nommer iouffie^ esprit, âme^ l'entendement humain, dont ils sentent les effets Bans le voir, après avoir nommé v^***, poufflûf esprit^ l'agir tation de l'air qu'ils ne voient point.
» Chez tous les peuples, l'infini a été négation df fini: immensité, négation de mesure. Il est évident que ce sont nos cinq jsens qui ont produit toutes les langues, aussi bien que toutes nos idées (2). »
Ces idées soiit semblables à celles qu'exposent Dumarsais et l'Editeur de Y Encyclopédie : elles ont aussi une
(1) Difit. phU, art. A B C. XXVI. 34. (S) Art. Làngmti, XXX, p. 590.
ii:
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certaine analogie avec celles de J.-J. Rousseau^ Voltaire encoart ici le repioché qu'il avait fait autrefois au philosophe genevois fil met trop d'esprit à. vouloir ûous rendre bétes. Il ne devait pas compar^ le langage essentielUment invariable des animaux à celui des hommes qui change sans cesse. S'il a détruit par la raison l'hypothèse des savants de son temps, il a eu tort de vouloir la remplacer par une autre. *1 pouvait constater l'impuissance de la science grammaticale, qui sur ce point n'est guère plus avancée de nos jours, puisque les vrais philologues écartent a. priori la question du langage
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primitif : avait-il le droit de conclure à des origines mul-" tiples et par suite k l'apparition de l'homme sur plusieurs points à la fois ? Le' critique soutient avec raison qu'on ne peut prouver l'existence de la langue-mère; le philosophe n'a point démontré qu'elle n'ait jamais existé.'
Mais quels sont les rapports des différents idiomes entre eux ? Quelle est leur généalogie ? Voltaire n'a guère là-dessus que des idées générales.
f Une fois formées, les langues ont emprunté beaucoup les unes Jm autres. La plus ancienne de celles que nous connaissons doit être celle de la nation rassemblée le plus anciennement en corps de peuple ; elle doit être encore celle du peuple qui a été le moins subjugué, ou qui, l'ayant été, a subjugué ses conquérants. Et à cet égard il est constant, dit-il, que le chinois et l'arabe sont les plj^s anciennes^ langues dé toutes celles qu'on parle aujourd'hui (t). » Toutelç^is il est encore fort difficile de décider la question. Pour ce qui regarde la filiation des langues. Voltaire* se contente encore de généHfdifé^ philosophiques. «"Nos mères et les langues dites mères, ont beddcoup de ressemblance; Les unes et les autres ont des enfants qui se marient dans le pays voisin* et qui en altèrent le langage et les mœurs. Les mères ont d'autres mères doQt les, généalogistes ne peuvent
(1) JHd. phiL, art. Ltmçfêêi, XXX, 591.
débrouiller l'origine. La terre est couverte de familles qui disputent de la noblesse sans savoir d'où elles viennent (*).» Et en effet il y a encore beaucoup de langues dont on ne connaît point la filiation, malgré les progrès de la linguistique. Au temps de Voltaire on ne savait rien de bien assuré, môme sur celles qu'on connaissait le mieux. Lui-môme n'a que des notions tout à-^tit vagues sur les liens qui rattachent les principales langues européennes. Il fait venir le latin du Toscan, « qui dérive du celte et du grec. ^ Il n'en sait ni plus ni moins que ses contemporains , mais au moins il se défie des théories aventureuses qui séduisaient plus d'un esprit sérieux. Il y avait bien quelque mérite, surtout pour un philosophe, à n'avoir point de système.
L'étiide du génie des langues et la connaissance de leurs . mérites respectifs pouvaient fajre l'objet d'une science plus dure et moins épineuse et fournir une ample matière à . l'esprit philosophique. Voltaire n'a pas oublié de traiter ces questions, qui d'ailleurs étaient tout à fait à la mode. Il appelle génie d'une langue « son aptitude à dire de la manière la plus courte et la plus harmonieuse ce que les autres langages expriment moins heureusement (2). Cette ^ définition paraît incomplète ; ne faut-il pas entendre par ce mot, comme fauteur du Dictionnaire philosophique luimême l'a fait ailleurs (3), l'ensemble des caractères généraux, des qualités bonnes ou mauvaises, qui sont propres à un idiome ? Toutes les langues ont leur génie ; et il y en a qui par là sont bien supérieures aux autres. « Le plus beau de tous les langages, doit être celui qui est à la fois le plus complet, le plus sonore, le plus varié dans ses tours et le plus régulier dans sa marche ; celui qui a le plus de mots composés, celui qui par sa prosodie exprime le mieux les
(i) lbid.,p. 511.
