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LE SARCOPHAGE DES CARMES -DÉCM AUX

Clermont paraît avoir possédé, avant la Révolution, un ensemble très important de sarcophages chrétiens qui remontaient aux premiers temps de la propagation du christianisme en Auvergne. La plupart étaient conservés dans les églises du faubourg Saint-Alvre, dans l'ancien « vicus christianorum » qui avait été le premier centre chrétien de l'antique Augustonemetum. Grégoire de Tours (i) parle de la multitude des sarcophages de marbre qu'on vovait dans la crypte de l'église Saint-Vénérand. Ils étaient ornés de bas-reliefs représentant les miracles du Christ et des apôtres. D'après une tradition, un de ces sarcophages avant été brisé par hasard, laissa apercevoir une jeune fille vêtue de soie blanche et parée de bijoux. Au xvii*^ siècle, dom Ruinart, qui vint visiter Clermont avant d'entreprendre son édition de Grégoire de Tours, signale les sépultures chrétiennes des églises du faubourg Saint-Alyre.

(i) De Gloria Confessorum, 3^. (Monum. German. edit. 4" Scriptor. Rer. Mérovingic. I, 768-769.)

« On V voit des sépultures des saints et d'autres lidèles, tels » que les décrit Grégoire de Tours ; ils sont surtout en grand » nombre à Saint-Vénérand, où, sur plusieurs d'entre eux, » figurent le Christ enseignant, la multiplication des pains et » des poissons et d'autres traits de l'histoire sainte, selon le » type des temps anciens, comme on en voit dans la Rome » souterraine et sur d'autres monuments religieux. Il n'en » existe plus en dehors de cette église... »(i). Dom Ruinart a relevé des monuments du même genre avec des inscriptions dont il donne le texte, dans l'église Saint-Cassius (sarcophage de Georgia), dans l'oratoire de Sainte-Marie-entre-les-Saints, dans le sanctuaire de l'église Saint-Alyre, consacré à saint Benoît. Sur deux de ces monuments figurait l'inscription : « Hic requiescunt corpora sanctorum quorum nomina Deus » scit. »

D'après les papiers de Tersan, mort en 1819, qui a laissé un plan de Saint-Vénérand, ces sarcophages existaient encore au moment de la Révolution (2). Dans l'un d'eux avait été enseveli saint Just, vingt et unième évêque de Clermont (620- 625), mais d'après les sujets des bas-reliefs qui l'ornaient et dont un ancien dessin a conservé le souvenir (3), il est facile de voir que ce sarcophage était antérieur au vu*' siècle et fut simplement remployé à cette époque. D'après Tersant, l'autel et le sanctuaire de la chapelle de Saint-Vénérand, située dans le jardin du monastère de Saint-Alyre, étaient faits de quatre sarcophages antiques.

De cet ensemble si curieux qui rappelait les premiers temps du christianisme à Clermont, il ne reste presque rien aujourd'hui ; tout a disparu, brisé, dispersé et sans doute transformé en chaux à l'époque de la Révolution. Le Musée de Clermont en possède en tout deux fragments très mutilés (4). Fort

(1) Dom Tiuinart. — Edit. de Grégoire de Tours. Paris, 1699, p. 1^01-1402.

(2) Qié par Le Blant. — Sarcophages chrétiens de la Gaule, p. 59, d'après le mss. de la Bibliothèque Nationale, fr. 6954.

(3) Dû à Chaduc, né à Riom, en 1560. Reproduit par Tardieu. Histoire de Clermont, 1, p. 336. On y voit la résurrection de Lazare, l'aveugle-né, la multiplication des pains et des poissons, Moïse frappant ie rocher.

(4) Le Blant. — Sarcophages chrétiens de la Gaule, n'= 62, 76. — V^oy, aussi n° 82. Le Blant cite un fragment qui était encastré au milieu du pignon de la cathédrale avant sa restauration.

heureusement un des chefs-d'œuvre de cette sculpture chrétienne a pu échapper au cataclysme, grâce aux ellorts de quelques hommes courageux. A défaut des sarcophages de Saint- Vénérand, celui qui sert aujourd'hui d'autel à l'ancienne chapelle des Carmes-Dcchaux cijnstitue un témoignage remarquable, datant des premiers temps chrétiens de l'Auvergne. Il a été déjà étudié plusieurs fois depuis le xviii'-' siècle (i). Le Blant en a donné une description sommaire et une reproduction dans son ouvrage sur les Sarcophages de Gaule (2). Peut-être, cependant, ne lui a-t-on pas accordé toute l'attention qu'il mérite. La date traditionnelle du v*^ siècle qu'on lui attribue, sans qu'on sache pourquoi, me paraît complètement erronée. Il y a donc lieu d'examiner de nouveau ce monument et de déterminer la place qu'il occupe dans l'histoire de l'art chrétien.

