GENERI HUM • SUPER
STITION • INCULCAB
PURGATAM •
On en tirait la preuve de la réalité de deux faits affirmés par les traditions ecclésiastiques et aussi contraires l'un que
t Gruter, p. 238, ri" 9.
134 PERSÉCUTION DES CHnÉTIEXS SOUS NÉRON.
Tautre à la vraisemblance : savoir, en premier lieu, que déjà sous Néron le christianisme était répandu en Espagne, et en second lieu, qu'il y eut un édit pour la mise à mort des chrétiens dans toutes les provinces de Tempire.
A ce sujet Gibbon écrit* : "Cette inscription est évidemment fausse et reconnue pour telle. Klle est de l'invention de ce célèbre imposteur Curiaque d'Ancône, qui voulut flatter les préjugés et l'orgueil des Espagnols, ''
Mais ce n'est pas seulement (libbon ([ui pense ainsi de la confiance que mérite Cyria<iue. L'historien espagnol Juan de Ferrei'as ne le juge pas autrcMUCMit. Profondéinent religieux, il était de ceux qui estiment qu'on ne doit ponit tenter de mettre la fraude et le mensonge au service de la foi. Il écrit- :
"Il parait vraiscMnbluble, suivant Morales, Uaronius et d'autrc^s, qu'tMi Tan 05 Técht de i)ersécution de Nérou fut appoi'té en Espagne», où il y eut beaucoup de martyrs. Cîes auteurs fon<lent leur sentiment sur une inscription que portait une [)ierre ou colonne de marbre trouvée à Clunia, (]ui est à la Coropie-du-Cf)mte, près d'Osma, ou à Maramessar, à ce ([ue i)rétend Padilla. Le titre de Finscription était : A Xéron Claude Auguste, souverain pontifcy pour avoir purgé la province de voleurs et de gens qui avaient introduit sur la terre la )touveUe superstition. Tel est le nom que les Gentils donnai(Mit alors à la reliLrion chrétienne.
" Quoique j'avance axi sjir l'autorité de Moi'alès, je ne puis yn'empcclirr d'observer (jue Cgrille d'Anrônc fut le premier qui publia cette inscription et que c'est de lui que
* Histoire de ht drcadenci' et de Ux chitti' de VKnijtirr romain, c^liap. XVI : ** ...Is a inanifost and ackiio\vl<»(ii,'('d roryery fontrive»! l»y that noted impostor Cyriacus of Ancona. "
* Juan de Ferreras, Histoire générale d' Espagne, 2« partie, sect. 1'"'', traduct. de d'Herinilly, t. 1, p. 192; Paris. 1751.
les autres l'ont tirée; mais comme la foi de cet écrivain
EST suspecte au JUGEMENT DE TOUS LES SAVANTS, qUe d'ail-
leurs il n'y a ni vestige ni souvenir de cette inscription dans les lieux où Von dit qu'elle s'est trouvée, et qu'on ne sait où la prendre à présent, chacun peut en porter le jugement qu'il voudra. "
Tiraboschi et tous ceux qui se montrent indulgents pour Cyriaque, ne peuvent qu'invoquer en sa faveur des circonstances atténuantes, et demander qu'on croie qu'il s'est trompé sans intention frauduleuse.
Mais parmi ses contemporains, Antonio Agostini, Filippo délia Torre, Poggio, Candido Decembrio et autres ne le jugeaient pas moins sévèrement que Gibbon. Philippe-Marie Visconli, séduit d'abord par ses récits, se montra très généreux à son égard; mais, désabusé ensuite sur son comi)te, le reçut fort mal et le chassa quand il se présenta une seconde fois à la cour de Milan*.
Trouvons-nous dans Calclii et dans Alciati des cautions sérieuses de Cyriaque?
Nous ne parlons pas de Giovanni Marcanuova, qui a également reproduit l'inscription. Il ne fut qu'un compilateur, ainsi que l'établit Tiraboschi^. -
Monti^ déclare, en accord avec Tiraboschi, que Calchi lui parait, précisément à cause des délauts de son texte, avoir été sincère, et qu'on doit lui accorder plus de conliance qu'à Alciati.
Nous avons peu de renseignements sur cet historien^; mais pour qui connaît les passions locales qui agitaient de son temps toutes les villes d'Italie, leurs rivalités, l'orgueil
* Tiraboschi, Storia délia litteratiira ilaliana. ' Loc. cit.f t. VI, lib. 1, V. 5, § 15.
3 Monti, loc. c, note : " É manifesto che più al Calchi che ail' Alciati si dee fede."
* Tiraboschi, loc. cit., t. VI, part. Il, lib. Ill, c. 1, § 55.