(2) Dict. phil., art. Langues, XXX, p. 519.
(3) Ibid., art. Hémistiche, p. 169.
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(1) Dict,
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(4) Ibid,,
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mouvements lents et impétueux de l'âme, celui qui ressemble le plus h la musique (0. » « Le grec a tous ces avan tages : grâce à ses épithètes composées, il reniplit 4'un mot
'l'imagination; cliaque terme a une mélodie maniuée et qui charme l'oijeille, tandis qu'il étale à l'esprit de grandes pein-
* tures. Aussi toute traduction d'un poète grec est faible, sèche et indigente ; c'est du caillou et de la brique avec quoi on veut imiter des palais de porphyre (2). » Sans avoir la rudesse du latin, le grec à tout© la pompe de l'espagnol et toute la douceur de l'italien, t Tout défiguré qu'il est aujourd'hui en Grèce, il peut être regardé comme le plus beau langage de l'univers (3). » Le latin est également « propre à la musique ; il a de l'énergie et de la concision et il se prête mieux au style lapidaiiie que les langues modernes, car il n'a pas de ces verbes auxiliaires qui allongent et allourdissent trop souvent nos phrases (f) ». Il eût peut-être été prudent de ne point parler du grec moderne, dont l'harmonie, quoi qu'ait pu prétendre le patriotisme de certains Hellènes, n'est certainement pas celle du grec ancien; et quant, à la langue de Sophocle, il eût mieux valu s'en rapporter simplement aux ténqioignages des anciens, meilleurs juges que nous en pareille malière. Les comparaisons que nous pouvons faire risquent d'être^ parfois asrent^ureuses. On peut trouver de l'harmonie dans iÇ ou Hrài npstra ^tao-nrrnv ipltrocvri (5) : Mais il n'est pas évident que le langage des peuples de la Phénicie ait été « dur et grossier », que anthropos soit plus harmonieux que le germanique man, ou qu'il y ait de la rudesse dans les terminaisons um, us et ur du latin que Voltaire prononçait peut-être fort mal (6).
(1) Dict, phiL, art. Langues, t. XXX, p. 532. C2) Epitre à la duchesse du Maine, VI. 151. (3) Dict. Phil, art. Langues, XXX. 53^. . (4)IWd., 519,
ÇS)\. La lettre à Déodoti de Tavàtxi, UX. 265. (6) Diet. phU., art. A B C, XXVI, p. 22
L'auteur du Dictionnaire philosophique pouvait parler avec plus de compétence des langues modernes. L'espagnol, grAce h ses mots sonores, à ses terminaisons nobles et mélodieuses, a de la pompe et de la grandeur ; Titalien, par un heureux concours de voyelles et -de consonnes est une langue d'une grande douceur « et sert encore mieux la musique efféminée » (^). L'allemand est plus dur sans doute que les idiomes néo-latins ; mais il ne faut rien exagérer, car l'harmonie est chose tout à fait variable : c'est affaire de sentiment. Le français à Cet égard, a bien aussi ses avantages. Les Italiens peuvent nous envier le son plein de nos diphtongues : les rot«, les empereurs ^ les exploitth, les histoires. Ils n'ont pas le droit de nous reprocher nos e muets comme un son triste et sourd qui expire dans notre bouche : au contraire, ces désinences heureuses laissent dans l'oreille un son qui subsiste encore après le mot pronbncé, « comme un clavecin qui réK»nne quand les doigts ne frappent plus les touches w(i). Voltaire reconnaît pourtant que la fréquence des e niuefs en français est un inconvénient poiu* la musique : « Notre langue, dit-il, est la seule qui ait des mots terminés par des e muets, et ces e, qui ne sont pas prononcés dans la déclamation ordinaire, le sont dans la déclamation notée, et le sont d'une manière uniforme, gloir-eu, victoi^reu, harbari-eu, furi-eu... Voilà ce qui rend là plupart de nos airs et notre récitatif insupportables à quiconque n'y est pas accoutumé (î<) ». A l'abbé d*01ivét, qui croit que notre e muet n'est pas tant une lettre qu'un signe prosodique, destiné à faire entendre les consonnes finales/ et prétend qu'il est « inutile et peut-être ridicule d*aller chercher l'origine de cette prononciation ailleurs que chez nos
{i) Dict,phH., 9Lvi» Langues, ^,h\.9.
