LE NÉOLOGISME
Sommaire.— Le^ Dictionnaire n^oïoflft^t4« de Desfontaines. — Voltaire néologue. — Principes qu'on doit suivre dans la formaUon des mots nouveaux ^ l'analogie, l'euphonie, la nécessité. -Des changements dans le senB dés termes en usfage.
Il n'y a guère d'ouvrage où Voltaire, ayant à parler de la langue française, ne se plaigne de la voir dégénérer, et ne fasse entre les écrivains de Tûge précédent et leurs successeurs un parallèle souvent peu flatteur pour ces derniers. « On écrit beaucoup daps ce siècle, dit-il ; on avait du génie dans l'autre (l). » Ce qui fait à ses yeux rinfériorité de ses contemporains, c'est qu'ils négligent d'imiter les modèles classiques: Selon lui, il n'y a qu'un jnoyen de salut pour la littérature, qui semble condamnée à une irrémédiable décadence, c'est de conserver à tout prix et dans toute sa pureté la belle langue qui, sous Louis XIY^ a été portée au plus haut point de perfection dans tous les genres. Tel est le principe auquel il revient sans cesse ; et s'il s'est montré souvent amateur tfes réformes et des nouveautés, ce n'est certes pas en fait de langue. « Point de vrai succès, aujoîirr •d'hui sans cette correction, sans cette pureté qui seule met le génie dans tout son jour, et sans laquelle le génie ne déploierait qu'une force monstrueuse tombant à chaciue pas dans un0 feiblesse plus monstrueuse encore et du haut des nues dans la fange («). » L'emploi de termes nouveaux et inu-
(1) SièeiedeLauiêXV,t. XXI. 43S.
(^) Lettre à VAmdémU f^m^çéùe (y V^éte dlréne), t. IX.
tilës, la négligence totale de la grammaire, la recherche des expressions violentes et inintelligibles , tels sont les abus qui ont infecté la littérature et qui défigurent Id langue, en corrompant à la (pis le vocabulaire, la syntaxe et Tart si important dé former les figures '1».
Sur le ter/ain du néologisme, Voltaire est l'allié d'un de
- ses ennemis/ les pl^s ac)||imé8. Desfontaines avait publié un Dictionnaire néologique, satire^ pleine d'ironie, suivie de pamphlets sarcastiques dans lesquels il cherche à jetée le ridicule non seulement sur les nouvellistes et les faiseurs de gazettes, mais encore sur les écrivainsjes plus estimés de cette époque, Lamotte, l'abbé de Pons, Grébillôh, Marivaux, Fontenelle, l'abbé de Saifit^Pierré , Dubos , Montesi^uieu (2>. Le livre de Desfbntaines devait selon lui être regardé comme h^ nouveau Dictionnaire de l'Académie ; car il était rempli
wi'expressiôns iirées d'auteurs académiciens « qui TegardWht comme Un mérite de parler comme on. ne parlait point au tqmps de La Fontaine,^ de La Bruyère et de Despjréaux (»*) ». Voltaire jugea que cetouvrage pouvait être utile; mais il le trouvait en générât plus satirique que judicieux,
-et il put reprocher justement à l'auteur d'avoir trop maltraité Fontenelle, et d'avoir critiqué dans Crébl|pn ce qu'il aurait loué dans Racine (*). Il croyait pourtant avec DesfoQtaines que la langue^ de Racine et de Boileau peut suffire à tout, même pour la prose; l'essentiel étant c de savoir se servir avec art des mots nécessaires qui sont en usage (5) >. Ceux q^i prétendent qu'il n'y a pas assez de ressources dans
(1) Siècle de Louis XV, t. XXI, 432.
(2) Dictionnaif^ néoîogique à Vunfçe de$ beaux-éêptitê du éièele, avec l'éloge historique, de Pantalon-Phiftbus et la réception de l'Ulua" tr^ Mfissire Christophle Uathat^ifeiiffi^à ^VAceu^miP françmee, elc» Nouvelle édition 1747. V. p. 197.
(3) Préface du Dictionnaire néologique.
(4) Dict. phil., artf Ft^nçais. XXIX. 449.
(5) Siècle de Louis XV, XXI. 439.
notre
de ce
qu'un
consi(
écriva
pays.
certai
que
sonor(
. décou^ velles grande
^'autn
effïeur
On r
. exemp certain sa cor cherch éviter gers d
légalem à tort ( qu'on I qui de] clos, a^
(3) Pai ' tolérant
risés (à p. Id); (4)-^«
(6) Dii
(8) Co
(41 inidl. àet écrivnxm. \1X. Uk>.
notre vocal)ulaire ne doivent^'en prendre qu*à eux-mérfies de cette s|térilité. Beaurée ne voyait dans le néologisme qu'une sinlple figure opposée à rarchaïsme (1). Voltaire le considère comme un abus monstrueux, grâce auquel un écrivain pourrait avoir besoin d'interprète dans son propre pays. S'il /veut bien W tolérer quelquefois, ce n'est qu'à certaines /conditions. « Un mot nouveau n'est pardonnable que quand il esi* absolument nécessaire, intelligible et sonore. On est obligé d'çn créer en physique; une nouvelle découverte exige . un terme nouveau. Mais fait-on de nouvelles découvertes dans le cœur humain? Y a-t-il une autre grandeur que celle de Corneille et de Bossuet? .Y a-t-il
^'autres passions qqe celles qui ont été maniées par Racine, effleurées par Quinault (2) ? ».