130 PKRSKCUTION DKS CIIRKTIKNS .SOUS NÉRON.
municipal qui animait les Milanais, la ]*enommée qu'acquéraient dans la grande cité lombarde ceux qui flattaient sa vanité, le titre seul de Touvi'age de Calclii, Histoi*ia patriocy nous montre que le zùle patriolicjue n'a pu lui laisser toute la clairvoyance et la sincérité désirables K
Les mêmes sentiments animaient éj^^alenjcnt Alciali; lui aussi voulut faire une glorification de Milan dans son Historia palriae. D'autre part, si Ton ne saurait refuser de i-econnaître son savoir, sa connaissance du droit, on ne peut manquer de convenir qu'il ne fut pas un homme d'un cai'actère estimable. " On attribue sa mort, dit Ginguené^, à des excès de table auxquels on avoue (pfil était sujet, comme aussi a Tamour de Tor^, à Tinconstance et à Torgueil, vices qui ne sont pas tous également honteux, mais dont la réunion est déplorable chez une aussi grande célébrité. "
Aucun do ces historiens ne nous olVre, on le voit, des gîiranties suffisantes pour être cru sur parole.
Les rtvueils de (;yriaqiu\ les histoires Milanaises do (lalchi (^l (TAlciali, restèrent en manuscrit jusqu'au milieu du XVII'' siècle, (le ne fuient donc pas (nix (|ui fir(Mit (rab(u*d connaître au i)ublic européen le texte de Tinscription relative à Pline.
Selon M. Monnnsen, elle aurait été hnprimée pouj* la pi'emière fois diuis Tédition dci^ Icttit^s (U» Pline <jue donna Clataneo en 1505 à Milan. Kn ce cas, Alciati, n'ayant aloi-s que treize ans, n'a pu y étie poui- rien, et Cataneo aurait
1 r.osf ainsi quo Tirahoschi \w ivcoimaît (ju»» contraint p.ir révid^nce le mal fondô des prétentions de Mihni. l't dit (t. H, part. U, lil». UI, c. i) : " lo ancora in altro tempo ho pensato rosi (Or. de I\itri(i Histin-iac, p. 17^. ma a dir vero, quantunque io dcaideri isinceramenlc di sostenere le glorie di una città, etc."
5 P. L. (linguené. Histoire littéi-aire d'Italir, t. IH. vh. t>l, p. i09.
• (k? qu'il trouvait le plus à louer chez son maître Ja^on M«ino, de Pavie, c'était d'avoir fuit monter le prix îles consultations d'avocat de t ducats à lU) ducats.
tout simplement reproduit la version de Cyriaque. Si* M. Mommsen a eu sous les yeux une édition originale où se lisait cette inscription, nous n'avons qu'à nous incliner. Mais dans le cas contraire, nous croirons qu'il fait erreur, parce que tiataneo n'en parle pas dans sa préface. Nous douterons même qu'elle ait été imprimée dans l'édition de 1518 de Rome, parce (ju'il n'en est pas non plus parlé dans la dédicace à Sadolcto, où Cataneo nomme les collaboi-ateurs qui l'ont aidé dans son travail et qui furent Thomas Phoedro, Baptista Pio et Andréa Alciati*. Il n'aurait certainement point passé sous silence la découverte de cette inscription, si importante pour la cause qu'il soutenait.
11 est probable qu'Alciati n'eut à s'en occuper que plus tard, lorsqu'il écrivit son histoire de Milan, dans le séjour qu'il lit dans celte ville de 1521 à 1528. Or, si le texte de Cyriaipie avait été publié, Alciati n'aurait pu se vanter aux yeux des Milanais d'avoir, par ses habiles conjectures, déchilTré l'inscription qui établissait une page illustre dans l'histoire de leur ville.
Une autre raison milite en faveur de notre sentiment : c'est que, selon Ottavio Boari, à l'opinion duquel se range Tiraboschi*, la première impression de cette inscription eut lieu dans une édition du De interpretandis notis Romanorum de M. Valerius Probus, faite à Venise en 1525.
* Voir p. 1 1^2, note. — Alciati était aloi*s à Rome, appelé par Sadolcto, qui avait été avec lui élève de Jasoii Maiiio. Il allait obtenir, en 1518, une place de professeur de dn)it à Avignon.
* Tiraboschi, Storia délia lilteratura italiana, t. II, part. II, lib. III, c. 1, § 9: " Questa rnia brève dissertazione ha data occasione al. sig. co. Ottavio Boaii Ferrarese, morto non ha molto in età f^^iovanile, di publicare nel 1773 una assai piû diffusa, in cui con molto ardore combatte la niia opinione. E in alcune cose egli ha rischiarato questo punto di storia piû ch'io non avt»ssi fatto. Egli lia avvertilo che non fu il primo l'Apiani a publicare questa iscrizione; ma che prima di lui era essa stato data alla luce in un' edizione délie Note di M. Valerio Probo, fatta in Venezia nel 1525,"
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Nous en mettons la reproduction photogcapliinue sous les yeux du lecteur.
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lU) 1»KUSKCUTI0N DKS CHUKTIKNS SOIS NKROX.
