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CHAPITRE n

Considérations sur la question agraire EN Rhodésie du Sud et dans l'Union Sud Africaine.

La multiplicité d'aspects de la question agraire dans les colonies de peuplement et l'objet du présent travail,

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à l'étude de quelques Bantu, nous incitent à la brièveté dans l'examen de la question des terres dans les pays de peuplement. Nous bornerons nos courtes observations à rUnion Sud Africaine et à la Rhodésie du Sud.

Dans ces régions» les deux races sont d'une densité assez forte. Dans l'Union» elles ont une tendance marquée à augmenter, la noire en vertu de sa prolificité naturelle» la blanche par son dessein de fonder dans ces riches pays une société nouvelle ; il y a donc conflit manifeste entre les intérêts des deux races. C'est la politique de refoule* ment qui triomphe. Chez les Anglais» elle revêt de vagues formes d'humanité» mais» dans le Sud-Ouest Allemand» eUe est impitoyable. Dans l'Union» l'atmosphère est d'inquiétude et d'hostilité réciproque. Elle est d'indifférence malveillante dans la Rhodésie du Sud.

Le moyen auquel on recourut dans ces deux établissements coloniaux pour résoudre la question des terres fut l'attribution aux Bantu de blocs de terre vastes et bien délimités, appelés « réserves ».

C'est en 1894 que la a Land Commission »» ayant à pourvoir dans la Rhodésie du Sud à l'établissement des noirs expulsés des champs d'or du Matabéléland, décida la création de réserves. H faut» dit-elle» accorder aux Matabélé des terres en nombre proportionné aux tribus et convenant à leurs besoins agricoles et pastoraux» avec de l'eau en suffisance. Il est inutile, dit-elle encore» de maintenir les noirs sur leur sol ; il suffit de leur donner des terres pour y vivre dans le cas où les européens arriveraient en trop grand nombre. La commission forma à cet effet les réserves de Shangani» de 8^500 square miles» celle de Gwaai de 8»000 square miles, et une petite réserve de 6,000 hectares pour les femmes et enfants de Lobengula décédé. Mais les noirs refusèrent d'aller dans ces réserves parce que l'eau n'y était pas abondante et que le climat en était malsain. « Les meilleures terres» dit

» plus tard le Southern Rhodesia Native Réserves Commis- » sion Report de 191 5, avaient été accordées aux sociétés B et aux européens (1). »

Dans le Mashonaland, ce furent les Native Commissionners qui délimitèrent les réserves : ils accomplirent cette tâche avec le dessein de faciliter le recrutement de la main-d'œuvre.

Aujourd'hui, dans la Rhodésie du Sud, sur 158,247 square miles de superficie, les réserves indigènes sont de 82,000 square miles, plus de petites réserves à délimiter dans les districts de Selimgwe et de Darwin. Sur 782,000 noirs, 405,876 vivent dans ces réserves; ils ont donc 55 acres par tête (2). La Southern Rhodesia Nativ^ Reserves Commission, qui acheva ses travaux en 1915, propose ime réduction de 1 million d'acres sur les 82,000 miles carrés actuellement dévolus aux indigènes. Les réserves ainsi reconnues, dit le rapport de la Commission, sont définitives, c'est-à-dire qu'elles ne seront jamais ni augmentées ni réduites.

Dans l'Union Sud Africaine, l'espace de terre de réserve dont dispose chaque indigène varie avec les régions ; dans le Swaziland il est de 14.7 acres ; dans le Transkei, de 8.8 ; dans le Zululand, de 6.6 ; le Basutoland n'est pas à vrai dire un pays de « réserve » : les blancs ne peuvent en général s'y établir ; il y a 16 acres par tête d'habitant.

(1) Le Beport on ihe Naiwea of SouUiWeet Africa and iheùr treatement hy Oermany (1918) montre comment les AHeznands efiFectaèrent l'expropriation des noirs dans rOuest-Africain Allemand. Us enlevèrent aux Herreroe la presque totalité de leur 160,000 tètes de gros bétail, massacrèrent ou poussèrent au désert les trois quaits des indigènes, leur ravirent toutes les terres fertiles pour les donner k leurs colons et forcèrent ainsi les survivants k s'engager comme ouvriers dans leurs propres fermes.