Il n'est pas inutile, tout d'abord, de rassembler les témoignages que nous possédons sur son histoire et ses origines. Il ne paraît pas avoir fait partie du cimetière chrétien de Saint-Alyre. Avant la Révolution, il se trouvait à la cathédrale et servait d'autel à la chapelle du St-Esprit, située dans le transept nord, sous l'horloge. Les petits côtés de la cuve rectangulaire avaient été dissimulés sous un travail de menuiserie. On ne savait à quelle époque ce sarcophage avait été placé à cet endroit; d'après une tradition rapportée par Gault de Saint-Germain, il aurait été découvert dans la région de Vic-le-Comte ou de Billom.

Il y a, en effet, dans cette région un centre de christianisme très important : c'est l'abbaye de Manglieu, fondée, il est vrai, au vii^ siècle. Cependant, l'église actuelle de Manglieu conserve encore des fragments de sarcophages antiques : un devant de cuve est orné au centre du monogramme constantinien,

(i) Voy. l'article de Croiiet. Tablettes historiques d'Auvergne, i8 jo. (2) Le Blant. — Sarcophages chrétiens de la Gaule, n° 83.

accosté de Ta et Vu, inscrit dans une couronne qui est ellemême comprise entre deux rideaux relevés aux angles supérieurs et deux marguerites dans le bas ; le reste de la cuve est divisé en compartiments séparés par des torsades et dont le champ est couvert de strigiles d'un genre particulier : au lieu de la forme habituelle en S, le dessin est formé par une série d'angles obtus dont le sens varie d'un compartiment à l'autre. Sur un autre fragment, on remarque les rosettes et les rinceaux chargés de grappes des sarcophages dits du sud-ouest. Ces œuvres peuvent donc remonter à l'époque mérovingienne tout au plus et malgré l'antiquité du centre chrétien de Manglieu, rien n'autorise à lui attribuer notre sarcophage.

Dès le xviii'^ siècle, ce beau monument avait attiré l'attention des vo^■ageurs de passage à Clermont, mais la plupart d'entre eux, moins bien informés que dom Ruinart, ignoraient les éléments de la symbolique chrétienne et y voyaient des motifs païens. Legrand d'Aussy, qui vit le sarcophage à la cathédrale, en 1788, en fait la description suivante : « Au dehors, » il est orné de bas-reliefs assez bien conservés qui, si l'on en » juge par les habillements, représentent les personnages » romains, douze hommes, un enfant et deux femmes. A l'une » des extrémités de la face antérieure et au bord de l'angle » qu'elle forme, on remarque un temple dans lequel est une » Isis enveloppée de bandelettes depuis le cou jusqu'aux

» pieds » Certains savants, « que rien n'embarrasse »,

disent que la femme prosternée est une X'estale coupable et qui demande grâce pour avoir laissé éteindre le feu sacré. Isis et Vesta étaient d'ailleurs devenues à Rome une seule et même divinité (!). Legrand d'Aussy croit que ce sarcophage a dû renfermer le cadavre de quelque idolâtre auvergnat ou romain et il trouve dans cette circonstance une excellente occasion de placer un beau développement sur la superstition. « Sans sa » forme, on l'eût probablement détruit et mis en pièces, il y » a longtemps. Heureusement il exista une circonstance où » l'on eut besoin d'un autel. On trou\a que le sarcophage » pouvait en faire un, en l'élevant sur un socle. En consé- » quence, il fut placé dans la chapelle appelée du Saint-Esprit; » et quand je le vis, on v disait journellement la messe. De » pareilles sottises excitent à la fois le rire et la pitié. Mais

» hcLU'cux auraient été les hommes, si leurs religions n'a\aient » produit que des sottises ( i ). »

De même, Dulaure, dans sa« Description de l'Auvergne »(2), voit dans la momie de Lazare « une divinité enveloppée de » bandelettes depuis le cou jusqu'aux pieds ». Il reconnaît du moins que « ce morceau est peut-être une des curieuses anti- » quités que la France renferme». A la même époque, Rabanv affirme (3) que «. les bas-reliets dont ses quatre faces sont » chargées ont pour sujet des cérémonies païennes sur les- » quelles on n'a pas donné d'explication... ». Le sens de ces sculptures, qui était encore très clair à l'époque de dom Ruinart, échappait donc totalement à la génération de la fin du xViii*^ siècle.

