‹ Études architectoniques et graphiques; mathématiques, arts d'industrie, architecture, arts d'ornement, beaux-artsChapitre 13 sur 48 · L^ENSEIGNEMENT DU DESSIN · texte numérisé non relu

L^ENSEIGNEMENT DU DESSIN

LE DESSIN d'imitation. — LE DESSIN DE PRÉCISION. — LA GÉOMÉTRIE.

Tous les genres de dessin adoptés par l'enseignement officiel et suivis dans les écoles, quelle que soit la diversité de leur objet et pour variés que soient leurs modes d'exécution ou de rendu, se rangent, en définitive, sous deux catégories nettement distinctes : le dessin artistique ou d'imitation, et le dessin géométrique ou deprécision. Le premier, appelé aussi le dessin à vue, ou à main levée, est considéré comme l'instrument nécessaire de toute culture artistique, et, par son organisation pédagogique, est considéré aussi comme préparatoire à l'enseignement comme à la pratique des beaux-arts ou des arts du dessin. Le second, appelé encore le dessin linéaire, s'exécute essentiellement au moyen de la règle et du compas, et subsidiairement à l'aide du té et de l'équerre. L'objet essentiel de son enseignement est d'inculquer, sous le couvert de « l'esprit géométrique », la préoccupation soutenue de l'exactitude et de la précision dans toutes les opérations graphiques afFérentes à la pratique des arts et métiers, de Tarchitecturo, et des beaux-arts en général.

L — Le dessin d'imitation et la doctrine des beaux^arts.

Entre toutes les industries dont il s'ingénie sans cesse et qui concourent à la perfection de son art, l'artiste, d'accord en cela avec les intel^ lectuelsy c'est-à-dire avec les doctrinaires de la pédagogie et sous leur influence, en reconnaît une comme fondamentale et principale, le dessin. C'est en effet par le dessin, explicite ou implicite, actuel ou virtuel, que

Le dessin dHmitation et les beaux-arts et la géométrie i49

l'artiste détermine les bornes plus ou moins arrêtées, mais toujours apparentes, de son ouvrage.

Quand surgit l'idée toute pédagogique d'un enseignement régulier de Tart et que s'instituent à cet effet « un art, des méthodes et des procédés à l'aide desquels on met chaque homme individuellement à même de tirer le meilleur parti possible de ses instincts natifs en développant les uns et en réprimant les autres», il parait donc tout simple à la raison raisonnante de lui donner pour base ou pour support l'enseignement préalable et direct du dessin. N'est-ce pas par le dessin, en effet, qu'est écrite et comme resserrée dans ses limites rationnelles l'unité purement compréhensive de l'œuvre d'art? N'est-ce pas parle dessin encore qu'est transcrite avec autant d'exactitude et de précision que l'on voudra y en mettre la forme de tout ce qui se voit et se montre autour de nous ? C'est donc l'enseignement technique du dessin qui sera la base pédagogique de l'enseignement de l'art et le point de départ de toute initiation artistique. Mais comment cet enseignement va-t-il s'organiser et, puisqu'il s'agit du dessin d'imitation, quel choix sera fait parmi la variété prodigieuse de choses ou d'objets, naturels ou artificiels,qui peuventêtre matière à exercices pratiques ? Or à ce sujet nulle hésitation et il y a longtemps déjà que la science pédagogique a dit là-dessus son dernier mot : entre tous les objets élaborés par la main des hommes et qui en ont reçu une empreinte artistique, seuls les chefs-d'œuvre de l'art classique, objets d'une admiration universelle,recèlent,par delà leur configuration ou leur forme positive, un principe d'art que l'on puisse instruire pour notre édification et duquel on puisse s'inspirer pour nous guider dans notre propre ouvrage. Ce postulat admis, on en déduit, que l'enseignement du dessin doit reposer essentiellement sur la copie des chefsd'œuvre de Tart antique, de la Renaissance et des temps modernes, et qu'après un premier apprentissage sur des estampes ou des modèles do dessin on passera à la ronde-bosse ou aux plâtres, c'est-à-dire aux antiques, et de là au modèle vivant et à la nature.

180 Introduction générale

Dès lors, ce qui n'était qu'un empirisme traditionnel, une industrie courante dans l'atelier du peintre et qui se conditionnait librement par la souple et vivante activité journalière — laquelle ne perdait jamais de vue son objet propre, à savoir l'œuvre à accomplir — se trouvant transporté dans Tatmospbèrc do l'école, dans un milieu essentiellement contraint et disciplinaire, va se roidir, s'apprêter, s'organiser logiquement et mécaniquement et devenir tout net une scolastique.

Or, au vrai et do quelque façon que l'on si prenne, à l'école comme à l'atelier, l'enseignement du dessin est un apprentissage comme un autre, et, comme dans tout apprentissage quelconque, il y faut distinguer deux éléments irréductibles l'un à l'autre, mais connexes et simultanés, l'un affectif et d'ordre psychologique, l'autre mécanique et d'ordre technologique. Pour donc ce qui concerne la mécanique du métier, l'apprentissage du dessin est pure besogne d'artisan, une affaire d'acquisition scrvile, de routine professionnelle et d'assiduité laborieuse. Quant à ce qui regarde l'éducation proprement dite, d'ordre psychique, tout dépend évidemment de l'aptitude des élèves, du choix des exercices et de la judiciaire des maîtres, toutes choses vagues et incertaines, et que l'on n'arrive à fixer tant bien que mal et seulement par vi)ie d'autorité, qu'en les rattachant aussi étroitement que possible à une doctrine préétablie. Or, celte doctrine en possession d'état depuis environ trois siècles et qui repose sur la notion préconçue de la supériorité intellectuelle, littéraire et artistique des Anciens : « nos maîtres, ces hommes qui ont vu dans les arts la vérité mieux que nous parce qu'ils ont obéi davantage à l'inspiration spontanée du bon sens naturel, » a pour fondement essentiel le dogme de « l'imitation de la belle nature », sur lequel s'édifient les théories des belles-lettres et les théories des beaux-arts.

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