‹ Étude sur Voltaire, grammarien et la grammaire au XVIIIe siècle [microforme]Chapitre 7 sur 34 · M«., W07. UL · texte numérisé non relu

M«., W07. UL

roreiiîe justes, pour adoucir la rudesse de certains termes^ ddnner do rembonpoint à la sécheresse de quelques autres et de rharmonie à quelques sons rebutants. Oncle, ongle, radoub, perdre, borgne, sont des mots terminés durement et qui auraient pu être adoucis... Emeu, lieu, dietf^ moyeu, feu, bleu, peuple, nuque, pique, pmp^e auraient pu Itre plus harmonieux. Quelle différence du mot théos au mot Dieu, de populus à peuple, de locus à lieu ? (^) » Mais le plus insupportable reste de t la barbarie welche et gauloise » est dans nos terminaisons en oin ; coin^ soin, oint, groin, foin, point, marBOuin, tintoin, pourpoint. « Il faut qu'un langage ait d'ailleurs de grands charmes pour faire pardonner ces sons qui tiennent moins de l'homme que dfe la plus dégoûtante espèce des animaux. » Gomme chaque Jéiïgue a des mots désagréables que les hommes éloquents savent placer heureusement et dont ils ornent la rusticité, on est bien obligé, il est vrai^ de s*en tenir à l'usage qu'en ont fait les bons auteurs (2); mais c'est là pour Voltaire un Ifiste esclavage. \ "^

L'euphonie lui fait condamner encore les longs adverbes qui ôtent à la phrase toute légèreté, tels que furieusement, épouvantablement y horriblement (3). D'autres mots lui paraissent répréhensibles parce qu'ils ne sont pas nécessaires ; ils ne font que remplacer des termes très simples et ne sont point une richesse pour la langue. A quoi bon parler de persifUtge {^\ de pemers mâles, de philosophie parlière ^S)^ d'amabilitié (6*, à! errements 0), de provocation 9

(1) Dict. phil, 2s^. Français. XXIX, p. 503.

(2) JWd, art. FranpoM. XXIX. 493.

(3) Lettre critique sur le Poëmedela bataille defontenoi. XXXVIII, 587. Cf. Lettre à If— du Deffand. i nov. 1772. LXVIII. 31.

. (♦) Lettre sur la Nouvelle Héloîse. XXI. 307.

(5) Jbid., Ce mot, emprunté au xvi« siècle, à été employé aussi par d'Alembert. Lettre du Si octobre tlôi.

(6) met. pMÎ, art. Esprit, XXVII. 219.

(7) Voltaire donne une singiilière étymologie à ce mot qu'il fait venir de arrhes prononcé trrM parle peuple de Paris. Lettre 4 d'(Hivet,5 jan. 1767.

Pourquoi créer Tadverbe négligemment (^) 9 Qu'aYonsnougi besoin d'employer des mots comme éduquer, axMpectei% sentimenter, élogier, égaliser, mystifier et tous ces termes dont se servent des auteurs «c qui ont parlé allobroge en français » (2 ? « Autrefois on accomplissait des promesses, on né les réalisait pas; on citait lés anciens, on ne fesait pas de citations ! Jadis on recueillait les moissons, aujourd'hui on les récolte («i/. » Et que dire de prospectus (4) et du verbe obtempérer (5\ qui n'ont de ressemblance avec aucun autre terme français? *

Mais il est une classe de mots que Voltaire déteste tout particulièrement, parce qu'ils sont à la fois inutiles et dépourvus d'analogie. Ainsi « de celata qui signifie un casque en italien, on a fait salade dans les guerres d'Italie ; de ridotto les gazetiers ont tiré redoute; un homme qui sait sa langue conservera toujours le mot d'assemblée. De boivling-green, gazon où l'oji joue à la boule, on a fait 6oulingrin ; roast-beef, bœuf rôti, a produit chez nos maîtres d'hôtel du he\ air des bœufs rôtis d'agneau, des bœufs rôtis de perdreaux. De t Vhabit de cheval » redingcocti on a fait redingote, du salon du sieur Devaux à Londres, nommé Waux-Hall, on a fait un facs-hall à Paris (6). De cette façon la langue française va bientôt redevenir barbare.

Toutes ces idées sur le vocabulaire français sont très philosophiques et même très raisonnables. Mafe si le néologisme a fait tant de progrès de nos jours, ce développement ne tient-il pas à la nature même des choses ? On empruntera toujours des mots aux langues étrangères parce qu'on ne pourra les traduire commodément ; et le

(i) Dict. phil., art. Esprit et François. XXIX.

