LES JUIFS EN PALESTINE
Pour savoir ce que le Juif pouvait bien venii' faire à Rome, il nous faut connaître ce qu'il était, ce qu'il faisait chez lui.
Habitant les massifs formés par les prolongements du Liban, dépourvus de moyens faciles de communication avec leurs voisins, les Juifs n'étaient que des montagnards grossiers, fanatiques et cruels, vivant de la guerre et du brigandage.
Ainsi nous les peint Josèphe, qui a écrit leur histoire panégyrique; ainsi se peignent-ils eux-mêmes dans leurs Annales. " Tu appelleras ton fils : Ardent au pillage, Mahersala hacha, c'est Tordre de Dieu, " avait dit leur prophète Isaïe^; et leur montrant les récompenses que réservait Jéhova à leur foi et à leur fidélité, il s'écriait : " Ephraïm ne
^ Sénèque, Consolation à Helvia, 6 : *^ Quae velut communis patria potest dici." * haïe, Vin, 3.
sera plus jaloux de Juda, Juda n'opprimera plus Ephraim, mais ils voleront sur les épaules des Philistins vers la mer et ils pilleront ensuite les enfants d'Orient^.'' On peut voir encore quelles étaient les qualités des héros que célèbrent les poèmes des Maccabées et qui soulevaient l'enthousiasme du peuple 2.
La guerre était leur élément. Sans remonter dans l'histoire au delà du renversement des Achéménides, on les voit s'enrôler dans Tannée d*Alexandre^; puis ils se mettent à la solde des dynasties macédoniennes et combattent tantôt pour les princes syriens*, tantiH pour ceux d'Egypte*, et peut-être à la fois pour les uns et pour les autres, comme au xv* et au xvi« siècle on vit les Suisses servir simultanément des gouvernements ennemis.
Quoique nous voyions le roi de Syrie Démétrius offrir une
« Isaîe, XI, 13, 14, etc.
« I Maccabées, IV, 2i. — II Macc, VHI, 27; X, 'M à l» : " Ils mirent le feu aux portos et aux toui-s et brûlèrent tous ces blasphémateurs. lU pillèrent et ravogèrent tout dans la place pendant deux jours. Après cela ils bénirent le Seigneur, chantèrent des cantiques en son honneur pour les grandes choses qu*il avait faites en Israël. " XV, 30 à 37 : La fcHe de Nicanor.
' llôaitêo (l'Abdèro, cité par Muiik, Palentinet p. 480.
* / Macr., X, 20, 47. 59; XIII, 40. - Il Macc, VllI, 20.
* / Macc.f XI, (), 7, 8. — Nous nous sonmit's demandé comment les Juifs a\'aient pu sétablir ou Kj^'vpte et surtout oouiment ils avaient pu être autorisés à y éle>er un temple, on dépit «les protest'tlions et du fanatisme des prêtres égyptiens. (Juvénal, Sat. XV.) Une telle faveur na pu être accordée qu'en échange de services rendus. Or, quels services 1«^ Juifs aunûent-ils pu rendre aux Lagides? Nous n'en voyons (|u'un : celui de la défonsi» de leur trône en qualité de troupe mercenaire.
Lt^ Lagides, en effet, no pouvaient, surtout au début, songer à s'appuyer sur des forces indigènes; d'un autre côté ils ne pouvaient se reposer entièrement sur des Grecs qui pouvaient se laisser corrompre et entraîner à la défection par leurs camaradi^s de l'armée des Séleucides; ils eurent intérêt à avoir des troupes formées d'éléments hétérogènes et à prendre des Juifs à leur solde. Ils auraient été par suite amenés à leur octroyer des concussions de terre et à leur accorder en même temps certiiins privilèges hércHiitairos. Leur établissement à Onion, prés d'IIéliopolis, était nommé le Camp des Juifs. (Mommsen, Ilist. rom.^VlU, liv.V, ch. 10.) Ciabinius, se rendant de Syrie en Egypte pour y rétablir Tautorité de Ptolémée AuIoIj'^s. avait trouvé Péluse gardée par une garnison juive. (Mommsen, loc. cit., ch. i,>
solde au Maccabée Jonathan ^ pour le prendre à son service, les princes juifs combattaient d'ordinaire à leurs frais*, et se payaient par le butin*.
Quand ils n'ont pas de guerre régulière à soutenir, ils se livrent au brigandage*; ils se réunissent par bandes sur les rives du Jourdain, font des razzias dans les bourgs, dans les villages et descendent même- jusque sur le littoral; ils ne se bornent pas à ravager les campagnes, ils emmènent les habitants et les vendent comme esclaves^.
Ces mêmes instincts se retrouvent chez les prêtres, qui prennent les armes comme leui's frères en Jacob, chez les membres des familles princières et sacerdotales. Ceux-ci, loin de nous offrir des modèles de vertus, se disputaient les armes à la main la tiare «pontificale, allumaient sans cesse la guerre civile, et donnaient au peuple l'exemple des crimes les plus abominables.
A cette sauvagerie s'alliaient des sentiments superstitieux, une foi ardente dans l'alliance avec leur dieu Jéhova, dont ils célébraient la gloire après chaque guerre, chaque razzia heureuse. Ainsi, sous certains rapports, les Juifs se montrent à nous comme des Arabes de l'Hedjaz; sous d'autres, nous croyons voir en eux des Albanais ou des Kabyles.
Quand Rome entreprit la conquête de l'Asie, les chefs de la Judée virent l'occasion de s'affranchir de la domination syrienne et de former à leur profit un État indépendant. Ils sollicitèrent dans ce but l'alliance des Romains et ils s'engagèrent, pour l'obtenir, à leur fournir des troupes auxiliaires^.
* I Macc, X, 36.
« Id., \Ul 26.
» Id., XI, 44, 51; rV, 17, 23; V, 51, 68; VII, 47.
* Id., VII, 24; IX, 38 à 41. — 7/ Macc, VIll, 5 à 7. » Josèphe, Ant., XII, 4.
« /Macc, VIII, 13, 17, 24, 25, 26. — Judas Ma(v.ilM'»e, lit-on dans ce poème, ï^achant que les Romains faisaient dominer qui ils voulaiejit, envoya des ambassa-
Pour dépouiller plus facilement les Séleucides, Rome ne manqua point d'accepter Talliance des Asmonéens, et déchaîna ces pontifes guerriers et leurs sauvages partisans contre les Macédoniens de Svrie, comme elle avait déchaîné contre Carthage Masinissa et ses farouches Numides. Voici comment Justin * s exprime sur cette question : A Demetrio quum descivissent Judaei amicitia Romanorum petita,primi omyihtm ex orientalibtts libertatem receperunt, facile tune Romanis de alieyio largientibus.
En se faisant les alliés de Rome, les princes juifs devenaient bien entendu ses tributaires, et chacun d'eux dut, en prenant la tiare, solliciter du Sénat, sous forme de renouvellement de ralliance, Tinvestiture de leur puissance quasi royale^.
La situation des j)ontifes juifs nous parait avoir été fort analogue à colle des rois numides. Après avoir détruit le royaume de Syrie, en effet, Rome, suivant sa politique traditionnelle, entendit soumettre leurs alliés juifs par les armes et les intrigues, comme après avoir détruit Carthage elle avait fait, de lu même fat^'on, la guerre à leurs alliés africains.
La Judée demeura pour les Romains une pépinière de soldats. Nous voyons Antipater accourir en Êgyi)te et amener à César un renfort de Juifs et de Bédouins. Sous Auguste, Aelius Gallus, préfet d'Egypte, chargé d'une expédition en Arabie, compte parmi ses auxiliaiies quinze cents Juifs ^. Au temps de Néron, Tibère Alexandre fait la campagne
deui*s à Home pour conclure aniitit' et alliance avec eux. Entre autres conditions il fut établi que " s'il survient une j;uerre aux Romains ou .i leurs alliés dans toute l'étendue de leur domination, les Juifs les assisteront avec plein dévouement. "
^ Justin, XXXVI, 3.
