DU NOM DE " CHRÉTIEN
Y avait-il à Rome, sous Néron, des individus que le peuple appelait chrétiens, ainsi qu'il est dit dans le chapitre des Annales? C'est ce que nous allons chercher *à déterminer.
Les apôtres et les premiers disciples de Jésus étant originaires de la Palestine, demandons-nous d'abord quels étaient les noms qu'ils portaient dans leur pays natal. .
Tous ceux qui se glorifiaient de faire* partie du peuple privilégié avec lequel Jéhova avait fait solennellement un pacte d'alliance et auquel il réservait de brillantes destinées, tous se disaient Yehoudim. Les Grecs les nommaient 'IsuîaTci,. les Romains Judaei.
Ils se divisaient en diverses sectes : pharisiens, sadducéens, esséniens, disciples de Jean*. Il y avait encore les disciples de Jésus^.
* Luc, V, *J3 : oî |Ao(Ofja\ 'Iwawou.
• Nouveau Testament, passim : o\ na6y;Ta\ 'Ir,<roO.
PERSKCrriON DES CHRÉTIENS SOUS NftRON.
Ce qui distinguait ceux-ci des autres sectes juiv qu'ils anînnaient que Jésus avait été ou serait le promis à Israël*. Aussi s\ippelaient-ils et les apj Jesséeus^. C'était leur nom caractéristicpie.
Ils étaient encore parfois à Jérusalem appelés Ga pi'obablement parce que Jésus et ses premières apùtre originaires de la province de (lalilée.
Mais les noms qu'ils se donnaient de jiréférence lesquels on les désignait le plus généralement e étaient ceux (ïKbionim, de pauvres, c'est à «lii'e d à Dieu^y ou de Naziréens, parce que la plupart d'ei acconqilissaient les vœux suivant les prescription Loi^. C'est ainsi que le souverain pontife, conduisa au tribunal du gouverneur romain, Félix, l'aurait ] comme le chef de la secte des Naziréens^.
Toutefois, entre ceux (pii prétendaient (jue leur Jésus avait été ou sei-ait le Messie, et ceux qui le naissaient, les haines ne pouvaient mamiuer d'être vi Les apôtres et leurs disciples ont dû par suite rece Juifs des sobri([uets, mais nous ne les connaissons p
* Nouveau Testament : ô niTtcyoïv o-ri 'Ir.ToO; eativ o Xf^i^To;.
* Saint Kpiphane, Panarium, \\tp\ twv Nxlltopsicuv. I, i : " Avant d'él ^(piaTtavoî à Ântio<*he les tlisriplcs s'appelaient 'U9(txIoi, Jcêséens: s nom fût tiré de .Tessé, Tils de David, soit qu'il vint de Notr(?-Seigneur Ji dont ils suivaient les enseignements et dont ils se disaient les disciplet dérivât du mot 'lY;(TeiO; pris dans sa signification hébraïque, qui veut dir ou guérisêeur. "
' Acte$ de$ ApMres, I, 1 ; H, 7.
* Reuss, Théologie chrétienne au sii'cle apostolique, liv. 1, ch. XI : et Kssénisme.
* Nombres, VI.
* Actes, XXIV, T) : TcpwTOfrrdiTrjV te tt,; twv Naî[wpauiîv aip£<refa>;. Le Xa grec ou Xazaraeus en latin est le Naziréen des Juifs. Cvai à tort qu'i entendre par ce mot l'habitant de Nazareth. Les (îrecs appeUiei Na(iiapr,v^;, Nazaréncn. Il n'y a pas de confusion possible. D'ailleurs {toc. cit., 0) nous dit : " Il y eut des Nazoréens avant le («hrist et qui ni nurcnt pas; mais, je le répète, les chrétiens étaient désignés par iow H0U8 le nom de Nazoréens. "
LES RENSEIGNEMENTS DE TACITE SUR T.FiS CHRÉTIENS. 47
Quand, par suite de circonstances diverses, le cercle de leur propagande fut porté hors de la Judée, il fallut nécessairement transporter dans la langue des nouveaux adhérents les qualifications hébraïques qui distinguaient la secte.
Pour Eblonim, on traduisit la signification en grec par r.'ztùyoi et en latin par pauperes; et les fidèles, selon la langue qu'ils parlaient, se disaient rTwyoC ou pauperesK
Pour Naziréen, on conseiTa à peu près la prononciation hébraïque, et Ton dit NoÇaipaict en gi*ec, et Nazaraei en latin. Mais cette qualification fut peu usitée hors de la Judée. Elle fut remplacée par des équivalents. Les fidèles en Orient se disent ar/tsi, en Occident, saiicti, les consacrés à Dieu^,
C4omme dans toute hétairie, les membres des Églises étaient les uns pour les autres des frères, iîsXçsC, fratres. Les piincipaux d'entre eux étaient cependant distingués par les noms d'apôtres, àiroffrcXoi, en latin apostoli.
