EN MARCHE
A partir de cet endroit nous pouvions dire que notre voyage commençait réellement. Nous levons le camp à six heures le lendemain matin, et, après avoir franchi le dernier défrichement, nous disons adieu à lacivihsation que nous ne devions plus revoir, croyions-nous, pour quelques mois. Ce jour-là même, nous fîmes quatre portages, dont le plus long embrassait un demi-mille, au-dessus d'une colline, laissant aussi derrière nous de fort belles chutes dont l'une appelée « Grosse Ours » était plus considérable que celle de la Chaudière, à
Ottawa ; le soir venu, nous campâmes à un endroit au-dessus du dernier portage.
Ici, notre guide nous montra un canot d'écorce de 25 pieds de long sur 4 pieds 8 pouces de large, pesant environ 125 ibs, et qui était sa propriété. Suivant lui, ce canot pouvait porter tout notre bagage. Après avoir causé de l'affaire on décida de s'en servir, tant à cause de sa grandeur que de son utilité subséquente sur les eaux agitées des grands lacs qu'il nous fallait traverser, et surtout sur le redoutable Mistassini. Bien nous en prit ; car, sans ce grand canot, nous y serions encore probablement, partageant le sort de quelques-uns des Sauvages qui s'étaient aventurés sur le lac en canots de faibles dimensions. Nous mîmes en sûreté nos deux petits canots, et nous embarquâmes tous dans le grand. Nous-mêmes nous nous fîmes un devoir de travailler autant que possible, manœuvrant l'aviron et tâchant de nous rendre utiles en toutes circonstances ; le voyage, sans cela, aurait duré bien plus longtemps.