Vint la tourmente révolutionnaire : le sarcophage et la cathédrale elle-même coururent de grands dangers. Au moment même où, à l'autre extrémité de la France, la tapisserie de Baveux était destinée à servir de bâche à une voiture, le sarcophage de la chapelle du Saint-Esprit faillit devenir un abreuvoir. Un homme, au courage duquel on ne saurait trop rendre honimage, Gault de Saint-Germain, entreprit de le sauver. Il parvint à se faire nommer président de la commission départementale des arts en 1793 : singulière commission, si l'on en croit ses souvenirs, et dont un membre des plus fougueux voulait réduire en pâte tous les hvres du département afin d'en fabriquer le papier nécessaire à répandre les idées républicaines. Grâce à son énergie, le sarcophage fut sauvé, ainsi qu'il nous l'apprend dans le récit que nous crovons utile de reproduire et qui est conservé dans le manuscrit de sa correspondance (4) :

« \"oilà, madame, un monument que j'ai sauvé de la main » des barbares et du pillage de la cathédrale de Clermont. » C'est un sarcophage antique, dont la forme se prêtait fort à » remplir la place qu'il occupait. Je dis, qu'il occupait, parce » que, arraché de sa place pour en faire un abreuvoir, à mon » tour et en vertu de la loi, je l'ai arraché au pillage pour le

(i) Lcgrand dWussy. — Voyage d'Auvergne. Pari?, 1788.

(2) Dulaure. — Description de l'Auvergne. Paris, 1789, p. 201.

(3) Rabany. — Le Voyageur français, t. XXXI. Paris, 1790, p. 343.

(4) Gault de Saint-Germain. — Correspondance, Vue générale sur la ci-devant province d'Auvergne, haute et basse. Bibliothèque de Clermont. Mss. A 511, 40.

» conduire en lieu de sûreté. Il s'est élevé des contestations » sur les sujets en demi-relief dont il est orné. Les uns, et c'est » le plus ^rand nombre, y voyaient et y voient encore une » scène dans le temple d'Isis. L'auteur du Voyage n'hésite pas » à être du même avis, ce qui me surprend de la part d'un » académicien, car j'apprends que M. Legrand d'Aussy est » membre de l'Institut.

» Si l'on veut prendre la peine d'observer les sarcophages » des premiers temps de la chrétienté, on y apercevra les traits » de l'Ancien et du Nouveau Testament. L'ouvrage intitulé » Roma Solierranea ( i) en offre de semblables dans le même » st\'le.

» Ce sarcophage est en marbre blanc d'un seul bloc. Sa » longueur dans la plus grande face est de six pieds neuf » pouces, et sa hauteur de deux pieds deux pouces. Les côtés » ont deux pieds un pouce et la profondeur de la cavité est de » trente et un pouces. Le dedans est taillé très proprement et » non poli.

» Trois bas-reliefs ornent ce monument. Celui du milieu » mérite toute l'attention ; ceux des côtés sont d'un ciseau » inhabile. On y compte très distinctement dix-sept figures » humaines sur la grande face, treize hommes, trois femmes » et un enfant. Cinq sujets paraissent composer ce bas-relief.

» La figure enveloppée de bandelettes, que l'on voit à l'une » des extrémités de la face intérieure, représente le Lazare » dans son tombeau ; à l'autre extrémité. Moïse frappe le » rocher; la figure prosternée représente l'Hémorroïsse ; » l'enfant est l'aveugle-né ; et la figure du milieu, les bras » tendus, peut être considérée comme la Foi. Peut-être même » serait-ce une personne de distinction du siècle, à en juger » par son costume, et le sujet indique-t-il l'instant où elle est » reçue dans le sein de l'église chrétienne.

» Les bas-reliefs des parties latérales sont d'un ciseau gros- » sier. Dans l'un on remarque la Samaritaine, et l'autre repré- » sente l'entrée de Jésus-Christ dans Jérusalem.

» Quand ce monument servait d'autel, les côtés étaient » enchâssés dans un encadrement de menuiserie. S'ils avaient

(i) Bosio. — Koma sotterranea. . . f» Roma 1632 (i"= édition).