Mais quels que fussent les noms particuliers qu'ils aient pris ou reçus, les disciples de Jésus ne pouvaient manquer de revendiquer le titre de Juifs, Judaei, 'louîaTc, c'est à dire de ceux-là à qui avaient été faites les promesses de Dieu,
Donc, entre eux ils se disaient Juifs ^ et ils ne souffraient pas que leurs rivaux palestiniens leur contestassent ce titre ; à plus forte raison tenaient-ils vis-à-vis des étrangei^s à être considérés comme Juifs.
* Épître de Jacques, II, 7 : to xaXbv ^vojxa -rb e7cix).Y)0£v eç* yjiSt;. Celte qualification, (iëtournée de son sens primitif et hébraïque, fut prise plus tard au sens littéral dans les Églises, et il en est résulté les plus étranges confusions dans l'interprétation du Nouveau Testament; c'est ce que nous montrerons dans une prochaine étude.
' La consécration distinguait les fidèles du monde païen; mais elle était le caractère essentiel et commun de tous les fîdèles. // Corinthiens, XIII, 12 : o\ âyioi icavre;. Ils étaient tous TjYiaajisvoi ev Xpiixô» ou ev irvEvjiaxi. (i Cor., I, 2; VII, ii, etc.); aussi traduit-on r,Yiaa6ai non par être sainf, mais par appartenir à la communauté.
» Calâtes, H, 11 à U.
48 I»KRSKi:iT10N IiKS r:ilKKTIENS S<irs XKIULV.
En effet, cette qualité de juif, de lîls dWliraliain, était la condition essentielle pour être admis dans le royaume du Messie: c'était donc celle qu'ils entendaient donner aux prosélytes, et c'était également cette qualité que ceux-ci entendaient ac(juérir des apôtres. C'est ce que montre YÉpltre aux Romains. Il n'y est jamais question d'autre qualification que celle de juif; elle déclare qu'on peut être juif intérieurement sans la circoncision*. De son coté, l'auteur des lettres aux sept Églises, qui ont été placées en tête de VApocalypse^ entend que lui et les siens .soient appelés Juifs-, et il refuse le droit à cette qualification aux apôtres des Gentils, à ceux qui consentent à manger des viandes provenant des sacrifices offerts aux tlivinités païennes. " Ils se disent juifs, dil-il, cl ils ne le sont pas, " Il est ainsi incontestable que les disciples de la circoncision et ceux de la non-circoncision revendiquaient également le nom de Juifs.
Les étrangei's, les populations des provinces de l'empire ne pouvaient donc voir dans les apôtres de Jésus, les frères, les disciples, que des Juifs, et c'est ainsi qu'ils les appelaient, comme on le voit dans les Actes des Apôtres^,
Aussi, îi Uome, on donnait le nom de Judaei ou de Juifs à tous les habitants de la Palestine. On les qualifiait quelquefois d*Hérodiens^ ou sujets d'Hérode. Mais on ne faisait et on n'aumit su faire aucune distinction entre les Juifs des différentes provinces de la Judée ou ceux des différentes sectes religieuses auxquelles ils appartenaient.
1 Romains, lU 28, A).
! Apoc.,\\.^;U\, 9.
5 Actes, XVni, n. iô: XVH, l«>21 : La samc est Philippes de Macédoine: « Ils se saisirent de Paul et de Siias et li*s traînèrent sur la plai'e pnblitiue, devant les magistrats: et les ayant pivsentês aux prt'-teui's, ils leur dirent: Ces homnnes troublent notre ville; ce sont des Juifs; ils enseignent une manière de vivre qu'il ne nous est pas permis d'arc-epter ni de suivre, à nous qui sommes Homains.'*
* ivr*e. Sat. V. \m. - Math., Il, 20.
LES RENSEIGNEMENTS DE TACITE SUR LES CIIRÉTIEiSS. 49
En cet état de choses, comment le peuple de la capitale aurait-il pu nommer chrétiens une certaine catégorie d'individus qui se disaient Juifs, qui observaient alors le sabbat et les prescriptions mosaïques? Comment a-t-il pu être initié aux dissensions religieuses des hôtes des synagogues d'une façon si complète? On ne saurait Timaginer.
C'est pourquoi on admet généralement que Tacite a employé un terme qui ne fut usité que de son temps, pour désigner ces hommes accusés par Néron et que le peuple n'appelait pas chrétiens comme il le dit à tort. C'est Topinion de Gibbon*; c est aussi la supposition de Voltaire* : " 11 est bien difficile, dit-il, que le nom de chrétien fût déjà connu à Rome. Tacite écrivait sous Vespasien et sous Domitien. Il parlait des chrétiens comme on en parlait de son temps. " 11 y aurait dans cette façon d'écrire l'histoire une faute grave. 11 ne peut être donné à un auteur, en parlant de partis politiques ou de sectes rehgieuses, de transporter à une époque des noms qu'ils avaient à une autre. Un historien du commencement du xviii*' siècle ne serait pas admis à dire : Charles IX ordonna le massacre de ceux que le peuple appelait Camisards, Les noms caractérisent presque toujours une époque ; on ne doit pas les changer.
Mais Tacite a-t-il pu commettre une pareille faute? C'est la question qu'il faut examiner.
