I. — OBSERVATION CLINIQUE. (M. Pinard
Femme de 33 ans. Bonne santé générale et menstruation régulière jusqu'en 1898. N'a jamais été enceinte. Une nuit, elle est prise subitement, d’une façon calaclysmique pour ainsi dire, d’une douleur abdominale violente avec phénomènes syncopaux, enfin tous les signes d’une inondation sanguine intrapéritonéale.
La malade est vue quarante-huit heures après par M. Pinard, puis par M. Segond, pour lesquels le diagnostic ne laisse aucun doute : grossesse extra-utérine rompue avec inondation péritonéale.
La malade est dans un état d’anémie aiguë, elle a des syncopes répétées, le ventre est ballonné ; il n’y a pas de matité sus-pubienne. L'intervention est pratiquée d'urgence immédiatement.
IT. — LAPAROTOMIE (avril 1898). Opérateur : M. Segond.
Le ventre est plein de sang liquide; il n’y a pas de caillots.
M. Segond explore les annexes gauches, la trompe rompue saigne : extirpation des annexes gauches.
Les annexes opposées sont laissées en place; le péritoine est détergé avec de grosses éponges de tout le sang qui s'y était déversé (5 litres de caillots et de liquide sanglant).
Le ventre est refermé. Drainage sus-pubien.
Suites opératoires : Guérison sans incident. Retour à une santé parfaite.
Ultérieurement, le 22 novembre 1899, M. Segond lui enlève un fibrome utérin interstitiel de la paroi antérieure, pesant 400 gr., par son procédé « d'énucléation et de morcellement par hystérotomie cervico-vaginale bilatérale » (1).
LI. — ExaAMEN DES PIÈGES. La pièce se compose de la trompe et de l'ovaire droit.
La trompe comprend : ‘ |
Une portion externe non dilatée, libre, sans adhérences, s'étendant sur 20 millim. de longueur jusqu'au pavillon qui est ouvert et dont les franges sont normales. Dans cette portion, la trompe a 8 millim. de diamètre vertical et 9 millim. de diamètre antéro-pestérieur.
Une portion interne, le sac fœtal. Longueur, 40 millim. ; hauteur, 33 millim. ; épaisseur, 30 millimètres.
C'est un ovoïde à pôles tronc-coniques : le pôle externe se continue graduellement avec la portion externe non dilatée de la trompe ; le pôle interne se continue avec un court tronçon de trompe non habitée par l'œuf (6 millim.) ; c’est sur l'extrémité de ce tronçon qu'a porté la section chirurgicale des annexes au ras de la corne utérine. La surface extérieure de cet ovoide est couverte de caillots, à l'exception des pôles, On ne reconnait pas la surface péritonéale de la trompe.
L'ovaire présente quelques brisures d’adhérences. Ses dimensions sont : grand axe, 28 millim.; hauteur, 19 millim. ; épaisseur, 15 millimètres."
A la coupe, cet ovaire apparaît polymicrokystique. 27 ne renferme pas de corps jaune.
Les coupes histologiques totales sériées de la pièce, après fixation et durcissement dans l'alcool, inclusion dans la celloïdine, ont permis de constater que l'œuf, presque entièrement décollé, était encore dans le sac tubaire, dont la paroi, presque exclusivement conjonctive, n’a plus qu'un demi-millimètre d'épaisseur. La face postérieure du sacest tout entière dilacérée (déchirure mesurant 30 millim. sur 35). La brèche est occupée par des caillots au milieu desquels sont noyées les villosités choriales.
L'œuf renfermait un embryon de 17 millim. de longueur, en place dans la cavité amniotique non ouverte.
Au niveau des deux pôles trone-coniques du sac, la trompe épaissie (10 à 11 millim.) est contournée, serpentine ; ses méandres sont tassés, accolés
(1) Obs. XVIII de la thèse de Louis DARTIGUES. Chirurgie conservatrice de l'utérus et des annexes dans le traitement des fibromes utérins. Paris, 1901.
sous une Commune couverture péritonéale qui représente la surface extérieure d’un trone de cône régulier.
