‹ Etudes au sujet de la persécution des chrétiens sour NéronChapitre 39 sur 43 · TOLERANCE RELIGIEUSE DU GOUVERNEMENT ROMAIN · texte numérisé non relu

TOLERANCE RELIGIEUSE DU GOUVERNEMENT ROMAIN

Examinons d'abord le fait rapporté en lui-même, abstraction faite de toute autre considération.

Est-il possible, est-il probable que les cbrétiens aient été cruellement mis à moil sous Néi'on parce (pi'ils auraient été adonnés à une religion nouvelle et funeste?

Depuis que le monde romain s'étendait de TOcéan à TEupbrate, du Rhin et du Danube aux sabl(»s de TAfrique, qui aurait pu compter les cultes et les superstitions qu'il avait englobés dans son sein?

Le gouvernement n'intervenait dans les questions religieuses que pour supprimer des coutumes barbares, pour châtier exemphdrement les prêtres gaulois ou africains qui immolaient encore des victimes humaines a leurs lugubres divinités. C'est ainsi que Tibère aurait fait pendre aux arbres qui entouraient leur temple, des prêtres de Saturne (ou de Baal) qui sacrifiaient de malheureux enfants sur leur auteP. " On ne saurait donc suffisamment estimer l'obligation due aux Romains, dit justement Pline*, pour avoir supprimé ces monstruosités dans lesquelles tuer un homme était faire acte de religion, et manger sa chair une pratique salutaire. "

Mais à part la répression des rites contraires à la morale publique, la tolérance religieuse devint au milieu de tant de cultes divers une nécessité, un principe d'État.

Voici ce que dit à ce sujet M. Monnnsen^ :

'' Aux yeux de César, la capitale du nouvel empire uni-

* Terlullien» Apolog., 9.

« Pline, Hist. nat., XXX, 4.

• Mommsen, Ilist. rom., liv. V, ch. XI.

262 PKllSÉCUÏION DES CIIUÉTIENS SOUS NÉRON.

versel romano-hellénique, Rome, point central entre l'Orient et rOccident, ne pouvait plus demeurer une ville italique; elle devait se dénationaliser, devenir la capitale de toutes les nations. Il toléra donc qu'à coté du Palei* Jovis s'élevât le culte nouveau des divinités de l'Egypte, et dans les murs de la cité reine il laissa aux Juifs la libre pratique de leurs rites exclusifs et étranges*. Au mélange souvent repoussant des foules parasites, Orientaux, Hellènes et autres affluant dans Rome, il n'opposa aucune digue; cl, Irait caractéristique, dans les jours de fêtes populaires, il laissa parler au théâtre toutes les langues, le phénicien, Thébreu, le syrien, l'espagnol. "

flette politique, imposée d'ailleurs par la force des choses, demeura traditionnelle sous les successeurs de César et d'Auguste*. Les honunes d'Etat romains pensaient avec raison (}ue tous les mystères de l'antiquité avaient un but principal et connnun, celui de procui'er aux initiés un état intérieur de paix et de bonheur, soit par des cérémonies expiatoires qui calmaient le souvenir du passé, soit par les espérances d'un avenir de bonheur en faie de la moiM. (Tétait moins la différence de doctrine et de morale (|ui constituait leur caractère particulier que celle de leurs rites et de leur origine.

Sénèque, qui n'étail j>as seulemeul philosophe, mais qui exerçait une grande intlucnce politique, disait-^ : ''Que parlet-on de préceptes sui' les cultes à rendie aux dieux? On peut défendre d'allumer des lanq>es le jour du sabbat, et parce

* (> n'était jKis une innovation; t'otail ToNtoiision «i'nn principe ancien. Lorsqu'on cntivpivnail un sir^o, nous; ilit IMino \,Hist. ii<i/.. XXVUI, i\ K^ prêtres nMuains cNoquaicnt lo dieu tutolaiiv ilo la \iIlo ol lui pn>nu»ttaîent à Home nn culte plus ^lautl.

* l^»n> la (.\>Hxt>/iiln)ii à Heh-ia.lK S«Micqu»^ «lit ; ** A.Ispivo ageduni hanc frequontiani ctii vi\ nrbis hnu)(Mi<;io t»vta sufticiunt :... « \ toto «Ionique orbi» terrarnm contluxcrunt ;.,, lVin»lc al» hac cixitato, tli>cts|t\ quao \olut connnunis patria jH»tcst »liii." Ju\t*nal uoun piv>outo le tal»lt\ui «le c»- uu'l.nutMttv< |mpulatiou$ et ties supei'stitiou> tlran-ere^ a l\onu\ — Von encore r'MtuIîieri, A^xtlog., 2\.