Dans les langues qui ne possèdent pas les mêmes caractères alphabétiques, deux seules métliodes peuvent servir à transporter un mot de l'une dahs l'autre. 11 faut faire un groupement de lettres dont la prononciation réponde à peu près à celle qu'a le mot dans sa langue d'origine, ou traduire l'idée qu'il expiime par un équivalent.
*■ Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de VEmpire romain, XVI. ' Voltaire, Traité sur la Tolérance, note.
50 PERSÉCUTION DES CIIRfmEXS SOUS NÉUON.
A Rome ceux qui uviiient été on coutail avox*. des Juifs, disaient : MoseSy pascha, sahbata, elc, en se servant du pi'eniier ])rocédé; de même, en parlant du futur libérateur d'Israël, ils disaient : Messias, Si on avait voulu, au lieu d'en former une exi)ression typicjue, faire comprendre aux populations latines la signification de ce mot, on aurait dit : Unclxis, Par suite, si le peuple avait eu à désigner les croyants au Messie d'une façon directe et qui lui fut i>ropre, il les aurait nommés Messiani en latinisant Tliéhreu, ou Uiictiani en se servant de l'équivalent IJ^nclus. Ce n*est donc pas sans élonnement (pie nous entendons dire à IXouie christiani, car nous n'avons ici ni le radical hébraïque ni son équivalent latin; nous constatons la lalinisalion du motXpiTrs; dont se servaient les (irecs connue écpiivalent, comme traduction de riiébreu Messias ^,
Ce ne sont «lune pas des Palestiniens (jui ont importé à Rome le mot Christus, Ils n'avaient aucun intérêt à transformer celui de Messias. D'abord, en dehoi^ des classes lettrées avec lestpielles ils n'avaient ri(Mi à faire, la langue grec([ue n'était pas aussi répandue à Rome (ju'on pourrait le croire, et dans les classes inférieures Christus n'aurait guère été mieux conq)ris que Messias^,
En eCit-il été autrement, que l'idée attachée au mot Oint n'aurait rien appiis aux Romains. Qui, parmi ceux-ci, en effet, n'avait été oint? Cette expression eût donc entraîné la nécessité d'explications assez difliciles à donner par les disciples de Jésus à ceux (|ui les écoutaient.
* Dans lo 4* Kvaiîgile, F, i'2, Aiuln* dit à sdii fivro Pierre : " Nous avons trouvé le Messie, Evpr,x«jjL£v xov Meiitav; " et Taut^nir ajouti» pour explication : " C'est ce qui a été traduit par Christ, o è<TTiv {i£0£piir,v£'jôîx£vo v XpitiTÔ;."
* Pline, Ilist. nat., XXIX, 8 : •' Ceux des Romains cjiii cultivent la médecine se sont faits Grecs; pour les ignorants et pour ceux qui ne savent pas le prec, les médecins seuls qui écrivent dans cette lan((ue, ont aulorit<»; et l'on a moins de confiance [>our ce qui concenie la santé si l'on comprend. '*
Aussi remarquons-nous que Josèphe n'emploie jamais le mot Xp'.TTsç pour écjui valent de Messias; il dit Prophète, lIpc9T^<Tr<;^ C'est le mot prophète qui fut également employé par les premiers évangélistes pour qualilicr Jésus. On y Ut* : " Les disciples (jui se rendaient à Emmaûs disaient : Jés^is de Nazareth qui était un prophète piiisî^ant en œuvres et en paroles; " et c'est en parlant de lui-même qu'il aurait déclaré qu'aucun prophète n'est cru dans son pays 3.
É;\îdemment le mot Christus et son dérivé christianus, ainsi que beaucoup d'autres qui avaient leurs coirespondants en latin, n'ont pu y être transportés qu'à une époque où la langue grecque était devenue non seulement la langue généralement parlée dans les confréries, mais la langue officielle, sacrée, celle qui servait à désigner les symboles, et avait supplanté Tliébreu. En effet, Christ et ses dérivés sont devenus des mots typiques et qui, par suite, n'ont pas eu d'équivalents dans aucune des langues parlées par les populations qui ont accepté la foi de l'Évangile.
Il est incontestable qu'à un moment donné le christianisme devint une religion toute hellénicjue, n'ayant et ne voulant avoir aucune attache au judaïsme.
11 n'en pouvait être autrement.
En se transpoitant hors du milieu judaïque qui l'avait vu naîtie, en recrutant dos adhérents parmi les populations des provinces de l'empire romain, le christianisme ne pouvait manquer de subir la loi inévitable du développement de toute société. Ceux qui se laissaient persuader que Jésus de Nazareth avait été le Messie, qui ajoutaient foi à la Bonne
* Ainsi dans la Guerre judaïque, liv. IL ch. 13, on parlait dn Messie venu d'Ég\'pte et qui fit beaucoup de bruit en Palestine, il dit : Tcpoçi^T/jç elvai Xé^wv. » 3« Évangile, XXIV, 10.
s 1«' Évanjîile, XIU, 57.
i pEHSKr.rriuN des chrétiens sous nérox.