En dehors du sac, la trompe ne présente d'autre modification histologique qu'une hypertrophie de la couche musculo-conjonetivo-vasculaire sous-peritonéale et une légère hyperplasie cellulaire au niveau des franges de la muqueuse. Ces modifications sont maxima au niveau des pôles du sac.
OBSERVATION VIII
Grossesse tubaire ampullaire droite.
Rupture intrapéritonéale soivante-six jours après les dernières règles. — Fœtus long de 3 centim. 5.
(PL. VIII à X, fig. 19 à 26).
I. — OBSERVATION CLINIQUE (1). (Hôtel-Dieu : MM. Polaillon et La be x.)
Une femme de 45 ans entre le 6 janvier au soir à l’'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Polaillon, pour des douleurs abdominales et des métrorrhagies.
Cette femme, qui a eu quatre accouchements, dont le dernier remonte à sept ans, raconte que, il y a une quinzaine de jours, elle a eu une perte de sang assez abondante avec caillots. Elle était ordinairement bien réglée, mais lorsqu'elle a eu sa métrorrhagie, elle avait un retard de trois semaines dans ses règles {les dernières règles datent du 1° novembre). Un médecin appelé diagnostique une fausse couche et fait garder le lit à la malade. Mais comme elle continue à souffrir du ventre et à perdre du sang avec caillots, elle vient à l'hôpital.
On l'examine le 7 janvier, à la visite du matin. C’est une femme extrêmement grasse, Sa paroi abdominale est d’une épaisseur considérable, si bien que le palper est très difficile et ne donne pas de renseignements précis. Son ventre, qui a toujours été gros, s’est cependant légèrement accru, dit-elle, depuis sa soi-disant fausse couche.
Le toucher vaginal montre un utérus gros, assez mobile et pas douloureux ; l’hystéromélrie révèle une cavité utérine de 9 centim. Les culs-de-sac vaginaux sont libres, cependant il semble que dans le cul-de-sac latéral droit, profondément, il y a un peu d’empâtement. ù
I n’y a actuellement pas de métrorrhagie.
Étant données les difficultés du palper bimanuel à cause de l'épaisseur de la
paroi, on ne pose pas de diagnostic précis, on se réserve d'observer la malade et de la réexaminer.
(1) Observation et pièces présentées à la Sociéte anatomique (14 janvier 1898 notre collègue et ami LAB4Y, qui a eu l’obligeance de nous p'èce intacte,
), par confier l'étude de la
Après l'examen, la malade est reportée à son lil et presque aussitôt elle se
sent mal à Paise. Elle déjeune cependant, mais bientôt elle est prise d'une
dyspnée extrêmement violente (40 respirations par minute). La face est cyanosée, les extrémités sont froides et couvertes de sueur. Les battements du cœur sont très accélérés et faibles (130 par minute); de plus, la malade se plaint d’une douleur vive dans la région lombaire. L’auscultation du poumon ne révèle rien ; on lui fait respirer de l'oxygène : injections hypodermiques de caféine, d’éther.
La malade se sent un peu soulagée pendant quelques instants, puis elle recommence à étouffer, les extrémités se refroidissent et à quatre heures de l'après-midi, elle a une syncope et meurt.
11. — AUTOPSIE. La cavité abdominale est remplie de sang liquide et de caillots. Le petit bassin contient notamment une quantité considérable de gros caillots cruoriques situés dans le cul-de-sac de Douglas et dans le cul-de-sac vésico-utérin : c'est une véritable inondation péritonéale. Les anses intestinales pe présentent pas d'adhérences entre elles ni avec l'utérus ou les annexes ; mais entre la trompe droite dont la portion externe rupturée contient un œuf, et le eæcum avec son appendice, il existe des adhérences plus serrées, qui sont formées par des caillots paraissant plus anciens et commençant déjà à s'organiser. Tous les autres organes sont normaux.
L'utérus et les annexes sont enlevés en bloc et conservés dans une solution de formol.
C’est dans cet état, après la présentation à la Société anatomique et l'incision de la paroi utérine postérieure, que les pièces nous sont remises par Labe y.