5 l.ttielC».

que la divinité n'a pas besoin de lumière et que les hommes n'aiment pas la fumée; on peut empêcher la foule d'aller chaque matin s'asseoir aux portes des temples, offrir leurs salutations aux dieux, parce que ce sont de vains hommages dont ils n'ont nul souci; on peut défendre d'apporter des serviettes et des strigiles à Jupiter, des miroirs à Junon, parce qu'ils n'ont que faire de ces objets de toilette; mais à quoi serviraient de telles ordonnances si l'on n'a pas vulgarisé l'idée d'un Dieu maître de tout et qui répand ses bienfaits gratuitement sur tous les hommes? "

La philosophie, cjui avait pénétré tous les esprits des classes dirigeantes de la société romaine, y avait développé un dédain général pour toutes les superstitions des mythologies grecque, égyptienne, chaldéenne ou juive. Même pour un Romain tel que Juvénal, qui voulait se faire illusion à lui-même, paraître ne rien devoir à la philosophie et conserver une partie des croyances anciennes, les haines et les passions religieuses paraissaient les choses les plus étranges, les plus contraires à la nature*.

Aussi, à aucune époque de l'histoire, la tolérance ne fut plus en honneur que sous les Césars et les Antonins; et parmi ces princes, aucun ne montra plus d'indifférence que Néron à l'égard des sectes religieuses.

Écoutons Suétone* : "Il affichait partout son mépris des religions; il fit un moment exception pour la déesse syrienne; mais il en fit bientôt si peu de cas, qu'il la souilla de son

urine. "

» Juvénal, Sat. XV :

Quis nesi'it, Volusi Bithynice, qualia dcmens

Aegyptus portenta colat ?

... Sumtnus utrinque

Inde furor vulgo, quod numina \icinorum

Odit uterque locus.

* Néron, 46.

De son côté, Pline * nous dit : " De notre temps Néron a acquis la preuve que la magie n'était que vanité et chimère. Personne ne mit plus d'engouement pour cet art, et rien ne lui manquait, ni richesse, ni pouvoir, ni intelligence pour apprendre. C'est donc une preuve indubitahle de la fausseté de cet art, que Néron y ait renoncé. "

Le culte des Juifs était assimilé à tous ceux qui se pratiquaient à Rome, et ils pouvaient librement célébrer le sabbat ou le jour d'Hérode^; on les avait autorisés à avoir un lieu de réunion, une synagogue*.

" Les Romains, déclare encore Josùplie à ses compatriotes, ont un tel sentiment religieux, qu'ils respectent même parmi leurs ennemis les choses que ceux-ci considèrent comme sacrées. " Il ajoute " que les empereurs envoyaient des dons et des offrandes au temple de Jérusalem*. "

Si donc l'autorité romaine était sur le qui-vive en Judée et prête à réprimer toute tentative d'insurrection; si elle avait expulsé les Juifs de Rome sur les plaintes d'escroqueries portées contre eux, elle ne les avait jamais inquiétés pour leurs croyances ou leurs pratiques religieuses. Les témoignages de Perse, de .lu vénal, de Sénèque, de Josèphe sont unanimes à ce sujet.

Même api'ès les deux soulèvements qu'avait causés leur fanatisme et qui avaient amené la destruction de Jérusalem, le gouvernement romain laissa les Juifs établir à Tibériade un patriarche suprême, fonder dans toutes les villes où ils se trouvaient des synagogues, observer publiquement et avec

* Hist. nat.f XXX, .").

« Porso, Sat. V.

3 Jospplu», Guerre des Juifs, V, lil.

• Id.,\\ tîO. Uioii n'est plus vraisemblable, plus toiifonue à la politique romaine. Sur les murailles do la plupart «les temples d'Egypte on voit des dessins qui représentent les Cc>ars portant des oUVanrles aux divinités du sanctuaire.

solennité les sabbats, les jeûnes, les fêtes, et célébrer même avec une joie insolente et une licence tumultueuse leur purimK C'est ce que confirme Tertullien; il déclare que la religion juive était légalement autorisée dans Tempire^.

L'autorité romaine agissait-elle autrement à l'égard des Jesséens ou Nazaréens? Quels motifs aurait-elle eus de déployer contre eux des rigueurs spéciales? Pouvait-on, au point de vue de l'intérêt de l'empire, trouver leurs croyances et leur conduite politique plus dangereuses que celles des autres Juifs?

Le rêve des Juifs de la Palestine ayant toujours été le rétablissement du royaume légendaire de David, un grand nombre de disciples de Jésus demeurèrent pénétrés qu'en sa qualité de Messie, leur maître accomplirait la parole de Jéhova, affranchirait Israël du joug des Romains et lui donnerait la domination du vaste pays compris entre TEuphrate et la Méditerranée 3. Nous nous proposons de traiter cette question avec plus de développement dans une prochaine étude. Pour le moment, il nous suffit d'établir que ceux qui partageaient ces sentiments, n'ont pu constituer des cercles de propagande et d'affiliation d'étrangers, et qu'ils ne pouvaient qu'être complètement confondus avec les Juifs.

Ceux qui se disaient Jesséens, Nazaréens, et qui, sous le nom plus général de Juifs, allaient exercer le métier de devins ou de guérisseurs dans les villes de l'empire, ceux

* Basnage, Histoire des Juifs, liv. UI, ch. 2, 3; liv. VI, ch. 17; liv. XUI, ch. 6.

