CHAPITRE V
De l'influence du travail industriel SUR la société indigène
Les observateurs des Bantu assignent communément au labeur industriel un effet dissolvant sur les disciplines bantu, tandis que l'individu bantu s'y améliorerait : le noir, rentré au village, y apporterait un esprit nouveau que les chefs dénoncent comme dangereux, mais lui-même serait devenu plus dégourdi et plus vigoureux ; des villages d'anciens travailleurs se forment, au Congo belge, des échappés de l'usine qui ne veulent plus, dit-on» des autorités traditionnelles.
Ces opinions sont si répandues, qu'elles reflètent probablement la réalité dans certains cas, et notamment dans les colonies de peuplement où toute la population passe par l'usine ou la mine ; elles sont moins fondées, pensons-nous (1), à l'heure actuelle, dans les dominations. Si le Bantu revenu de la mine méprise son chef, c'est bien souvent parpe que ce chef n'est pas un chef de sang. Si le Bantu qui travaille chez le blanc devient moins sauvage, il peut avoir acquis des vices. Nous pensons que l'effet du travail industriel n'est pas nécessairement péjoratif, mais varie selon sa durée et selon les lieux, les races, les individus. Qu'il soit par essence un dissolvant
(1) Opinion personneUe.
des qualités bantu est douteux; qu'il affaiblisse les disciplines est vrai si celles-ci ne sont pas incamées dans un chef de sang ; qu'avec l'écoulement du temps, tout l'idéal bantu périsse par lui me paraît faux si Ton protège cet idéal par des mesures eflBicaces, mais vrai, si l'on n'arme pas ses dépositaires de pouvoirs et de prestige. Ce n'est que si la majorité des Bantu passe par l'usine et y séjourne durant de longs termes qu'un grand mal peut être fait.