‹ Études au sujet de la persécution des Chrétiens sous NéronChapitre 15 sur 44 · EXPRESSION ÉTRANGÈRE AU STYLE DE TACITE · texte numérisé non relu

EXPRESSION ÉTRANGÈRE AU STYLE DE TACITE

Dans le passage des Annales qui fait l'objet de notre étude on peut, de plus, remarquer l'emploi de l'expression Tiberio imperitante, sous le règne de Tibère^ employée ici pour déterminer l'époque de l'événement.

Sous les Césars, sous les Flaviens et sous les premiers Antonins, Rome avait encore toute l'apparence d'un-gouvernement républicain. La situation d'Auguste et celle de ses successeurs demeurèrent mal définies. Leur titre ou leur i*ang dans l'État était celui de Princeps senatus, de Premier ou de Président du Sénat*. Ce ne fut qu'après eux que l'organisation monarchique de l'empire s'accentua, et quHmpe-

* Voir à ce sujet nos Études sur la vie de Sénèque, I" étude, ch. II.

rator désigna la fonction et le rang de souverain de Vempire, Alors les mots imperare ou imperitare signifièrent être imperalor,. être empereur, et purent ainsi servir à désigner répoque où régnait un des monarques romains.

Aussi Sénèque, les deux Pline, Suétone et tous les auteurs contemporains de ces écrivains ne disent point : Tiberio ou Nerone imper ante ou imper itante. Ils disent : Tiberio ou Nerone principe, sub Tiberio principe, ou sub Nerone principe, sub principatu Claudii ou Neronis, ou bien tout simplement sub Tiberio, sub Nerone, sub divo Vespasiano.

Ce sont ces mêmes expressions dont se sert habituellement Tacite.

Cependant, tandis qu'à chaque page de ses écrits se trouvent sub Tiberio, Tiberio principe, etc., on rencontre, il est vrai, dans les Annales, imperitante appliqué aux Césars environ cinq fois*. Mais imperitante ne figure point dans les Histoires, ni dans la Vie d'Agricola, ni dans les Mœurs des Germains. •

On ne saurait toutefois se refuser à reconnaître que l'emploi de cette formule n'est qu'exceptionnel chez Tacite. Or tout au contraire elle était devenue aux siècles suivants et au moyen âge d'un usage constant dans la langue latine.

Quand donc tout nous montre que le passage relatif aux chrétiens n'a pu être écrit par l'historien romain, l'expression de Tiberio imperitante ne peut qu'éveiller notre attention et nous fournir un indice.

* Annales, HI, 24; IV, 62; XI, 14; XIII, 32; XHI, 42. On peut toutefois remarquer que Tauteur, dans ces cas, veut dire dès que ou tant que tel César fat puissant dans FÉtat*, et qnHmperitante n'a pas exactement le sens de sous le règne, 'au temps de, qui lui est donné dans le passage que nous examinons. Ainsi, III, 24 : " D. Silanus, in nepti Augusti adulter, quamquam non ultra foret saevitum quam ut amicitia Caesaris prohiberetur, exsilium sibi demonstrari intellexit, nec nisi IHberio imperitante deprecari Senatum ac Principem ausus est." — XI, 14 : " Quo exemple Claudius très litteras adjecit, quae usui imperitante eo, post obliteratae. "

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