(2) Lettre à DéodoH de Tovatzi, 24 janvier 1761. LIX, p. 265 et suiv. Cf. Diet, phU,, art. JHctiof^naire. XXVUI. 356.
(3) Siècle de Louis Xlt^m^ UuHciêns. XIX. 223."^
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villageois Cl), » il répond avec raison que ce n'est point là une manière de parler vicieuse des acteurs de l'Opt^ra. Ceuxci, au contraire <r font ce qu'ils peuvent pour sauver la
longue tenue de cette fuialc désagréable, et ne peuvent souvent en venir à bout. C'est un petit défaut attaché à notre langue, défaut bien compensé par le bel elTet que font nos ç muets dans la déclamation ordinaire (2) ».
Bien qu'elle ait certains avantages sur la nôtre au point de vue musical, la langue italienne à cet égard, n'est pas exempte de défauts : on peut lui reprocher ses terminaisons trop uniformes ; ses mots finissent trop souvent en i et surtout en o. Aussi les poètes ont-ils retranché parfois les lettres e et o à la fin de certains mots pour éviter la cacb^ phonië (3). L'Italien est très riche, il est vrai ; mais le Français n'est pas dans la disette autant qu'on pourrait le croire. Nous avons abandonné, sans doute^ les diminutifs de Marot, de Rabelais et de Montaigne; c'étaient là des puérilités Indignes du grand siècle. La poésie italienne a une liberté plus grande, mais qui dégénère en une extrême facilité. Il est « permis d'admirer les nombreuses beautés que renferme Fidiome de nos voisins ; mais il ne faut reprocher à notre langue ni la rudesse, ni le défaut de prosodie, ni l'obscurité, \ ni la sécheresse. -
Cet éloge du français était une réponse à la dissertation de Deodati de Tovazzi sur \ Excellence de la langue italienne (^). Quoiqu'il eût beaucoup de goût, pour cette dernière, Voltaire n'admettait point qu'elle eût la prétention de se croire, trop supérieure à sa rivale. « On. prend souvent le parti de la femme, dit-il, quand la maîtresse ne la ménage
(1) ProfOcK* /VaiHSoiM, M, 54.
(^ Uttrê à d^Olivei, 5 janvier i767.
(3) Lettre à Déodati, Ibid, Les licence* pùétiqueê auxquelles Voltaire eût ici alluaion n'ont pas pour but d'éviter la cacophonie, mais simplement de flkcilitcir la versiflcation.
(4) Bp, à la duchetee éa Maine. VI, p. IM.
pas assez. » Mais cela n'arrive que rarement : souvent au contraire l'épouse était vivement querellée sur ses défauts. Notre langue, « polie par tant de grands auteurs, manque encore de précision, de force, d'abondance (^). » Ses verbes auxiliaires, ses pronoms, ses articles, le manque de participes déclinables, lui donnent une marche uniforme qui nuit au gi*and enthousiasme de la poésie (2). Nous ne pouvons pas nous permettre, comme les Anciens et les Italiens, de tout dire et de tout peindre : « Notre mollesse orgueilleuse dans le sein du repos et du luxe de nos villes attache malheureusement une idée bas$e aux travaux champêtres et iàu détail de ces arts utiles que lés maîtres ,et les législateurs de la terre cultivaient de leurs mains victorieuses (3). Notre stérilité n'est-elle pas surtout attestée par ces mots populaires, comme bout du pied et cul de sac, expressions sèches et barbares qui révoltent l'oreille (♦), tandis que les Grecs exprimaient toutes ces différentes choses par des termes énergiques et pleins d'harmonie ?»
