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CHAPITRE IV

Des conditions matérielles et morales du travail

chez le blanc

Puisque le Bantu ne peut être contraint de travailler chez le blanc, les conditions matérielles et morales dans lesquelles il y travaille ont une grande importance. La qualité et l'abondance de la nourriture, l'humanité des procédés, la nature et la durée journalière du labeur, le taux du salaire, la mortalité et la morbidité, auront une influence marquée sur la rareté de l'offre des bras.

(1) Par exemple sur la durée de rengagement, la nature du tokvail, le salaire ; des employeurs ont congédié des noirs sans les payer. Actuellement, ces abus sont considérablement réduits ea nombre.

(2) Quand un travailleur tombait malade, on le licenciait; il rentrait au village ou il mourait en brousse. Ces abus ont presque disparu.

(3) Ce n'est pas toujours le travail nouveau qui les emporte ; il arrive que la nostalgie les mine. J'en ai entendu disant : « C'est la terre qui me donne ma maladie » ; il voulait dire la terre natale ; il s'agissait d'une recrue.

Quelques-uns de ces facteurs apparaissent maintenant aux industriels sous leur vrai jour : au Rand de Johannesburg, d'immenses progrès ont été faits, de même qu'à Kimberley; l'Union minière du Haut-Katanga porte depuis deux ans sur eux une attention sérieuse* Il y a quelques années à peine, au Rand, les noirs étaient, dit-on, enterrés sans certificats de décès, et la mortalité des travailleurs tropicaux y était telle que le gouvernement dut, en 1918, interdire leur emploi. Chez les recrues de l'Union minière du Haut-Katanga la mortalité atteignit des taux de 6 à 10 p. c. (1-2). Je vis en 1917, à la Bourse du travail du Katanga, 94 Kassaiens dont, un an après, 60 seulement regagnèrent le village natal (1-2),

Les questions relatives à la ration et au genre de nourriture, à la durée de l'apprentissage et du travail journalier, au repos hebdomadaire, aux aptitudes corporelles, au vêtement, au campement relèvent de l'hygiène industrielle. Cette science tâtonne encore : elle est aux prises avec des problèmes d'ordre physico-psychologique, qui varient selon les lieux. C'est d'elle aussi que relève la lutte contre les maladies propres aux noirs et qui font plus de ravages sur les chantiers qu'au village par suite de la dépression mentale du Bantu déraciné, du climat, du nouveau genre de travail, de l'effort ; enfin, tel peuple ou telle tribu résiste moins au travail industriel que d'autres. Seuls de rares spécialistes de ces questions en parleront avec compétence. Le gouvernement belge envoya en 1917 au Katanga, pour y étudier les conditions du travail bantu, le D' Boigelot, qu'un long séjour aux

(1) Cette mortalité ne représente pas le dommage social réel ; il faut y ajouter : 1<> la réduction de nataUté pendant Tabsence du noir engagé, et 2<» le nombre des noirs morts après réforme pour cause de maladie.

(2) Chez les Angola, la mortalité atteint 11 p. c, me disait le D' Boigelot ; l'Union Minière dut renoncer aux Nyassa.

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tions de l'espèce. A la vérité, les chefs indigènes seuls pourraient ainsi sanctionner équitablement les infractions au contrat de travail, car, seuls, ils discernent la mauvaise volonté de l'inexpérience. Si les blancs avaient le droit d'appliquer le fouet tant redouté, le travail chez eux serait moins recherché encore par les noirs qu'il ne l'est.

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