PII!'- FACE
« bours retentissants ! A la montagne ! à la « montagne! Alors la Bacchante joyeuse, sem- « blable au jeune poulain qui suit sa mère « égarée, bondit et s’agite en cadence. »
Ainsi, selon Euripide, qui à la vérité n’a pas lu Virgile, les Bacchantes dansent; les Bacchantes chantent, au bruit des tambours.
Eh bien! que disent les suivantes?
Comme lu Bacchante,
Je danse et je chante ,
Au bruit du tambour.
Il me semble que puisque les suivantes dansent et chantent aussi au bruit des tamboui's, elles peuvent très-bien se comparer en cela aux Bacchantes. Elles ne prétendent pas leur ressembler du reste. Tel écrivain dira : je me fais imprimer comme Voltaire. Il aura raison sur ce point. Cela ne veut pas dire qu’il écrive comme Voltaire.
PRÉFACE. 47
Dexixihne étourderie : « Ulysse , rappelant « à Pénélope la forme du lit nuptial , parle « d’un olivier qu’il a taillé avec l’équerre. S’il « n’avait eu que l’équerre pour tailler l’oli-
« vier Est-ce que par hasard l’auteur au-
« rait cru que l’équerre sert à équarrir? »
C’est fort plaisant, mais complètement inexact. L’antiquaire badine sur ses propres inventions, avec légèreté, j’entends irréflexion.
Ulysse ne dit pas, en parlant de l’olivier :
J’en taillai le tronc avec l’équerre.
Mais :
J’en façonnai le tronc à l'aide de l’équerre.
Ce qui est bien différent.
Homère avait dit : j’en façonnai le tronc à angles droits, en y appliquant le cordèau.
Cela signifie-t-il : J’en taillai le tronc avec une corde?
PI! i; FAC R.
De que! côté est rétourdoric?
Enfin l’article se termine ainsi : « Si Ho- « mère est le plus divin des poètes, lapr^- ‘ « tendue tragédie de M. Ponsard est tout sim- « plement une impiété. »
Holà ! une impiété ! c’est un bien gros mot.
N’y a-t-il pas quelque circonstance atténuante pour la bonne foi? — Mais à propos : Si Homère n’est que divin, au lieu d’être le plus divin^ mon impiété sera-t-elle moin’dre? — Plaise à Dieu, le plus Dieu!
Certes, il est beau d’être un critique grave, et d’écrire dans une Revue non moins grave, hélas! mais serait-ce compromettre cette gravité, que d’être un critique instruit et poli , bienveillant au poète, et sympathique au lecteur?
Soyez ainsi, ami Tityre, et suivez moins les inspirations du dieu (quel dieu ! ) qui vous fait vos loisirs.
CHANT PREMIER
CHANT PREMIER
Sur les bords de la mer à la bruyante écume, Non loin du mont Sardène , est la ville de Gume La plaine d'alentour se charge de moissons,
Ou nourrit des brebis dont on vend les toisons,
HOMERE
Et dans l’eau qui descend des monts de l’Eolide D’habiles forgerons trempent l’airain solide.
Apollon s’y plaisait , et les peuples lointains Y venaient consulter ses oracles certains Mais depuis quelque temps, plus riche et plus avare, Cume n’otfrait aux Dieux qu’un sacrifice rare.
C’est là que travaillait Tychius rarmurier,
Qui forgeait mieux l’airain que nul autre ouvTier.
Sous le vent des soufflets tandis qu’un feu s’allume ,
Son lourd marteau, qui tombe et bondit sur l’enclume. Enfonce de grands clous dans un bouclier neuf, Enfermant sous l’airain sept doubles peaux de bœuf.
A ses côtés veillait, près de la lampe pleine ,
CHANT PREÜÎIER.
Sa femme , aux doigts légers , qui mélangeait la laine , Et par rassortiment d’ éclatantes couleurs
Imitait sur sa tâche un pré couvert de fleurs.
Lorsque le forgeron eüi^t achevé l’armure ,
A l’épreuve du trait , tant la matière est dure,
Las de battre le fer du matin jusqu'au soir,
Il laissa retonifber ses hias, et vint s’asseoir.
— C’est alors qu’un vieittard, caché dans le coin sombre Où l’angle du foyer avait jeté son ombre,
Tira de son manteau sa lyre en bois grossier.
Traversée, au sommet, d’une barre d’acier.
Le nom de ce vieillard était Mélésigène; n était étranger, et n’y voyait qu’à peinej
HOMËRK.
Comme il marchait la veille, un bâton à la main, Tâtant d’un pied douteux les traces du chemin , Des chiens avaient fait peur au vieillard solitaire , Qui , jetant son bâton et se couchant par terre , Entouré d’abotments et ne respirant pas ,
Dans ce cercle hurlant attendait le trépas.
Tychius le sauva de la meute vorace;
Il était allé vendre une belle cuirasse,
Et , joyeux d'avoir pu richement l’échanger,
11 rentrait , quand il vit le vieillard en danger. Après avoir chassé les chiens à coups de pierre , Il guida l’étranger jusques à sa chaumière ,
Puis il lui présenta sa coupe qu'il remplit ,
Di< ; i. i;d hv C'.OOglJ
CHANT PREMIER
L’admit à son foyer et lui donna son lit.
Or le vieillard chanta sur sa lyre savante Les prudents orateurs, les guerriers que l’on vante; Ensuite, pour flatter son hôte l’armurier,
Il célébra Vulcain, l’immortel ouvrier;
Du bouclier d’Achille il chanta les merveilles :
L’argent des échalas y soutient l’or des treilles ;
Le soc y fend la terre; ailleurs sont des moissons;
Plus loin, la danse emporte et filles et garçons ;
Le chœur rapide et sûr s’y noue et s’y dénoue ;
Il tourne , et d’un potier on croirait voir la roue ;
Il s’ouvre , et les danseurs, défilant tour à tour,
D’un fleuve sinueux imitent le contour.
