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ment, la suspend à une cheville, près du lit.
La simplicité nue d’Homère, suivant l'expression de M. Patin , la naïveté des discours, la rusticité des mœurs, voilà ce que j’ai tâché de reproduire , — comme une pâle gravure peut reproduire un magnifique tableau. Je trouvais qu’Homère avait été orné, arrangé, émondé, transformé par tous ses traducteurs ou imitateurs, en exceptant madame Dacier. Selon moi , la traduction de madame Dacier est un chef-d’œuvre; ses phrases ont l’ampleur et la facilité du style grec ; ses négligences même ne sont pas sans charme; enfin l’esprit d’Homère y revit dans sa grâce ingénue. Pourtant les difficiles ont accusé cette traduction de prosaïsme et de trivialité; d’autres sont venus, qui ont voulu refaire ce qui avait été si bien fait. Mais, ô grand poète, qu’es-tu devenu entre leurs
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mains! Il faut lire la traduction du prince Lebrun, pour savoir comment on donne de la
If!
vivacité au bon Homère, et de quelle façon on l’approprie au goût français. Toujours est-il que madame Dacier a très-bien compris Homère ; aussi mon travail ne s’excuse que par les différences de la prose et des vers.
Mais Andi’é Chénier est un poëte , qui s’est inspiré de la muse antique ; pourquoi donc , me dira-t-on, venir, après lui? C’est qu’ André Chénier a reculé devant la brutalité d’Homère.
Il est gracieux; il est doux, poétique, sonore; il n’est pas simple. On entend dans le bruit de ses cadences un écho harmonieux de Virgile; l’élégance latine a passé par là, et la rudesse homérique a disparu. Tant mieux , dira-t-on encore, il satisfait mieux au goût français : il a su exprimer le suc grec dans une coupe moderne ; à la fois noble et pitto-
PREFACE
resque, il s’est assimilé l’antiquité, tout en vivant de sa propre vie; il aurait eu grand tort de s’en faire l’imitateur servile J’ac-
corde tout cela , et même je le pense. Mais enfin je vois dans Chénier quelqde chose de Théücrite, de Virgile, d’Horace et de Chénier; je n’y vois pas Homère.
Quelques citations prises dans le Siendiant feront comprendre ce que je veux dire.
Puis, si nulle raison ne te force'au mystère,
Tu nous diras tou nom, ta patrie et ton père.
Les Grecs n’avaient pas de ces délicatesses; on voit dans VOdyssée qu’ils interrogent curieusement leurs hôtes, sans y mettre aucune discrétion.
Le toit s’égaye et rit de mille ode^irs divines.
Recherche de langage (mauvaise d’ailleurs) très-étrangère à Homère.
PRÉFACE
Tu peux ici rester
Sans craindre qu’un affront ne trouble ton asile.
— L’indigent se méfie. — Il n’est plus de danger.
— L’homme est né pour souffrir. — Il est né pour changer. — Il change d'infortune.
Ce dialogue coupé, et arrangé pour le besoin des répliques, est antihomérique.
Voici maintenant de l’Horace tout pur :
« Non semper imbres, etc. »
Ami ' reprends courage :
Toujours un vent glacé ne souffle point l’orage.
Le ciel d’un jour à l’autre est humide ou serein.
Je ne reproche point à Chénier d’avoir
imité Horace; mais cette imitation est tout à
fait opposée à la manière d’Homère. D’abord
Homère réservait en général les comparaisons pour la narration, et n’en chargeait pas le discours, à moins que ce ne fût une harangue; il était trop naturel pour embellir ainsi la conversation. Puis, dans la narration même,
PRÉFACE
il ne procédait jamais par ces comparaisons •
rapides et elliptiques; il se plaisUit à les développer, et il aurait dit, par exemple (en meilleur style) : La fortune des hommes dépend de la volonté des dieux, et Jupiter nous rend heureux ou malheureux comme il lui plaît. Souvent le destin nous comble de richesses, au moment où nous paraissions plongés dans la plus grande misère. Ainsi, quand le vent du midi amasse les nuages, le pâtre se hâte de faire rentrer ses troupeaux, et le laboureur craint de voir périr, en une journée, la moisson qu’il a préparée avec tant d’amour. . . Mais si un vent favorable chasse la tempête et ramène le jour éclatant, alors l’espérance rentre au cœur du laboureur joyeux , et il remercie Jupiter qui peut, à son gré,
obscurcir le ciel ou lui rendre la sérénité
J’en ai dit assez pour expliquer mon inten-
• PRÉFACE
tion. A tort ou à raison, j’ai cru qu’Homère était plus simple et plus franc qu’on ne le suppose généralement ; je n’ai pas reconnu sa simplicité et sa franchise dans ses imitateurs, et j’ai essayé de le montrer tel que je le comprenais. Sans doute je ne suis qu’un barbare gaulois traduisant un grec mélodieux ; l’harmonie des vers d’IIomère, leur force et leur grâce, l’esprit de la muse, le parfum de la fleur, tout s’est évanoui; de ce butin cueilli au penchant du vieux Parnasse , il ne reste qu’un herbier desséché. Tel qu’il est, il a sa raison d’être, c’est pourquoi je l’offre aux quelques amis de l’antiquité, qui vont encore herborisant au sommet des grandes collines.