' Apolog., 21 : " Insignissiinae reiigionis certe licitae. "

5 Selon les Actes des Apôtres, 1, 6, 7, les disciples disent à Jésus ressuscité : " N'est-ce pas maintenant que tu vas remettre Israël en possession de son royaume f "

\S Apocalypse, IF, 27, promet en mérpes termes que les Psaumes, H, 8, 9, quïi celui qui aura été constant jusqu'à la fin, il sera donné la puissance sur les nations et une v^'rge de fer pour les conduire.

26(5 PERSÉCUTION DES chr^:tiens sous Néron.

qui olTmient aux Grecs et aux Romains le privilège réservé au peuple de Jéhova, ne pouvaient être que des fils de Jacob, nés pour la plupart, comme Paul ou ApoUos, soit en Syrie, soit en Egypte, et moins zélés pour la Loi. En conséquence les magistrats romains devaient être plus bienveillants pour eux que pour les purs Palestiniens. C'est ce que nous avons constaté.

Mais si, par leur caractère judaïque, les hétairies chrétiennes n'eurent rien qui inquiétât Tautorité romaine, n'auraient-elles pas motivé des mesures de rigueur par les modifications qu'elles introduisirent dans les doctrines et les rites mosaïques? Quelles furent ces modifications?

" C'est le diable, dit Tertullien ', qui prend à tache d'imiter dans les mystères des faux dieux les siiintes cérémonies de la religion chrétienne. 11 plonge dans l'eau ses adorateurs et leur fait croire qu'ils trouveront dans ce bain l'expiation de leurs crimes. Il marque au front les soldats de Mithra quand on les initie; il célèbre l'ôblation du pain; il offre une image de la résurrection; il présente à la fois la couronne et le glaive; il défend au souverain pontife les secondes noces; il a même ses vierges. Au reste, si nous examinons les superstitions que Numa a instituées, les fonctions des prêtres, leurs ornements, leurs privilèges, les cérémonies, les vases, et généralement tout ce qui est nécessaire pour les sacrifices, ce qui regarde les expiations et les vœux, on ne saui'ait douter que le diable ait copié les rites de la loi mosaïque. "

Selon saint Justin*, les sectateuis de Mithra, dans leui^s banquets religieux, faisaient rol)lation du pain et celle de l'eau au lieu du vin; ils prononçaient à cette occasion les

* Tcrtnllioii, Contre les hérésirSf iO.

' Saint .lustin, / Apologétique, GG. — Dialoijtie avec le juif Tryphon, 70, 7S.

mêmes paroles sacramentelles que les chrétiens dans leurs agapes.

Ces apologistes reconnaissent donc ce qui ne pouvait manquer de se produire, c'est à dire qu'en se développant hors de la Palestine, en se recrutant de non-juifs, les hétairies chrétiennes subissaient l'influence des nouvelles recrues, et que celles-ci étaient de deux sortes ; les unes étaient imbues des idées mazdéennes, les autres des idées helléniques. L'Hellénisme et le Mazdéisme étaient, on le sait, les deux grandes forces qui se partageaient ou mieux qui se disputaient alors la direction des esprits dans le monde.

On conviendra que ce ne sont point les emprunts faits aux rites gréco-romains qui auraient pu attirer aux chrétiens les rigueurs de l'autorité. Seraient-ce leurs rapports avec le Mazdéisme?

Il ne semble pas contestable, quoi qu'en disent les Pères de l'Église, que le christianisme ait beaucoup emprunté au culte mithriaque.

Les provinces, en eflet, qui s'étendent de l'Euphrate à la mer d'Ionie furent le théâtre sur lequel les disciples de Jésus déployèrent d'abord leur activité. Leurs premières Eghses se constituèrent à Damas, Bérée, Antioche; VApocalypse ne célèbre que des Églises d'Asie. Le chiistianisme recruta donc à l'origine ses adhérents parmi les Syriens, et durant les deux premiers siècles, lestlglises ou Associations de la Syrie furent les plus nombreuses, les plus influentes, celles d'où partaient les missionnaires de la Boime Promesse.

Or, les populations de l'Asie-Mineure étaient toutes imprégnées des doctrines mazdéermes.

Selon Zoroastre, le monde était le théâtre de la lutte d'Ormuzd, le principe du bien, et d*Arihman, le principe

du mal. Avec Arihman, une légion de dews, mauvais génies ou démons, s'eflForçaient de séduire les hommes, de les détourner du culte d'Ormuzd.

Entre Ormuzd et Tlmmanité, la religion persane plaçait Mitlira. Depuis les travaux de Hammer*, de F. Lajard- et d'autres savants, on sait que le nom de Mitlu^a signifiait Parole ou Verbe^, Acvo^^ Verbum; qu'il était le fils ou émanation d'Ormuzd, le médiateur et le rédempteur des hommes soumis à la mort pour le péché de Meschia et Meschiané, le premiei* couple humain. On lui donnait pour emblème le Soleil, source de la lumière et de la chaleur, c'est à dire de la vie; mais le plus généralement on prenait l'emblème sensible pour le Dieu invisible lui-même.

