CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES « TUMULI
Ces tumuli ou mounds sont des ouvrages en terre afïectant diverses figures géométriques. Ils varient quant à leurs formes et dimensions. Quelques-uns sont ronds, ovals ou carrés, d'autres polygonaux ou triangulaires. Un grand nombre d'entre eux ont la forme de pyramides tronquées ou à terrasses. Leur hauteur est généralement de 6 à 30 pieds, mais quelques-uns mesurent de 90 à 100 pieds de haut, et couvrent une superficie de plusieurs arpents. On parvient généralement à leur sommet par une suite de marches habilement faites. Quelquefois ils sont érigés au sommet d'une colhne, mais le plus souvent ils s'étendent dans les plaines, sur le bord des rivières, isolément ou par groupes, formant de véritables villages. Quel-
(1) Views of Louisiana, Pittsburg, 1814.
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ques-uns sont entourés de travaux défensifs au moyen de murailles construites aussi en terre ; d'autres se relient ensemble de manière à former, dans quelques localités, tout un système, communiquant entre eux par des mounds à signaux élevés sur des points bien en vue. Les auteurs de ces monuments savaient choisir les endroits les plus propices et les principaux centres de leur gouvernement étaient placés au milieu des régions agricoles les plus fertiles (1).
La forme et la grandeur de ces tumuli n'empêchent pas qu'il existe entre eux une analogie remarquable : preuve évidente qu'ils furent construits par une même race d'hommes, mus par les mêmes motifs. Nous avons dit que l'on trouve ces ruines dans la vallée du Mississipi, dans celles de l'Ohio et du Missouri, jusque sur les rives du Lac Ontario. Les vallées du Wyoming, de la Susquehanna, du Tennessee et la partie ouest de l'État de New- York en contiennent aussi de remarquables. On en voit encore dans l'Alabama et la Louisiane, mais ces derniers accusent une date plus récente que ceux de l'Ohio et du Mississipi. Des ennemis, venus du nord, avaient dû refouler vers le sud ces premiers occupants du sol. Enfin, toute la région centrale, dit M. Bancroft, est parsemée de mounds soutenant des édifices en ruines. Ils diminuent en nombre à mesure que l'on approche de l'Océan Atlantique, et on en voit bien peu au-delà des Montagnes Rocheuses. Dans quelques États de l'Ouest, le Minnesota par exemple, les mounds figurent des animaux, des oiseaux, des reptiles et quelquefois la forme humaine.
Tout dernièrement, M. Faucher de Saint-Mau-
(1) Les « Mound-Builders », Congrès des Américanistes Luxembourg, 1877.
rice attirait mon attention sur la découverte, il y a 7 ou 8 ans, d'un tumulus sur la rive ouest de la rivière Rouge, à 18 milles au nord de Winnipeg. Il eut même la complaisance de mettre à ma disposition quelques notes qu'il avait publiées dans les journaux du temps sur le résultat des fouilles exécutées par un archéologue canadien. Je fus porté à croire, par la description qui en était faite, ainsi que par celle des objets qu'il renfermait, que ce tumulus, qui datait de l'âge de la pierre d'après ce même archéologue, était semblable à ceux élevés par les Mound-Builders dans la Vallée du Mississipi. Une des meilleures preuves que ce tumulus devait être l'œuvre des Mound-Builders, c'est qu'on y a trouvé des objets en obsidienne ; or l'obsidienne, que l'on a aussi trouvée dans presque tous les tumuli des États-Unis, comme j'aurai occasion de le dire plus loin, n'existe qu'au Mexique, d'où les Mound-Builders l'obtenaient au moyen de leurs échanges avec les anciens Mexicains. L'endroit de cette découverte serait probablement une des dernières étapes des Mound-Builders dans le nord de notre continent.
Remarquons que les tumuli qui se voient dans la Colombie Anglaise, dans l'île de Vancouver, au Brésil jusque dans les pampas de la Patagonie, ne comportent aucuns des traits caractéristiques des constructions des Mound-Builders ; ce sont tout simplement des tertres de quelques pieds de hauteur élevés au-dessus des sépultures, suivant le rite funéraire de tous les peuples primitifs du globe.