« / Macc, XII, 1 à 3; XIV, 18, 40; XV, 16, 24.
' Strabon, Géographie, XVI, 4 : "EirXeuffev è'/wv izepi fxupiou; Tce^oùc tcov ex ttjç Aîy^itTOu 'Pwjiai'wv xa\ twv aufifxdtxwv, wv r,<jav 'louSatoi jjLgv Tttvtaxiffioi, NaCarstoi dà x^'^iot iJLtxoL ToO ZvXXatov.
d'Arménie sous les ordres de Corbulon', et il avait .avec lui des Palestiniens*, soldats très utiles dans cette guerre de montagnes; c'est kii qui commandera plus tard en Egypte les troupes à la solde des Romains, et n'hésitera pas à se déclarer pour Vespasien.
Si quelques années de tranquillité publique furent imposées par Hérode, sous ses faibles successeurs le brigandage devint plus général que jamais^. Les pèlerins, réunis en caravanes pour leur mutuelle défense, étaient attaqués et tués dans le trajet à Jérusalem, comme le sont encore, ou l'étaient il n'y a pas longtemps, les caravanes allant à la Mecque; même dans le temple, on n'était pas à l'abri du poignard des sicaires.
" Les Galiléens et les Samaritains, nous dit Tacite^, mettaient en campagne des troupes de brigands qui s'attaquaient par surprise, se livraient des combats en règle et dévastaient réciproquement par le pillage le territoire ennemi. " Aussi le rétablissement de Tordre et de la sécurité dans la Palestine nous semble avoir dû être l'objectif principal du gouvernement romain.
Cet instinct de banditisme était tellement dans la nature des Juifs, qu'après le terrible châtiment qui leur fut infligé par Titus, ils reconstituèrent des troupes de malfaiteurs audacieux qui portaient le trouble et la désolation dans les districts paisibles. Ce serait pour en finir avec les brigandages de cette peuplade qu'Adrien, nous dit Sulpice Sévère*, aurait décidé la ruine complète de Jérusalem.
* Tacite, Ann., XV, 28.
* Id., XHI, 7 : " Nero jubet... Agrippain et Antiochum expcdire copias. > Munk, Palestine, p. 571 à 578.
* Tacite, Ann., XU, 44.
^Chron., H, 31 : " Syriam ac Palcstinam diripcro conuti; misso excrcitu subacti sunt. "
Les Juifs avaient une foi inébranlable dans l'alliance d'Israël et de son Dieu. Ils étaient convaincus que son bras puissant devait leur donner la domination de l'Orient; et parmi les populations efféminées de l'Asie, ils pouvaient se croire appelés à exercer la suprématie.
Aussi, malgré la prospérité dont ils avaient joui sous son règne, les Juifs reprochaient à Hérode son origine extra- palestinienne, lui faisaient un crime ainsi qu'à ses successeurs de n'être (jue les vassaux de Rome. Les pontifes Asmonéens étaient devenus des héros légendaires de l'indépendance nationale. On chantait leur gloire et leurs victoires. Si les Juifs, disait-on, avaient vaincu les Macédoniens sous Judas et Siméon, que ne feraient-ils pas sous le libérateur promis? Quelles forces pourraient les empêcher de rétablir le royaume de David et de Salomon? Dans un fol enthousiasme, ils allaient bientôt oser braver la puissance romaine, la tenir en échec, et montrer dans la revendication de leur indépendance le courage fanatique et les mœurs sanguinaires qui les caractérisaient.
Les patriotes, et ils formaient la grande masse de la nation, considéraient donc comme des traîtres et des faux fils d'Israël, non seulement ceux qui percevaient les impôts, ceux qui obtenaient des honneurs ou des privilèges de l'autorité romaine, mais encore ceux (jui regardaient comme inutile et funeste toute tentative de prise d'armes.
Est-il besoin de se demander si de tels hommes, obstinés dans leur foi, animés d'une haine aveugle contre ceux qu'ils considéraient comme des oppresseurs, ayant en abomination le seul nom de Rome, étaient tentés de quitter leur sol natal pour aller s'établir au pied du Capitole? On ne les aurait certainement pas i-encontrés dans aucun forum, sous aucun des portiques de la grande cité. On les aurait encore moins
VUS, humbles marchands, solliciteurs obséquieux, flatteurs habiles, frappant de porte en porte, leurs ballots sur le dos.
Mais si le vrai fils d'Isaac n'était guère tenté d'aller à Rome, quittait-il ses montagnes pour aller au dehors faire le trafic? Nous ne pouvons le supposer. Les Juifs, en effet, n'avaient pas de marine pour porter au dehors les produits de leur sol, produits d'ailleurs fort restreints, et rapporter chez eux les denrées étrangères; pas de marine, pas de trafic international pour les populations méditerranéennes. Les Palestiniens n'allaient pas chercher par caravanes les épices et les tissus de l'Orient; la Judée n'était pas une voie de transit; les marchandises de l'Inde arrivaient à Alexandrie par la mer Rouge et les canaux du Nil ; celles de la Perse arrivaient aux ports de la Phénicie et de la Syrie par les routes de Palmyre et de Nisibe. Quel marchand, d'ailleurs, eût osé traverser ce pays de montagnes infesté de brigandage? Leur commerce ne pouvait être que réduit aux strictes nécessités des besoins de la vie. Ils faisaient peut-être descendre à Césarée ou à Joppé du froment, de Thuile, du vin, du miel, du baume ^, et en rapportaient du poisson salé*, des ustensiles et une foule d autres objets de fabrication étrangère que débarquaient dans ces poiis les marins phéniciens, grecs ou égyptiens. Il est même plus probable que les populations commerçantes de la côte allaient ellesmêmes faire les échanges dans l'intérieur du pays^ et y avaient établi des comptoirs.
• Ézéchiel, XXVH, 17.
- La pèche et la salaison du poisson étaient un des principaux objets du cornmei-ce des Phéniciens, comme le hareng saur le fut pour les Hollandais; et à ce propos remarquons que Chananêens ou Néerlandais ont la même signification : hcibitants des pays bas.
• Néhémie, XIH, 16.
En cet état de choses, sans marine, sans industrie, sans fertilité particulière du sol, quel commerce le Juif pouvait-il aller faire au dehors et surtout à Rome? Etait-il une profes-
sion, était-il un art qui fit sa renommée? Evidemment non.
On devait en consé(iuence, ce nous semble, conclure qu'il n'était probablement pas commerçant. Cependant on n'en a pas moins continué à vouloir attribuer un but mercantile à leur venue à Rome. L'éminent auteur des Origines du Christianisyne nous dit * " (jue ces pauvres gens qui débarquaient par centaines à la Ripa venaient faire le brocantage, exercer les trafics les plus chélifs, tels que chiffonniers ou vendeurs d'allumettes. " Mais il eût fallu pour cela aux Juifs une souplesse extrême, au lieu de ce caractère fanatique, hautain, haineux (pie leur reconnaissent tous les écrivains de l'antiquité. Puis, quelle que soit l'habileté dont le Juif a fait preuve de nos jours et au moyen cige dans le maniement des affaires, (pielle que soit la supériorité qu'il ait montrée en ce point sur les races indo-européennes, il n'était pas de taille à lutter avec les Gréco-Asiatiques et les Gréco-Égyptiens qui venaient à Rome; dans la concurrence avec ceux-ci pour les petits métiers, il serait mort de faim.