(Contre les génies du mal, Ormuzd et Mitlira opposaient leur armée de bons génies, dans laquelle prenaient également rang les hommes d'élite qui, après avoir subi les épreuves redoutables de Tinitialion, avaient été jugés dignes d'être affiliés aux mystères mithriaques. Ceux-ci, pleins de confiance dans Tavonir, attendaient la victoire d'Ormuzd, et avec elle !a résurrection des trépassés, la destruction de la mort et du mal.

On sait quelle influence eut le mazdéisme sur les idées religieuses do l'Orient, (juolles modifications profondes il apporta même au judaïsme*, que la jalouse domination des pontifes voulait soustraire à toute action étrangère.

Donc, par les croyances, les idées, les mœurs et les habitudes des prosélytes (]ui composèrent les hétairies asiatiques, le mazdéisme ne pouvait manquer d'entrer, soit directe-

* Do Hammor, Milhriaca.

- F. Lajard, Recherches sur le culte public et les mystères de Mithra. » JiL, l'« section, eh. V, p. iO ot 00.

* Michel Nicolas, Des Doctrines religieuses des Juifs, ch. V : Idées apocalypfiqiu's.

rnent, soit indirectement, comme facteur important dans la constitution primitive du christianisme. Avant de devenir hellénique, il fut mazdéen. C'est ce qu'on peut facilement reconnaître.

Dans le Christianisme et ses origines^, M. Havet montre combien il est présumable que Dupuis, dans son Origine de tous les cultes, a eu raison de soutenir que les images de l'Agneau et du Dragon* qui se trouvent dans ï Apocalypse appartiennent à la religion du Soleil. L'apotre, en effet, déclare lui-même que l'Agneau est le Christ et le Dragon Satanas. Or, le Bélier ou l'Agneau était la représentation du Soleil chez les Perses. Le Soleil et le Christ étaient ainsi, on le reconnaît, confondus sous la même image dans les premières Églises d'Asie.

Pour apprécier à leur valeur ces considérations, il faut se rappeler que Y Apocalypse n'était point pour les premières hétah'ies chrétiennes ce qu'elle est pour les croyants de nos jours, un livre regardé comme incompréhensible, et par suite cFune importance secondaire. Tout au contraire, ce livre résumait, dit M. Reuss^, d'une manière si complète et si enthousiaste en même temps les idées et les espérances

des premières générations de chrétiens, qu'il fut non seulement ce que nous appellerions un hvre canonique, mais le seul de ce genre dont l'Éghse fit usage. C'est le premier dont la théologie ecclésiastique ait invoqué l'autorité, alors qu'elle gardait un profond silence sur les œuvres des autres apôtres.

On voit, en etïet, les disciples de Mithra et ceux du Christ faire au même jour des cérémonies reUgieuses analogues.

* E. Havet, Le Christianisme et ses origines, t. IV, ch. V : L'Apocalypse,

* E. Rpuss, Histoire de la Théologie chrétienne au siècle apostolique, liv. IV, cil. IV : L* Apocalypse,

:i7() PERSfccrTioN dvs ciuuitikns sors nérox.

Ainsi, les Ég^'ptiens, les Clialdéens, les Indiens a^-aient consacré chaque jour à une des sept planètes, parmi le^ (luelles ils plaçaient le Soleil et la Lune. Les sectateurs de Mithra rendaient hommage à Yinvmcible dieu Soleil, deo Soli invicto, fêtaient le jour qui lui était consacré. Les chrétiens, de leur cùté, avaient renoncé au sabbat des Juife pour célolirer eu.\ aussi \e jour du Soleil, et ils rappelaient le jour du Seigneur, y; Kjp'.axr^ chez les Grecs, Dies dominica chez les Latins, d'où nous avons formé le mot Dimanche,

On s'expli(jue ainsi connnenl il se trouve en Grèce tant d'églises dédiées aujourd'hui à saint Ilélie, et qui furent autrefois des sanctuaires consacrés au Soleil, Hëlios.

On ne saurait, par suite, s'étonner d'entendre au vi* siècle un pape, saint Léon, se plamdre de ce qu'à Noël grand nomhre de (idèles ^»'ilnilginaient devoir céléhrer dans la solennité de ce jour non pas tant la naissance du Christ que le lever d'un soleil nouveau. Noél n'est d'ailleurs que l'altération du mot hébraïque annouel, qui signifie littéralement : un Dieu nous est né^. Or, il faut constater qUe selon les traditions évangéliipies, Jésus serait né dans une saison où les troupeaux et les bergers pouvaient })asser la nuit dans les champs, ce qui ne s'accorde pas avec la célébration de sa naissance au solstice d'hiver.