Est-oii londé à voir dans cette table un des fra{]piients de celle que (lyiiaijue, (lalchi et Alciali prétendaient avoir eue sous les yeuxV Ja*s savants déclarent que les caractères sont antiques. Mais si la disposition des mots sur les lignes était aussi claire, comment Calclii se serait-il trompé de la sorte en plaçant augur sur la première, consniari sur la seconde, etc.? Devant des lettres si ntîthMuent formées, comment aurait-il pu se produire des diverj^^ences dans l(»ur relèvement? Ccnnment expliqutM' enfin ([u'on ait retrouvé ce fragment et pas les autres? Kt remar(|ut)ns encort* ici la fatalité qui s'attadie à tout ce (jui se rapporte» au séjour de Pline en Bithynie ; la partie de l'inscription où était mentionnée, dit-on, sa qualité de propréleur <lu Pont est précisément au nombre de celles qui man(|uent.
On connaît trois autres insci'iptions relatives à Pline, L'une, découverte j>ar Alciati, à Kecchio, petit village près de (lonie: /V////, dit-il, quae Ca)t(uariensis pagi villa est, i)i scminitn luliani ai\le tmprr reporta^ . Cette pierre fut pins tard app<)rl(»e à Milan; iAU' (it partie de la collection irAi-cliinli et se Iriaive actiielltMncMit dans la galerie Brera. Kn reslitnaiit les l(4tres disparues, M. Monnnsen y lit :
\' F • c A F c f / I (y s F c V N D C-) r O s AVC.VR • CVR • ALV - TIB t't ripaR n ClOAC • VKB rarf . .- IR ^AT PRAFF AIR • MIL pr. 1r, pi. IMl»
SI\1K • FQ- R • TR • MiL lie- III • (.ALL- X- VIRO ^^L IVOM nivi \-.\\\\ VIRCFLLFNn
* MoiuiiiM'ii, loc. t it., j». h*l».
I,A COnnESPONDANCE DE PLINE ET DE TRAJAK. 141
En voici la reproduction photOfO'aphique :
(letlo iîiscriplion est formée, on le voit, de deux parties. Ont -elles bien appartenu originairement à la même table? Monli* croit devoir n'attribuer à Pline que le premier fragment. Mais nous n'avons pas à nous occuper ici de cette (piestion, ni de celle de savoir si les Vercelliens qui figurent sur ce marbre doivent être considérés comme les habitants de ranticpie Verceihe, aujourd'hui VerceUi, dans la province de Novare, ou ceux d'un village près de Côme, ainsi que le piV>tendent les patriotes de cette ville. Ce qu'il nous importe de constater t»t «pii est hors de toute discussion, c'est que là encore nous trouvons en pn^nière ligne le titre de consul dans rémunération des dignités, et il n'y est point question de Hithynie, ni de Pont, ni île prociiusulal quelconque.
Sur une des dalles de la vieille é*glise de Sainte-Marie à (Vune, se trouvait, au dire de Penedilo tuovio, rinscription suivante :
IMO CXECI
Kilo conceinait <an^ »iouto Pline: T:.;)i> co i:.i^i:ieiil incon> plot ne nou^ appivnd rien sur <^»n compte.
Tue ,uiliv inscnptiv'!! a été dtVouvoîîe par le n.t^-mr IVncdit*^ Tiunuv sa\uîi: p:\:rio:o do C'ir.e. qui a rv-i^' eu \\\k\ une ^^^l'vVtK^îi tus ::\>v: ;'^::;u> ie sa vile;
riA'»»i e'M, ■> '<. '.î-'i.* i'i :rv»i •i.î.rj-ii ^rt-rn:*'-^ 5:'-*^-î»*'*j
<*\ jCî.^i t\, \ *^« ^. «»..«,.«. *■■*■ *■ — " 1"*~ -C^. . .
copie et le rétablissement par M. Mommseu des lettres qui manquent :
c • plInio • L • F •
QVF CAECILIO SECVNDO COS AVGCVR ALVEITIBER ET RI Par et rloaekv VRB
A Caïus Plinius lAiciifilius Oiifenlinus Caecilius Secundus, consul, augur, curator alvei Tiberis et ripàrum et cloacarum urbis.
Dans cette inscription, qui a tous les caractères d'une authenticité certaine, on voit figurer parmi les titi*es de Pline, en première ligne, la dignité consulaire, et il n'y est nullement question de gouvernement de province d'Asie ni de proconsulat.
Quand donc on examine les inscriptions qui ont été anciennement gravées sur la pierre en l'honneur de Pline dans sa contrée hatale, dans la haute Italie, et qui nous ont été conservées, on ne rencontre rien qui puisse faire présumer que ses concitoyens, qui étaient si fiers de lui, aient eu connaissance de cette mission en Bithynie. Tout concourt ainsi à nous faire douter qu'elle ait jamais eu lieu, et que Pline puisse être l'auteur de la correspondance avec Trajan qui lui est attribuée.
Le lecteur, nous nous plaisons à le penser, conclura du moins avec nous que la lettre à Trajan n'est pas authentique et que Pline, pas i)lus que Tacite, ne s'est occupé des chrisliani et n'a parlé d'eux.