‹ Études au sujet de la persécution des Chrétiens sous NéronChapitre 17 sur 44 · LES MANUSCRITS DE PLINE · texte numérisé non relu

LES MANUSCRITS DE PLINE

Mais est-ce seulement la lettre au sujet des chrétiens qui n'aurait pas été écrite par Pline? Est -il bien certain que toutes celles adressées à Trajan et qui forment le X® livre soient de PUne?

*^ Cette correspondance, dit M. Duruy*, nous gâte Pline. Timoré, indécis, hésitant sur tout, il fait comme gouverneur d'une grande province la plus triste figure. " C'est ce qu'on ne saurait contester.

Or, comment cet homme si soucieux de sa gloire et surtout de sa gloire littéraire, qui donnait un soin particulier au choix des épitres qu'il publiait, qui pour en rendre la lecture attrayante, sans se préoccuper d'aucun ordre méthodique, les classait en diversifiant les sujets et les correspondants, comment Pline, disons-nous, aurait-il été amené à faire un recueil aussi monotone et absolument dépourvu d'intérêt pour ses contemporains ?

On a été ainsi amené à faire la supposition que les lettres à Trajan n'ont pas été publiées par Pline, qu'elles le furent par ses amis après sa mort. Mais alors, que faudrait-il penser du jugement et du goût de ceux dont Pline aurait fait sa société intime? N'auraient-ils rien trouvé de mieux dans les scrinia de celui dont ils voulaient augmenter la gloire?

* Histoire des Romains, t. IV, p. 288.

Pline n'avait- il -pas eu à tracer le tableau des mœurs asiatiques, à peindre les personnages en évidence? Neveu et fils adoptif de l'illustre savant, Pline qui aimait la nature, qui se plaisait à promener ses lecteurs dans les villas, sur les bords des cours d'eau ou des lacs, n'avait-il pas eu à les entretenir de sujets nouveaux et intéressants? N'avait-il point eu à raconter l'accueil qu'il avait reçu des ennemis de Basses et de Varenus, ou celui que lui-même il leur avait fait?

De Bithynie il n'aurait écrit aucune lettre à ses amis, ^ sa famiUe, à ses clients qu'il jugeât digne d'être communiquée au public? N'aurait-il point exprimé quelques regrets d'être éloigné de la capitale?

Et s'il n'avait eu qu'à écrire à Trajan, n'oublions pas que le prince songeait à la guerre contre les Parthes; or n'aurait-il pas eu des avis intéressants à lui communiquer sur ce qui se passait sur les rives de l'Euphrate supérieur? Pline qui, avec de belles qualités, ne manquait pas de vanité, n'aurait-il pas trouvé l'occasion de se flatter d'avoir donné sur les aff'aires politiques d'utiles avis à Trajan, comme il se flattait de l'avoir fait pour des questions de droit?

Voilà des choses que nous sommes étonné de ne point rencontrer dans cette correspondance.

Une lettre de Lucius Verus à Fronton, qui devait être son historiographe, nous montre de quelles sortes étaient les rapports que le Prince ou le Sénat attendaient des légats ou des proconsuls ^ "Tu connaîtras les événements de la guerre, dit-il, par les lettres que m'ont écrites les chefs chargés de la conduite de chaque affaire.* Sallustius t'en donnera les copies. Je t'enverrai celles de mes lettres. Tu y verras le plan et les ordres donnés en toutes choses pour

* Lettres de Marc Aurèle et de Fronton; édition de A. Cassan, t. H, p. 212-

son exécution. Si tu désires quelques dessins, tu les recevras de Fulvianus. J'ai mandé à Cassius Avidius et à Martius Verus de m'adresser leurs rapports que je t'enverrai et qui te feront connaître les mœurs et les richesses du pays. "

Or que lit-on chez Pline? A Trajan, qui est préoccupé des grandes affaires de l'empire, il demande l'autorisation de créet une compagnie de pompiers * ; il le prie de lui envoyer un architecte, alors qu'il en avait sous la main; il lui fait une foule d'autres demandes puériles^.

En outre est-il vrai qu'au commencement du second siècle la centralisation fût à ce point prononcée dans le gouvernement romain? Est-il admissible qu'en Bithynie le proconsul composât à son gré les curies provinciales, qu'il forçât les citoyens d'y entrer contre leur gré et de payer cet honneur qu^on leur imposait^? Pour croire que les magistrats municipaux se trouvaient dépouillés de toute indépendance et pouvaient être en quelque sorte considérés comme des serfs publics, ainsi qu'ils le seront au iv® et au V® siècle, il faudrait oublier le procès de Varenus et de Bassus; il faudrait méconnaître la ténacité des membres du Conseil de la province à poursuivre les proconsuls au sortir de leur charge*. Nous croyons que plus d'une lettre

* Pline, Lettres, 54, 55.