(2) Ib.id.,an. Français. XXIX. 497, Voltaire semble également proscrire lo mot démontrer. Ibid., art. Antiquités.

(3) Jbid, art. Français XXIX. 495

(4) lettre à d'Alembert, 12 janvier 1770.

(5) Dict. phil., ibid.

(6) md., p. 408. '

»7 tfl — • VI

{6)JW«f.,p.258.

public demi-lettré, au risque de les défigurer, donnera droit de cité à ces importations nouvelles, pour se donner un air d'élégance ou d!éinidition . Gela est fort peu philosophique et cependant fort naturel. Quant aux autres créations nouvelles, elles dépendent jusqu'à un certain point dans^ toutes les langues du caprice et de l'usage ; mais en français elles sont favorisées pai^'des conditions toutes particulières. Voltaire et les philosophes se plaignent de ne pas trouver assez d'analogie dans notre langue ; |ls ignorent que ce défaut est pour ainsi dire nécessaire,^ parce qu'il •doit son origine, non à la bizarrerie du langage, mais à la fc^rmation naturelle de notre idiome national. Le français possède un fonds qui lui est propre, tandis que sa dérivation est presque à moitié latine. Le peuple en général tend à créer d'aprèà les vieux mots certains dérivés qui lui paraissent plus naturels. Les lettrés^ont cherché des termes nou-, veaux dans la langue latine. Sur le substantif ^mofton, sans penser au verbe émouvoir, qui en eist trop éloigné, on a formé ëmotionner qui, pour les gens éclairés, est un mot barbare et inutile ; pour exprimer l'action de conférer ou d'amener, Içs lettrés ne s'avisent point d'employer des termes cjui pourraient être populaires ; ils préfèrent tirer dés yert)es latins correspondants collation et même cuiduction, mots que les Français ne comprennent pus tout d'abord, mais dont les étrangers instruits saisissent sans peine ft signification. Le désordre ne fait que s'aug'menter, puisque ces deux modes de formation sortt toujours en vigueur. Il n'y a que deux moyens d'y remédier : il faut, ou renoncer à la dérivation latine et à tout ce qu'elle a produit, ou amener touf les Français à apprendre un peu le latin. Le meilleur parti est encore de se résigiior et de regretter, comme Voltaire, que notre langue n'ait pas été formée par des philosophes.

^ Quant à l'euphonie telle qu'on l'entendait au xviii® siècle, c'est un principe d'une application très restreinte. Il est à

annonce un personnage de la suite d'un autre. » L 365.

din COI

souhaiter, sans doute, qu'on mette en usage des mots clairs et sonores; et plus d'un* écrivain à pu tenir compte de ces qualités pour adopter certaines nouveautés ; mais le peuple, qui es,t le grand créateur du langage^ ne se soucie guère d'observer cette condition. Il ne vise, en parlant, qu'à la commodité et non à la beauté. Jl évite dans certains cas d'employer des formes ridicules ou grotesques: il ne recherche point l'harmoni© pour elle-même. Quand ils subissent un changement, les mots ne prennent pas toujours une forme agréable à l'oreille ; au contraire, si nous avons un grand nombre de sons secs et rudes, c'est parce que la rencontre forcée de deux letti^s privées de leur intermédiaire produit fréquemment des aspérités qu'on ne trouve point dans le terme originalet qu'on ne peut adoucir qu'avec le temps. L'histoire ôf. notre langue nous montre que bien souvent les transformations phonétiques ne favorisent nullement le développement de ses éléments musicaux, Qui courrait démontrer que le français, au point dé vue de l'harmonie, est supérieur au latin ?

Il est une autre espèce de néologisme qui consiste non à se servir de mots >inou veaux, mais à changer le sens des termes usités. Voltaire ne l'admet pas pilu^ que l'autre et il invoque les mêmes raisonsr. S'il regrette que nous n'ayons pas assez de termes pour exprimer avec régularité les dérivés et composés d'une même racine, il voit avec le même déplaisir qu'un «eul mot peut répondre à plusieurs idées. « C'est un défaut qu'on exprime il a raison, il a de Vesprit, comme on exprime il esté Paris, il est à LyoniU. » Il est encore ti||<^ ^Acheux que les dérivés d'une môme racine pjiissent changer de sens au point d'éveiller des idées

(I) Dictphil , art A, t. XXVI, p 15 A propos do a. Voltaire ^oute qu'il ne saurait approuver qu'un verbe ait une seule lettre. Il a d'ailleurs une (>rëvcntion assez peu justifiée contre « ce verbe en monosyllabe », qui lui paraît être une invention « de la barbarie welche ». Lettre à d'Âlefnbert 11» mars IT7(), t. MtVI, p 22.