(2) Souihem Bhodesia Native Beaerveê CommisaUm Beport pour 1016, p. 16.

Le protectorat anglais du Bechuanaland contient de grandes étendues de sol qui pourront recevoir des popu* lations indigènes considérables. Au taux actuel, chaque habitant y dispose de 484 acres.

La formation de réserves indigènes paraît la seule solution du problème agraire dans ces deux colonies de peuplement. L'extirpation des noirs y est en effet une impossibilité ; ils sont trop nombreux et les besoins de main-d'œuvre des industries, et notamment des mines» y sont très coi&idérables.

Les réserves telles qu'elles sont constituées assurent aux noirs des terres en quantité adéquate et même supérieure aux besoins de leur population. Il en est ainsi tout au moins dans la Rhodésie du Sud où il y a 55 acres de sol par noir. Dans l'Union Sud Africaine, les Bantu sont moins bien lotis et la législation leur est nettement défavorable.

Le système des réserves a d'autres avantages : les noirs y étant séparés des blancs et ceux-ci ne pouvant s'installer dans la région habitée par eux, il semble loisible aux Bantu de se développer selon leurs propres lignes. Tandis que les sociétés bantu qui vivent en dehors des réserves et restent en rapport avec les centres européens (827,000 environ dans la Rhodésie du Sud), se désagrègent très vite, paraissent vouées à la stagnation matérielle et à la corruption.

Le système des réserves a cependant de grands inconvénients qui sont la résultante des conditions spéciales des colonies de peuplement, c'est-à-dire des besoins sans cesse grandissants, de l'énergie et de la primauté des européens.

Tout d'abord, dans l'Union Sud Africaine, la popula-

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tion blanche est si importante, le commerce et Tindustrie si développés que tous les Bantu indistinctement ont été affectés par Toccupation européenne : nulle civilisation propre aux Bantu n'y peut naître. En Rhodésie du Sud» le puissant peuple des Matabélé a été chassé des terres où il vivait pour faire place à l'industrie (1). Cette circonstance a certes affaibli son moral (2). Les déclarations officielles nous assurent que le choix des réserves fut exempt de la préoccupation de céder aux Bantu les mauvaises terres. Nous croyons à la sincérité des officiels anglais, mais, selon le Southern Rhodesia Native Reserves Commission Report, la constitution des premières réserves dans la Rhodésie du Sud fut marquée par cette préoccupation (8). De plus, ce même rapport nous avertit que les réserves de 82,000 miles carrés ne seront jamais ni diminuées ni augmentées. Que se passera-t-il si la population blanche y atteint 75,000 habitants dans cinquante ^ ans, ce qui est possible? Que se passera-t-il enfin si les Bantu, de 750,000 qu'ils sont, atteignent dans le même temps le chiffre de 1,500,000? Une situation analogue et d'une gravité plus gmnde se présente à l'heure actuelle dans le Sud Africain, où les Bantu et les européens sont beaucoup plus nombreux.

L'avenir est assez peu rassurant pour les colonies de peuplement qui possèdent des populations noires denses. Le projet de Sir Shepstone de faire émigrer les Bantu de l'Union Sud Africaine dans le Bechuanaland britannique,

(1) n en est de môme des Maasal, dons rEet-Africain britamiiqne.

(2) Voy. B%tneUn de eoUmUaUon comparée, 1012, aviil, p. 174, le procès que les Massai de l'Est-Africain britannique aient au gouvernement sur la nullité de leur consentement k leur transfert dans le territoire de Laikipia, et les violences qui accompagnèrent cette opération.

(8) Ce fut le cas aussi en Afrique du Sud, notamment au Natal (BVANB, Black and wUe in Souih Africa, p. 182).

dont le territoire est immense et peu peuplé, verra peutêtre sa réalisation ; il n'y aura dans l'Union Sud Africaine que ce qu'il faut de Bantu pour pourvoir aux nécessités de l'industrie. H faut noter toutefois que cette émigration serait assez peu pratique» car les natifs ne suffisent même pas aux besoins actuels.

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