« Id., 47, 48, 22, 27, 29, 72, etc.

8 Id., 92, 93.

♦ Écoutons Pline, Lettres, V, 20 : " Peu de temps après le proconsulat de Julius Bassus, les Bithyniens formèrent de nouveau des plaintes contre leur proconsul; ils accusèrent Varenus. " — VI, 43 : " Avez-vous vu un homme plus tourmenté, plus persécuté, que mon ami Varenus? Les Bithyniens ont eu l'audace non seulement de censurer et de battre en brèche la décision du Sénat, mais encore de rinculper aux yeux du Premier, qui était absent quand le décret fut rendu. " — Vn, 40. Varenus ayant réussi à produire des délégués qui contestaient la mission des accusateurs, une enquête sur les lieux fut ordonnée. A ce sujet, Pline écrit : " Ce qui reste à désirer, c'est que la province ne revienne pas au parti qu'elle semble avoir abandonné et qu'elle ne se repente pas de s'être repentie. "

Les proconsuls, on le voit, ne maniaient pas les membres des Conseils de la province comme ils le voulaient. — Voir encore Tacite, Annales, XIV, 46, et les discours de Dion Chrysostôme à ses compatriotes de Bithynie, 38-44.

ne résisterait pas à une critique sévère de la façon dont les questions administratives y sont traitées, et qu'on reconnaîtrait ainsi qu'elles n'ont pu être écrites par un proconsul de la valeur de Pline.

Mais si nous avons prié le lecteur de nous autoriser à le conduire dans quelques digressions, ce n'est pas pour en abuser. Nous laissons donc de côté l'examen intrinsèque des lettres qui forment le X® livre, pour aborder la question plus générale, celle de l'authenticité des manuscrits de Pline, qui intéresse directement le sujet qui nous occupe.

Quand en 1502 sortirent des presses d'Avantius, à Venise, des lettres de Pline et de Trajan, l'émotion fut vive parmi les savants. Les manuscrits les plus complets qu'ils avaient eus en mains ne contenaient que les neuf premiers livres ; aucun d eux n'avait connu ni soupçonné l'fexistence d'un dixième livre. La plupart d'entre eux n'hésitèrent donc pas à déclarer que le public était l'objet d'une mystification.

A l'appui de leurs sentiments, ils donnaient de nombreux motifs, entre autres ceux-ci :

Le nom de seigneur, dominus, adressé au début de chaque lettre à Trajan, constituait un anachronisme. Les Césars n'avaient point été ainsi qualifiés et, au témoignage de Pline lui-même, Trajan n'avait pas. voulu qu'il lui fût décerné aucun honneur nouveau.

On ne trouvait point dans ces lettres la pureté et l'élégance qui caractérisaient le style habituel de Pline.

Sidoine Apollinaire, qui avait fait de Pline son modèle et avait une connaissance parfaite de ses œuvres*, déclare qu'il

* Caii Sollii Sidonii Apollinaris Epistolae, liv. IV, ép. 22 : " Ego Plinio ut discipulus adsurgo. "Il en parle encore liv. IV, ép. 3; liv. VIII, ép. 40.

Perpeluus enim imitator Plinii est Sidoniiis, ut doctissimus interpres Jo. Savaro passim observavit. (Note de l'édition Lemaire.)

n'avait publié que neuf livres de lettres, c'est à dire ceux-là seuls qui formaient les manuscrits connus. Le célèbre évêque de Clermont dit en effet ^ : " Tu ajoutes aux motifs qui selon toi doivent me porter à augmenter de ce neuvième livre les huit premiers, l'exemple de Caecilius Secundus, dont tu dis que je suis les traces et qui a fixé ce même nombre de livres à son recueil épistolaire. "

Un peu plus tard, en 1505, Jean-Marie Cataneo publiait à Milan une nouvelle édition de Pline en meilleurs caractères et qu'il déclarait plus complète et plus exacte. Pour en rendre la lecture plus agréable et plus facile, chaque lettre était accompagnée d'explications et de commentaires. Cette édition valut à Cataneo une grande renommée ; il fut placé au rang des savants les plus distingués ; il recevait de très nombreuses félicitations et des adresses en vers latins dont plusieurs furent publiées.

