CHAPITRE I. — GÉNÉRALITÉS
Les races bantu peuvent être divisées démographiquement en peuples, tribus» clans et familles. Le village est le berceau de la famille ; il est fondé par un homme, le père, qui est le chef ; il n'a pas de personnalité distincte de lui et des siens ; il porte son nom et est censé disparaître avec lui. La famille n'est pas seulement le couple bisexuel avec ses rejetons : des esclaves de case ou de guerre, des clients ou étrangers qui cherchèrent refuge auprès d'elle, des vaincus, des adoptés, tous avec leur progéniture, en ont fait un tout composite, mais animé d'un idéal commun.
Le clan est ime extension, par gemmiparité, du village ou de la famille primitifs ; c'est la réiuiion de plusieurs familles ou villages réputés descendre d'un père commun, les enfants ou clients de ce père s'étant établis hors du village.
La tribu est la réunion de plusieurs clans unis pour la défense ou la commodité et ayant de mêmes ancêtres.
Le peuple est l'agrégat des tribus vivant sous un grand chef, lequel représente les plus lointains ancêtres.
Ces groupements et sous-groupements ont perdu de leur netteté première; des conquêtes, des croisements, des invasioi^s, l'admissioa- d'étrangers, les ont altérés.
Aussi est-il difficile de distinguer un peuple d'une tribu, un clan d'une famille. Les auteurs et administrateurs ont commis et commettent de graves erreurs sur ce point, comme sur beaucoup d'autres; ils prennent volontiers UB sobriquet ou un nom totémique de clan ou de famille pour le nom d'une race ou d'une tribu.
Ces groupements et sous-groupements fonctionnent et s'administrent sans loi écrite, par la seule force de l'instinct social primitif. Celui-ci s'est tantôt plié à des formes plus perfectionnées et plus hiérarchisées, et tantôt n'a fait nul progrès. Ils conservent leur indépendance administrative, le chef du groupe supérieur ne s'immisçant pas en règle aux affaires du groupe inférieur ; ils sont souvent en état de guerre.
D y a donc des peuples bantu, comme il y a des peuples européens. S'ils sont sédentaires, ils occupent une portion de territoire rigoureusement délimitée : les villages ont leurs cultures, leurs forêts, leurs terrains de chasse et se déplacent. Dans un même peuple, des sécessions se sont souvent produites par suite de guerres intertribales. Il y a aussi des essaims de Bantu d'une certaine race qui vivent dans des contrées habitées par une autre race.
Dans les groupements indigènes, on voit les hommes et femmes libres et les esclaves. Parfois on y trouve des populations vaincues qui sont plutôt esclaves que libres : c'est le cas chez les Watsusi de l'Uruanda. Les personnes libres sont, ou bien des adoptés et clients, ou bien des parents du chef. Ces derniers constituent des familles prééminentes ayant une influence politique marquée;
une infraction commise vis-à-vis d'eux est plus sévèrement punie ; le conseil des anciens ou notables se recrute parmi eux. Il existe donc une aristocratie bantu. Parmi les personnes libres, il y en a qui sont nés de parents libres et d'autres d'une mère esclave; ces derniers sont libres en général mais» en fait, n'ont ni influence ni fonctions politiques.