" Aussi doit-on conclure hardiment, dit M. Ilavet, que c'est biiMi en réalité la fête du Soleil dont l'Église a fait celle'du Christ, c'est à dire que le Christ avait été identifié avec le Soleil." L'éminent auteur r(Muai(|ue encore justement que les adorateurs du Soleil avaient eu avant les chrétiens leur banilnno, comme disent les Italiens; cai* on no peut qu'être fi'aj)pé, dit -il, d'un passage de Macrobe où il est

* Iloefor, Babylonie (Vnxters pittoresque , p. ÎJH7.

parlé d'images du Soleil qui le représentent sous une figure humaine, mais à divers âges. " Il est tout petit au solstice d'hiver, lit-on dans les Saturnales^, et voilà comme les É^ptiens le montrent à une date fixée. Ils le tirent alors de son sanctuaire, parce que ce jour étant le plus court possible, ils veulent qu'il paraisse tout enfant à la mamelle. "

Il en est de même pour Pâques.

Par les divergences qui se manifestent entre les évangélistes au sujet de l'époque de la mort de Jésus, on reconnaît que les traditions n'étaient pas précises sur ce point, et qu'on a pris pour date de la fête de sa résurrection moins le jour anniversaire de son supplice, que l'époque où la résurrection de la nature était célébrée dans notre hémisphère sous le nom de diverses divinités allégoriques.

Les solstices et les équinoxes étaient l'occasion de gmndes cérémonies religieuses chez tous les peuples de l'antiquité : Chaldéens, Phéniciens, Hébreux, Grecs, Romains. Ici c'était Adonis, en phénicien Adoriy c'est à dire Seigneur, Dominus^, Son culte était pratiqué non seulement par les populations indigènes de l'Asie, mais les Grecs l'avaient adopté. Sur le sol Hellénique, en Egypte, en Sicile, en Italie, on célébrait les Adonies, La solennité durait deux jours. Le premier était consacré au deuil et aux lamentations; on représentait avec pompe les funérailles du Dieu. Les mystes s'arrachaient les cheveux, se frappaient la poitrine et donnaient toutes les marques d'un violent désespoir. Le lendemain, on le proclamait ressuscité et monté au ciel et Ton se livrait aux réjouissances. Ailleurs, c'était la résurrection de Melkarth, l'Hercule de Tyr, conducteur du char du Soleil, qui, tué par Typhon, restait inanimé pendant l'hiver et revenait à la vie

1 Macrobe, Saturnales, 1, 18.

* Hoefer, Phénicie (Univers pittoresque), p. 07.

272 PERSÉCUTION DKS CIIHKTIKNS SOUS NKHOX.

à réquinoxe du printemps pour recommencer sa carrière. L'Hercule phénicien avait des temples à Malte, à Gadès, à Tartessus et dans toute TEspagne.

Le christianisme et le mazdéisme avaient, on le voit, nombre de croyances communes, et il n'y eut pas d'obstacle au passage d'un culte dans l'autre. Selon les évangiles, ils eurent même d'abord une certaine affinité. C'était à des mages qu'on attribuait l'honneur d'avoir été les premiers à reconnaître le caractère messianique de Jésus et d'avoir déposé sur son berceau de l'or, de Tencens et de la myrrhe*.

Basilide, Bardesane et nombre d'autres fondateurs ou coryphées de sectes, qui se disaient chrétiens et furent qualifiés de dissidents ou d'hérésiarques par les Pères de TÉglise devenue orthodoxe, avaient été des sectateurs de Mithi-a. Au XVI® siècle L'Heureux et au xvii® Jean Chifflet*, savants chanoines catholiques, s'appuyant sur les autorités ecclésiastiques, avaient établi que leur Abraxas ou Abracculabra n'était autre chose que le Soleil, qu'ils représentaient aussi par le C^oq et d'autres emblèmes. Par Manichéen il faut encore entendre le disciple plus ou moins orthodoxe de Mithra. On n'en saurait douter quand, dans les Actes de la dispute d'Archelaiïs avec Manichée, l'évequc de Cascar apostrophe ainsi l'hérésiarque : " Barbare de Persan, grosse barbe, pi'etie de Mithra, imposteur, tu adores le Soleil, Mithra, qui éclaire, dis-tu, vos cavernes mystérieuses^. " Or, on connaît l'importance que piit parmi les chrétiens le manichéisme, et l'on sait que saint Augustin lui-même en lit profession pendant une dizaine d'années. 11 faut même reconnaître que

' .loaimis Macjirii Abra.ras. .loaiinis ChiKlt'tii Cominentarius in tabulât Ahvuireas sive Soles Hasilidianos. Aiitnorpiae, WCû.

y !)»• HiMiisobn-, Histoire critique de Manichce et de ses dogmes, l»"» partie liv. I. (h. XII.

révoque d'Hippone ne s'en est peut-être pas entièrement (létaclié, ou bien que de son temps il y avait encore de nombreux points communs entre le manichéisme et l'orthodoxie ; car on l'entend s'écrier : *' Que faites -vous dans les réduits obscurî^? Pourquoi cherchez-vous au milieu des ténèbres? Dieu a posé son tabernacle dans le soleil K "

Aussi l'hostilité ardente et implacable qui divisa plus tard les soldats de Mithra et ceux du Christ semble avoir été une haine fratricide.

