LA RKCIIEIICHE DES INCENDIAIRES
Néron, nous l'avons vu, n'avait point eu à se justifier d'une accusation qui circulait clans le peuple contre lui ; il aurait pu, toutefois, vouloir prévenir tout soupçon et montrer que le gouvernement savait retrouver et punir d'une façon exemplaire les auteurs de l'incendie.
En ce cas, quels sont ceux qu'avec l'aide de ses partisans il offrira à la vindicte publique?
Prendra-t-il parmi les grands personnages ceux qui le détestent et qu'il hait, ceux qui sont ou qui peuvent devenir des conspirateurs? Ne serait-ce pas l'occasion de les faire périr en les vouant à l'exécration du peuple? S'il le veut, les délateurs et les faux témoins ne manqueront pas. Qu'il évoque l'affaire à son tribunal ou à celui du Sénat, les accusés n'en sortiront pas acquittés et reconnus innocents.
S'il ne veut pas frapper les grands, parmi les petits, que de débiteurs se réjouissaient d'être libérés par la moil de
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leurs créanciers et la destruction des titres qui constitoaieiit leurs dettes! que de gens s'étaient enrichis par des vols opérés pendant la confusion causée par l'incendie ! Ceux qui en ont retiré profit ou satisfaction ^ ne peuvent-ils pas être recherchés et traduits devant le préteur? 1$ fedl eut prodest. Cinquante malfaiteur'? suffiraient à satisfaire la vindicte publique.
Ce ne seront cependant ni les ennemis du Prince ni les voleurs qui porteront la charge du crime. On Aeut que Néron ait choisi des Juifs dissidents, ceux de la secte qui sera ultérieurement appelée chrétienne. Pourquoi donc ceux-ci plutôt que d'autres? Que .sont-ils?
C'étaient, lisons-nous dans les Annales, des gens infâmes et détestés de la population.
Si le peuple de Rome avait les Juifs ou une partie des Juifs en abomination, le choix de Néix)n ne pouvait être meilleur: il n'aura aucune peine à les faire passer pour coupables. Dans l'état d'agitation des esprits, un mot, un signe devait suffire pour qu'ils fussent massacrés ou tout au moins driioncos aux licteurs pour vive conduits au tribunal (lu pivlour.
Av;iil-on :ni nioyru âge besoin de beaucoup de preuves j>()ur ootivaiuciM' h> peuple que les Juifs causaient les épidéini(»s, (MU|M>is(>iut;n(Mil h^s fontaines et qu'il fallait leur courir sus? Ils rlaitMil hais, cola suffisait. En i06<>, fut-il difficile do p(M'siia<lor aux Anglais que l'incendie de Londi-es était dû aux papislos? (Jut^lquo temps plus tard, en 1678, songea-t-on soultMniMU à oonti\Mor los iliMuuioiations de Titus Oatès? Qui eût osô (»xprinuM' le tlouto ipio los catholiques voulussent de nt)nv(*an hnllor la villo ot avec ollo los navires ancrés dans la Tainiso? (Mii oui o<^ô défendre un papiste? Une vie sans lai'ho n'i'lail pas une prouve d'iimocenco: au contraire, aux
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yeux du peuple, plus le papiste était consciencieux, plus sûrement il devait être conspirateur. Le gouvernement n'avait aucun effort à faire dans la recherche des coupables ou des complices; la haine publique en dénonçait plus que les prisons n'en pouvaient contenir; aucun supplice ne paraissait assez cruel pour eux.
Cherchons donc d'abord à connaître quels pouvaient être les sentiments de la population romaine à l'égard des Juifs en général, comment ceux-ci se trouvaient dans la capitale, ce qu'ils y faisaient, ce qui aurait pu les empêcher de trouver dans la grande ville cette patrie commune, communis patria, où fusionnaient les étrangers*. Puis nous nous demanderons en quoi les Jesséens ou Nazaréens auraient pu se distinguer de leurs coreligionnaires.