Ah! ce pays grec est un pays divin. Les arts s’y sont épanouis dans l’idéal sans quitter le naturel , aspirant à la fois le beau et
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le vrai, comme une fleur qui par ses racines puise les sucs nourriciers de la terre, et par sa corolle s’enivre de lumière et d’air. Les statues de Phidias étalent à nos yeux leurs merveilleux débris, désespoir éternel des sculpteurs ; et non moins désespérante que la statuaire, l’architecture a couvert le sol Attique de monuments où tout est beau et tout est nécessaire , si bien que le plaisir des yeux s’explique par la science, et que les ornements appartiennent essentiellement aux convenances et à la destination de l’édifice. Il en est de même de la poésie ; son coloris reste en poussière entre les doigts du traducteur maladroit. Gomment lutter contre cette langue musicale et imitative? Au chant sonore des spondées alternant avec les dactyles, qui voudrait comparer le retour de nos rimes monotones? Où est la musique des douze syllabes , longues à demi , brèves à
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demi, dont se compose arithmétiquement notre vers alexandrin? Puis, quelle infériorité de langage ! Celui des Grecs , né au sein des harmonies de la nature, les fait encore entendre à notre oreille charmée; le nôtre, mélange confus de deux ou trois idiomes, ne représente que des ruines.
La tragédie d'Ulysse fait suite au poëme;
elle a été écrite dans 1e même esprit ; tout ce
que j’ai dit du poëme s’applique à la tragédie. Il est clair dès lors que je n’ai pas choisi l’action de VOdyssée, comme action trèsdramatique, mais comme un moyen de montrer Homère aux spectateurs. Par conséquent, j’ai dû m’attacher avant tout à reproduire les mœurs de l’époque et le langage de mon modèle ; j’aurais manqué mon but, si j’avais adouci ou arrangé certaines choses, par égard pour les habitudes de notre public. Je n’ai pas
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non plus cherché des complications à l’intrigue; je l’ai prise telle qu’elle est dans le poëme; elle suffisait à mon dessein. Ensuite, je me suis efforcé de ramener les vers du drame à une simplicité extrême, et je me suis donné, pour arriver à ce résultat, autant de peine que d’autres pour entasser les images éclatantes et les idées ambitieuses. Enfin , j’ai relégué le lyrisme dans les chœurs où je parlais en mon nom et non plus au nom d’Homère.
Que me reproche-t-on? de n’avoir pas développé des caractères? est-ce qu’Ulysse, tour
à tour rusé comme un paysan de nos jours, tendre auprès de son fils et de sa femme, terrible contre les prétendants , et enfin grave et religieux comme la Justice, n’est pas un caractère? est-ce que, môme dans Tes moments d’épanchemfent, il oublie jamais sa prudence accoutumée? est-ce que le grossier Antinoüs
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n’est pas un caractère? qu’est-ce donc que Pénélope , chaste et ferme , se défendant , comme peut se défendre une femme seule, tantôt par sa dignité, tantôt par une prudence un peu habile? Qu’est-ce que Télémaque, ardent com-me un jeune homme, respectueux néanmoins et silencieux devant son père qu’il admire, et dont il a déjà la valeur et la ruse? — avec cette différence que le père sait parfaitement dissimuler, et que le fils , impatient de montrer qu’il n’est plus enfant, laisse trop éclater ses instincts belliqueux , ou exagère la finesse.
M’accuse-t-on de pastiche? Je doute que ce mot, mal fait, puisse s’appliquer à l’étude d’une littérature étrangère , surtout quand on remonte à la vérité. Se rapprocher d’Homère, c’est se rapprocher de la nature, et le pastiche s’attaque exclusivement à la manière et au procédé.
PRÉFACÉ.
Dira-t-on qu’il est bien facile de découper un drame dans un poëme, et que je n’ai eu d’autre peine que de raccourcir les dialogues?. Je m’en rapporte à ceux qui essaieront.