On uIb saurait mieux éclaircir ce passage qu'en citant les
. exemples '^efonnés par Voltaire lui-même. Sans parler de certains termes ^u'il s'amuse à forger par plaisanterie dans sa correspondance (3), il emploie le înot découvreur (*), et cherche à remplacer le mot (wût par celui d'augfustc, pour éviter un hiatus désagréable, et pour empêcher les étrangers d'appeler le roi Auguste, le roi Août (5). Il propose
légalement d'employer le mot vagissement qu'il regarde à tort comme une création nouvelle (6). Ailleurs il souhaite qu'on puisse reprendre Quelques termes usités autrefois et qui depuis ont disparu de Tusaga tels que : appointer, for^ clos, affres, angoisse, navré (7), portraiture et portraire (8)
■•<wi*>.
lé^
(i), Ene, méêh. fart. Néologisme. " . -
(2) D. PMl.yWb. E^prU. \%1X. 219.
(3) Par exemple catomniographe. (Lettre àd'Argental, lijuin 1773), tolérantiwie (à, Lejeune de Uk. Croix 1773, LX-YIII. 260), débarbariêéêfàlacombe, 4770. LXIX. 299), rotiable (10 juillet 1774, t. LXIX.
p. IJ). , -'' .
(4) ^Moi 9ur léê mœurs, ch. 147; XVII. 418.
(5) V. t. LXV, p. 150. 392 et XXX, p. 534.
(iS) Dict.phil., tiTl. Langues. XXX.^. , •
(7) lMireàd'(Hivet,3Kug.i7G\. UX. 55Ô.
(9) Commi sur ComêiUet Médée, Ep. dédie.
faire état de, hoitie, discord, pour mon regard (i), épandre, failacieuxi%, nourriture i)o\ir éducation car ce dernier mot « étant trop long et composé de syllabes sourdes ne doit pas entrer dans un vers (3) ». De même rebeller, qui se trouve dans Corneille, devrait se dire encore, parce qu'il se rattache à rebelle, rébellion, et pour la même raison on devrait .pouvoir employer comme lui -invaincu, exorable, outrageux, évitable, pnnisseur, assassine (féminin d'assassin) (^). On peut en ^effet reprocher à la langue française d'avoir un, trop grand nombre de mots simples auxquels manquent les composés, et de termes composés qui n'ont point le simple primitif. <( Nous avons des architraves et point, de traves, des architectes et point de tectes, des soubassements et point de basseme.its. Il y a dés choses ineffables, et point d'effables; un homme est impeccable et n'est point peccable ; il y a des gens aimables et pourtant inaimaWc ne s'est pasencoré dit.» On peut faire la môme observation sur les adjectifs intrépide, impotent, irréprochable, impudent, insolent {^^). D'autre part certains mots qui ont le môme son peuvent désigner fies choses difTér^entes ce qui n'est pas logique : « nonchalant signifie paresseux et chaland celui qui achète '^\ » Au principe de l'analogie, ({m rend les mots intelligibles, il faut ajouter celui de l'euphonie, qui le>s empêche de choquer l'oreille. Pour Voltaire, l'harmonie de notre langue est loin d'être parfaite. « Il serait ù souhaiter, dit-il, qu'on pût assembler une sobiété d'hommes qui eussent l'esprit et
(1) Ibid. Ilor, H. IV. 1. — III. ii. 4. — Ilï. ii. 50. — IV. I. 11. \% Ho«lof[. V. IV. 112. — Ibid. II. i. 1.
(3) HtV. IV. V. M.
(4) Pol. III. V. 77 Gid. II. II. 22. Ilor. III. vi.22. — Cinn. III. m. 38.— Pol V. II. 51. — Pomp. IV. I. 37. -- IV. iv. U. -Nie. III. vin. 29.
(5) Ùict. phil., art. Langues. XXX, p. 537. Cf. Comm. 9ur Corneille. Nie. I 1 25
(0) Diel. phil.nvl. Langues, p. 538. — Pour la mémo raison, VoKlaire approuve le mot bienfaisance cvéé par l'àbW de Saint-Pierre. (VII* Discours sur la vraie vertu.)
roreiiî ddnnei et de 1 radoul et qui feu, h plus h Dieu, plus in est dar foin, p langagi douhei plus d J^ngùe savent on est ont fait Ipste € L'eu| qui ôte épouva parai ss saires*; et ne !
parler ( parlièr
(1) Die
(2) Ibii
(3) Let 587. Cf.
' (♦) Let
(5) IbU d'Alembe
(6) Dm ' (7) Vol arrheêpt