CHAPITRE L — GÉNÉRALITÉS
L'impôt est une contribution que les citoyens paient pour aider l'Etat à faire face aux dépenses d'intérêt général.
Dans les groupements bantu, il existe une notion similaire mais non équivalente, celle du tribut. B est payé au représentant de la communauté, mais il ne paraît pas l'être uniquement pour satisfaire aux besoins généraux. B est aussi un hommage à la souveraineté du chef, le témoignage de son droit éminent sur les hommes et les choses, une participation à sa subsistance. B consiste en denrées, en vivres, parfois en esclaves.
(1) Le gouvernement métropolitain est décidé à renoncer à Padmiiystration directe.
Ce n'est pas à dire que les Bantu soient étrangers à la notion d'une contribution aux besoins collectifs. Rien n'est plus conforme à leur génie que la préoccupation de l'intérêt général. Tout appartient virtuellement au chef. La part qu'il prélève sur les gains et salaires, les confiscations qu'il prononce, les corvées qu'il ordonne, les vivres qu'on lui apporte, les dîmes qu'il perçoit servent souvent à des usages publics : il donne des fêtes, fait les routes, acquitte l'impôt de certains sujets, glisse de l'argent dans la main de ceux qui partent en corvée de portage (1), entretient sa police ou son armée.
L'impôt réclamé des Bantu par les colonisateurs n'est donc pas tout à fait une innovation pour eux. Les modalités que lui donne le blanc sont, toutefois, hors de l'équerre bantu. Chez eux, l'impôt est collectif s'il £^agit du tribut payé à un autre chef que le chef du village, c'est-à-dire qu'il est dû par la communauté entière représentée par le chef, tandis que nous l'instituons individuel ; il consiste en denrées, en corvées, tandis que nous le voulons en argent; il est payé au Congo belge sur chaque femme supplémentaire.