« On aime à voir Hector courir du temple de Pallas à la porte de Scées ; l'oreille est austsi flattée que l'imagination amusée quand les Grecs avancent de Ténédosaux rivages de Troie sur les ruines du Simo!s et du Scamandre ; mais en vérité pourrait-on peindre des héros de Téglise de Saint- Pierre aux Boeufis, de Saint-Jacques du Haut-Pas, avançant fièrement par la rue du Pet-au-Diable et par la rue Trousser- Vache, s'embarquant sur la galiote de Saint-Gloud et allant combattre dans la plaine de Longjumeau (&)? » Reste à savoir si les Grecs avaient l'iipagination vivement frappée par le mot qui chez eux signifiait bout dupted^ el si pour les soldats d'Agamemnon, protégés par Junon Œil-de- Vache, le nom de
îc'.
(1) Lettre à Déodati de Tovani. UX, 365.
(2) Dict. Phil., art. FrançatMy t. XXIX, p. 486.
{3) Discoure de réception à V Académie françaiêê, XXWifm, 546. (4) Ibid. 551. '
(^) Diaeours aux Welehêêf'XiÀ. SE^
la Pi Pari Wel entre d'uni endr< n'éta lisant • conni popuJ dans tlela rature Vpll sien p " même maître termir à nos { voque.
ferions les no l'abond que, s( sémeni claire c qui ont neiile n écrivait en dou Corapre peut se gulière
{i) IHc
la porte de Scées était plus poétique que ne l'est pour les Parisiens celui de Longjum^au. L'auteur du Discours aux Weltlies aurait dû se rappeler qu'il y a urt rapport très étroit entre l'effet poétique produit par certains termes et les mœurs d'une nation, comme lui-môme le constate dans un autre endroit (i). D'ailleurs la langue française proprement dite n'était pas aussi pauvre qu'un étranger pourrait le croire en lisant les observations du grand critique. Le xviir siècle connaissait, comme le nôtre, ungrandnombre.de termes populaires,maiscesexpressions n'avaient guère droit de cité dans les lîvr^. IlfaUt se garder de prendre pour un défaut ■de la langue ce qui n'était qu'un état particulier de la littérature.
Voltaire a confondu ici le génie dé notre idiome avec le sien propre, qui n'admet aucune vulgarité. Il est dupé de la môme illusion lorsqu'il veut voir dans, la clarté la qualité maîtresse du français^ Il est vrai que la perte des anciennes terminaisons, qui nous a obligés à bannir l'inversion, donne à nos phrases une allure toute régulière, ennemie de l'équivoque. Mais autrement on ne voit pas pourquoi nous nous ferions mieux comprendre quB nos voisins. Au contraire, les nombreuses acceptions des termes les plus usités, l'abondance des homonymes, et la faiblesse de l'accent toni que, source de trop faciles jeux de mots, ne sont pas précisément des signes de clarté. Notre langue n'est devenue claire que parce qu'elle a été maniée par des écrivains ckiirs qui ont réussi à imposer leur manière à tous les autres. Corneille ne se fait pas toujours bien entendre ; et pourtant il écrivait en français ; il est vrai que son commentateur parait en douter. S'il est permis d'appeler obscur ce qu'on ne Comprend pas, il ne reste plus à prouver que notre langue peut se prêter aussi facilement que toute autre à la plus singulière obscurité.
(1) IHet, pM„ art. Umguês. XXX. M8.
Malgré ses critiques, Voltaire préférait lïaturellement le français aux autres langues ; en cela il né faisait que se conformer au goût déboute l'Europe. Il n'a pas manqué de se demjander quelles pouvaient être les causes de cette universalité de notre idiome national, bien qu'il n'ait pas cherché à traiter avec quelque suite la question que devait poser, quelques années après, sa mort, l'Académie die Berlin. Comment se fait-il que notre langue « qui n'est ni si abondante ni si maniable que l'italien, ni si majestueuse que l'espagnol, ni si énergique que l'anglais (l) » ait conquis partout la suprématie sur celles des peup^s voisins ? C'est surtout, répond-il, parce qu'elle est, de toutes les langues de l'Europe, la plus propre à la conversation, et elle a pris son, caractère dans celui du peuple qui la parle (2J. c Les Français ont été, depuis près de cent cinquante ans, le peuple qui a le plus connu la société, qui en a écarté toute la gène, et le premier chez qui les femmes ont été libres et mêmes souveraines, quand elles n'étaient ailleurs que des esclaves. Leur langage exprime avec le plus de facilité, de netteté, de délicatesse, tous les objets de la conversation des honnêtes gens, et par là il contrll^ue dans toute l'Europe à l'iin des plus grands agréments de la vie (î*). » A l'esprit de société, il faut ajouter
.ijb.