D'ailleurs, tous les vrais partisans de la constitution njosaique et les prophètes s'opposaient à ce (jue les Juifs se livrassent au commerce, à cause des relations qu'il enti*aînait avec les étrangers, relations qui ne pouvaient qu'affaiblir la foi en Jéhova-. Josèphe nous montre le dé<lain que les vrais fils de Jacob professaient pour ceux qui se livraient à l'industrie, au commerce et à la navigation. " Nos voisins, dit-iP, qui habitent le littoral de la Phénicie, s'appliquent
* E. Renan, ApôlreSf ch. XVl.
• Munk, Palestine, p. Ii9*2, 3115.
? Josèphe, Contre Apion.
par cupidité au trafic et aux affaires commerciales; pour nous,- nous habitons une contrée qui n'est pas maritime et nous cultivons la terre. "
Rien n'était, en effet, plus incompatible avec les besoins et les aspirations des trafiquants que les espérances messianiques qui dominaient toutes les pensées du vrai Juif. Une des conditions essentielles au développement du commerce et de l'industrie, c'est l'ordre public, la paix assurée; un des principaux mobiles qui poussent les hommes dans cette voie, c'est le désir d'arriver par un effort individuel à une fortune qui soit personnelle. Or, quel est le marchand qui eût été disposé à prêter l'oreille aux promesses d'un bouleversement social, dût-il avoir pour but le rétablissement du royaume d'Israël? C'est pourquoi on lit dans Y Apocalypse^ : " Tu dis : je me suis enrichi, je n'ai besoin de rien; aussi tu n'es ni chaud ni froid, et tu fais vomir. "
Si l'on veut voir combien le vrai Juif, celui qui croyait au Messie, disciple ou non de Jésus, était étranger au commerce qui se faisait dans l'empire romain, écoutons encore le Révélateur"^. Il croit voir Rome détruite^ et dans son enthousiasme il s'écrie : '* Je vis descendre du ciel un ange ; la terre fut éclairée de sa gloire, et d'une voix retentissante il dit : Elle est tombée, elle est tombée, Rabylone la Grande! " Puis il nous fait entendre les lamentations de ceux qui regrettent la ruine de l'empire. " Et les marchands de la terre pleureront et se lamenteront parce que personne n'achètera plus leurs denrées, les matières d'or et d'argent, les pierres précieuses, les étoffes de lin et de soie, les tissus • teints de pourpre, les meubles d'ivoire ou de bois précieux, le bronze, le fer, le marbre, les parfums, le vin, l'huile,
* Apec, m, 16, 17,
» id., xvin.
le blé, la farine, les brebis, les chevaux, les chariots, les esclaves. Tous ceux qui vendaient ces choses, qui s'étaient enrichis avec elles, pleuraient et se lamentaient en disant : Malheur ! Malheur ! Comment en une seule heure la grande cité et tant de richesses ont-elles été détruites! " Ces marchands et ces marins qui sont en abomination à l'apôtre n'étaient donc pas à ses yeux des Yehoudim, de ceux avec lesquels Jéhova avait fait un pacte d'alliance.
Aussi ne trouve -t- on dans aucun auteur profane, dans aucun document hébraïque la moindre mention de commerce ou d'industrie qui amenait les Juifs à l'étranger. Il n'est jamais non plus question dans les écrits évangéliques de professions pratitiuées par les membres des synagogues *.
L'esprit mercantile des Juifs modernes n'est pas un héritage de leurs aïeux. Ils ne l'en possèdent pourtant pas moins, et cela depuis longtemps.
D'où leur vient-il? Est-il diï à l'oppression qu'ils n'ont cessé d'endurer de la part des chrétiens et des musulmans, et à l'exclusion des travaux agricoles et industriels qui leur avait été imposée? On l'affiime généralement. Mais est-ce certain? Nous ne le croyons pas.
Cette transformation complète des aptitudes d'une race
* On nous ohjtvloi-a sans doute Tcxeniplo d'un cortain Aquilas qui, au dire des Actes (XVIII, 2), oxerçait à Corintho le nirtier <lo faiseur de tentes, métier qui aupit été éjfaloniont rolui do rap<Mro Paul, r.aav yàp «Txr,vo:roio\ ttj téxvr,. Nous répondrons d'à boni qur ros «loux personnages ne sont j>as des Palestiniens, et qu'ils ne furent guère ronsid«'»rés coinnie de vrais juifs. Les Ébionites, qui ont eu souvent raison contre leui-s adversairt»s, affirmaient que Tapôtre appelé Paul n'était qu'un Grec. En tout cas, ce ne serait ici qu'un fait exceptionnel.
Mais quel aurait été ce métier? Vwv \oi\{\* était composée d'une toile, de supports et d'attaches; sa confection demandait le concours du tisserand, du charpentier, du cordier, et l'on ne saurait dire ce qu'était un faiseur de tentes. On .s'expliquerait difficilement aussi l'existence d'une telle profession à Corinthe. Les Grecs ne se servaient habituellement pas de tentes; et s'il s'agissait d'un objet d'exportation pour l'équipement des légions ou l'usage des Orientaux, Corinthe ne produisant pas de matières textiles, n'aurait pu établir chez elle une telle
n'aurait pu se faire qu'au bout d'un certain nombre de générations, et par une patiente et énergique activité dans la lutte pour la vie. Or, si les fils d'Abraham étaient tenaces et audacieux quand de chimériques espérances les animaient, comme ils plaçaient leur confiance non en eux-mêmes, mais dans leur alliance avec Jéhova, dès que cette confiance disparaissait à la suite de désastres, le découragement et l'abattement s'emparaient d'eux; alors les prophètes prêchaient la stérilité volontaire, engageaient les femmes à ne pas mettre au monde des enfants qui seraient malheureux comme elles*; les Israélites étaient ordinairement pris sur la terre étrangère d'une nostalgie qui les décimait. D'autre part, le monde romain était en paix, c'était l'ère du commerce, de la navigation, de l'industrie; et dans cette sphère d'action les concurrents se traitent avec peut-être encore moins de générosité qu'à la guerre; les Juifs donc, inhabiles et novices, auraient dû disparaître à bref délai, s'ils fussent restés isolés, abandonnés à leurs seules forces.
Il nous semble, en conséquence, que l'on doit chercher les causes qui amenèrent les transformations radicales du caractère juif dans une alliance et dans un croisement de races. Nous croyons que l'expansion des peuples gréco-latins et le développement du christianisme ont contraint les
industrie en concurrence avec la Syrie et rÉgj'pto. Donc, ou le fait rapporté dans les Acte* est dépourvu de vraisemblance, ou par (n(r|Voirot6; il faut entendre autre chose qu'un faiseur de tentes proprement dites. Nous serions porté à croire que ce mot signifie faiseur de tabernacles, c'est à dire faiseur de petits ouvrages reproduisant le tabernacle de Jéhova, y\ <jxr,vrj xoO OeoO. (Exode, XXV, 8, 9; Apoc., XXI, 3, 4.) C'est ainsi que peu après, dans les Actes (XIX, 24), l'Éphésien Démétrios, adversaire de Paul, est qualifié de faiseur de temples d'argent de Diane, icoiwv vaoO; àpyupoO; *ApTl|iioo;. Les Tabernacles devaient être des talismans juifs et faire partie du commerce des objets de dévotion; ils représcntiicnt le symbole de l'alliance avec Jéhova, le gage de sa faveur.
