PRÉFACE
menace de nous envahir, et qui n'est propre à causer que des ruines morales et intellectuelles.
On ne lira pas non plus sans intérêt la relation d'un voyage au lac Mistassini, accompli dernièrement par deux de nos compatriotes anglais. Cette relation, publiée dans les journaux du temps, paraît aujourd'hui dans notre langue pour la première fois ; elle abonde en toutes sortes de détails sur cette partie reculée de l'Amérique du Nord dont le Mistassini, de réputation légendaire, occupe un espace qui ne paraît pas encore parfaitement déterminé.
Je joins également à ce volume, mais en l'augmentant considérablement, un article intitulé : « Société des Hures », qui a déjà paru dans la Revue Canadienne. Si la lecture de ces pages peut faire naître chez quelques-uns de ces jeunes gens qui usent de la vie sans profit pour leurs semblables et sans gloire pour eux-mêmes, et à qui les heures de loisir sont pour ainsi dire à charge, un peu de ce feu sacré, de cet enthousiasme, qui répand tant de charmes sur tout ce que nous faisons, et qui est la source de généreux efforts dans la poursuite du beau et du bien, nul ne s'en estimera plus heureux que moi.
J'ai dû, au dernier moment, retrancher de cet ouvrage une étude sur l'origine des monuments mégahthiques, (grandes pierres). L'insertion de ce travail aurait formé un trop fort volume. Il sera d'ailleurs prochainement l'objet d'une publication indépendante.
Il ne me reste qu'à exprimer le regret de n'avoir pu illustrer ce livre.. Des dessins, représentant.
par exemple, les monuments élevés par les Mound- Builders aux États-Unis, et par les peuples civilisés du Mexique et de l'Amérique centrale, auraient beaucoup ajouté à l'intérêt de cette partie de mon travail ; mais la reproduction de pareilles gravures m'aurait entraîné à des dépenses considérables, qu'il n'est pas encore facile de se permettre dans ce pays. J'ai confiance toutefois que cet ouvrage, malgré ses imperfections, recevra du public un accueil bienveillant.
ET
LES MOUND-BLii^DERS
'N peut dire avec raison que les questions préhistoriques sont les études du jour ; jamais elles n'ont excité un si vif intérêt qu'à l'époque actuelle. La recherche des origines des premières migrations humaines et l'étude des traces qu'ont pu laisser les peuples maintenant disparus, occupent aujourd'hui l'attention d'un grand nombre de savants. Ceux-ci, à défaut de documents écrits, ont recours à la terre ellemême, qui renferme dans son sein de précieux renseignements. Les différentes couches de notre globe sont, pour ainsi dire, autant de pages vivantes qui nous racontent l'histoire de la terre, et les commencements des races primitives, tant de l'Europe que de notre continent. Nous y lisons avec beaucoup de certitude la date de l'apparition de l'homme dans ces contrées, et l'existence précaire et difTicile qu'il menait à cette époque lointaine, où, sans autres armes que celles que pouvait lui fournir la pierre taillée, il lui fallait lutter contre les grands
If) ÉTUDES ARCHÉOLOGIQUES ET VARIÉTÉS
mammifères qui n'existent plus aujourd'hui, mais qui parcouraient alors ces régions.
Il est vrai que la science géologique n'a pas encore atteint son entier développement, mais les données qu'elle nous fournit sur la condition de la terre, telle qu'elle est sortie des mains du Créateur, et sur l'aurore de la vie, sont vraiment étonnantes, et confirment d'ailleurs dans leurs détails l'ensemble du récit sommaire qu'en a fait autrefois le législateur des Juifs.
La géologie a donné naissance à la paléontologie ou l'étude des fossiles, c'est-à-dire des espèces animales et végétales que l'on trouve enfouies dans les profondeurs de la terre et qui ne se rencontrent plus dans les règnes actuels. Chaque assise est caractérisée par des êtres particuliers qui font connaître au géologue l'âge relatif du terrain auquel ils appartiennent, de même que les médailles trouvées sous les ruines fixent l'antiquaire sur l'âge des monuments qui les recouvrent:
C'est au moyen de ces sciences, auxquelles on pourrait joindre l'ethnographie et l'étude comparée des langues, que l'on peut remonter aux premiers âges du monde et suivre les traces de migrations antérieures à toutes les traditions. Elles ont amené la solution d'intéressantes questions préhistoriques, et la reconstruction d'un passé considéré d'abord comme fabuleux.
C'est ainsi que nous voyons les premiers hommes, à la recherche de l'inconnu ou manquant d'espace, quitter le plateau de l'Asie et se répandre sur l'Europe, menant une vie nomade, n'ayant pour abris que les cavernes et les rochers, où l'on trouve aujourd'hui leurs ossements confondus avec ceux des pachydermes, des édentés monstrueux, qui peuplaient alors le globe.
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S'il nous faut convenir que l'état actuel de nos connaissances ne nous permet d'émettre que des hypothèses plus ou moins fondées touchant l'origine des premières immigrations en Amérique, nous pouvons au moins affirmer l'ancienneté de notre continent et y constater, comme un fait bien établi, la présence de l'homme à une date difficile à supputer, mais fort reculée, combattant, lui aussi, avec d'humbles silex, le mastodonte; le mégathérium et autres grands animaux des temps quaternaires, menant enfm une existence identique aux peuplades européennes de la même époque. Nous pouvons répéter, avec l'auteur de ï Amérique préhistorique, que « par une de ces grandes lois que la science ne peut méconnaître, au miheu d'une faune et d'une flore absolument différentes, des hommes, semblables par leur charpente osseuse, semblables par leur intelligence et leurs conceptions, parcouraient au même moment les forêts tropicales de l'Inde et les froides régions du Canada, chassant l'ours et le renne sur les rives du Delaware et du Mississippi, comme sur celles de la Seine ou de la Tamise ».