(1) Dict. phiL, art. Langueê. XXX. 533.
(2) Ibid. 532. Cf. art. Français. XXlX. 487.
(3) Dict. phiL, [art. Langues. XXX, 532 et suiv. Cf. art. Firançais. XXIX, p. 487. - Sikcl0 de Louis XIV, ch. XXXII. XX, p. 528. Uttre à Milord Hervey, 1740. LIV, p. 70. -Les mêmes considérations sont exposées
, avec plus de détail et de précision par l'éditeur de YEncyelùpédie : « Dans une nation où règne une communication continuelle des deux sexes, des personnes de tous les états, des esprits do tous les gent'es ; où le premier objet est Tamusement, le premier mérite celui de plaire ; où les intérêts, les prétentions, les opinions les plus contraires sont conti-
. nuellement en présence les uns des autres ; il faut cojttenir sans cesse les mouvements de Tesprit, comme ceux du corps ; observer les regards de ceux devant qui on parle, pour affaiblir, dans rexpression de son sentiment ou de sa pensée, ce qui pourrait choquer leurs pr^ugës ou embarrasser leur amour-propre. La politesiw des manières est une bienséiuice ;
ou
où
nti-
esse
rinfluence de nos grands écrivains. Nos ouvrages dramati-^ ques surtout ont eu grande vogue en Europe à cause de la perfection où le théâtre avait été porté en France. La quantité prodigieuse de « livres agréablement frivoles » que notre nation a produits est encore une raison de la faveur accordée au français par les étrangers (t) . Des livres profonds n'auraient pu lui donner cette supériorité ; on apprend la philosophie de Newton, mais on n'apprend point l'anglais pour l'entendre. En outre il y a quelque chose d'universel dans le génie de notre langue. Elle a réussi « comme les cuisiniers de France, parce qu'elle a plus flatté le goût général (2) ». L'uniformité de la syntaxe et la régularité des constructions en rendent réfbde facile : grâce à la flxité qu'ont su lui donner Racine et
Boileau, « elle est une monnaie plus courante que les autres,
cëli^e Tesprit est devenue un talent. Le désir de se distinguer, autant que le désir de plaire, a appris Vstrt tle voiler d*une gaze légère la liberté des images et des idées; à modérer, par, des formes modestes, l'empire même de la raison et de la vérité; à assaisonner la flatterie par i^ne teinte douce de plaisanterie; et la raillerie par une louange fine et indirecte.
<c De là s*est formé ce ton du monde q;ai consiste à parler des choses familières avec noblesse, et des choses grandes avec simplicité ; à saisir les nuances les plus fines dans les convenances, à mettre dans son discours, comme dans ses manières, uhe gradation délicate d'égards relative au sexe, au rang, à Tàge, aux dignités, à la considération personnelle de ceux à qui on parle. »
(1) Fontenelle croit aussi, et avec raison, que « le succès de notre langue tient surtout de ce qu'on y a fait d'excellents livres en tout genro qui ont forcé les étrangers à la savoir, surtout des ouvrages agréables, n- {Couvres, (1818). IL 560.) Un critique anonyme, cité par M. Thurot (Hist. de la prononciation française, iiitrod., XIX), écrivait en 1822 : « Tout rhonneur de la suprématie littéraire que nous exerçons aujourd'hui doit être rapporté au seul auteur de Candide, de Vlngénu, de ia Princesse de Babylone et de Zadig. C'est à dessein que je cite ici ces opuscules de Voltaire avant ses compositions poétiques les plus distinguées, parce que mon expérience et mes observations personnelles m'ont appris que les romans ingénieux dont je viens de rappeler les titres sont de tous les chefs-d'œihnre|^d6 ce grand homme ceux qui, en. Allemagne surtout, comptent le plus de lecteurs et qui ont le plus concouru à généraliser l'usage de la langue dans laquelle ils sont écrits. »
(i) Diet, phU., art. Lahgues. XXX. 533.