Puisque donc, tout en se disant Juifs, les Jesséens avaient à l'origine aussi bien dans les croyances que dans les rites de nombreux points communs avec le Mazdéisme, demandons-nous quelle était la conduite que le gouvernement romain tenait à l'égard de ce culte.

A ce sujet, De Hammer dit avec raison* : " D'après la tolérance que le gouvernement de Rome exerçait envers les cultes de toutes les nations et la facilité avec laquelle il adoptait les dieux étrangers, il n'est guère besoin de rechercher d'autre cause de l'introduction du culte de Mithra dans l'empire romain que les relations multipliées de Rome avec l'Asie depuis la guerre de Mithridate et des Pirates. "

On peut s'assurer qu'il eut toute liberté d'action, car en Italie, dans les Gaules, sur les bords du Danube, les soldats de Mithra ont laissé des traces de l'importance de leurs confréries 3; ils avaient pénétré jusqu'en Bretagne^. Ils avaient

^ Saint Augustin, Enarr, in. Ps. XVIIL Cité par Poujoniat, Histoire de saint Augustin, ch. XLU.

' De Hammer, Mithriaca, ch. HI.

' F. Lajard, Recherches sur le culte public et les mystères de Mithra,3* section, ch. I et II.

♦ Pline, Hist. nat., XXX, 4: "La Bretagne cultive aujourd'hui Tart des mages avec tant de zèle et de cérémonies, qu'il semblerait que c'est d'elle que les Perses l'ont re^:u.

Or, rien de semblable n'existait encore au premier siècle ni dans la première moitié du second. On ne demandait à ceux qui attendaient le retour du Christ aucune profession de foi politique ou religieuse.

Ils montraient, d'ailleurs, nous l'avons dit, la plus grande prudence dans leur conduite.

Donc, les motifs qui sont donnés dans la Vie de Néron comme raison déterminante de la persécution des chrétiens, ne sont pas admissibles, et nous ne saurions en imaginer de plausibles. Le fait, par suite, demeure inexplicable, et Ton est nécessairement conduit à le déclarer faux.

Rappelons-nous, en effet, que les Actes des Apôtres nous font voir, presque à chaque page, que dans les provinces les chrétiens, loin de se plaindre des préteurs romains, vantaient leur équité et leur tolérance, se flattaient même d'être leurs chents et leurs protégés contre les haines et les vexations des autres Juifs. N'oublions pas qu'ils nous offrent aussi le témoignage incontestable de la tolérance religieuse qui régnait alors dans la capitale sous Néron, en affirmant que Paul demeura à Rome deux ans entiers dans son logement privé, où il recevait tous ceux qui le venaient voir, préchant le royaume de Dieu, enseignant les choses qui regardent le Seigneur Jésus-Christ, avec toute liberté et sayis aucune entrave.

Évidemment l'opinion ([ue l'auteur exprime ici au sujet de la liberté des cultes à Rome, ne pouvait que lui être commune avec ceux auxquels il s'adressait, puisqu'il en parle comme d'une chose toute naturelle.

dent plus commo Romains... Mais l'empire ne peut àUv. ébranlé sans que tous ses membres en souffrent; et nous, que vous re^'anlez comme étrangei-s, nous serions enveloppés dans ses malheui*s... Nous avons doue, comme vous, intérêt au maintien de la puissance impériale... Nous aussi, nous prions pour sa conservation. '*

Il y a plus. Les premiers apôtres déclaraient qu'il fallait obéir aux lois, considérer les magistrats romains comme revêtus, par délégation, de la puissance de Dieu. "Toutes les autorités, enseignait YÉpilre aux Romaim\ ont été instituées par Dieu; celui donc qui s'oppose à l'autorité s'oppose à Tordre que Dieu a établi. Ceux qui gouvernent ne sont pas à craindre pour celui qui fait bien, mais seulement pour celui è[ui fait mal. Veux-tti donc ne point craindre les magistrats? Fais le bien. " Or ce n'est point là, on doit le reconnaître, le langiige qui eût été tenu dans les Églises si leurs membres avaient eu à souffrir d'odieuses et injustes persécutions.

l'interpolation

Est-ce bien Suétone qui a écrit que les chrétiens avaient été livrés aux supplices parce qu'ils étaient des gens d'une superstition nouvelle et funeste ?

A la suite de l'exposé que nous venons de faire de l'état de la questipn, le lecteur, croyons-nous, pensera avec nous qu'une persécution de chrétiens sous Néron n'a eu aucune raison d'être; qu'aucun auteur romain, gi-ec ou juif n'en a parlé; que ce qu'en ont dit les écrivains ecclésiastiques rentre dans le domaine des fictions légendaires, et que ce qu'on trouve exceptionnellement au sujet des chrétiens dans Pline le Jeune et dans Tacite a été frauduleusement introduit dans leurs œuvres. On est, en conséquence, amené à conclure que Suétone n'a pu parler de cette persécution, et que la phrase qui nous occupe a du être intercalée dans la Vie de Néron par une main étrangère.

1 Épitre aHw Romains, XIII, 1 à 7.