F*i' .intr>sr* (lu l'iviyauiue «le Dieu, ne pouvaient parce seul fail .-.■ rr-ifi-lVn Hier en juifs, vivre et penser comme de vrais fils 'i f-rrirl. l\< iNiuservaient, en ^Ti'nn'le partie du moins, leui^s ilr^es et \r:nï-< mœurs, ("est ainsi ipie dans les plus anciennes *^i..irr*bres îles catacunihes île Kr»me, on ne saurait dire de p: irne JiK-or-l si l'on a suus les yeux des fresques chrétiennes '.'i [.iiii^^nnes. Un y voit Iboolius présidant à la vendange, Mrr* !ii>- [M»rt;int un apieau, Psyrhé, Orphée, Ulysse. Les r. ir.v-:iijx v»^nijs lonstîtuèrent ainsi des éléments avec les- : i-^i- il f.illut «:onipter, et les cuncessions que les apdti'es îiii'^-'inivris dun-iit leur faire, modilièrent les conditions rrirrij*; -- de rr'^t.dilissenient «le la secte.
L'hÎ5î.jire dt- • ette première période est symbolisée par la : irre ir P.tul et de Pierre, et par leur entente finale, c'est à :..►• [. :;' Il ••..riséi ration du nouvel état de choses.
l'y* Ti r.-i'iiîs étant ensuite devemis la grande majorité, .-:.-;.. .* --M-ti'jîie demeura une quantité m^rhgeable dans .-r- .-■..--'. <i;i T;,. <e conttMila plus aloi's de tolérance au • -, - > -r ■ L: «:«■:. '.i^ion et de Tusa^'e îles viandes: on déclara :-: '>• /'..'S' de Dieu avec son peuple était rompu,
v. ... -ji -r.i ■.»:trtr était ouiiclu avec les Gentils, que la -. ■ ■ : A: . ;:. rTii était ilésliéritée, et «pie par suite on ne •'. . ^'-" '.;-; :::*.'• Tane hétairie chrétienne si Ton voulait
- : :.-■ ... :;♦• pratique «le Tancieime Loi.
:.-r' > i ::: qui avait été un titre d'honneur, un titre
-•- :-:...*. iiif- injure, désigna un ennemi.
f -.--. '• i: >ûiit Jérr»nie*, ont anathématisé les
.'-;•. .:.. : ;- :;.'Mif pour lein^ obstination à mêler les
■•-.;:..;.- :.- .: I.-.-; à Lellos de TKvangile du Christ, et à
,.. : ">':r. if-- nyivelles sans renier les anciennes. En
• .t..-.',,'.- •..- U::.', j .1..^. A gustiû.
voulant être à la fois juifs et chrétiens ils ne sauraient être ni juifs ni chrétiens. "
Quelle évolution avait efiectuée le christianisme depuis répoque où les apôtres disaient au nom de Jésus* : "Je ne suis point venu pour abohr la Loi et les Prophètes, mais les confirmer ! "
Dans toutes les provinces de Tempire romain, l'hellénisme formait le fond des idées philosophiques et religieuses des classes les plus éclairées. Ceux donc des chrétiens qui avaient reçu une certaine cuHure intellectuelle avaient tous étudié la philosophie. Ainsi, Marcion avait été stoïcien, Valenthi fut platonicien. Aristide, qui adressa, dit-on, une apologie à Tempereur Hadrien, sortait des écoles grecques; il en fut de même de saint Clément d'Alexandrie, de Jules Africain, d'Origène et de tous les docteurs de l'Église. Tous ces hommes conservaient la plupart des idées et des sentiments dont ils avaient été imbus; et ils exerçaient une grande influence dans les hétairies auxquelles ils s'affdiaient. C'est ainsi que le christianisme devint dans sa partie dogmatique une reUgion prescjue entièrement gréco-romaine.
L'hellénisme toutefois ne s'était pas encore substitué au judaïsme dans les Églises au temps de Tacite. Les Juifs et les judaïsants, en effet, ne se laissèrent pas évincer sans lutte. Le Nouveau Testament nous les montre faisant des tournées d'inspection et envoyant des émissaires pour maintenir les apôtres des Gentils sous leur obéissance. Parmi eux se trouvaient des zélatetirs'^, comme disaient les Grecs, ou cananites, comme disaient les Syro-Chaldéens, des exaltés prêts à frapper tout traître du poignard, aussi bien dans les
« 1" Évangile, V, 17.
î ZriXwrrjr, Kavavaîo;. Actes, I, 13.— Luc, VI, \b.— Math., X, i.— Marc, UI, 18.
villes que hors de la Palestine; et traître à leurs yeux était quiconciue ptvuissait liède i)our la Loi*. "Haine, disaient les judaïsants, aux menteurs et aux faux apôtres qui rejettent la circoncision, permettent de manger des viandes consacrées aux idoles, qui se disent juifs et ne le sont pas! '^ Ils conservèrent leur suprématie durant au moins tout le siècle. Les Actes et V Apocalypse montient en effet que, lors de leur composition, les judaïsants étaient encore prépondérants et craints dans les b^^lises*; et saint Jérôme^ déclai'e ([ue l\uil, celui dont on fait Tapotre de Rome, s'était luimrme soumis à toutes les prescriptions de la IâVi par crainte desjudaïsatih.
