I. -— OBSERVATION GLINIQUE (1). (Hôpital Broca: M. Pozzi
Adeline -P..., 33 ans, entrée le 13 février 1900 à l'hôpital Broca, salle À. Guerin, lit n° 2.
Premières règles à 13 ans.
À 26 ans, accouchement difficile. Application de forceps. Petite hémorrhagie après l'accouchement : la malade est ensuite restée onze mois dans un état de faiblesse extrème.
Depuis lors, les règles sont plus abondantes et un peu douloureuses.
Deux ans après son accouchement, elle aurait eu des phénomènes de métrite, pour lesquels elle aurait été traitée par des cautérisations ; de temps en temps, elle avait des sortes de crises durant une quinzaine de jours en dehors des règles (coliques salpingiennes).
(1) Observation publiée dans les Comptes rendus de la Société d’obstétrique, de gynécologie et de pœdiatrie de Paris, par M. POZZI, qui a bien voulu nous confier l'examen de la pièce.
Dernières règles le L janvier, comme d'habitude. Durée, quatre jours.
Les derniers rapports sexuels ont eu lieu deux jours avant les dernières règles, soit le 2 janvier.
Le 19 janvier 1900, la malade a été prise de très vives douleurs dans le bas-ventre, qui ont duré six heures. Et, à partir de cette date, elle a toujours souffert et a commencé à perdre tous les jours un peu de sang. Cette métrorrbagie quotidienne a continué jusqu’au jour de l'opération (2 avril 1900). Le 23 février, c'est-à-dire dix jours après son entrée à l'hôpital, la malade a ressenti des douleurs très fortes dans le bas-ventre, avec vomissements abondants qui ont duré cinq à six jours ; cette crise s’est calmée, mais la malade a continué à souffrir un peu.
Examen, le 10 mars : ventre douloureux à la pression. Seins paraissant normaux. Pas de colostrum à la pression. Au toucher vaginal, col gros, mou, uu peu entr'ouvert; utérus gros en antéflexion. On sent à gauche et en avant une tumeur superposée à l'utérus, et ressemblant, ou à un corps fibreux, ou à un kyste intra ou rétro-ligamentaire du volume d’une tête de fœtus. C’est à ce dernier diagnostic qu'on s'arrête. A droite, on sent aussi une petite induration que l’on attribue à une annexite.
IT. — LAPAROTOMIE, le 2 avril 1900. Opérateur : M. Pozzi.
A l'ouverture du ventre, on tombe sur une tumeur noirâtre ayant tout à fait l’aspect d'un kyste de l'ovaire tordu, recouverte par l'épiploon qui lui adhère ainsi que le mésocôlon, et superposée à l’utérus qu’elle rejette fortement en avant et dont la face postérieure lui adhère. On décolle les adhérences et on dégage ainsi une tumeur oblongue, dont le pédicule est à droite, quoique le corps de Ja tumeur fût reporté franchement à gauche, après une torsion peu serrée d'un tour de spire en sens inverse des aiguilles d’une montre. Ligature du pédicule en chaïne et section de ce pédicule qui est épais, élastique, nullement altéré après qu'on l’a détordu.
On examine le côté gauche ct l’on constate que l'ovaire est sain-; mais que la trompe, du voluine du petit doigt, est oblitérée et contient un peu de liquide (hydrosalpinx). On excise le fond de ce sac : on pénètre ainsi dans la trompe dilatée et l’on borde les lèvres de l’incision avec un surjet au catgut de manière à créer un pavillon artificiel (stomatoplastie). Le stylet pénètre dans le canal tubaire. L’utérus, globuleux, dépasse le volume du poing ; il a l'aspect d'un utérus gravide. La face postérieure de l'utérus était comme écorchée par places. Hémostase par attouchement au thermocautère.
Résection de la presque totalité du grand épiploon qui était épaissi et altéré
par suite de son adhérence à la tumeur. Tamponnement avec un sac de Mikulicz
de gaze iodoformée renfermant deux lanières de gaze stérilisées ; suture abdominale au-dessus du sac de gaze.
Suites opératoires simples. La malade est convalescente au moment actuel (fin avril 1900).