Enfin me reproche-t-on de n’avoir pas inventé? Eh mon Dieu! je ne suis pas entré à jamais dans l’Élysée, et je ne prétends pas renoncer au commerce des vivants pour le plaisir de converser éternellement avec l’ombre d’Homère. Je tâcherai d’inventer, une autre fois , bien qu’il soit écrit qu’f/ n'y a rien de nouveau sous le soleil.
Je n’ignore pas (on me l’a démontré si souvent!) qu’on trouve trop peu d’invention dans mes intrigues, et trop de simplicité dans l’action de mes drames: Je conviens même qu’il n’y i pas beaucoup de complication , et qu’on
n’y tombe pas de surprise en surprise et de pér, )étie en péripétie. Mais quoi ! deux sys-
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tèmes sont en présence, et je les crois inconciliables. Ou l’on ne se propose que d’amuser le spectateur et de tenir sa curiosité en éveil par des coups de théâtre multipliés et des intrigues bien embrouillées ; alors il faut renoncer au développement des sentiments et des caractères, à la peinture des mœurs et des idées d’une époque, car toute la place est prise par la préparation des incidents, les transitions, les explications et les combinaisons. Dans ce système, la situation naît toujours d’un événement extérieur qui peut arriver ou ne pas arriver, qui dépend du hasard et non de la volonté des personnages, et dont toutes les circonstances sont tellement essentielles à la marche du drame, que, si on en changeait une seule, le drame n’existerait pas.
‘ Ou bien il s’agit de représenter les mœurs d’un siècle, en les résumant dans les hommes
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célèbres qui en sont comme la personnification; il s’agit de développer un caractère, une passion ou un sentiment; en ce cas, on n’a pas le loisir d’amasser des incidents et des complications; on va droit au cœur, droit à l’idée. D’ailleurs, un plan plus élevé demande une exécution plus large ; la porte secrète, le mélodrame, la surprise, nuiraient à la sincérité de l’œuvre, et l’habileté qu’on déploierait dans les petits moyens contrasterait avec les grands noms dont on évoque le souvenir.
Dans ce système, l’action naît du choc des intérêts ou des passions ; elle se déroule par la seule logique des choses et l’opposition des caractères. A. ce travail du génie, qui se suffit à lui-même, nous devons Ctnna, Andromaque et le Misanthrope.
Il est vrai que le premier système est plus amusant; il n’exige pas du public une attention
PRÉFACE
sérieuse et éclairée; le spectateur n’a pas besoin d’exercerson goût; il vient chercher des émotions et non de la vraisemblance ; que lui importe une étude historique? on n’est pas au théâtre pour s’instruire, mais pour passer une soirée agréable. C’est fort bien ; cependant la question est de savoir si le but de l’art est de divertir les gens oisifs, ou de développer en nous le sentiment du beau, ün ballet est amusant; un beau tableau et une belle statue s’adressent à un autre ordre d’idées; je ne pense pas qu’il soit aiTivé à personne , en sortant du Louvre, de s’écrier : Dieu! comme j’ai pleuré! ou : Dieu ! comme je me suis diverti !
Faut-il donc , pour être dans lés conditions de l’art, glacer et endormir le spectateur? Non, assurément. Le pire des genres est le genre ennuyeux; il ne faut jamais être froid; mais entendons-nous sur ce qu’on appelle froid ; c’est
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un point sur lequel on ne doit pas accepter le jugement de tout le monde. Il y a spectateurs ' et spectateurs. La foule sera insensible au Misanthrope, qui remuera profondément certains esprits, et ces certains esprits s’ennuieront fort à la représentation d’un mélodrame qui passionnera la foule; une scène entre Oreste et Hermione me paraît beaucoup plus chaude que le coup de théâtre le plus imprévu, entremêlé des plus violentes exclamations. Il m’est fort indifférent de savoir comment se dénouera un imbroglio ; il est très-intéressant, au contraire, de remarquer avec quelle pénétration Molière et Racine ont étudié le cœur humain , quelle vérité il y a dans leurs observations , quelle justesse dans le langage, quelle force et quefle franchise dans la facture des vers. C’est là un trèsvif plaisir, et l’on doit plaindre ceux qui en sont privés. — Ce qui est froid, c’est ce qui est faux.