4 Jérémie, XVI, 2; XX, 18; Lamentations. — I Macc, I, 27, 28. — Mathieu, XXIV, 19. — Ce même sentiment s'est retrouvé chez plusieurs peuplades noires qui avaient été conduites en esclavage dans les possessions européennes de l'Amérique.
i58 PERSÉcumnf ves ghrétiens sous xëron
colonies syro-phéniciennes et puniques, répandues âaam les provinces de l'empire, de se grouper, de s'unir, pour ne pas périr, pour résister, et qu'avec elles auront fusionné les Juifs, chassés, émigrés ou transportés de la Palestine.
D'une part, Tintérét de la conservation devait amen^ l'union des énergiques montagnards et des habitants des côtes à l'esprit mercantile et rusé; d'autre part, la guerre contre Rome, les discussions et les prophéties au sujet du Messie, ayant créé une notoriété universelle aux Juifs, on a du appeler de leur nom, quoiqu'ils fussent en minorité, toute la population de langue syro-chaldaïque qui se trouvait englobée dans le monde romain. C'est ainsi, pensons-nous, que se serait formée cette race remarquable à plus d'un titre, et qu'elle se serait trouvée disséminée en tant de lieux et livrée partout aux opérations commerciales.
Cette fusion des Juifs et des Phéniciens était toute naturelle et n'offrait aucune ditticulté. Ils parlaient la même langue; asservis également tour à tour aux Perses et aux Macédoniens, puis réunis sous le sceptre d'un Iduméen* et enfin directement soumis aux Romains, ils étaient depuis longtemps des frères de servitude; une même haine contre Rome animait ainsi les enfants de Jérusalem, de Tyr et de Carthage.
La question religieuse ne pouvait faire obstacle à cette intime union. Si jamais les croyances des Juifs avaient sensiblement différé de celles des Phéniciens*, sous les mêmes influences des idées babyloniennes et grecques elles
* On voit Hérodc ôdifior à Tyr et à Sidon des lieux d'assemblée, des marchés, des magasins publics, des temples; il n'y eût point fait faire de si coûteuses dépenses si ces villes n'avaient pas été placées sous sa dépendance par Auguste, qui appréciait sa valeur et son énergie et avait pleine confiance en lui. (Hoefer, l*hénicie, dans V Univers pittoresque, p. 13*2.)
« haïe, passim. — Rois, passim. — Jérémie, U, 8. — Ézéchiel, VU, 16, 17, etc. — Hoefer, Phénicie, ch. IV : Religion des Phéniciens.
s'étaient également moflifiées et par suite rapprochées, sinon identifiées. Les uns et les autres, en effet, avaient les mômes superstitions; ils croyaient aux démons, à la résurrection, à la puissance des mots magiques; ils attribuaient la même efficacité aux ablutions et se plongeaient, les uns dans le Bélus, les autres dans le Jourdain ; la pratique de la circoncision leur était commune; leur divinité suprême était en dehors du cercle anthropomorphique de la mythologie, et ils lui donnaient à peu près les mêmes attributs : Baal etan voulait dire Seigneur éternel, comme le nomen ineffabile de Jéhova; Baal ran^ Maître suprême, avait son analogue dans les livres hébraïques ^
Il était, il est vrai, une qualification distinctive que les Ghananéens décernaient à leur di\inité et qu'on ne retrouve pas chez les montagnards, c'est celle d^Harokel^, marchand. Ceux-ci préféraient lui donner des attributs guerriers, en faisaient un Dieu des armées, qui leur devait donner la victoire et l'empire de l'Orient; et c'est là précisément ce qui avait constitué la division, l'hostilité entre la plaine et la montagne. Mais la destruction de Jérusalem avait nécessairement dû faire tomber les illusions des Yehoudim, et dans leurs malheurs, dans leur exil, pouvaient-ils manquer d'avoir en mémoire la glorieuse alliance d'Hiram et de Salomon? C'étaient des architectes phéniciens qui avaient édifié et décoré le temple légendaire de Jérusalem sur le modèle de celui de Baal, à Tyr^, et c'étaient encore des
4 Nombres, Vni, 3.
* C'est pourquoi les Grecs et les Romains en avaient fait THercule Tyrien. — Cicéron, De Natura deorum, Ul 16- — Pline, Hist. nat., XXXVII, 19.
' Les ingénieurs et les artistes tyriens n'avaient certoinernent pas fait jaillir de leur cerveau la forme, les proportions, les données de calcul, les dispositions, les emblèmes et les décorations; ils avaient copié ou imité des monuments qu'ils avaient eus sous les yeux. Les traditions apprenaient qu'il y avait à Tyr un temple semblable à celui de Jérusalem. (Hoefer, lot\ cit.)
Syro-Phéniciens probablement qu'Hérode avait employés à la construction du nouveau temple. Aussi, n'est-ce pas le renouvellement de cette alliance qui était célébré dans une prophétie attribuée à Isaïe * ?
S'il n'en avait pas été ainsi, si cette fusion n'avait pas eu lieu, que seraient devenus les Phéniciens et les Puniques? Ces hommes si aptes au commerce, habitués à le faire, pour lesquels la patrie était le pont du navire ou le lieu du trafic; qui, malgré l'envie et la haine des Romains, avaient gardé leur langage et conservé des comptoirs et des associations établis de longue date en Afrique, en Espagne, en Sardaigne^, et qui, malgré les Grecs, commerçaient activement sur les rives de l'Euphrate; de tels hommes donc auraient disparu! Ils auraient été étouffés dans la concurrence des Gréco- Latins; leur expérience, leurs aptitudes, leur outillage ne leur auraient point utilement servi.
Mais comment alors expliquer que les Juifs, subitement transformés en habiles et souples marchands ou banquiers, aient formé des colonies qui auraient résisté à toutes les vexations des races plus puissantes qui les environnaient? Comment expliquer encore que ces colonies juives se soient trouvées précisément aux mêmes lieux, aux mêmes postes qu'avaient occupés les Chananéens? Cela ne nous semble pas possible sans fusion de race.
Si nos inductions paraissent suffisamment fondées, ce ne devrait pas être, croyons-nous, un faux point d'honneur qui devrait empêcher les Juifs modernes de s'y rallier. Descendre de la race liéroïque des Phéniciens ne vaut-il pas pour le moins autant que de se dire les fils d'Isaac?
i Isaïe, XXni, vers. fin. - Êzéchieî, XXVIU, li, 15. — V. encore Math,, XI, 22.
« Strabon nous apprend que de son temps, sous Tibère, les colonies puniques, en Occident, étaient florissantes. Celle des Iles Baléares frappait encore des monnaies dont plusieui^ nous sont parvenues, (lioefer, loc. cit,, eh. III.)
LA COLONIE JUIVE A ROME. IGl
Le fanatisme religieux, la foi dans le pacte avec Jéhova était le caractère général de toute la nation Israélite. Du haut en bas de l'échelle sociale, Tenthousiasme était entretenu par des prêtres, des scribes et des inspirés dont la foule était considérable. A Jérusalem, tout le monde tirait du Temple ses moyens d'existence. Le trésor du sanctuaire alimentait les fonctionnaires civils et religieux ; il s'enrichissait des dons et des offrandes imposés aux nationaux, de ceux qu'acquittaient volontairement les étrangers, des legs de pieux personnages, etc. Tous les habitants faisaient profit de la venue des pèlerins aux trois grandes fêtes annuelles, qui, comme toutes les fêtes religieuses et locales de l'antiquité, étaient de grandes foires. Les visiteurs payaient à chers deniers leur logement, leur nourriture, les animaux destinés aux sacrifices; ils achetaient une foule d'amulettes et d'objets de dévotion, soit pour leur usage, soit pour en faire le trafic*. C'était là le vrai, le seul commerce du Juif.