Mais rinlerpolateur qui a altéré le texte de Suétone a-t-il réussi par une extrême habileté à ne pas se trahir? Sommesnous réduits à n'avoir à lui opposer que l'improbabilité du

fait?

En examinant avec soin les expressions employées dans ce passage, nous ne pouvons qu'être frappés d'y voir figurer le mot christiani. Or ce terme seul suffirait à nos yeux pour démasquer l'interpolateur, puisqu'il ne servait pas au temps de Suétone à désigner les disciples de Jésus.

Le mot maleficus doit également attirer notre attention. Une telle qualification ne saurait exprimer les sentiments d'un écrivain aussi éclairé que Suétone; ce sont ceux des ignorants et dévots païens qui, selon les apologistes, accusaient les chrétiens d'attirer par leur impiété la colore des dieux sur l'empire.

L'épithète de nova doit être encore plus remarquée. Nous avons vu, en effet, que les disciples de Jésus n'avaient alors aucune doctrine, aucun rite essentiel qui, s'il différait sensiblement de ce qu'on voyait chez les Juifs, ne se rapprochât du Mazdéisme. Ils pouvaient bien être pour ceux qui se qualifiaient de vrais fils d'Abraham une secte nouvelle; mais comme ils se disaient Juifs et entendaient être considérés comme tels, pour des Romains ils n'étaient que Juifs, et aucun historien, au temps do Tiajan, n'aurait pu voh' en eux des afliliés à un ctdte nouveau.

Ce qui surprend enfin, c'est la place qu'occupe la mention de la persécution.

Est-il admissible que la condamnation des chrétiens ait été intercalée par Suétone dans rénuniération de simples mesures de policîe? S'il se fût agi d'expulsions, d'amendes, de fermeture de synagogues ou de lieux de réunion, de dispersion des confréries, nous l'eussions compris. Mais ce

r.A PHRASK DE SUÉTONE. 279

n'était pas chose ordinaire à Rome que la peine de mort ordonnée pour crime de superstition.

L'auteur devait au soin de sa réputation le souci de nous dire quelle était celte superstition qui nécessitait des mesures si terribles, si conlraiies à la tolérance dont jouissaient toutes les religions professées dans Tempire. Ces confréries constituaient-elles un danger i)Our TKtat ou pour le Prince? Avaient- elles des rites contraires à la morale publique? Et il nous devait d'autant plus ces explications qu'il nous dit qu'il s'agissait d'une superstition nouvelle. Quoiqu'il ne brille pas d'habitude par la méthode d'exposition, Suétone n'offre pas d'exemple d'une faute analogue dans la Vie des Césars.

Ce silence trahit un faussaire. Nous ne voulons pas dire que ce personnage fut un niais ; car il faut convenir que si la place adoptée pour interpoler la mention du supplice des chrétiens n'est pas bonne, on n'en aurait pu choisir une meilleure. On ne trouverait i)as dans la Vie de Néron un chapitre où il fût possible d'introduire moins mal à propos la phrase relative à la persécution. Un tel sujet eût demandé un chapitr,e spécial, et le danger de l'entreprise eût été I)eut-étre plus grand.

Mais serait-ce la difficulté qui aurait arrêté notre homme? Nous ne le pensons pas. Nous sommes persuadés qu'il ne lui est pas venu à l'esprit l'idée que les lecteurs auxquels il s'adressait pussent avoir besoin d'explications. Il avait raison.

La seule chose nécessaire en tel cas, c'est d'acquérir la conliance; et ce n'est pas chose si malaisée quand on sert les passions ou les convictions de ceux qui vous écoutent. Aussi croyants ou savants, tous convaincus de la persécution de Néron, ne voyident dans ce passage de la Vie des Césars

que la justificîition de ce qu'ils considéraient comnae une vérité historique.

Nos conclusions se trouvent confirmées par ce fait que Paul Orose avait connu les œu\Tes de Suétone et que de son temps ce passage ne s'y trouvait pas encore interpolé.

En effet, dans ses Adversus paganos Histoi'iae^, il dit :

Cahim nepotem suum Caesar Augustus ad ordinandas Aegyptii Syriaequc provincias misit, qui praeteriens ab Aegypto fines Palestiyiae apud Hiérosolymam in temple Dei tune saneto et celebri adorare contenipsit, sic ut Suetonius Tranquillus refert. C'est ce qu'on lit dans la Vie d'Auguste, chap. 93.

En parlant de l'expédition de Claude en Bretagne, il dit aussi* : Ibique, ut verbis Suetonii Tranquilu loquar, sine ullo proelio ac sanguine intra paucissimos dies plurimam i7isulae partent in deditioneni recepit. C'est ce qu'on lit également dans la Vie de Claude, chap. 17.

Il est une autre citation de Suétone faite par Orose, qui doit attirer notre attention. Il écrit' :

Anno ejusdern (Claudii) nono exptilsos pcr Claudium urbe Judaeos Josephus referl, Sed me magis suetonius MOVET qui ait hoc modo : Claudius Judaeos impulsore CiiRiSTO assidue tumultuantes Roma EXPULiT. Quod utrum contra Christum tumultuantes Judaeos coerciri et comprimi jusserit, an etiam Christianos sinml velut cognatae^ religioyiis homines voluerit expelli, nequaquam discernitur.

