‹ Étude sur Voltaire, grammarien et la grammaire au XVIIIe siècle [microforme]Chapitre 21 sur 34 · III. ivïlS.S · texte numérisé non relu

III. ivïlS.S

' (9) Pipr ex (10) V. les

^^TSSSStvfft UtÊiquê de OurmUlê, au mot hontêê.

Quant à Racine, il est partout : c'est le poète élégant (i)-.,i le seul qui soutienne constamment l'épreuve de la le<^ ture (2), celui dont les vers entrent dans la mémoire du snectateur comme le jour entre dans les yeux (3). Son éloge est fait en des tertties que lui-même n'eût certainement pas approuvés. Ipi « taillé en diamants les cailloux bruts » de Corneille (*), il est un créateur « tout comme Phidias, qui aurait pu faire son Jupiter Olympien de quelque statue infprme d'un autre sctilpteur (5) ». Il est au-dessus de son rival comme Virgile^st au-dessus d'Ennius, m car il a su tirer son or de la fange "de son. prédécesseur (6) ■.. C'est pourquoi son autorité est fréquemment invoquée comme la , seule qui soit infaillible 0). Ses vers sont cités aussitôt que ridée qu'ils expriment a quelque rapport avec la situation dont il s'agit (8). Parfois môme d'assez longues tirades sont reproduites avec des louanges au milieu desquelles Corneille n'apparaît que pour être exécuté (9) ; Bérénice est commentée tout entière, de aorte qu'on se demande en l'honneur de quel poète l'ouvrage a été écrit, La tragédie de Tite et Bérénice n'obtient que quelques remarques fort sévères que le critique, fmit bien vite, par respect pour la mémoire du poète (10) : il aurait peut-être mieux valu ne pas commencer. Les opéras de Quinault servent eux aussi à montrer les défauts de l'auteur iï Andromède fet de Pul-

(i) Cinn. I.iv. 41. ' ' » '

,(2) Ariane. IV. m. 5().

(3) Préf. d'Attila.

(4) Perth.I.i.^.

i^yjbidAll. I. 5. •

(0) Pol. 1. 1. 57. Perth. HI. 1. 5.

(7) ànii. I. nr. 41. Ment. II. m. 7. Sert. II. i. 25. III. 11. 79. Perth. 1. 1.

(8) Méd. I. IV. 6. Pol. II. t. :37.Théod. I. i.63. Rodog. 1. 11. 13. 1. 11. 23. Hér. U. VII. 15. V. vu. 20. Andr. II. m. 25. II. iv. 5U. Nie. III. n. 13. III. i v: 18. Sert, II. iv. 12. VIII. i. 4. II. 1. 1 .

' (9) Pfiar exemple dans les Rem. »ur Pulchérie. (10) y. les Remarquée sur ces deux pièces.

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chérie. On aurait pu s'attendre aussi à une comparaison 4e la langue du Tartufe et du Misanthrope avec ce)lîe>du Menteur : mais Molière est tenu à Té art : par son style hardi et original, il ressemble trop à Corneille et trop peu à Técrivairi dont le génie a inspiré le Commentaire» C'est qu'en effet derrière tous ces grands maîtres se cache nn poèfe dont Faction se fait sentir partout, bien qu'il se niontre rarement ; c'est l'auteur de Zaïre. IMi commis une fois l'imprudence de §e citer lui-même pour justifier une expression critiquée par l'Académie (^). Mais s'il iie se nomme pt^s toujours, on . sent qu'on a mqins à faire à un coAimentateur qui explique qu'à un maître qui corrige. Il refait des vers et en supprime d'autres (2- ; il montre comment < on pouvait dire (3» j» et plus souvent encore comment « il fallait éire <*>); » i>u même il affirme un peu audacieUsement c qu'il étaif aisé d'écrire avec plus d'exactitude et d'élégàhce 0^) *. On voit que Voltaire était^ un dé ces esprits auxquels il est plus facile de suivre ses propres idées que de rendre compte de celles des autres (6) r, un maître pour lequel la critique pouvait être malaisée et l'art £aicile. « Quand on est de cet ordre, on a beau s'appeler comméniateur, on ne Test pas, on ne saurait l'être. Qn n'écrit pas pour son auteur, mais pour soi ; on ne commente que son propre esprit aux dépens de tous les autres et d^abord de celui qui sert de prétexte . au conmientaire : si ^n entrait profondément dans le génie de Corneille, comment serait-on Voljtaire 0)1 * ,

(i) Rem, à propibs des Sêntimentê de V Académie, p. 633. .

(2) Cinn.IV. VI.23. Pomp.1. 1.4. ^

(3) Hor. I.i. 75. Gin. I. m. 7,5. IV, vi.23. Rod. I. vi. 50* Hér. IV. i. 9. V. II. Ta. Sert. I. III. 28.