La monomanie religieuse avait, en outre, produit, à côté des scribes et des interprètes officiels de la Loi, une foule d'inspirés qui prétendaient connaître l'avenir, chasser les démons, guérir les maladies. Leurs livres sacrés enseignaient que tous les Juifs formaient un peuple de saints et de prophètes 2, et chacun d'eux, du fait seul qu'il était de la postérité de Jacob, pouvait se croire ou du moins se dire doué de dons surnaturels.
En conséquence, trop grand était le nombre des Voyants pour qu'ils trouvassent tous à vivre en Palestine. Un certain nombre d'entre eux allaient au dehors exercer leurs talents. "Scribes et Pharisiens, dit un évangéUste^, vous courez la
* Mathieu, XXVI, 12, 13. — Luc, XIX, 45, 46. — Jean, H, 14, 17; XIII, 29. — Actes, XXI, 24.
« Exode, XIX, 6. » Mathieu, XXHI, 6, 7.
HÎ2 PEnSÉClTION DES CIIRÉTIEXS SOUS NftRON.
mer et la terre pour faire des pix)sélytes, et vous les rendez deux fois pilles que vous. "
Tel était le molûle d*éinigration de ceux qui ne s^enrôlaient pas comme auxiliaires dans les armées.
LKS JllFS A ROME
On no saurait toutefois contester qu'il y eut des Juifs à Rome, puisque Cicéron, Horace, Perse, Juvénal, Sénèque en parlent. Qut^ls étaient donc ces Juifs? Que venaient-ils faire aux bords du Tibre?
On voyait à Rome des jeunes *îens de la famille d'Hérode et, avec eux, les tils des principaux pei-sonnaîres de la Judée qui venaient faiiv leur éducation politique, se créer des ivlations, des amitiés, des protecteurs; des solliciteurs d'un ranjî moins élevé s'y rendaient aussi pour demander des privilcjïos, îles fonctions, et surtout pour traiter du sousferma^u^ îles inqnUs: d'autivs venaient porter des doléances ou faire appel de certaines décisions de la justice pmconsulaire. Voilà une partie de ceux que Ton tnnivait au Forum ou dans roscorle des sénateui-s: ils mettaient certainement tous leurs soins à plaire aux »:raiuls et au peuple, et ils y réussis-^aicut, puisijue nous les voyons fort bien accueillis et quelques-uns devenir iiitluenls à la cour du prince. On ne peut supposer que ceux-là se faisaient haïr et mépriser; et très certainement ils n'étaieiil pas des obsen^ateurs scrupuleux des prescriptions de la loi mosaïque.
Mais la plupart de ces pei-sonnaiies ne faisaient «pi'un séjour de peu de durée à Rome, et ils ne constituaient pas à proprement parier la coU»nie juive. Tne colonie est formée par les individus dune même nation établis dans une ville étran^ivre pour y exercer une protession.
Ceux qui émigrent de leur pays natal ne le font d'ordinaire que pour aller chercher fortune au dehors, et presque toujours ils vont exercer la profession de leurs devanciers qui leur servent d'exemple. C'était surtout vrai autrefois. Ainsi les Savoyards étaient ramoneurs; les Suisses, soldats ou concierges; les Génois étaient épiciers, etc. De môme à Rome, les Liburnes* étaient porteurs de litières ou marchands d'eau; les Germains * étaient soldats de police ou gardes du palais; les femmes du midi de l'Espagne, les gaditana^^ étaient gitanes, danseuses; les Grecs faisaient exception^, car les uns venant d'Egypte, d'autres d'Asie, d'autres des îles, l'on trouvait des Grecs dans toutes les professions. Parmi ces étrangers, que faisait le Juif?
Il eût été certainement tentant pour les Voyants d'aller dans la grande Ville. Ils entendaient dire que des sources de l'Euphrate aux rives du Nil de nombreuses contrées envoyaient à Rome^ des colonies de philosophes, de prêtres, de devins, d'empiriques, qui tous trouvaient à exercer leurs métiers d'une façon très lucrative.
Mais les Palestiniens allaient-ils à Rome? Chez les vrais fils d'Abraham, religion et patriotisme ne formant qu'un seul et même sentiment, nous ne pouvons supposer qu'on vît au sein de la maudite Dabylone, de la Grande Prostituée, beaucoup de ces pharisiens ou scribes dont parlent les Évangiles. Il nous parait probable qu'ils ne visitaient guère que l'Asie et les îles qui bordent ses côtes. C'est ce que montrent les Actes des Apôtres,
Ils auraient trouvé d'ailleurs un obstacle considérable
» Juvénal, Sat. IH, 6.
» Tacite, Ann., XV, 58. — Suétone, Néron, 34.
3 Juvénal, Sat. II, 162. — Pline le Jeune, Lettres, 1, 15.
* Juvénal, Sat. lll et VI.
' Cicéron, De Divinatione, ÎH et suiv.
104 PERSÉCUTION DES CriRÉTIENS SOUS NÉROX.
dans la difficulté de se faire comprendre. Les Romains, qui n'avaient pas appris le punique au temps de la conquête d'Afrique, qui n'ont pas daigné connaître la langue ni l'écriture des Égyptiens, n'entendaient pas un mot d'hébreu; et, de leur côté, les Juifs palestiniens ne connaissaient pas le latin; même ils ne parlaient guère le grec, la langue universelle de TOrient*.
Ceux des Juifs qui allaient à Rome devaient donc se distinguer des autres par une sorte d'indifférence en matière de patriotisme et par Tusage de la langue latine ou tout au moins du grec.
Or, si nous considérons que l'autorité romaine assimilait les Juifs de la capitale aux Égyptiens en les frappant ensemble des mêmes mesures de police*, nous sommes amenés à penser que la plupart de ceux (|ui se trouvaient à Rome arrivaient des bords du Nil.
Les Juifs V étaient assez nombreux: ils étaient surtout condensés dans le district d'iléliopolis, où ils avaient élevé
' Nous no savons jusqu'à quoi point la lanj^uo prooquo, la langue officielle do la cour des MacédonicMis, avait pén«''tré dans la .huh'e au temps de leur domination. Mais quand cette province fut devenue un royaume autonome, lioi-s des villes commerciales de la côte, on n'y parlait que le >yro-clialdaique.
I)'aj)rès ce qui est dit dans le Nouveau Testam«'nt nw sujet de Técriteau que Pilate aurait fait mettre» sur la croix de Jésus, il est probable que h^ communications des maj^istrats romains aux populations juives étaient tiilingues, qu'elles étaient formuli'es en latin, en grec et en syro-chaldaïque; et l'évangéliste nous dit que c'est le texte en idiome national (jui permit aux gens du temple d'en prendre connaissance. {Jean, XIX, '2<).)
D'autre part, dans les Actea des Apôtres, on lit que ]*aul. conduit à la citadelle pour y être incarcéré, demanda au tribun de Tescouade, en grec : " M'est-il permis «le dire quelque cliose? " A ces mots, le tribun, étonné d'entendre un juif s'exprimer dans une autre langue que le svro-cbaldaïque, lui dit : "Tu sais donc le grec? "(4ca'.s, XXI, 37.)
C'est pourquoi l'on ne put expliquer comment les disciples de Jésus auraient pu annoncer la Bonne Pn^messe au deboi-sde la Palestine, ([n'en faisant intervenir le miracle, la descente du Saint-Ksprit en larnjues de feu, y).(oT(Toci lùtù îrjpi;, ce qui leur aurait donné la faculté de parler des langues élrannàres, Ixépai yXtbddau (Actes, II, 3, i.)