» été visibles, toutes contestations auraient cessé et on n'aurait » point hésité à le rendre au christianisme. Ce sarcopha{j;e est » de beaucoup supérieur à nombre d'autres dans le même » goût, il mérite à tous égards un rang distingué dans les » antiquités précieuses recueillies en P>ance. 11 a été décou- » vert, dit-on, dans les environs de Vie ou de Billom, il y a » des siècles. S'il m'était permis de former une opinion sur » son origine, je dirais qu'il est du ciseau romain, et quoique » se ressentant de la décadence des arts, son style est beaucoup » plus élevé que le style dégénéré du v«= siècle dans les Gaules, » époque même où il a été exécuté. Je dirais encore qu'il a » été ordonné et envoyé en Auvergne pour servir de sépulture » à Sidoine Apollinaire ( i ). »

Ainsi Gault de Saint-Germain a eu non seulement l'honneur de sauver ce magnifique monument, mais, le premier, il en a donné une description exacte et a su en découvrir le véritable sujet. Il a très bien mis en lumière ses mérites artistiques qui le distinguent des œuvres du même genre, et même son hypothèse finale, quoique gratuite, n'est pas déraisonnable. C'est en effet pour un personnage de marque que ce sarcophage a dû être sculpté; mais, comme nous le verrons, il est bien antérieur à Sidoine Apollinaire.

Le sarcophage de la chapelle du Saint-Esprit fut déposé au collège (Ivcée actuel) par les soins de Gault de Saint-Germain. Delarbre vint l'y voir en i8o5, en compagnie de plusieurs savants (2), mais l'interprétation donnée par Gault de Saint- Germain était loin d'être acceptée : le temple d'Isis et la Vestale coupable avaient encore leurs partisans.

Pendant la durée de l'Empire, le sarcophage resta oublié dans quelque coin du collège devenu lycée impérial. Lorsqu'en 18 16, la municipalité de Clermont acquit les propriétés des ci-devant Carmes-Déchaux pour y installer un cimetière et une maison de retraite ecclésiastique, on transporta le sarcophage dans la chapelle où il est encore aujourd'hui, et on lui rendit la destination d'autel qu'il avait eue pendant des siècles. Cet événement ne paraît pas avoir frappé beaucoup les contem-

(i) Gault de Saint-Germain. — Opus citât., fo' 178-179.

(3) delarbre. — Notice sur l'ancien royaume des .\uverpnats et la ville de Clermont. Clermont, an XIII, p. 65.

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porains. Ni les délibérations municipales relatives à l'acquisition du terrain du cimetière (i), ni l'arrêté préfectoral autorisant cette acquisition (2), ni la pompeuse harangue prononcée par le maire, M. d'Aubière, lors de la cérémonie d'inauguration (3), le 24 juillet i8i(5, ne font mention du sarcophage. C'est seulement d'après le témoignage de l'abbé Croizet (4) que l'on peut aOirmer que le sarcophage fut transporté aux Carmes-Déchaux à cette époque.

Le sarcophage des Carmes-Déchaux (Jïg. i) a la forme d'une cuve rectangulaire de 2'" 41 de longueur, o'" 80 de largeur, o"^ 68 de hauteur. 11 est en marbre blanc d'un grain très lin. La dalle antérieure, au lieu d'être plate, est évasée et son profil dessine une ligne légèrement ondulée. La forme générale est bien celle des sarcophages des écoles romaine et arlésienne. Le couvercle qui devait surmonter le monument a disparu depuis longtemps. Quoique l'ensemble des sculptures soit bien conservé, plusieurs figures ont subi des mutilations au milieu des péripéties qui suivirent la tempête révolutionnaire. Lorsque le sarcophage fut transféré aux Carmes-Déchaux, un artisan local reçut la mission de le restaurer; il répara les nez cassés avec une sorte de ciment d'une couleur de cire jaune qui tranche sur le marbre d'une manière assez désagréable. \'oici quel est actuellement l'état de notre sarcophage :

Par lies mutilées :

Orante : nez endommagé.

Scène du frappement du rocher (à gauche du spectateur) : les flots de la source, représentés par des lignes sinueuses, ont été brisés ; Moïse et un des Juifs ont le nez endommagé.

(1) Archives municipales. Registre des clélibéralions du Conseil municipal 25 avril, 17 juillet, 21 juillet 1816.

(2) Archives départementales. Reg. des arrêtés préfectoraux, 29 mai 1816. [■}) Journal du Puy-de-T)ôi)ic, 2^ juillet 1816.

(4) Article cilé plus haut.