D'après Sidpic(» Sévère*, jusqu'à la destruction conjplète de Jérusalem par Hadrien, le jKirti de la ciivoncision dominait absolument, et, selon lui, Técrasement des Juifs fut le fait l)rovidentiel qui amena Témancipation de TKglise et de la foi.
Donc, avant que la lanjxue sacrée et les idt'^es fussent tout à fait précisées dans les confréries des croyants à Jésus, les cendres de Tacite avaient été renfermées dans Turne funéraire.
Quelle a été Torigine de cette qualification de chrétiens"? A ce sujet Tertullien*^ nous dit : '' Notre secte est liaïe dans le no))i de son fondatenr. Qu'y a-t-il donc d'étrange à voir les disciples prendre le mmi do leur maître? D'où vient le nom des I^latoniciens, des Kjjicuriens, des Pythagoriciens?"
* ApocalypsOf passiin ; / Cor., V, l à 5; XVl, "-il. — Galatcs, V, 7-12. — Actes, XXI, 2i. — Renan, Apôtres, V.
« Actes, XV, 2i; Apoc, U, ± il 12; III, 9, etc. ' Lettre à saint Augustin.
♦ Sulpicii Sovori Chronicoriun liber, II, ol : Nimirum id Dotnino ordinantc fjispositutn ut leyis seroitus a liber tate fidei atque Ecclcsiae toUeretur.
^- Tortiilli<Mi, Apologétique, 3 : *' At puiiii sccta otlitur in noinine utique sui aiictoris. QiiitI iiovi, si aliqiia disciplina de niajj:istro cognomentum set-tatoribus suis inducit? Nonne philosoplii deauctoril)UssuisnnncupanturPlatouioi,Epicurei, Pytha{,'orici?"
LES RENSEICfXEMPLNTS DE TACITE SUR LES CHRÉTIENS. 55
D'accord avec lui, les auteurs ecclésiastiques déclarent unanimement que le nom de chrislia7ii vient de celui. du fondateur de la secte, de Christus,
Mais alors même qu'on admettrait que du vivant de Tacite Chrislus fût dans la langue romaine l'équivalent du mot hébraïque Messias, il n*eût pas été possible que ce terme désignât spécialement alors Jésus de Nazareth; par suite, la qualification de christiani n'aurait pu caractériser ceux qui avaient foi en lui.
Tous les Juifs, en effet, croyaient que le temps prédit pour la venue du Messie était arrivé. Une foule d'imposteurs ou d'illuminés exploitèrent cet état des esprits. Joséphe* nous montre les populations de la Judée s'attachant à leurs pas, voyant en chacun d'eux le libérateur d'Isitiel. Les Epîtres et les Évangiles* nous font une peinture semblable de rette situation : "Si quelqu'un vous dit, y lisons-nous, que le Christ est ici ou là, ne le croyez pas, car de faux Christs et de faux prophètes sélèueroiit et feront des prodiges pour séduire les hommes et même les élus de Dieu, s'il était passible. "
Parmi la foule des messies qui apparurem en Palestine, outre Jésus, on citait Dosithée, Simon, Ménandre, Theudas^ Judas le Galiléen, etc., et parmi ceux ([ni ne sont pas désignés nominativement, il y en eut d'inqiortants, tel qu'un certain Juif originaire d'Egypte qui se fit suivre, disait-on, de plus de quatre mille hommes^.
Écoutons ce que dit Bossuet à ce sujet -• :
" La venue des faux Christs et ries faux proj)hètes semblait
* Flav. Josèphe, Antiq. Jud., liv. II, ch. 12. — Guerre des Juifs, prolojxuo, liv. II, ch. Xn.
ï l*r Évaupile, XXIV, 2i à 20; :{• Kvan^ilo, XXl, 8, oto.
' E. Havet, Le Christianvune et ses origine^f, t. lU, payes 31,^i à .'M7; L iV, pages 2 à G, 310 à 312. — Actes, V, 3G, 37.
* Discours sur l'Histoire universelle, !!• partie, «h. XXII.
.Vî PER>ÉCl'TK»N DES CIIRKTIENS SOrS NÉROX.