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J’entends d’ici les objections accoutumées : ^
vous. vous révoltez contre le public, faute d’avoir su lui plaire ; la foule a un instinct sûr qui est le seul critérium du bon et du mauvais. — Oui , la foule a son instinct ; tout le monde est doué, en naissant, de la faculté du goût; mais c’est un germe qui veut être cultivé. L’habitude du mélodrame fausse le goût ; la bonne éducation seule produit des connaisseurs. 11 est certain que le peuple d’Athènes, nourri des vers d’Eschyle, de Sophocle et d’Euripide, avait reçu une autre éducation littéraire, et, par suite, jugeait autrement que les bourgeois de Paris. On ne peut pas plus juger une œuvre littéraire sans cette culture préalable, qu’on ne peut apprécier une peinture, quand on. n’a jamais vu de tableau.
Pour moi, c’est au second système que je me rattache, mais seulement dans la mesure
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de mes forces. Est-il besoin de dire que l’am- ^ bition passe de beaucoup la puissance? il n’est pas défendu d’aspirer où l’on ne peut atteindre.
Si je suis froid, j’ai tort; c’est ma faute, et non celle du système. Qu’y faire? On fait ce qu’on peut. Je m’absous par l’intention, et je puis du moins me rendre ce témoignage , qu’avant de choisir une action , j’ai toujours choisi une époque, et me suis déterminé à traiter un sujet . plutôt pour tracer la physionomie d’un siècle que pour combiner une intrigue. Gela dit, j’aurai bientôt exposé ma poétique. Elle est contenue en entier dans ces quatre vers :
Ce style figuré , dont on fait vanité ,
Sort du bon caractère et de la vérité ;
Ce n’est que jeu de mots, qu’affectatioii pure,
Et ce n’est pas ainsi que parle la nature.
Parler comme la nature, voilà tout. Il est vrai que c’est difficile.
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Maintenant, et ces conditions posées, quelle que soit la forme du drame ou de la tragé- ' die; qu’elle procède de Sophocle, de Racine ou de Shakspeare; que l’action se passe dans l’intérieur d’un palais entre quatre personnages, ou sur la place publique au milieu du peuple mêlé au drame ; qu’elle se renferme dans les unités ou se disperse en plusieurs pays, et se prolonge pendant des années; j’accepte toutes ces formes si diverses ; j’admets qu’elles varient selon tes sujets , pourvu que les personnages agissent comme ils doivent agir et parlent comme ils doivent parler. En un mot, je ne suis point du tout exclusif; je rends justice au mouvement littéraire qui a redonné l’audace et la vie à notre théâtre, au moment
où il se mourait de langueur, quoiqu’il y ait eu *
un peu de galvanisme dans cette résurrection.
Je crois que le siècle de Molière restera tou- '
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jours le grand siècle, parce que c’est alors seulement qu’on a réuni la force et le naturel ; mais j’estime que M. Hugo est souvent plus près de Corneille que beaucoup de ceux qui ' prétendaient à l’honneur de défendre et de continuer les auteurs classiques; enfin personne n’admire plus que moi les beaux vers de M. de Lamartine, de M. Hugo et de M. de Musset.
Telle est, en peu de mots, ma profession de foi, et maintenant je demande la permission de revenir à mes affaires particulières.
En premier lieu, je remercie la critique de l’accueil extrêmement indulgent qu’elle a fait à Ulysse.
Sympathique au travail, la critique a su gré à l’auteur de sa tentative ; elle en a excusé les faiblesses et les défauts; elle a pensé qu’il n’y avait aucun mal à pousser le public hors de
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ses habitudes, pour le faire voyager dans des pays nouveaux, à force d’être anciens, où les mœurs et les coutumes ressemblent à celles de nos paysans, où l’on parle un langage depuis longtemps répudié par la politesse des cours et prohibé par les rhétoriques. Si quelque chose de l’esprit d’Homère anime de temps en temps cette imitation, ce peut être un bénéfice pour l’art de franchir l’horizon français, anglais ou allemand, et de regarder vers la Grèce, sa première patrie. Combien de fois ne nous a-t-on pas reproché notre égoïsme littéraire? On nous blâme de nous renfermer dans la contemplation de nous-mêmes, et de ne pas agrandir notre point de vue par l’examen comparé des littératures étrangères. Eh bien! voici des Grecs, des Grecs qui ne sont pas Français; pourquoi leur être inhospitaliers? Fallait-il les civiliser et les habiller à
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notre mode? Mais alors à quoi bon prendre des Gi ’ccs? Il eût été bien plus simple de choisir des Français. — Si l’imitation trahit l’original et n’a rien du souffle de la muse antique, au moins elle a cet effet d’appeler l’attention du public sur Homère. — On vengera Homère en le relisant. Ce sera tant pis pour l’auteur, mais tant mieux pour le public, qui ne peut que gagner à celte lecture robuste et saine.