« Suétone, Tibère, .T> : " Egyptos judaicosque ritus compescuit."— Josèplie, Ant., XVllï, 3. — Tacite, Ann., U, Ky : " Actum et de Kgyptiis judaicisque pellendis. "
un temple. Leurs pontifes se disaient issus de la race d'Aaron et leur autel rivalisait avec celui de Jérusalem ^ Nés et vivant au milieu d'une population étrangère, éloignés de la mère-patrie, ils s'étaient dispensés par la force des choses d'une foule de prescriptions lévitiques, et le particularisme étroit des institutions mosaïques s'était effacé de leur esprit, du moins en partie. Ils ne savaient pas l'hébreu; ils parlaient le grec, et ils ne lisaient la Bible que dans la traduction alexandrine, dite des Septante*.
Pour eux, comme pour les Palestiniens, l'initiation au culte de Jéhova, l'affiUation à la famille d'Abraham était le but de leur émigration, leur grande affaire, leur gagne-pain sur le sol étranger. "Les enfants d'Israël, disait Philon, sont destinés à être les prêtres et les prophètes de la race humaine tout entière^. '*
Il en pouvait venir aussi des bords de l'Euphrate ou de rOronte, des descendants de ceux qui avaient préféré demeurer dans l'empire civilisé des Achéménides que de retourner dans les montagnes sauvages de la Palestine. Parlant la même langue que les Chaldéens, imbus des mêmes idées, ils leur étaient souvent assimilés. Ainsi on avait vu le Préteur des étrangers enjoindre aux Chaldéens de quitter Rome et l'Italie dans les dix jours et faire en même temps pareille injonction aux Juifs qu'il confondait avec eux*.
Quoi qu'il en soit, arrivés d'Egypte,, de la Ghaldée ou d'ailleurs à Rome pour y faire des prosélytes, ils ne venaient
* Munk, Palestine, p. 500.
* Terlullien, Apolog., 18.
' De Abrah., v. 19, cité par Michel Nicolas, Doctrines religieuses des Juifs, p. 306.
* Motninscn, Hist. rom., liv. IV, ch. 12.
pas exercer la profession de philosophes. Les hautes idées de morale, de justice, de charité, que les écoles grecques avaient vulgarisées dans le monde romain, et encore moins les idées scientifiques, ne pouvaient entrer dans la cervelle de gens qui croyaient que tout arrivait en vertu des caprices de leur Dieu, que les livres de leurs prophètes enseignaient seuls tout ce qu'il était utile de savoir. Aussi l'histoire ne nous a conservé le souvenir d'aucun fait, d'aucune tradition qui puisse donner à supposer que les missionnaires juifs aient jamais tenté de traiter rationnellement aucune question. Ils n'invoquaient d'autre autorité que l'inspiration prophétique'. Ils ne venaient même pas, aflirmant l'antiquité et l'authenticité de leurs livres sacrés, enseigner l'unité de Dieu, ses attributs, ses lois, révéler Torigine du monde, la création de Thomme, etc.; de toutes ces choses il ne fut jamais question. Cicéron, qui dans le de Natura deorum a passé en revue presque toutes les religions de l'Orient et notamment celles des Syriens et des Tyriens, ne dit pas un mot du judaïsme. L'admiration conventionnelle dont la Bible est l'objet n'est nullement justifiée.
Nous ne voulons cependant point dire qu'on ne rencontre pas dans la littérature hébraïque de* échos de la voix de la Nature, qui se fait partout entendre au cœur de l'homme. Si la loi et les dogmes n'ont aucune originalité, renferment d'étranges erreurs, on admire parfois chez les voyants et les poètes l'expression de nobles et généreux sentiments.
Ceux qui ne sauraient se résoudre à croire que l'Être suprême, source et principe de rélernelle justice, se soit plu à faire de quehjues sauvages montagnards de la Palestine
* Philon et quelques rares esprits d'élite s'étaient, il est vrai, imbus des idées égypto-platoniciennes. Mais ils étaient des exceptions, et n'eurent que fort peu d'influence sur les idées religieuses des Palestiniens.
un peuple privilégié et dépositaire de la vérité à rexclusion de tout le genre humain', ceux-là ne peuvent s'imaginer qu'isolés dans leurs montagnes, vivant d'agriculture et surtout de brigandage, les Juifs aient jamais su se distinguer des peuples qui formaient les républiques maritimes ou les grandes monarchies qui les environnaient, autrement que par leur retard dans la civilisation.
Il est d'ailleurs facile, en comparant les annales des Égyptiens, des Phéniciens, des Chaldéens avec celles des IsraéUtes, de se convaincre que ceux-ci n'eurent aucun dogme religieux, aucune idée générale qui leur fût propre et qu'ils ont tout emprunté à leurs voisins. Ils n'eurent donc et ne pouvaient par eux-mêmes avoh* aucune influence dans le monde ancien.
Et la preuve, c'est que les hétairies chrétiennes durent, pour étendre leur cercle d'action, répudier le mosaïsme, c'est à dire la Loi écrite, étroite, immuable, et adopter* une doctrine perfectible ou du moins modifiable sous l'inspiration du Saint-Esprit : " J'ai bien des choses à vous dévoiler encore, aurait, disait-on, déclaré Jésus à ses disciples palestiniens, mais elles sont au-dessus de votre portée. L'esprit viendra plus tard et vous conduira dans la vérité^.''
Il faut, en effet, reconnaître que si le mosaïsme a eu une certaine influence sur les primitives hétairies chrétiennes, celles-ci ixen ont presque rien consei^é dans leur développement ultérieur.
Les premiers adeptes avaient été des gens des basses classes, des illettrés. " Il n'y a parmi vous, lit-on dans l'épitre aux Corinthiens, personne d'instruit, de noble famille ou
* Pharsale, IX. Lucain fait dire à Caton, en parlant du teniple d'Aininon :
Sterilesne olegit areiias l't canerct paiicis niei'sitqiic hor pulvere voruiii? « i-» Évangile, XVI, 12, 13.
exerçant des fonctions publiques*." Mais quand des hommes d'une certaine culture intellectuelle vinrent prendre rang dans les confréries, ils ne purent manquer d'être frappés de l'infériorité de la partie dogmatique et morale du judaïsme. Comme le voulaient la logique et le bon sens, ils demandaient qu'on rejetai l'Ancien Testament en même temps que l'Ancien Pacte. Sous le nom de Gnostiques ou Lettrés, ils formèrent de nombreuses et importantes sectes d'origine et de nature diverses : les Basilidiens, les Valentiniens, les Marcionites, etc., et plus tard les Manichéens. Beausobre, dans V Histoire critique des dogmes de Manichée^, nous fait connaître quelques-unes des raisons qu'ils opposaient aux récits et aux maximes bibliques. Origène lui-même convient qu'il ne faut voir dans les récits de la Bible que des allégories contenant des avis pour bien vivre, et que leur interprétation littérale conduirait dans la plupart des cas à la ruine de la i-eligion chrétienne^.
Mais les politiques, qui dirigeaient les classes populaires et qui finirent par acquérir la suprématie et faire déclarer hérétiques leurs adversaires, crurent nécessaire de conserver une origine anti(iue au christianisme* et préférèrent déclarer l)ar une audacieuse contradiction que la religion qu'ils suivaient était la continuation de ce judaïsme qu'ils accablaient de leurs anathèmes. ''A quoi pensaient, s'écrie TertuUien^, ceux qui voulaient nous composer un christianisme stoïcien, platonicien et dialecticien? Qu'y a-l-il de commun entre Athènes et Jérusalem? Notre secte vient du Portique de Salomon. " Mais il convient^ qu'on lui répondait : "Vous
i / Cor., I, 26.
' Liv. I, ch. 3.
' Strauss, Vie de Jésus, Introduction, § 4.
* Tertullien, Apolog., 20, 21.
* Contre les hérésies, 7.
« Apolog., 21.