*''tr'- un [iIm^ pr«^!i:iin adK'rninement à la mine dernière; rnr la *U'->\iu*^^ onlinairp de ceux qui refusent de prêter VonTillf- :t la vérit*^ e<l iKêlre entraînés à leur perte par des \fro\t\i*'U'< tf"!fifK*ijr:«. Jésus-Chri<t ne cache pas que ce inaUi^'ur an iv^-nt aux Juifs. " Il s'élèvera. dit-lK un grand "iioiiihre fU' faux proplif"'tes qui sé«luiront beaucoup de " ifioii'le: " «•( eiuore : " Donnez-vous paille des faux Christs
"fft tU"i faux proph#>tes" Jamais il fie parut tant de faux
prophètes que dans les temps qui suivirent la mort de Xotre-Seiqneur: surtout vers le tempi de la guerre judaïque et s^jus le rèfjne de yéron qui la rommenra. Josèphe nous fait voir uw* infinité de ces iniposteui^ qui attiraient le jK'uple au désert jiar <lo vains prestifres et des secrets de niaj.'ie, leiw promettant une prompte et miraculeuse délivrant o... Vous pouvez croire que le )wm de Christ, sans lequel il n'ij avait pas de délivrance parfaite pour le Juif, était mêlé dans ces promesses imaginaires; et vous verrez
d*ins la suite de quoi vous en convaincre
"O nVlait point assez que les faux prophètes eussent livré Jérusalem entre les mains rie Tile; les Juifs n'étaient pas encore bannis de la Judée, et Tamour qu'ils avaient pour J<»rusalem en avait ()bli|j;é plusieurs à choisir leurs iU'UK'MVit^ parmi ses niines. Voici un faux Christ qui va les perdre. Cinquante ans après la prise de Jérusalem, dans le siècle de la mort de Nolre-Sei<,Mieur, Finfàme Davcochébas, un vojfur, un scélérat, parce que son nom signifiait fils de TKtoile, se disait Téloile do Jacoh prédite au livre des Sombres et se porta pour le Christ. Akibas, le plus autorisé des rabbins, et à son exemple tous ceux que les Juifs appelaient des sa«(es, entrèrent dans son parti, sans que Timpost(îur leur domiàt aucune autre marque de sa mission, sinon (pTAkibas disait que le Christ ne pouvait pas beaucoup
tarder. Les Juifs se révoltèrent par tout l'empire romain sous la conduite de Barcochëbas qui leur promettait Tempire du monde. Hadrien en tua six cent mille, et ils furent bannis pour jamais de la Judée. "
Et plus loin * :
" Durant près de cent ans il ne se parlait parmi etix que des faux Christs qui se faisaient suivre et des faux prophètes qui les annonçaient. Les siècles précédents n'avaient rien vu de semblable ; et les Juifs ne prodiguèrent le nom de Christ ni quand Judas le Machabée remporta sur leur tyran tant de victoires, ni quand son frère Simon les affranchit du joug des Gentils, ni quand le premier Hircan fit tant de conquêtes. Les temps et les autres marques ne convenaient pas, et ce nest que dans le siècle de Jésus-Christ quon a commencé à parler de tous ces Messies.
" Les Samaritains qui* lisaient dans le Pentateu(jue les prophéties de Jacob se firent des Christs aussi bien que les Juifs,''
On ne saurait donc comprendre comment la qualification de christiani, croyants au Christ ou hommes du Clirist, eût pu, au temps de Néron, ni môme à celui de Trajan, distinguer les disciples de Jésus de ceux des autres Messies. Elle n'a évidemment pu être employée alors dans ce but.
Cette qualification n'a pu être spécialisée que beaucoup plus tard, quand les souvenirs des autres Christs eurent disparu ou se furent concentrés sur un seul personnage. Quand il ne pourra plus y avoir de confusion, lorsque l'attente du Messie signifiera l'attente du retour de Jésus de Nazareth, alors seulement le mot de Christ deviendra synonyme de Jésus, et celui de christiani pourra désigner ses croyants.
* Discours sur l'Histoire universelle, U* partie, ch. XXIU.
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» y.t'.s .l/MÎ//t'.v. rli. Mil
donnés pour tels. On ne saurait; sur la parole de l'auteur, croire au phénomène de FAscension; ni aux histoires de la navigation et du naufrage de Paul, où les matelots demeurent quatorze jours sans nourriture, et où se reproduit le miracle de la multiplication des pains à bord. Les Actes ne sont qu'un recueil de légendes*.
La critique chrétienne répond : Nous consentons à refuser le caractère d'authenticité aux affirmations des auteurs évangéliques, quand ils rapportent des faits évidemment impossibles; par conséquent, nous sommes en droit de déclarer incontestables ceux (jui ne sont pas dans cette catégorie. Cette nianièi^e de raisonner nous semble peu correcte; et tout au contniire nous dii'ons : Puis(|uc l'auteur nous rapporte à chaque page des faits imaginaires qu'il prétend nous donner pour des vérités historiques, nous devons nous tenir en garde contre lui et n'accepter comme vraies ou probables (jue les parties de son récit que nous aurons reconnues telles après un examen attentif.
Ce verset est-il dans ce cas?
Le texte porte * : 'E$fiX6£ lï si; Tapyov BapviSo^ ivaïr^TfjTat
XJTCÙ^ sviauTcv cXsv <7jva);0i!vat h t^J ây.y.XriOia xai Siîa^at c)^Xcv ixavdv, yprt\fa'd72\ Te TrpwTov sv 'AvTtoycia to'j; ixaOYjTi^ Xpi^T'.avcJç.