quand même elle manquerait de poids ». Enfin le grand art des écrivains français est précisément celui des femmes de cette nation n qui se mettent mieux que les .autres femmes de l'Europe et qui, sans être plus belles, le paraissent par > l'art de leur paBure, par les agrémc nis nobles et simples qu'elles se donnent si naturellement (0 ». '^
Toutes ces idées, d'ailleurs fort justes, ont été reprises et développées par les lauréats de l'Académie de Berlin, en 1786. Voltaire ne relève guère que les causes littéraires de l'universalité de la langue françaisej^Ailleurs il parle, il est vrai, de l'influence des réfugiés « les Bayle, les Leclerc, les Basnage, les Bernard, les Rapin-Thoyras, les Beausobre, les Lenfant et tant d*autpfes qui allèrent illustrer la Hollande et r^^Uemagne, et donner un essor considérable au commerce des livres français dans les Provinces unies (2) ». Mais celte remarque n'a qu'une importance secondaire : on peut croire que la fortune de la langue française était faite au moment de la paix de Nimègue, et que la révocation de Tédit de Nantes n'eut d'autre effet que « celui de ces causes accidentelles qui élèvent la mer à quelques pouces plus haut et sans lesquelles elle ne serait pas sortie -de ses bords (3) ». On peut s'étonner que le prince des philosophes et Tauteur de XEa^ax sur les mœurs ait négligé d'autres considérations plus générales. Il était sans doute excessif de remonter, comme l'a fait Schwab (*), à l'époque des Grecs, des Romains et des Gaulois ; d'insister, avec une science un peu trop théorique, sîir les avantagés du climat de la France et de sa po-
(1) Dict. phil., art. Langues et Français. — Cf. La Lettre à l'abbé Arnaud, !•' juin 1761, U LXV, p. 161., « Notre droguet ne vaut pas le velours d'Athènes; mais on Ta si bien brodé qu'il est à la mode dans toute l'Europe. » •
(i) Discours aux Welches, par 'Antoine Vadé. iUéL 1764), t. XU, p. 549.
(3) Schwab. Des causes de l'univeiwUité de- la langue française (trad. Robelot), p. 129.
(4) Ibid., p 102, 103. ' .
sition géographique ; mais on est en droit de regretter que Voltaire ait paru méconnaître les raisons politiques de la faveur obtenue par notre nation, c'est-à-dire l'unité française, et la part que les Français prirent à presque toutes les affaires de l'Europe à partir du xv« siècle. Dans ses nombreux entretiens avec les étrangers, il dut être frappé des éloges qu'on accordait aUx gens dQ^^ettres de notre pays et qu'on devait prodiguer devant lui avec une flatteuse insistance. Aussi put-il croire que la France ne àevait«»sa su-^ prématie qu'à Cinna, à Phèdre et au Misanthrope d). Il était ■ permis à un pareil littérateur dé se faire. illusion à lui-même et de croire à l'ascendant exclusif de la littérature, d'autant plus qu'il n'ignorait pas sans doute que la vogue de ses propres écrits devait être considérée comme une des principales causes de l'universalité de la langue française.
En général, Voltaire n'avait, comme on l'a vu, que des opinions en quelque sorte négatives sur les questions dont s'occupe aujourd'hui la grammaire comparée. Il se trompe trop souvent dans le détail ; sa critique, inspirée parle simple bon sens, mais quelquefois aussi par le dépit, n'est guère plus solide que la science à laquelle il^s'attaquait. En revanche, ses remarques sur le génie des langues sont presque toujours ingénieuses et souvent pleines de justesse. Mais ce ne sont que des retnarques, et il est aisé de voir . que tout ce qu'il écrit sur ce sujet tend invariablement à ce but : constater et maintenir la supériorité de notre langue. L'ensemble des moyens tju'il proposait d'employer pour arriver à ce résultat forme un tout complet, un système qui a ses principes, ses règles, son but bien déterminé : c'est là qu'il faut aller chercher le véritable grammairien.
(1) DUit.phil., art. Langueu, Section III, t. XXX, p. 533.
2 CD
ism
CD
CD
mj iva*
ectueu.
en exc
chesc érents
e/itent ce original.
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