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CHAPITRE I

Des autobités indigènes apbès l'occupation européenne des dominations

Nous renvoyons le lecteur aux explications que nous avons données au titre III du présent livre d'études sur le pouvoir politique chez de nombreux peuples bantu. La peinture qui en est faite reflète plutôt une organisation virtuelle des fonctions politiques. Cette organisation, avec ses faiblesses» avait subi, dès avant l'occupation européenne, des altérations par suite des guerres intestines, de la traite, de l'invasion arabe.

Les européens continuèrent l'œuvre commencée par les conquérants noirs, les Portugais, les Arabes. De 1890 à 1910, l'autorité des chefs subsista presque intacte partout où les blancs n'avaient pas passé ; elle fut altérée dans son essence à peu près partout où ils s'installèrent.

Quelles sont les causes de cet important fait colonial? Ce sont des causes psychologiques et politiques ; c'est ensuite l'effet de la civilisation ; c'est enfin l'action des administrations européennes.

Les causes psychologiques sont d'abord l'ignorance des européens sur l'organisation indigène et la nature des pouvoirs du chef. Ce qui, dans les rythmes bantu, frappa les conquérants, ce furent les sacrifices humains et les châtiments sévères des coutumes; ils les attribuèrent à la tyrannie des chefs. Si quelques administrateurs cher-

chaient à comprendre l'organisation indigène» ils s'en remettaient» à défaut de savoir la langue, à un interprète, qui souvent ne la comprenait pas davantage ; ou bien ils se heurtaient au silence ou aux mensonges des noirs, qui se défient des enquêteurs. On affirma qu'en maint endroit il n'y avait ni organisation, ni chefs de sang parce qu'on n'en trouvait pas. Le mépris de l'homme pour ce qui est différent de soi et de ses mœurs affecta aussi le bloc des institutions indigènes.

Les européens, de 1890 à 1910, avaient à stabiliser leur conquête. Les pouvoirs des chefs et surtout des grands chefs sur de nombreuses populations n'étaient pas pour leur plaire. Là où ils maintinrent l'autorité naturelle, ce fut le plus souvent à titre provisoire et dans le dessein de s'en servir pour obtenir des corvées, de l'ivoire, du caoutchouc.

A ces causes s'ajoute l'action réflexe de la civilisation. Partout où elle se fait sentir, elle sape les disciplines héréditaires par ses tentations, ses besoins; de nombreux Bantu, anciens soldats et travailleurs, refusent aujourd'hui de regagner leur village et vivent indépendants. De plus, la réduction en nombre des guerres intestines ôte au chef l'occasion d'affermir ses pouvoirs.

Les administrations coordonnèrent ces facteurs de désagrégation. Mal éclairées, sans cadre instruit, elles s'affirment les seules autorités en Afrique. Elles ravissent aux chefs leur souveraineté et leur droit sur le sol. Elles leur prennent leur pouvoir de haute justice, et, dans la crainte de révoltes, leur force armée. Elles les révoquent, les déportent, les condamnent à la peine de mort et à l'emprisonnement. Elles séparent les uns des autres les fractions de peuple, les clans, les tribus par des limites factices, telles que des parallèles ou des bornes de district

et de province (1) ; elles les érigent en agrégats indépendants. Pour mieux régner, elles favorisent les velléités d'indépendance des petits chefs... Elles imposent des chefs et cheffesses de leur choix» étrangers ou esclaves ou maîtresses de blancs» pour récompenser des services ou témoigner de leur autorité.

Mais, avec l'écoulement du temps, l'attitude des européens change. Si l'on ne connaît guère mieux l'organisation bantu, on fait moins de crédit à 1' « énergie » ; on comprend qu'il faut respecter les coutumes indigènes et la société bantu (2). Vers 1910 apparaît dans plusieurs dominations une législation qui s'efforce de relever l'autorité des chefs, tout en medntenant le gouvernement direct des européens. C'est notanmient la Proclamation du Haut Commissaire du 8 octobre 1910 pour les Rhodésies ; c'est le décret du 2 mai 1910 pour le Congo belge. On trouve dans l'Est Allemand une situation analogue à l'esprit de ces législations.

(1) Par exemple, la plus grande partie des Bakusu, aa Ck>ngo belge, est séparée de son chef naturel par la frontière Kaianga Bivina. LesBabuye ont été répartis, ainsi que les Bango-Bango, les Baaongé, entre plusieurs provinces. Les Basongé et les Baluba, les Balunda, les Babwile sont établis dans divers districts. Voir, au sujet de ce fait bien connu dans toutes les dominations africaines, le Souihem Bhodeaia Native Réserves commiaaion Report^ 1916.

(2) Au fond, on leur reste hostile ; éQes sont considérées comme des pis-aller. Stioand, dans son livre Administration in tropical AfricOf exprime sur ce point des opinions encore répandues. La plupart des auteurs espèrent la transformation des mœurs bantu en mœurs européennes.

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