RÉSUMÉ DE NOTRE ÉTUDE
Rappelons en quelques mots les résultats auxquels nous a conduits l'étude que nous venons de faire du récit de la persécution des chrétiens qu'on trouve dans les Annales.
Rien n'est moins probable que l'accusation d'avoir mis le feu à Rome ait été portée par le peuple contre Néron; celui-ci conserva toute sa popularité après le sinistre. Par conséquent, la persécution n'a pu avoir été provoquée par la cause que Fauteur nous indique.
Les Juifs qui habitaient Rome y venaient librement exercer le métier de devins, et loin de se plaindre de Taccueil qu'ils recevaient, ils tenaient à demeurer dans la capitale. Ils n'étaient donc pas détestés de la population. Il n'y eut en conséquence aucun motif de leur imputer, plutôt qu'à d'autres étrangers, le crime d'avoir incendié la ville.
220 PERSÉCUTION DES ClfRÉTIENS SOUS NÉRON.
Le supplice du feu n*ëtait pas alors en usage à Rome. Des principes de mesure et de clémence servaient de r^le aux hommes d*État au sujet du châtiment des coupables; ils repoussaient la cruauté dans l'application des peines. En tout cas, la combustion lumineuse de corps humains n'a pas été possible. Une telle barbarie eût été contraire aux idées qui régnaient généralement aloi^s dans les esprits, et loin d'être vue avec plaisir elle aurait siuilevé Tindignation.
Enfin les victimes n'auraient pu être livrées aux flammes dans les jardins de Néron, puis«jue ces jardins, dit l'auteur, servaient d'asile à la population.
Ce chapitre du XV^ livre des Annales renferme donc dans ses énonciations presque autant île difficultés inexplicables que de mots. On est par suite amené à considérer ce recit comme une fable et à conclure «ju'il y a tout lieu de l'attribuer à une main autre que celle de Thistorien romain.
La qualification de chrisliani, en effet, ne servait pas encore à spécifier les disciples de Jésus, et Tacite n'aui-ait pu remployer dans celle acception. De plus, déclarer que lt»ur nombre était immense constitue une erreur évidemment volontaire.
Or l'introduction dans les u'uvres de Tacite d'un récit de tell(» nature ne peut être que le fait d'un chrétien. Nous trouvons la confirmation de cette pn'^soniption dans la remarque que Christ est pris ici comnn» un ni»m propre, comme le synonyme de Jésus, et (ju'il est parlé de Pilate comme d'un personna<(e fort connu du lecteur: un tel langage ne peut être en effet ([ue celui d'un chrétien s'adressant à des chrétiens.
Enfin, l'exposé de la procédure et la description des supplices nous montrent un honnne imbu des légendes de martvrs.
LA FRAUDE PIKUSE. 221
Ce chapitre doit être en conséquence supprimé du XV® livre des Annales.
Cette suppression justifiera encore notre conclusion en faisant voir que l'interpolation nuisait à la narration et à renchainement des faits.
Les chapitres 38, 39, 40 décrivent la marche de Tincendie ; le 40c et le 41 « font l'énumération des pertes ; le 42« et le 43® nous entretiennent de la réédification de Rome ; la première partie du 44^ (dont nous enlevons la seconde) décrit les cérémonies expiatoires; le 45^ nous fait connaître les contributions volontaires ou imposées que supportent les provinces pour subvenir aux dépenses de la métropole.
La deuxième partie du 44© chapitre ne se rattache à rien de ce qui précède, à rien de ce qui suit. On ne trouve aucun événement ultérieur qui en découle ou qui s'y rapporte; dans toute la suite des Annales on ne rencontre même pas une allusion à un drame aussi épouvantable.