Mon rôle en cette affaire est assez désintéressé. Que certaine^ choses aient du succès; « il est clair que tout l’honneur en sera pour Homère. Que d’autres choses échouent; j’en recueillerai, moi seul, tout le blâme, et je serai traité de sacrilège. Je le savais , et néanmoins j’ai persisté. Je savais de plus qu’en cherchant la simplicité , je manquais l’effet. Ce qui est naturel ne frappe pas l’esprit; il semble que chacun en aurait fait au-
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tant; tandis qu’un trait brillant et faux sur-
prend le public : c’est un signal aux applaudissements, et le spectateur ébloui se dit en * lui-même qu’il n’aurait pas eu tant d’imagination , et qu’il faut bien du génie pour trouver des choses si singulières.
Toutes ces considérations, la critique en a
tenu compte. S’il est vrai que sa mission soit
autant d’encourager que de condamner, jamais elle n’a rempli son mandat d’une façon plus bienveillante; elle s’est même dépouillée de toute sévérité envers ce qui lui 'paraissait condamnable. Grâce à elle, le public est revenu de son premier étonnement; il â prêté à l’ouvrage une attention soutenue et sympathique. Ceci est une nouvelle preuve que l’art dramatique n’a pas un ennemi dans le feuilleton, mais bien plutôt un protecteur, un guide et un camarade.
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Me sera-t-il permis, cependant, puisque je
tiens la plume, de répondre quelques mots à une censure amère qui fait exception à cette bienveillance générale. Je veux parler d’un certain article publié dans les dernières pages d’une Revue. Selon le critique, un critique grave à ce qu’on dit, après avoir découpé avec une paire de ciseaux les passages de l’Odyssée, je me suis contenté de les traduire tantôt d’une manière littérale , plate et prosaïque , tantôt d’une manière très-infidèle. Nul sous le rapport philosophique ( je le crois bien; ce n’est pas dans les livres de Platon que j’ai pris Ulysse ) , nul sous le rapport littéraire , le poème ne peut contenter les antiquaires.
Je passe sur ces aménités, pour arriver à mes étourderies et à mes bévues. (O politesse des antiquaires!)'
PREFACE
Première étourderie : « Les suivantes infi- « dèles, pour excuser leur conduite, ne crai- « gnent pas de se comparer aux Bacchantes.
« Or, est-il permis de voir dans les Bacchantes « le type de la vie lascive? Pour se rendre « coupable d'une pareille bévue, il faut n’avoir «jamais lu ni Théocrite ni Virgile.... Ici, « en vérité, plus j’y pense, plus j’ai peine à « m’expliquer une telle étourderie; car je ne « veux pas croire que M. Ponsard ignore la « mort de Penthée. »
Voyez l’injustice! on me dit que je n’ai pas lu Virgile, à moi qui en sais par cœur les deux premiers vers :
Tityre , lu patulæ recubans sub tegmine fagi, Silvestrem teuui tnnsam medilaris aveoa.
Ce qui peut se traduire ainsi :
O Tityre, enseveli sous la couverture d’une Revue épaisse. Tu écris des pages rustiques avec une plume de mince valeur.
rUflFACl:
Je me rappelle même un autre passage de Virgile, où il est question des Bacchantes, d’une façon qui n’est pas fort à leur avantage. Comme Orphée se montrait peu sensible à leurs avances, ces dames n’imaginèrent rien de mieux, pour le punir de ses froideurs, que de le couper en petits morceaux.
Spretæ. . . maires
Diseei-ptum latos juvenem sparsere per agios.
Cela prouve qu’elles étaient inhumaines , mais non pas comme l’entend leur champion.
Le critique grave, si dur envers moi , à l’endroit de Virgile, se refuse pourtant à croire que j’ignore la mort de Penthée. Ignorer la mort de Penthée ! O ciel! Je ne suis pas capable de cette énormité. Non, non. Penthée est mort. . . est mort et enterré. On m’avait déjà fait part de cette perte douloureuse, ilùtons-ncus d’en donner la pj-euve, et ne rcsloiia
PRÉFACE
pas plus longtemps sous le poids de cette horrible accusation.
Cette strophe , que je fais chanter aux suivantes infidèles :
La jeune cavale.
Errant à son gré.
Du zéphyr rivale,
Bondit dans le pré.
Ainsi court et vole La Bacchante folle •
Sur le mont Sacre.
Cette strophe, dis-je, est imitée d’une strophe d’Euripide, qui se trouve précisément dans tes Bacchantes, ou la Mort de Pcnthée.
Voici ce (|u’Euripide fait dire au chœur des Ménadcs :
«Bacchus excite les danses agiles et les « anime par scs cris. Courage, courage, Bac- R chantes! Chantez Bacchus au bruit des tain-