HOMÈRE
Aux bords du bouclier est rOcêan sans borne.
11 chantait. — Comme on voit un cheval, à l’oeil mome, Qu’un actif laboureur hâte de l’aiguillon,
Traîner péniblement le soc dans le sillon :
Insouciant des coups , las du terrain rebelle ,
Il s’arrête au milieu d’un effort ; il appelle
Et la litière molle , et l’heure du repos
Dont l’étoile du soir avertit les troupeaux ; • *
Mais si l’écho lointain apporte à son oreille
Un bruit guerrier, soudain il s’étonne, il s’éveille ;
Il se souvient du choc des bataillons armés ;
Il ouvre largement ses naseaux enflammés ;
11 frémit; son poitrail, qu’un collier déshonore.
CHANT PREMIER
Se redresse, orgueilleux, vers le cuivre sonore.
— Ainsi le forgeron, de travail harassé,
Oubliait sa fotigue et le soir avancé.
Et, suspendant son âme à ce chant qui l’amuse. Écoutait l’étranger, favori de la Muse.
Quand le dernier accord eut laissé dans les airs Le souvenir mourant d’harmonieux concerts,
, Vieillard, dit Tychius, c’est Apollon lui-même Qui t’enseigna ces chants ; ce dieu t’inspire et t’aime Car je n’ouïs jamais de lyre aux plus doux sons.
Ni de chantre qui sût de plus belles chànsons. Heureuse la chaumière où la Muse est entrée !
On entend des récits qui charment la soirée.
HOMÈRE
Je ne peux pas t’offrir le filet gras des porcs.
Ni plusieurs fois remplir ta coupe jusqu’aux bords, Divin chantre. L’airain est d’un tel prix à Cume,
Que j’ai peu de profit à le mettre à l’enclume ;
Mais j’ai de quoi nourrir l’hôte , envoyé des Dieux ; S’il veut finir ses jours sous mon chaume pieux,
Il pourra d’un vin pur mouiller parfois ses lèvres.
Et dormir dans un lit couvert de peaux de chèvres. — Cependant l’heure fuit, et d'un prochain sommeil La lampe , qui s’éteint, nous donne le conseil.
Que Jupiter ami de l’homme charitable,
Lui répond le vieillard, prenne soin de ta table;
Qu’il repousse toujours, pour prix de ton accueil ,
CHANT PREMIER
La misère importune au dehors de ton seuil ,
Et que, pleines d'airain, tes forges renommées Procurent une dot à tes filles aimées !
Je suis reçu chez toi comme un voisin connu, Qui d’un très-long voyage est enfin revenu ;
Je m'asseois à la table où mange ta famille,
Et pour moi ton vin coule. et ton foyer pétille. Non , je n’ai pas souvent fait de pareils repas , Et si je m’en croyais, je ne m’en irais pas.
Que n’ai-je de bons yeux et la main vigoureuse , Comme quand j’entrepris ma vie aventureuse !
Je pourrais te servir; j’ai moi-même forgé;
On sait un peu de tout, quand on a voyagé ; J’avais appris comment les armuriers de l’hrace
HOMÈRE
Sèment d’écailles d’or le fer d’une cuirasse.
Mais je ne suis plus bon qu’à la lyre, et les ans Rie rendraient aujourd’hui les marteaux trop pesants. D’ailleurs mon œil éteint m’interdit cette tâche ;
Or le lot du vaillant n’appartient pas au lâche ;
Et je mériterais tous les noms outrageants,
Qu’on m’appelât glouton, et que les jeunes gens Me montrassent au doigt, en se disant ensemble : Qu’à ce vieillard jamais nul de nous ne ressemble!
Si , comme un fiiinéant , assis au coin du feu ,
Je consommais la part de ceux qui gagnent p<îu.
Mais voici le projet oii mon esprit s’arrête :
Sur ton lit, cette nuit, je poserai ma tête,
CHANT PREMIER
Et m’en irai demain , au lever du soleil ,
Sur la place publique oii siège le conseil.
Là , je demanderai qu’on m’accorde la somme
Qui suffit, chaque année, à l’entretien d’un homme,
Promettant , si l’on daigne exaucer mon souhait ,
Qu’on n’aura pas perdu le prix de ce bienfait ,
Car je chanterai Cume et ses plaines fertiles ,
Et la rendrai fameuse entre toutes les villes.
Tel est mon plan , qu’un Dieu vient de me conseiller; Aussi j’ai mis à part ce vin de ton cellier,
Pour le boire en l’honneur de la troupe céleste ,
De Jupiter surtout, que l’étranger atteste;
Par lui les suppliants obtiennent des égards ;
HOMCRE.
Par lui je toucherai le cœur de vos vieillards.
Tychius l’armurier lui répondit : Mon hôte ,
Jupiter tient nos biens et les donne ou les ôte j Mais tant qu’il permettra que je lève un marteau , Tant que j’aurai du pain , des mets , des lits de peau , Celui qui franchira le seuil de ma demeure Y trouvera sa part, toujours prête , à toute heure,
Et plus il sera pauvre , infirme , ayant besoin ,
Plus à le contenter j’appliquerai mon soin , . Sachant bien que les dieux bénissent la fatigue De quiconque au malheur ouvre une main prodigue ; Reste donc avec nous, je t’en saurai bon gré.
Sinon , au point du jour, je te réveillerai ;