— • —> ' " ^" ""«►« .vi r , tuuaiif lie pane pas uc Hoin-

am comme grammairien. *

toutes différentes : « garçon, courtisan, coureur, sont des Hiots honnêtes ; garce, courtisane, coureuse, sont des injures. Vénus est un nom charmant, vénérien est abominable (1).» ; ^ *

S'il y a tant d'inconvénients daris r^otre. langue, il estdangéreux de les multiplier encore en permettant aUxécrivainfe d'attribuer aux mots une signification ^nouvelle. Il est vrai que Voltaire lui-même donna au substantif tra^^dien le sens d'auteur tragique que ce mot n'avait pas eu au ; xvii« siècle. En 1749,m1 voulait, contre l'avis de l'Académie, qu'on pût dire « un homme soudain dans ses transports )),! comme on dit «un événement soudain. L'éloquence, ne consiste-t-èlle pas à traïispçser les mots d'une espèce dans une autre '2)9 » Et il permet à Corneille d'employer à la rigueur l'expression^rondeur sublime^ quoique cet adjectif ne s'emploie que «pour exprimer les choses qui élèvent V l'âme (3) »., Mais il n'admet guère, en général, ces sortes.d'jnnovations. Il a énoncé lui-même, dans le Dictionnaire phi^losophiqup, le principe dont sa critique aimait â s'inspirer. « Lorsqu'on a dans un siècle un nombre Suffisant de bons écrivains qui sont devenus classiques, il n'est plus permis d'employer d'autres expressions que les leurs, et il faut leur donner le rhôme sfens, ou bien dans peu de temps le siècle présent n'entendrait plus le siècle passé W. » Les pieùt)les, il est vrai, se sont permis souvent de changer \e èens des termes. « Mot' voulaft, dire «oittdtVc; et aujourd'l^ il veut dire sot; èpiphanie signifiait superficie, et c'est aujourd'hui la fête des trois Rois; baptiser c'est plonger dans l'eau ; nous disons baptiser du nom de Jean, de Jacques (5). Mais

(i) JDict. phU, an. Français XXIX. 494. . (2) Uttre à Frédéric II 31 août 1740

(3) Comm. §ur Corneille. Sert. I. mi 65.

(4i An. Lafigue». XXX 540.

(5) Jbid. San. On voit que ces observations, sont fort ine:^ctes dans le détail. Idiot n^avait point Je sens de aolitaire, èpiphanie ha jamais siénifié superficie. ♦

(5) i^((re d ta Harp«. 31 oct. 1768.

(5) Pré

Il ^t! V|

c*est l'ignorance qui a introduit cet usage. Onidéît donc s'interdire par exemple d'employer le mol verdeur pour exprimer ce qui est vert, c attendu qu'on ne dit pas ro%*^eur ni grisaille U) », ou l'expression loueur per/ide, quand il ne s'agit pas d'un loueur de carrosses ; il est absurde d'oser dfre qu'on a un sffupçon de fièvre, ce qui nous mène aux ê&upç&ni de colique, de haine, d'amour, de ridicule (8), et de se servir de mentions bizarres, comme faire impresnon (3), être au parfait, coupe d'une tragédie (♦), 80u$ couleur d*iliustrer Corneille i^). . '

« Si on avait demandé à Patru, à Pellisson, à Boi^eau ce que c'est qu'avoir trait, ils n'auraient su que répondre <«). i Est-il bien nécessaire aussi de changer le Sens des adjectife et des yerbés,. d'écrire que « les^Etats ont eu un avis jM»ra((è(e à celui du Parlement », « qu'on a uif goftt décidé pour les arts » ou d'imiter les Çasconsqui hasardèrent de dire fixer une personne au lieu de^<r regarder fixement (7) ? ». N'est-il pas aussi du plus mauvais goût de changer les substantifs en adjectifs, comme Jf-J. Rousseaîu qui parle de maintien soir datesijuèet de ton grenadier i^)"} - >

Cette seconde sorte de néologisme est beaucoup plus fréquente que la première, et pjus difficile à combattre. Quand on Ibrge un mot nouveau, on risque de se rendre bizarre ou ridicule ; mais changer légèrement le sens d'un terme est

(1) Expression de Maupertuis. Extrait de* la Bibliothèque raiwnnée, Mél. 1752. III. IX. 451. * .

