‹ Etudes au sujet de la persécution des chrétiens sour NéronChapitre 40 sur 43 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Les disciples et l'autorité romaine. — Les martyrs. — Triple source de la légende. — L'idée apocalyptique. — L'intérêt politique. — L'intérôt spécial de l'Église de Rome.

LES DISCIPLES ET l' AUTORITÉ ROMAINE

Il ne peut suffire d'avoir établi que Taffreux massacre des disciples de Jésus sous Néron n'est qu'un drame imaginaire; recherchons l'origine de la légende qui a fait du dernier des Césars le premier persécuteur des chrétiens.

Tout en ménageant la paix entre les superstitions existantes, tout en ayant pour mission de demeurer indifférents ou athées au milieu d'elles, les magistrats romains auraient pu juger qu'il fallait sévir contre des gens qui venaient troubler la paix publique en voulant fonder de nouvelles hétairies religieuses, en attirant à eux la cUentèle des cultes déjà établis. Qu'il y ait eu donc des localités où les gouverneurs, plus faibles que ceux d'Éphèse ou de Thessalonique, cédant à une foule irritée, consentirent à chasser, à punir de veines des porteurs de la Bonne Nouvelle, c'est chose très possible.

Des autorités auraient pu encore sévir brutalement contre leurs confréries pour des motifs d'ordre public justifiés ou non. On sait que les néophytes étaient tenus de vendre tous leurs biens et d'en apporter le produit aux mains des apôtres*. Ceux-ci, très rigides sur la question, avaient ôté la vie, disait-on, à Ananias, Saphira et autres, qui avaient tenté de se réserver une part de ce qu'ils possédaient*. De jeunes veuves, après avoir fait abandon de leur patrimoine, se remariaient et en demandaient la restitution. Des gens, répudiés par les apôtres, mais qui se disaient comme eux porteurs de la Bonne Promesse, s'introduisaient dans les maisons et captaient de pauvres femmes troublées par la crainte de la mort^. De là des plaintes, des accusations qui auraient peut-être amené l'intervention sévère, J^rutale, cruelle, si l'on veut, des autorités romaines.

Les récits de ces vexations amplifiées, dramatisées, répandues dans toutes les confréries, auraient pu, en attribuant la responsabilité des actes administratifs aux Césars, faire de Néron le persécuteur des cVirétiens.

Une telle hypothèse ne serait pas dépourvue de vraisemblance; elle n'est cependant pas admissible. On ne trouve, nous Tavons vu, dans les écrits évangéliques aucune trace do démêlés entio les disciples de Jésus et l'autorité romaine; ils ne nous représentent jamais celle-ci comme systématiquement hostile à leur égard; tout au contraire, ils reconnaissent (pfelle les protégerait contre les violences des Juifs et parfois contre celles des païens.

11 nous faut donc chercher ailleurs les causes qui ont fait naître la légende.

* GalateSf VI, 6 : " Que oolui (lu'on instruit dans la parole fasse part de tous ses biens à celui qui Tinstruit. " ' Actrs, V, 1-H.

» / Timothéc, V, '2; II Timothée, IH, (>.

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