(4) Pomp. 1. 1. i. II. t 45. Rod. I. i 03 Hér. lit. m. SS. iV. iv. 110. V.V. IX. Sert. IL n. W. ï. II..49.

(5) Pol. I." I. i. ^ ■ - ■" ■ ♦ ■/, .

(6) ConwiUàunjùurtMU$te,Uéi. il^.XXVTWaB». A {7) M. Havet. Etude eur leê Peneéeê de JPmmssI. 9> ^ti<m. Introduo^

tion, p. XU. . - : . :.. -'-^ ■.Kr't'',:^-:.y;-:--fX^:;:^^y::,

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En oftet le Commentaire n'est au fond que le manifeste d'une école : c'est la grammaire du purisme au xviii* siècle. En écrivant ce livre qu'il, met d'ores et déjà au nombre des classiques (i). Voltaire se propose avant tout de fixer la langue ; il veut faire une sorte de complément du Dictionnaire de V Académie (2). Il a Bien l'intention de rendre *itistice à un grand poète, tout en marquant les vipes de langage où il peut être tombé (3) ; mais il ne peut s'empêcher d'avouer ^e le second olyet estlé principale. Il ne se rend point à l'avis de l'abbé d'Olivet, qui lui conseille prudemment de ne s'occuper que des pièces restées au théâtre ; au contraire, c'est là surtout qu'il trouvera l'occasion de faire des notes utiles (5>, qui empêcheront ^ç prendre des solécismes pour des beautés (6). Corneille a commis un grand nombre de fautes contre la pureté du langage, et il est lu partout : il fournit donc, à ses dépens il est vrai, un moyen commode pour enseigner à les éviter et aussi pour fixer la langue française (7). Dégagé de toute préoccupation grammaticale, l'auteur d'/rène n'hésitera pas à nous parler c de l'éclat éternel qi^ le père du théâtre a su donner à cette langue française peu connue ayant lui etdevenueaprès lui la langue de l'Europe (8) » . Mais devant les nécessités du purisme le grand poète s'évanouit : il doit être sacrifié à la vérité et subir le sort des hommes illustres qui ont dû laisser à d'autres le f^uit de leurs découvertes; périsse sa gloire plutôt qu'un principe! Et le com-

(i) Prif. d'Jrène. \X. 4S0

(9) Lettre à DwUm, i«' mai i?61. UX. 407.

(4) Lettré à d'Alembert, i5 sept. 1761. LIX. 605. . (5) Lettre à d*OUm, » auguste. 1*761. UX. 1S66.

(6) Voir VAvertieeemefU du commentateur en tète de la deuxième éditioi), la déclaration qui suit le Commentaire iur Œdipe, les Prébces des Bemarquee sur ta Bérénice et S^/uréna, les Remarquée eur BodO' gisiM. V. IV. S14 et Sertorius If. v.l9 et l vi. v. dem. / (7) iMtf à SekotmaUne, 19 septembre i761.

mentateur pouvait parler sincèrement quand il disait, en s'adressant à l'auteur de Cinna": € Je ne peux ni ajouter ni ôler rien à votre gloire ; inon seul but est de faire des remar- (lues utiles aux étrangers (jui apprennent notre langue, aux ^^^ jeunes auteurs qui veulent vous imiter, aux lecteurs qui veulent s'instruire (t). » Si Corneille avait pu entendre ces paroles, il eût répondu à son commentateur : « Vous avez élevé à ma gloire un étrange monument. Vous avez voulu enseigner notre langue aux étrangers et vous avez fait une grammaire française à mes dépens. Nos voisins s'étonneront sans doute d'apprendre que l'auteur de Rodogune ne parle pas français : ils pourront bien retourner vos critiques contre vous-même et peut-être contre tous nos auteurs. Je vous ai montré, dites-vous, l'art de se bien exprimer, et vous avez choisi mes œuvres pour niontrer comment il ne faut pas écrire. Je m'étonne à mon tour que vous n*ayez pas eu d'ami . éclairé qui vous eût montré les périls de votre entreprise. Les jeunes auteurs verront dans Votre ouvrage que je n'ai point parlé comme ceux qui m'ont imité, ni peut-être comme vous-même; il n'y verront point conunent on peut faire sortir une langue de cette Ij^arbarie pour laquelle vous avez montré tant de mépris. C'est dans mes vers qu'ils apprendront à écrire en prose; et ils ne sauront jamais qu*on doit beaucoup pardonner à qui a beaucoup osé. Je me glorifle de vous avoir eu pour commentateur, et je vous souhaite d^en trouver un moins illustre. Si vous aviez rendu un peu plus de justice à mes efforts, les étrangers et les jeunes auteurs n'en auraient été que plus instruits; votre siècle- n*eût point accusé le grand Voltaire d'avoir voulu rabaisser le grand Corneille ; votre gloire n'en eût point souffert et la mienne y eût beaucoup gagné. »

SOMMAIR

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