Pendant que les siècles se déroulent, de nouvelles immigrations pénètrent sur notre continent, apportant avec elles les éléments d'une civilisation en progrès. A la vie nomade succède la vie sédentaire ; la société civile s'organise ; on s'adonne à la culture du sol ; on construit des villes, et, bien longtemps après, les Espagnols, à leur arrivée en Amérique, y trouvent des peuples dont la civihsation, quoiqu'elle eût alors beaucoup perdu de son éclat, était cependant sous plusieurs rapports comparable à la leur.
A cette époque, l'Amérique présentait sur trois points, à des degrés divers, les traces d'une antique
civilisation : la partie occidentale de l'Amérique du Sud, comprenant le Chili et le Pérou, l'Amérique centrale et le Mexique, et les vallées du Mississipi et de l'Ohio.
C'est à tort que l'on considère souvent l'Amérique comme le « pays des choses nouvelles », suivant l'expression d'un américaniste. Géologiquement parlant, plusieurs portions du continent américain ont été formées antérieurement à l'ancien monde, et le savant *de nos jours y découvre des antiquités pouvant soutenir avantageusement la comparaison avec les plus célèbres monuments de l'Egypte, de l'Assyrie, de la Grèce et de Rome (1). Mais, tandis que ces derniers ont tour à tour été décrits par les voyageurs et les poètes, ceux de l'Amérique, au contraire, sont restés pendant de longs siècles ensevelis dans la solitude et le silence, et ce n'est que de nos jours pour ainsi dire qu'ils sont l'objet de l'attention et de l'étude qu'ils méritent de la part des érudits.
On ne saurait trop déplorer la cruauté et la barbarie avec lesquelles les envahisseurs du Mexique et du Pérou traitèrent les vaincus. En peu d'années ces beaux et riches pays furent couverts de ruines et livrés à l'anarchie qui n'a cessé d'y régner depuis. Entre autres destructions, il faut regretter celle de la plupart des anciens manuscrits que l'on put trouver, et en général de toute inscription ou souvenir quelconque qui pouvait rappeler à ces peuples leur indépendance et la gloire passée de leur patrie.
Sans cette perte, nous serions probablement mieux renseignés que nous le sommes sur l'histoire primitive de notre continent.
i ; Quoi qu'il en soit, ce n'est pas précisément de ces derniers peuples dont il sera question ici, mais bien
(1) Congrès des Américanistes, Nancy, 1875.
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d'une autre race, race mystérieuse, dont l'existence vient de nous être subitement révélée par l'étude des ruines qui recouvrent encercle sol qu'elle habitait autrefois, c'est-à-dire les vallées du Mississipi, du Missouri et de l'Ohio. Ces ruines, dont la proportion et le nombre nous étonnent, ont la forme de tertres, et ce sont les seuls témoins qui attestent l'existence de cette race industrieuse et sédentaire. Nous ignorons même le nom de cet ancien peuple, et on lui donne celui de Mound-Builders ou « Constructeurs de Tertres », d'après la nature de leurs constructions.
De nombreux écrivains ont traité les questions préhistoriques touchant l'Amérique, mais les savants des États-Unis se distinguent entre tous par le grand nombre de leurs travaux. Ils étudient avec ardeur ce lointain passé, les recherches se poursuivent avec une énergie et une persévérance vraiment dignes d'admiration, et les musées, les collèges, les universités s'enrichissent continuellement d'objets précieux provenant de cet ancien peuple.
Une revue mensuelle intitulée : The American Antiquarian & Oriental Journal, publie les découvertes les plus étonnantes, les résultats les plus inattendus que mettent au jour d'incessantes investigations. De nombreux ouvrages, tels que : The Native Races of ihe Pacific States of North America, par l'historien américain, M. Bancroft, les Mémoires du Smithsonian Institute, Ancient Monuments of the Mississipi Valley, de MM. Squier & Davis, Ancient America, de M. Baldwin, The North Americans of Aniiquity, The Prehistoric Races of ihe United- States, Foot-prints of Vanished Races, et bien d'autres que je pourrais énumérer, sont, pour la plupart, des ouvrages publiés depuis ces
quinze à vingt dernières années, et dont les auteurs ont étudié sur les lieux.
Les premiers émigrants européens, tout préoccupés des nécessités matérielles les plus indispensables de la vie, n'avaient pas remarqué l'existence de ces tertres ou tumiili ; d'ailleurs, à cette date, ils étaient déjà en partie recouverts par la forêt au point qu'ils étaient cachés à la vue des voyageurs. Quelques anciens auteurs en ont bien parlé incidemment, mais l'étude pratique et méthodique de ces constructions n'a été faite qu'en ces derniers temps.
M. Brackenridge fut un des premiers à les décrire. « En m'approchant du plus grand d'entre eux, dit-il, je fus saisi du même étonnement que l'on peut éprouver en contemplant les monuments de l'Egypte (1) ».