VOUS abritez à l'ombre d'une religion célèbre, tandis que vous n'avez rien de commun avec elle, ni les fêtes, ni la circoncision, ni le même nom, ce qui devrait être si vous reconnaissiez le même Dieu. " On peut voir dans ses écrits Contre les hérésies, Contre Marcion et dans Y Apologétique, les efforts de raisonnement que fait le docteur carthaginois pour soutenir d'une part l'autorité de la Bible, et déclarer d'une autre qu'il n'y avait point de contradiction à rejeter ses prescriptions.
Quoi qu'il en soit de telles prétentions, le christianisme ne put progresser qu'en adoptant les idées gréco-romaines. Tous les écrivains ecclésiastiques des quatre premiers siècles le reconnaissent. Ainsi nous lisons dans Minucius Félix* : " Il me semble par moments que les anciens philosophes s'accordent si bien avec les chrétiens d'aujourd'hui, qu'on pourrait prétendre ou que les chrétiens sont des philosophes ou que les philosophes furent des chrétiens. " Tertullien, qui en maints passages de ses écrits tente de rompre fièrement avec la philosophie, dit à son tour^ : "Nous n'enseignons rien de nouveau ni d'extraordinaire, rien qui ne se trouve dans les ouvrages qui sont entre les mains du public. " Saint Jérôme convient qu'il y a peu de différence entre le stoïcisme et la doctrine chrétienne^. Saint Augustin déclare^ " que si les platoniciens changeaient un petit nombre de mots et de pensées, ils seraient des chrétiens. "
C'est ainsi que, par un des faits historiques les plus singuliers, les livras hébraïques furent mis en honneur et ont acquis la célébrité dont ils jouissent. C'est ainsi que l'histoire
* Minucius Félix, Octaviux.
' De Test, animae, I.
* In Eisaiae, cap. X ; cité par Juste Lipse, Manuductio ad stoicam philoso* phiam, lib. I, dissertatio 17.
* De Civitate Dei, IV, 7.
i»Ki;sKi:i rioN i>ks iniKtTiiirNS sors nêrox.
il'V»l:un ol il'Kw, riMÎjriiio «lo la vie humaine et de la mort o\\\ pris ranji parmi li*s vôrilês iiu'onte^tatiles: que l'arrêt du '-^^UmI par Jo<uô a <or\i «It* toiiiloinent à un système d'aslroitiMtur K'onlostr {ur los anoioiis et qui fui îm]X)së comme arlultMlo îoi; vV<î dan< !.i lUMe -jne rin']uisition a trouvé la îu^tttu'.i'î*'** ■:«*< î:-.ç'^i;.>^ >.tî ,:Vi::;j.irv's fvi!" les^juelles elle ptoîiv. ::: l'.-.f^V*- : .:::^ !:l';:v. >. :r :•.<*::• rî ju'elle a puisé
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phylactère, sur lequel sont tracés des formules cabalistiques ou quelques versets des livres sacrés; ils ont une longue barbe; une tunique étroite leur descend jusqu'aux pieds; une ceinture d'étoffe ou de cuir entoure deux ou trois fois leurs hanches; leurs épaules sont couvertes d'un manteau de poils ou de laine en forme de châle, comme le haïk algérien, et orné de franges de couleur violette; ils ont à l'index une bague ou un cachet; ils sont ordinairement munis d'un bâton orné de quelque emblème magique. Ils portent toujours un mystérieux coffret qui renferme quelques touffes d'herbes sèches, d'hysope *, pour la purification* des péchés et la guérison des maladies^. On y voit aussi sinon des figurines dites ourim ou thoumim, révélation et vérité, des pierres portant le nom des douze tribus d'Israël, des petits serpents en bronze et en or; au moyen de ces amulettes, ils jettent les sorts et obtiennent la réponse de Jéhova*. On ne manque jamais non plus de trouver dans leur marmotte quelques morceaux de cette fantastique racine de Bara^ qui préservait si efficacement les humains contre les entreprises des démons.
^ Toute la race des devins est avide d'argent, " a dit Sophocle®. Aussi ces Voyants n'entendaient point travailler
* C'est ce qu'il faut entendre, croyons-nous, par le Quorum cophinus foenumque supellex, dont parle Juvénal (Sat. HI, 14; VI, 42). En le traduisant, comme on le fait ordinairement, par un panier de foin forme tout leur mobilier, le vers du poète n'a aucun sens. A notre avis supellex indique ici, non le mobilier, mais la marmotte, l'instrument de leurs opérations, de leur travail. (Virgile, Géorgiques, I, 65, 66.) Juvénal, plein de dédain pour les circoncis et leur métier, qualifie leur bagage mystérieux de panier de foin: tandis qu'un auteur juif aurait dit une data, au lieu do cophinus, pour désigner le coffret mystique, et soit hyssopum, soit herba mirabilis ou sacra (Pline, Hist. nat., XXIV, 99) pour spécifier la plante magique qui y était renfennée.
' Munk, Palestine, p. 19. — Hoefer, Phénicie, p. 34. 3 Pline, Hist. nat., XXV, 87.
* Suétone, Vespasien, 5: *' Dei carmeli consulentem ita confirmavere sortes.'*
* Joséphe, Guerre des Juifs, Vil, y consacre le chapitre 23. ' Antigone.
au bien des Incirconcis sans profit pour euxHDèmes. Faire des prosélytes était l'industrie, le commerce qui déterminait leur émifrration.
Les veuves, les vieilles femmes étaient des proies faciles; Juvénal* nous les montre poursuivies par tous les intrigants; les évangélistes reprochent aux pharisiens de les duper*.
Ce serait une erreur de croire que les magistrats romains étaient sans souci ou sans moyen efficace de surveiller et de maintenir dans Tordre la population de la capitale, que les malfaiteurs pouvaient impunément s'y rendre et s'y cacher.
Le police était indubitablement fort bien faite à Rome, fort bien renseignée. A ce sujet, écoutons les cyniques héros de Pétrone. " Arrivés dans l'auberge, nous décousions la tunique, dit Tun d'eux*, pour en tirer l'or volé, quand nous entendîmes quelqu'un frapper et demander quels étaient les individus qui venaient d'arriver. Cette question nous mit la puce à Toreille. Dès qu'il fut parti, je courus m'informer auprès de Taubergiste de l'objet de cette visite. C'était, me répondit-il, le licteur du préteur, celui qui tient les registres publics des étrangei's; il venait prendre le nom, le lieu de la naissance et la profession des deux personnes qu'il avait vues entrer chez moi. " S/il en était ainsi dans une ville de Canipanie, et très certainement elle avait pris modèle sur Tadministration de Rome^ quelle ne devait pas être l'organisation de la police dans la capitale de l'empire'*!
1 Ju vénal. Sat. lU. 13i).
» Mathieu, XHI, H.
» Satyricon, XV : *' ...Accppiqne praotoris lictorem, qui pi-o officio curabat «»xterorum nomina iiLscribi in publicis codicibus, duos vidisse advenas domum ingredi quorum nomina nondum in acta retulorat, et idcirco de illorum palria el occupatione inquirero. *'
* Les filles de joie étaient également inscrites sur les registres publics. (Tacite, Ann.AU 85.)
» Ch. Dezobry, Hono' au siècle d'Auguste, lettre î>(l : La Police. — Tertullien,
Nous ne pouvons donc pas éprouver de surprise en lisant que les escroqueries dont les Juifs furent accusés motivèrent leur exclusion de Rome sous Tibère. Josèphe* soutient, à l'honneur de ses compatriotes, qu'ils payèrent la faute de quatre ou cinq fripons qui avaient abusé de la crédulité d'une patricienne du nom de Fulvie et s'étaient fait remettre pour offrande au temple de Jérusalem des sommes considérables qu'ils avaient gardées pour eux. Nous admettons bien que tous les Juifs ne furent pas complices du détournement de l'argent cfe la matrone romaine; mais on ne saurait se refuser à convenir que si le gouvernement crut devoir prendre une mesure générale, c'est qu'aux yeux du praetor peregrinus ils exerçaient tous la profession de faiseurs de prosélytes.