{^)Dict.ph%l,tiT{. Langues. yi\yiJS»r

(3)' Lettre à M»» du De/fand, 26 mars 1770, à Dupont, 30 mars, à d^rgentah 25 avril 1773, t LXVI, 220, 22» et LXVIII. 249.

(4) Lettre à d'Olivet, 22 janvier 17Gi. LIX. 254^ Çf LXIII. 535.

(5) Observ. antiques sur une nouvellle épître de Boilepiti à M âé F. Mél. 1771. XLVI. 407. , I '

(6) Dict. phtl, art. Français. XXIX, 495. Voltaire condanine^core le mot important pris daiis. le sens de considérable. Dict. m^fe., art. Banqueroute. -,,.„'

Ç) Ibid, art Langues. Jm. ^ °

(8) Lettres sur la Nouvelle Héloise, 3« lettre, XL, p. 223^ ^

^-'^-■- ja....*^

une chose

vie propre,

pourraiàdé

qui la j^mj

souhaiter q

Les moU

ils éveilleni

auxquelles

sont formé!

jamais banr

que Voltain

à celui de <

ne voir auc

d'autres mo

littérateur n

de faire pa

langage des

encore comi

cations inut

doivent fairt

tiqué n^éme

biales ; et il i

style iliaroti

Cejargoi Mais le \ Le sage :

L'art de i

Ainsi le n

celui des ge

(1) Requête t

(2) Cf. VtUe

xxxvn ^.j à un jourttaUt

'jm>i«jaM,ji<iijaJWi

mmimm

(5} Pré

la Grammair9.

une chose ordinaire et des plus naturelleH. Chaiiuo mot a .sa vieprODre, et lu vie n'«8t qu'un perpétuel changement. On pourHiii désirer que ta langue pût échapper îi ces variations qui la J^mpliquent inuUlement ; mais il est plus facile de le souhaiter que de l'espérer.

Lés mots n'ont pas seulement leur signiOcation propre ; ils éveillent encore dans l'esprit des idées accessoires grAce auxquelles ils paraissent nobles ou familiers. Quelques-uns Sont formés d'une façon si grossière qu'ils devraient être à jamais bannis ae la langue française. C'est pour dette raigpn que Voltaire lutta afin de faire substituer le terme d'impasse à celui de cul-de-sac, dans lequel d'aiftèuf s il s'obstinait 4 ne voir aucune analogie avec la chose signifiée <i). II y a d'autres mots vulgaires dont on ne peut se passer ; mais le littérateur ne doit pas leur accorder le^érôihiecité. Essayer de foire passer un terme populaire ou une expression du langage des arts et des métiers dans le style sérieux, c'est encore commettre un néologisme que la haine des compila cations inutiles, l'amour de la simplicité et de la régularité doivent faire absolument, proscrire. Aussi Voltaire a-t-il cri- ^ tiqué n^éme dans Boileau, l'emploi des locutions proverbiales; et il s'est élevé en maint endroit contre l'abominable style iliarotique qui était alors à la mode."

Ce jargon dans un conte est encore supportable ; , Mais le vrai veut un air, un ton plù& respectable ; Le sage Despréaux laisse aux esprits mal faits L'art de moraliser du ton de Rabelais (2).

Ainsi le inélange^ des termes était condamné comme celui des genres. Les mots, qui devaient toujours garder

(1) Requête de Jérôttie Carré aux Parisiens. VII. 80. J^l^^ ^^ «wim«n des iroU démises épîtres du sieur Rousseau. XXXVn ^. Mémoire sur la satire. Mél. 1739. XXXVffl. 337. ConseUs 4 u» >ouft»aWfte;Mél,1737. XXXVn, p. 378.

■rmm

l'heureux choix des exemples. (Œuvres, t. XVI, p. 1,3©).

l3) V. ilfiN

leur condition, se trouvaient rangés en classes ou plutôt en castes, avec une hiérarchie qui ixaraissait trop régulière pour qu'on osât y toucher. La langue française, il est vrai, ne pouvait que souffrir de cette privation des aliments qui devaient la soutenir et la fortifier. Elle allait s'appauvrir sans doute, mais l'esprit philosophique était satisfait.

ûD

SOMMAJRI. ~

rentes espè — Inconvéi

Les grar en général regretter V les/iUppoîl la science donné libn CùmMle.

langue frai des ren^arc du discour s'écarte de par là mém

L'auteur pluriel, c J le pluriel. 1 aromates n on de

poM Une 1 q«eoe toal

«^-éiwpw

UWVNOT, lïTo;

l8) V. ilfifi. ttll., 1778. ViU. ».

Page 1