. Suivons-le littéralement : " Darnabas alla à Tarse chercher Saûl, et Vayant trouvé, il l'amena à Antioche, H arriva que CEUX-CI durant toute une année attirèrent dans la secte une foule nombreuse et V instruisirent et furent appelés pour la première fois à Antioche Chrétiens les disciples. "
1 Actes, l.'d; XXVIL
' XI, 25, 20. — L'édition C. Tischendorf (A. -F. Didot) porte : 'EyévsTo «Otoî;
XQU... X. T. A.
60 PEHSKCUTIOX DES CHUKTIENS SilUS NÉROX.
Ainsi, quand Tordre logique et naturel donnait à penser que c'était aussi à Saûl et Barnabas, à eux seuls en jeu jusqu'aloi^, qu'allait se rapporter la suite de la phrase, on s'arrête surpris en voyant inopinément que la fin du verset concerne d'autres personnages, les disciples. Et vains sont les efforts de Timagination pour comprendre comment se trouve insérée ici la mention de l'époque et du lieu de la création du mot chrétiens et de son application spéciale aux disciples de Jésus; car le renseignement n'est pas accompagné de la moindre explication, et il n'a aucun lien non seulement avec les versets précédents ou les suivants, mîiis pas même avec le premier membre de j)hrase. On s'étonne aussi de voir la répétition inutile du nom de la ville d'Antioche.
Cette fin du verset est si étrangement accolée au commencement, qu'on a peine à admettre que le verset entier ait été écrit par une même main.
Ces remanjues viennent si naturellement à l'esprit de tout lecteur attentif, qu'elles n'avaient pu manquer de frapper le rédacteur de la Vulgate. Aussi a-^t-il voulu lier la fin du verset à sa première partie, el il traduit ainsi en latin le texte grec : Et amium totum conversati sunt in ecclesia et docuerunt turbam multam; ita ut cogyiominarentur prhnum Antiochiae disciptili Christiani,
Le ita ut ainsi ajouté donne au latin une liaison qui
• manque au grec; mais ce n'est (ju'une liaison grammaticale,
fictive, cai' dire cest pourquoi, n'explique pas le moins du
monde comment il y a relation entre la prédication de Paul
et la création d'un surnom donné aux disciples.
D'autre part, les auteurs évangéliques, on le sait, n'avaient l'habitude d'écrire que les choses qui pouvaient être utiles à la convei'sion de ceux aux([uels ils s'adressaient, ou celles qui répondaient aux piéoccupatioiis ([ui régnaient dans les
esprits, ou celles encore qui devaient servir à réfuter des objections. On ne saurait donc déterminer dans quel but et dans quel intérêt l'auteur aurait été amené à s'occuper ici de la formation du nom de chrétiens. Or, en admettant que ce nom eût été en usage alors, la question de son origine ne pouvait préoccuper ni les apôtres ni ceux auxquels ils annonçaient la Bonne Nouvelle. C'est là une question purement historique, et, à ce titre, elle n'a pu être agitée qu'à une époque postérieure à celle où les Actes ont été rédigés.
Ce qu'il y a de plus singulier encore dans le cas qui nous occupe, c'est que l'auteur n'a jusqu'alors jamais employé ce terme dont il veut nous apprendre l'origine et que, dans la suite de son récit, en nous parlant des missionnaires de la Bonne Nouvelle et de leurs adhérents, il continue à les nommer disciples, apôtres, anciens, nazaréens, et jamais il ne les appelle chrétiens, alors qu'il s'agit d'événements qui se passent à Antioche mème^ Et pas plus que lui, aucun des évangélistes ne se sert du nom de chrétiens pour désigner les croyants à Jésus.
Ainsi, on le voit, ce n'est pas seulement par sa construction, c'est encore par son objet que ce membre de phrase semble avoir été ajouté au texte après coup.
Cette opinion prend plus de force, devient une conviction quand on constate que le mot x?iqp^3ct{Ç(i), au sens d'être appelé, ne se trouve dans les Actes que cette unique fois* et qu'il n'appartient pas au style habituel de leur rédacteur.
Dans la langue évangélique, xpr^ixaTiÇw signifie d'ordinaire avertir ou instruire par Vinspiration divine à la voix active, et à la voix passive être averti ou instruit par Vinspiration divine^.
1 Actes, XIII, i ; XIV, 22-26; XV, 1-25.
* Ainsi : ÉpUre aux Hébreux, XII, 25 : Ne méprisez pas celui qui vous parle;
• hî PERSKCVTÎOX DKS CHRKTIENS SOUS XÉROX.
Oiiand il s'agit »le noms ou de surnoms donnés à des persc-nnes ow des Iumix, l'auteur des Actes «lit* : xx\ih>. i^yS^ixa, ;-.:.jLa;«. jamais /cr.ixrr^-o. Il en est de mrnie des auteui*s dont les t'vrits l'oiinent le Nouveau Testament.