L'Ohio semble avoir été le château-fort de ce peuple constructeur ; c'est là que l'on trouve les plus parfaits, et le plus grand nombre de tumuli. On en a compté jusqu'à 10,000, et leur longueur additionnée donne un total de 306 milles; on a aus-
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si compté 1,500 enceintes ou enclos. Dans l'État de New- York, M. Squier a relevé 250 enceintes qui rappellent, dit-il, nos fortifications modernes (1). La ligne frontière de l'Iowa et de l' Illinois renferme 2,500 mounds. Ce qui atteste le séjour prolongé sur cette partie du continent d'une population active et nombreuse est le fait que ces constructions sont parfois réunies en groupes embrassant une étendue de 50 à 100 acres.
«Les mounds de l' Illinois, dit M. de Haas, forment une véritable ville, une vaste et mystérieuse série de monuments. Sur l'autre rive du Mississipi, ajoute-t-il, je ne fus pas peu surpris de ne rencontrer que des sépultures ; partout ailleurs les groupes sont associés à des murs ou à des retranchements ».
M. Barrandt a remarqué sur la rivière Yellowstone une véritable ville, Mound City, comme il l'appelle, ayant des allées parfaitement droites et des tertres construits à des distances régulières. Une autre ville, à peu près semblable, sur la rivière Moreau, renfermait près de 200 mounds ; une troisième s'élevait sur les bords du Grand Cheyenne, dans le Nebraska.
M. Conant (2) mentionne un groupe de tertres situés sur la rivière Root. Le mound principal mesure 12 pieds de hauteur sur 36 de diamètre. Un cercle, encore visible, l'entoure. Les talus formant les trois côtés du triangle ont une longueur égale de 144 pieds ; leur diamètre est de 12 pieds, et leur hauteur respective de 3, 4 et 5 pieds ; mais un fait remarquable, c'est que ces hauteurs, prises ensemble, égalent la hauteur du mound central, et qu'en les multipliant entre elles, on obtient la
(1) Ant. of Ihe State of N.-Y., 1851.
(2) Foot-prints of Vanisbed Races, St. Louis, 1879.
longueur des côtés du triangle. On a donc raison de croire que ces gens avaient au moins quelques notions du calcul géométrique ; ces coïncidences ne peuvent pas être l'effet du hasard, d'autant plus que d'autres terrassements de forme carrée ou parallélogrammique font voir que les mêmes rapports existent entre la hauteur et la longueur des tertres qui les forment (1).
Quelques-uns de ces mounds présentent des dimensions colossales. Ainsi, celui de Cahokia, dans r Illinois, construit en forme de pyramide tronquée, a 90 pieds de hauteur, 700 pieds de long et 500 de large et couvre huit acres de terrain. Son volume est estimé à 25 millions de pieds cubes, c'est-à-dire environ dix fois plus que celui de la grande pyramide d'Egypte (2) ; une plateforme de 200 pieds sur 450 couronne le sommet que l'on atteint par un chemin montant graduellement.
Celui de Saltzerton ne le cède guère en proportion. Sa base a la forme d'un parallélogramme de 600 pieds de long sur 400 pieds de large, sa hauteur est de 40 pieds, et sa surface comprend trois acres en superficie.
Je pourrais bien citer d'autres pyramides de dimensions également extraordinaires, mais je crois en avoir dit assez pour démontrer le caractère général de tous ces mounds.
Quand on songe que les Mound-Builders ne possédaient aucune bête de somme, comme le fait a été établi, on se demande, sans pouvoir résoudre la question d'une manière satisfaisante, combien il a fallu de siècles et de bras pour élever de pareilles constructions. Des ingénieurs qui ont étudié les travaux des Mound-Builders, affirment que la plu-
(1) De Nadaillac, L'Amérique Prchislorique, Paris, 1883.
(2) Dr Saflray, Histoire de l'Homme.
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part de ces mounds exigeraient chacun des mois de travail à plusieurs milliers de nos ouvriers, disposant de toutes les ressources de notre grande industrie moderne. Ce peuple a donc eu une longue existence ; il représente certainement une race organisée, gouvernée par des chefs dont l'autorité devait être absolue, comme celle des Pharaons de l'ancienne Egypte.