Parties restaurées :

Jésus et la Samaritaine : les deux nez.

Résurrection de Lazare : une colonne et la moitié du fronton du tombeau, la main et le nez du (Christ, le nez et le menton de la sœur de Lazare, le nez et les sourcils du spectateur.

Scène centrale : toute la figure de l'apôtre placé à gauche de l'orante, le front, le nez, le bras droit, la main et le volumen de l'apôtre de droite.

Guérison de l'aveugle : le nez du spectateur, celui du Christ, le front de l'aveugle.

Frappement du rocher : le nez d'un Juif.

L'entrée à Jérusalem : le nez du Christ.

Trois des côtés du sarcophage sont couverts d'une manière ininterrompue de personnages sculptés. Aucune arcade, aucune colonnade ne séparent les diverses scènes qui se déroulent d'une manière continue comme sur la frise d'un temple ionique. Si l'on compare les sculptLU'cs des petits côtés à celles de la face antérieure, on est surpris du contraste qu'elles présentent. Il ne semble pas qu'on ait at^aire à des morceaux de la même époque. Les personnages de la face principale sont sculptés en demi-relief très accusé ; certaines têtes se détachent même presque en ronde bosse et celles qui sont au premier plan forment une saillie qui mesure de o"' 07 à o'" 08 (tête du Christ); la composition de la scène, les attitudes et les proportions des personnages, les plis des vêtements et les détails du costume, tout atteste un travail fini. Les sculptures latérales, au contraire, sont traitées d'une manière bien plus sommaire. Le relief est presque nul ; les détails du costume et des accessoires sont indiqués plus que finis. Cependant la fermeté du dessin général, le caractère naturel des attitudes, montrent que ces sculptures procèdent bien de la même inspiration que celles de la face principale. Cette différence de relief entre les trois faces est d'ailleurs une tradition qui apparaît sur beaucoup d'œuvres semblables et qu'on retrouvera au moyen âge sur les coffrets d'ivoire, châsses d'orfèvrerie, etc.. Ce sera donc surtout la face principale qu'il faudra interroger pour essayer de retrouver le milieu artistique dans lequel a été composée cette œuvre.

iC)

La composition est remarquable par son caractère de symétrie, que l'on retrouve sur beaucoup de sarcophages chrétiens, mais qui offre ici une netteté particulière. Si nous mettons à part les faces latérales qui représentent, Tune l'entrée du Christ à Jérusalem, l'autre la rencontre du Christ et de la Samaritaine, les personnages de la face principale se divisent en cinq groupes bien distincts qui forment un équilibre parfait. La recherche de la symétrie est même si grande que chacun des groupes renferme alternativement trois, puis quatre personnages. C'est comme une sorte de rythme. Aux deux extrémités, d'une pari à gauche, Moïse frappant le rocher, entouré de deux Juifs, d'autre part à droite, Jésus ressuscitant la momie de Lazare devant une des sœurs du défunt; au centre, le groupe de l'orante et des deux apôtres, puis, dans les intervalles, deux groupes de quatre personnages : à gauche, le Christ, un apôtre, l'aveugle-né et un spectateur ; à droite, le Christ, rhémorroïsse, un apôtre et un spectateur. Cette recherche de Tordre se manifeste encore dans l'attitude des personnages et la disposition des accessoires. L'édicule à fronton supporté par des colonnes sous lequel est placé Lazare correspond aux flots de la source que Moïse fait jaMlir du rocher. Cette dernière partie est mutilée sur notre sarcophage; on voit seulement aux pieds de Moïse le reste des lignes sinueuses qui figuraient la source ; d'autre part, la cassure placée à la hauteur de sa tête indique la position du rocher d'où la source ruisselait en cascade. Il est d'ailleurs facile de restituer la scène d'après d'autres sarcophages de l'école d'Arles (i).

D'autre part, il \' a une correspondance parfaite entre la position et l'attitude de tous les personnages. Moïse frappant le rocher est représenté de profil, mais par devant; le Christ ressuscitant Lazare est \u aussi de prolil, mais par derrière. A gauche, un apôtre amène l'aveugle-né ; à droite, un autre apôtre se tient derrière l'hémorroïsse agenouillée. Enfin, au centre, les deux apôtres sont placés aux deux côtés de l'orante, à la même distance et dans la même position.

Ce goût de la symétrie et de l'équilibre des masses est général sur les sarcophages chrétiens et même sur les sarco-

(i) Voy. par exemple Le Blant, Sarcoph. d'Arles, pi. VU.

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