X,:r.xrr.;w ne ùit, en t'Iîet, usité au sens dV/re appelé que
•hms la |ia<se -iviilé. Hans son Thésaurus yraeeae liuguae^
Henri H^tienuf^ pLue parmi les ilivei^es aeoeptioiis de ce
iiK't leiU* -il* nutteupor. »tpi»eUor. et il ^lit à ce sujet : Hujus
^\jt*îfk':':ij*'i< -■ i'e}t}p!'i nuti'iuiora quani ex Polybio, Dio-
i: ' . PIa''^*- h» 'iliis'iHe *v****«/''»nV'iis infra posita sunt
r. ,',*•: '. * f'.- : . •■• ■ •*•-'. T'itito frequenti'ini .<tittt f\i'emphi apud
< '-û\'':> r-'î-i i-C'.i. \Ut'\^ «îi |Hnit rem:u'*iuer i|u'au temps
i-^ \' 1;>.-. \rr Ik -l.w r{ de HuîaPjue, X:t,.-i2t;;'u nesî«nûtîait
:..-.>. 1 r:.::v:. .--:.: •Viiv, ivci\«'ir un uom ou surnofn, mais
7:»rL:.>- \.." •;'.'•'*>'• i-^mu* *'U mauviiise, crîle par exemple
. ir !-.-:. i.ii*. d'IiMniUie wrtueux ou ile criminel*.
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LVS RENSEIGNEMENTS DE TACITE SIR LES CHRÉTIENS. (Kî
C/ost ainsi qu'on lit <lans VK pitre aux Romains^ : "\.x s3v
iiiari étant vivant, la l'einine prendra la qualité d'adultère si elle épouse un autre homme. " Il s\if(it de qualité et pas (le nom.
L'acception exacte «le ce mot démontre donc encore qu'il n'a pu trouver place dans les Actes qu'à une époque où le ternie do chrétien n'était pas une simple dénomination donnée à quelqu'un, mais une qualification- honorable aux yeux des uns, llétrissante aux yeux des autres.
Remarquons, en elTet, (pie dans les Actes on l'ail dii*e par le roi Agrippa à Paul, après l'avoir écouté dans sa défense ^ : '' Tu me j)ei*suaderais j)res(jue de me faire chrétien : *Kv sai'yv î*- ^*'-^s'.î Xp'.T:',r*b^t zsiijîr.. " Personne ne i)eut supposer que nous ayons sous les yeux le texte officiel. Le caractôie légendaire de cette scène (îst évident; et l'expression se faire chrétien prouve que la i^édaction en a été faite à une époque postérieure à celle où elle aurait eu lieu.
Il y a encore bien d'autres difficultés relatives à ce verset. Ainsi, comment explicjuer que ce fut à Antioclie, ville où la langue commune était le grec, qu'aurait été créé le mot Xptraavc;? Sa forme est purement latine et non hellénique, et elle donne à penser (^u'il n'a pu l'être qu'en pays romain. Aussi M. Renan dit* '' qiu^ lo mot fut créé i)ar l'autorité romaine, connue un(î app(»llation dt» police, de mémo que Herodiani, Pompeiani, Caesariani; ou (ju'en tout cas il fut
uUeun, Glaucon fils de Lea{:[ros, le père, rXrjxuv ô XtiyçKi'j, on disait Giaucoii fils d^Hélëne, de la mère, rXaOxtDv ô 'E)ivr,;.
A Rmttthu, VII, 2.
s Tertullien, Apolog., 3, i.
» Aele9, XXVI, 27.
* Lcê Apôtres, ch. Xlil.
formé par la population païenne (rAntioche. ** Ce ne sont là que des conjectures, une tentative d'explication d'une donnée acceptée à priori comme exacte.
Mais qa Ilerodiani d'ailleurs ait été formé en Asie ou que ce soit une expression latine jçrécisée à l'exemple de Pompeiani ou Caesariani, là n'est point la vraie question ; il ne peut y avoir doute que ces mots aient désigné, pour les Asiatiques aussi bien (jue pour les Romains, les partisans de Pompée, de César ou d'ilérode; tandis qu'il n'en est pas de même pour chrisliani. On ne saurait expliquer comment le terme (Vhonmies de Christ ou partisans de Christ ait pu être créé et appîiciué aux disciples de Jésus, alors qu'il n'était bruit à Antioche que des nombreux Christs qui se prétendaient appelés à rétablir en Orient le royaume d'Israél ou de Jéhova. La Syrie, en effet, nous dit fort justement M. Renan, était presque une terre juive; et c'est i)robablement un juif que Lucien désigne par Syrien de la Palestine^.
La chose devient encore moins admissible quand on songe que ces missionnaires de la Bonne Promesse a\'aient précisément déjà un nom pailiculier, tiré de celui du personnage qu'ils déclaraient être leur maître. Pourquoi, en effet, auraient-ils ou aurait-on changé à ce moment leur nom caractéristique de 'h^jatci, Jesséens, disciples de Jésus, conti'e la désignation vague de xpuTiavc», honmies de Christ?
Rien donc n'infirme les considérations que nous avons présentées, et on doit conclure, croyons-nous, (|ue les Actes contiennent en ce point, comme en beaucoup d'autres, une affirmation erronée, soit qu'elle provienne de l'auteur primitif, soit, ce qui nous paraît vraisemblable, qu'elle provienne d'une interpolation.
^ Le Conteur de fables.