Cataneo ne pouvait se soustraire à l'obligation de réfuter les objections qui avaient été formulées contre l'authenticité de la correspondance avec Trajan. C'est ce qu'il entreprit dans une lettre au prélat Ambrosio Maino et qu'il plaça comme préface en tête du X® livre ^. Écoutons-le :

" Il eût été peut-être plus modeste de s'abstenir de toute préface au sujet des lettres Caeciliennes à Trajan, afin de ne point paraître céder à la vanité. Mais nous savons que parmi les savants on est encore à s'enquérir de l'auteur.

* Lib. IX, ep. 1 : " Addis et causas quibus hic liber nonus octo superiorum voluminibus accrescat, eo quod C. Secundus cujus nos orbitas sequi hoc opère pronuntias, paribus tituhs opus epistolare determinet. "

« Magnifico D. Ambrosio Mayno Ioannes Maria Gatanaevs Salvtem.

Forsitan modestius fuerat supersedisse a qualibet in Caecilianas ad Traianum epistolas praefatiuncula, ne illam videremur ambitioni dédisse : nisi sciremus inter ingeniosos adhuc auctorem requiri. Ego vt illius credant, primum eo adducor, quod saepius in rescriptis suis Traianus Secundum vocat, quod in his

" Pour moi je crois qu'elles sont de Pline, et voici sur quoi d'abord se fonde mon sentiment : Trajan, dans ses réponses, l'appelle Secundus; Pline, dans ces lettres, fait mention* de plusieurs personnes telles que Actius Sura, Voconius Romanus, Julius Bassus, Justus Galpurnius, dont il avait parlé ailleurs; et parmi ceux-ci il faut surtout remarquer Suétone, qu'il appelle son camarade et pour lequel il sollicite de l'empereur le privilège de ceux qui ont trois enfants/'

On conviendra que ces premières raisons ne sont point déterminantes. Il était naturel, en effet, de puiser dans le recueil de ses lettres des éléments pour la confection de nouvelles.

" Qu'on ne soit pas choqué de ce que, par flatterie, il appelle Trajan seigneur. Cette appellation, non usitée au commencement de son principat, ne fut plus rejetée après les heureuses expéditions contre les Daces... et TertuUien dans V Apologétique dit qu'on appelait l'empereur seigneur "

epistolis Plinius multorum meminit) vt Actii Surae, Voconii Romani, lulii Bassi, lusti Caipurnii, quos alibi retulerat : sed imprimis Suetonii, quem pariter contubernalem suum fatetur : & ei ab optimo Imperatore ius trium liberorum impetrare contendit. Nec offendat aliquem, quod Traianum blandiendo dominum dictitat, cuius appellationem principatus initio omissam procedeiite tempore non est aspematus post res aduersus Dacos prospère gestas. Nam vt Secundus ad Seuerum scribit, recentia maximi principis opéra praebuerunt Coss. designatis, facUltatein noua & magna censendi : vera enim ratio decernendi aliquid non decernendiue, quum ipsorum hominum, tum rerum ac temporum conditions mutatur : & dominus iure potuerit appellari, quod esset rerum dominus, vt Poeta, Romanos rerum dominos iam dixerat, Papinius in epistola libri quarti Syluarum : Deinde, inquit, multa ex illis cum Domino Caesari dederam. & Tertullianus in Apologetico : Dicam, inquit, plane Imperatorem dominum. Temporibus enim Domitiani iam consuetudo appellandi principem dominum inualuerat : & nos vidimus Romae Ant. pii domini praefationem. Quaeret (scio) aliquis cur hic quam alibi remissiore vel clariore stylo sit vsus ? Quia scilicet ad Imperatorem Traianum non doctissimum, si Dioni credimus, scribebat, illas fere ad eruditissimos. Principis ergo sui dicendi genus efQngere conabatur, & oratoris virtus principua sit dicere quae videat lectoribus placere. Nunquam enim arbitrarer quod Martialis de Gailicis & Hispanis suis versiculis (ideo minus politos quia in prouincia non in vrbe nati essent) idem accidisse, in Bithynia Caecilianis epistolis, siue eas fecerit non consilio publicandi, sed post eius obitum ab amicorum aliquo, quod ad Lentulum Ciceronis literis contigit, editae sint, & ideo minus pressae : quia ab auctore suo non castigatae, an potius, quod & ipse fatetur, vt libellorum suorum vario stilo

L'argumentation est encore bien faible. De ce qu'une locution était en usage du temps de Tertullien,.il ne s'ensuit pas qu'elle l'ait été un siècle avant.