Selon Juvénal, la colonie juive à Rome était forniée " de gens misérables, sorte de bohémiens qui louaient à l'État le droit d'habiter dans le bois (îonsacré à la nymphe Égérie, près de la porte Gapène-. Élevés dans le mépris des lois romaines, ils ne suivaient que les préceptes mystérieux du livre de Moïse; ils se faisaient circoncire, s'abstenaient de viande de porc, mais ils mangeaient, disait-on, de la chair humaine; fidèles observateurs du sabbat, ils suspendaient ce jour-là tous les travaux ordinaires de la vie ; aucun d'eux ne daignait indiquer une rue, une fontaine au passant qui s'adressait à lui, si celui-ci n'était pas initié à leur culte'. Comme lui, Pline*, Sénèque*, Perse®, n'ont jamais vu dans
Apolog,, 11 : ^^ II est dans toutes les provinces des détachements de soldats chargés de donner la chasse aux voIeui*s. **
* Josèphe, Ant.jud., V.
« Sot. III, 13-16; VI.
» Sat. XIV, 9(>.ia4.
♦ Pline, Uist, nat., XXX, 2.
• Sénèque, lettre 96.
• Perse, Sat, V.
les Juifs de Rome que des marchands d'orviétan ; et Tunanimiié des témoignages de ces hommes considérables, séparés par le temps, les intérêts, les opinions, présente à rhistoiœ des garanties sérieuses.
On nous dira sans doute aussi que la colonie juive était trop considérable à Rome pour être composée uniquement d'exorcistes. Il est évident que s'il y avait, en effet, un grand nombre de Juifs à Rome, tous ne pouvaient être des guérisseurs. Mais étaient-ils nombreux?
On lit dans le II® livre des Annales^ que le Sénat, sous Tibère, expulsa de l'Italie les Juifs et les Égyptiens et que quatre mille affiliés furent déportés en Sardaigne.
Ce chiffre est en lui-même fort incertain; il s'applique à toute l'Italie et il ne nous donne aucune indication sur le nombre d'individus qui étaient spécialement à Rome. Ce qui nous intéresserait surtout, ce serait de connaître la proportion relative des Égyptiens et des Juifs qui sont confondus, et nous n'avons aucune donnée pour y arriver. Toutefois, quand on songe à l'importance considérable qu'avait prise en Italie le culte de Sérapis, au développement des confréries d'Isis et d'Osiris* qui avaitMit pu élever un temple dans Rome même; (juand on se rappelle «pie le Sénat ayant jadis onlonné la destruction de ce sanctuaire, il ne se trouva pas d'ouvrier pour y porter la main et que force fut au consul Lucius Pauhis de donner hii-mcine le premier coup de hache, on doit croire que h\s Juils ne formaient (}u'un groupe peu important parmi les expulsés.
On n'a donc aucune donnée exacte du nombre des enfants d'isracl qui se trouvaient à Home: et comme on ne saurait
» Taoito. Ann., II, ST».
' S'il faut on rixùtv IV'trono, ootaionl dos chariremonts d'objofcî *]e dévotion qui arrivaionl dlV^P^*' ^* Pouuv^los. Satyricon, II : "Piiiiie ofiim sacrum I<îdî iiaxi^ium maiiubiis onoratum \ioinis soopulis alli>ortit. '*
indiquer aucun mobile qui ait pu déterminer une importante immigration des Juifs à Rome, nous ne voyons rien qui puisse infirmer ce que les auteurs romains ont dit d'eux.
Cherchons maintenant à savoir par ailleurs si les Juifs étaient haïs et méprisés de la population de la ville.
Après avoir déclaré que les chrétiens étaient en abomination à cause de leurs infamies, per flagitia invisos, Tauteur affirme que de tous les points de Tempire les gens sans aveu affluaient dans la capitale, où ils étaient assurés de trouver de la considération, confluunt celebranturque.
Or on doit tout d'abord remarquer qu'il s'inflige ainsi à lui-même la plus flagrante contradiction.
Tous les esprits éclairés, Cicéron, Horace, Sénèque, Quintilien, Pline, ne voyaient qu*avec peu d'estime la colonie juive; mais ils n'avaient pour elle ni plus ni moins de mépris que pour les autres corporations de devins. Et de leur côté les Juifs n'avaient aucune affaire avec eux.
Si les fils d'Abraham se trouvaient alors dans la capitale, c'était volontairement; et il n'est pas à présumer qu'ils y fussent venus chercher des ennuis et des tribulations, que n'aurait pas manqué de leur faire subir une foule qui leur eut été hostile. Ils y arrivaient au contraire avec l'espérance de gagner de l'argent, de se procurer une existence meilleure que celle qu'ils avaient chez eux.
Ainsi Juvénal, tout en nous peignant les Juifs comme de bizarres personnages, des exploiteurs de la crédulité des classes inférieures de la société romaine, nous laisse voir qu'ils étaient écoutés du peuple et surtout des femmes, et il ne témoigne pas pour eux plus d'aversion qu'il n'en a pour les autres charlatans orientaux qui avaient envahi la ville.
Si donc, sous Tibère, le Sénat crut nécessaire de puiser
Rome des voyants juifs, d'ordonner leur expulsion, c'est une preuve qu'ils exerçaient sur une partie de la population une influence que l'autorité jugeait pernicieuse, mais qui n'en était pas moins réelle.
Aussi le peuple était loin d'applaudir aux mesures que le gouvernement croyait devoir prendre contre eux. Il ne voyait que des victimes dans ceux qui étaient frappés, et il les prenait en plus grande considération. " Tout devin, nous dit encore Juvénal*, qui pour quelque escroquerie, quelque crime ou l'emploi de quelque maléfice, a mérité les fers, le bagne ou l'exil, devient un personnage en renom, est recherché d'une nombreuse clientèle; celui qui n'a eu aucun démêlé avec la police n'est qu'un homme sans valeur. " Aussi beaucoup d'entre eux exhibaient de fausses marques de châtiments qu'ils prétendaient leur avoir été imprimés de lu main du carnifex.
Les Voyants étaient si satisfaits du bon accueil qu'ils recevaient à Rome, ils y trouvaient tant d'avantages pour l'exercice de leurs métiers, qu'ils n'en sortaient qu'à regret; et après chaque expulsion, cliacuii d'eux s'ingéniait à rentrer dans la ville; bientôt api'ès, une nouvelle colonie se reconstituait.
11 est donc évident que la population romaine n'était pas hostile aux Juifs, et c'est ce dont témoignent Perse* et Sénècjue^. Ils nous les montrent allumant librement, sans être troubles, des lampions à leurs fenêtres pour célébrer liMirs l'èles relij;i(Mises.
llemar(|nons, d'autre part, que les écrivains juifs ne se sont jamais plaints de l'accueil que recevaient à Rome leurs
4 Sat. VI, .V>7-4H.
« Sut. V.
compatriotes. A les entendre, ceux-ci, au contraire, étaient fort bien vus : ils avaient pour prosélytes de grandes dames telles que Poppée, des gens de la cour; bien plus, la destinée du monde romain aurait été aux mains du prophétisme israélite : c'est Agrippa qui aurait prédit à Caligula son élévation à l'empire; c'est lui qui aurait décidé Claude à accepter le pouvoir*; c'est Josèphe qui aurait donné confiance à Vespasien en lui dévoilant l'avenir et sa brillante fortune 2.