'' Josùphe rapporte que dans la neuvième année de son

* Pauli Orosii, Adversus paganos Historiae, liv. VII, ch. 3, cdit. de C. Zangeiiicistcr. Vienne, 1882.

« Id., liv. VII, ch. 6.

8 Id., liv. VII, ch. 6.

* Vnlgo Cognotae.

règne,' Claude expulsa les Juifs de Rome. Mais j'attache PLUS d'importance au témoignage de Suétone, qui dit: Les Juifs troublant continuellement la paix à Vinstigar tien de Christus, il les chassa de Rome. Ces mesures de répression furent-elles prises par lui à l'égard des Juifs qui s'agitaient contre Christ, ou voulut-il expulser avec eux les chrétiens comme des hommes appartenant à une religion parente, c'est ce qu'on ne saurait dire. "

Dans la Vie de Claude^, il est vrai, au milieu de l'énumëration d'une foule de mesures édictées par ce prince, on

lit : " JUDAEOS IMPULSORE ChRESTO ASSIDUE TUMULTUANTES,

RoMA EXPULiT. Les Juifs troublant continuellement la paix à l'instigation de Chrestus, il les chassa de Rome. "

L'expulsion des Juifs sous Claude se trouve mentionnée dans les Actes des Apôtres, La chose n'a par elle-même rien d'impossible, et elle aurait pu être confirmée par Suétone. Mais le motif qu'il indique se trouve en contradiction avec ce que disent les Actes, Pour supposer, en effet, que sous ce prince la question de savoir si Jésus était ou non le Chiîst fut un sujet de trouble parmi les habitués de la synagogue de Rome, il faut nier que plus tard, à l'arrivée de Paul, les Juifs de la capitale ignoraient le but et la doctrine de la nouvelle secte; il faut nier encore, à l'encontre de l'auteur des Actes, que la prédication de l'apôtre pendant deux ans ne causa aucun conflit tumultueux.

Rien cependant n'empêcherait d'admettre le témoignage de Suétone de préférence à celui des Actes des Apôtres qui ne constituent pas un véritable document historique. Mais ce qui cause l'embarras, ce sont les mots impulsore Chresto, On se demande quel est ce Chreslus ou Christus? Car

» Claude, 125.

quoique Orose dise Christo, les éditions de Suétone portent Chreslo, Pourquoi, dans quel but les Juifs se soulèvent-ils? Quelle est la nationalité de ce pei^sonnage dont le nom n a rien (riiébraique? On clierche vainement le moindre éclaircissement dans la Vie des Césars; on ne peut deviner comment l'auteur, eîi prenant la i)eine de parler de Chrestus, Ta fait si énijçmatiqifement.

A ce sujet, M. Aubertin* ftût observer que cette phrase est beaucoup plus claire pour nous que pour Suétone luimême. 11 « parfaitement raison, si Ton admet que Chrestus doive être pris pour un nom pro])re, pour l'équivalent de Jésus, et Ton ne peut pas suj)poser autre chose. Or, par ce seul fait, nous reconnaissons le chrétien qui parle à des chrétiens. Les interpolateurs, en effet, ne peuvent guère se soustraire aux conditions de leur propre situation et du but qu'ils poursuivent. Nous demeurons ainsi convaincus que Vimpiilsore Chreslo n'est pas de Suétone.

On doit remarciuer de plus (ju'Orose affirme que l'expulsion des chiétiens sous (llaude a été éj^alement rapportée par Josèphe. 11 n'en est pourtant rien. Cet historien*, au contraiie, ne mentionne q\w dos actes de bienveillance de ce prince pour les Juifs. Orose aui-ait donc fort bien pu prendre la mémo lil)erlé à l'égard de Suétone. On ne saurait en conséciuence dire si cette interpolation existait de son leni]>s ou si elle a (Hé faite ])oslérieurement et provoquée l)récisément par la citation (pTil aurait imaginée. C'est ainsi qu'on ne sait, nous l'avons vu, si le passage relatif à Jésus qui a été introduit dans les Antiquités juives de Josèphe, le fut avant la citation d'Eusebe ou par suite précisément de celte citation.

1 Sénctu'C et saint Pavl, di. H. p. Hl).

^ Josèphc, Anliq.jud., '2U et passim.

Quoi qu'il en soit, il demeure incontestable que d'une part Orose avait lu Suétone, et que d'autre part il recherchait et considérait les témoignages des auteurs profanes comme les plus décisifs vis-à-vis de ses adversaires en tout ce qui concernait les traditions chrétiennes : me magis Suelonius movety dit-il. Or, au sujet des supplices infligés aux chrétiens, il n'invoque pas plus l'autorité de Suétone qu'il n'avait invoqué celle de Tacite.

Nous sommes donc, croyons-nous, en droit de conclure qu'au temps de Paul Orose il n'était nullement question dans la Vie des douze Césars de persécution de chrétiens sous Néron.

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