Continuons :

" On demande, je le sais, pourquoi Pline se serait servi d'un style plus bref et plus négligé que partout ailleurs. C'est qu'il écrivait ces lettres à l'empereur Trajan qui, au rapport de Dion, était loin d'être fort instruit, tandis qu'il destinait les autres à des érudits. Il devait en ce cas s'efforcer de prendre le style du prince, car la principale qualité de l'écrivain est de plaire à ses lecteurs... Il se pourrait aussi qu'il les ait écrites sans l'intention de les publier et qu'elles l'aient été après sa mort par quelques amis, de même qu'il arriva pour les lettres de Cicéron à Lentulus; c'est pour cela qu'elles sont moins soignées. " '

C'est avouer qu'il est difficile de reconnaître pour la main de Pline celle qui a écrit les lettres à Trajan. •

diuersa lectorum ingénia detineret. Neque tamen interdum dissimulare potuit, quin pleraque multa in praecedentibus vsurpata istis insérât ; quale illud : qua publiée, qua priuatîm. Nam ad Roraanum scripserat : Qua foeminae, qua viri. Et ad Marium : Qua offîciis maximis, qua principum amicitia. Item, verba, qualia sunt, alioqui, durum, dispice, in melius, ad exemplum pertinens, omnia intégra aduocationibus renunciaui delegato mihi offîcio. Cum patronum me optassent, prouinciales contra Mariuià Priscum constare rationem ab ineunte aetate condiscipulus & contubemalis, fundos emancipauit. Sub signo natalium splendor de mora queri. Et ne minima quaeque colligamus, pares etiam sensus & res hincinde occurrent, vt ad Traianum, vbi gratulatur deos festinasse ad gubernacula reip. admouere illum : & in Panegyrico asserit breui post adoptionem Traiani, Neruam e vita migrasse. Et mox indicat apud eundem se expertum duo matrimonia, id quod etiam in epistolis ad familiares aperte colligitur, vt taceam qilod hic lulii Seruiani optimi viri, cuius alibi iam mentionem fecerat, meminerit. Et in sequenti epistola testetur se egisse contra Marium pro Afris, quam rem libro secundo pluribus complexus est. Quid dicam dç praefectura aerarii, de qua praeter ad Traianum saepe scribit in praecedentibus & in Panegyrico. Item, quc^d latumclauum pro Voconio Romano, quem alibi fere iisdem verbis commendauit, ab Imperatore petat, sicut Actio Sura praeturam. Denique iter suum ab vrbe iifi Bithyniam Traiano nunciet; vt omittam eundem scribere ad Septitium in praefatione praece^ dentium se collecturum epistolas quae negligebantur, tanquam minus politae : &^ additurum quas postmodum scriberet : proinde ad Traianum dixerit : Diem, domine, quo seruasti imperium, dum suscipis. Et in Panegyrico : Expectatum est tempus in quo liqueret non tam accepisse te benefîcium, quam dédisse. Gonfugit

" On ne manque pas non plus de dire que Sidoine Apollinaire affirme que Pline n'a laissé à la postérité que neuf livres de lettres. Mais il a dû vouloir parler seulement de celles qu'il se proposait d'imiter, de celles qu'il trouvait bien écrites, et que celui-ci avait adressées à ses amis. Car l'objet de la correspondance avec Trajan étant des affaires sérieuses, et n'offrant aucune occasion de faire montre de talent, il n'en aura volontairement point parlé. Il se pourrait aussi que Sidoine ne les eût point connues ; c'était un écrivain qui se contentait de l'érudition de son temps, et auquel la cherté des livres ne permettait pas de posséder tous ceux qui formaient les bibliothèques. "

Il ne nous paraît pas établi qu'il eût été de beaucoup plus onéreux à un admirateur de Pline de posséder, s'il en eût existé, un manuscrit complet de dix livres de lettres, qu'un volume où le dixième livre seulement eût manqué,

" En outre, cette lettre de Secundus à Trajan dont parlent

in sinum tuum concassa respub. ruensque imperium super Imperatorem Imperatoris voce tibi delatum est. Item, Hic ego, inquit, quia sciebam acta Bassi Procos. rescissa, dictumque a Senatu ius omnibus de quibus ille aliquid constituisset, ex integro agendi duntaxat per biennium. Illic vero eandem rem breuius, & ideo minus aperte, vt loco conueniebat, tractans. veri dixerat principis intercédera iniquitatibus magistratuum, iufectumquc reddere quicquid non oportuerit. Ad haec ad Priscum : Nuper ab optimo principe trium liberorum ius impetraui, quod quailquam parce & cum delectu daret, mihi tamen tanquam liceret induisit. Quare Traianus Secundo rescribens idem ius pro Tranquillo roganti : Quam parce, inquit, haec bénéficia tribuam, vtique mi Secunde charissime tibi satis est exploratum. In fine harum epistolarum, quanuis suppresso nomine, Fabati prosoceri obitum memorat. Denique illa Caecilii ad Traianum epistola quam Paulus Orosius, Eusebius in Chronicis, Tertullianus in Apologetico Secundo tribuunt, satis superque sola nostram sententiam comprobat. Eam enim in hoc libello offendes, cui subest Traiai# rescriptum in eundem sensum a praedictis auctoribus recitatum. Ât dicet aliquis, Sidonius tamen Apollinaris refert Plinium nouem duntaxat epistolarum libros posteris reliquisse. Sed quos ipse sibi imitandos proposuerat, sed quos eruditiores arbitrabatur, quosque ad amicos scripserat. Nam ad Traianum epistolas, ytpote res grauissimas complexas, nuHa sibi oblata simili facultate scribendi, consulto subticuit. Proinde potuit Sidonius eas ignorasse, scriptor sane sui secuU pontentus eruditione, & qui non omn^s bibliothecas in illa librorum caritate discusserat. In summa qui negant has ad Traianum epistolas non esse Plinii Secundi, confitentur ex professo neutras bene legisse. Fatear tamen necesse est primuiii nobis ii^ animo fuisse has intactas relinquer^ : & quia vno tantum exem»

Paul Orose, Eusèbe dans ses Chroniques, Tertullien dans V Apologétique, suffit, et au delà, à déterminer notre convicr tion. Vous la trouverez dans ce dixième livre, ainsi que la réponse de Trajan, toutes deux dans I0 sens exact qu'en avaient rapporté les auteurs ci-dessus, "

Cet aveu ne peut passer sans être remarqué; ne serait-ce point là, en effet, le but essentiel de la publication de cette correspondance?

''Enfin, dit Cataneo, ceux qui nient que les lettres à Trajan soient de Pline, déclarent qu'ils n'ont pu les lire dans aucun manuscrit original, "

C'est là une question qui vise directement la bonne foi de l'éditeur. Que répond-il?

" Nous devons confesser, déclare-t-il, qu'afin de ne pas encourir des accusations malveillantes, notre intention première fut de ne pas comprendre dans notre édition ces lettres puisqu'elles n'avaient été publiées que d'après un unique

plari praeter impressa, nec illo admodum vetusto adiuti fuimus : & ne idcirco ansam maledicis obiurgandi daremus. Sed cum altius considerauissemus, nullam non quamlibet oblatrandi occasionem, quanuis îuiquam detractores aucupaturos : & puritatem latini sermonis in hoc opusculo intueremur, ex eiusque lectione ^ mu]tarum rerum commodum multos consecuturos, quibusque priorum stylus pressior & emunctior non placuisset, posse hoc solutiore vel faciliore detineri : adhibuimus eam quam potuimus diligentiam : & emendando & interpretando spreta inuidorum maliuolentia, imprimis illud Secundi laudatissiinum reputantes : oportere priuatis vtilitatibus publicas anteferre : tum etiam patrocinio tuo fretis, qui soles nostra lata praedicatione circunferre : nec fauoris minus in nos collaturus sit lason vir consultissimus legum moderator & illustris interpres, quodam prouidentiae dono mortalibus datus, subsequaturque patrui vestigia passu robùstissimo : quanuis adolescens Thomas fîlius tuus, quem speramus, si virtutes eius & ingenium maturuerînt, pariter ab illo adoptatum iri, eiusque doctrinae ac bonorum aliquando successorem futurum ; vt propemodum in domo nostra taie quoddam conspecturi simus, quod olim in Curia > perpétua série. Nam tu, «etsi non effecte praeceptis oratorum fueris institutus: ita tamen a natura quodam dicendi flumine exuberas, vel rébus maximis exercitatus, vt dicendi artem edoctos longe praeuenias, ad hoc proceritas & habitudo corporis, & bona.fortunae quae large tibi supercurrunt, animi bonis plurimum ornamento sunt. Vestro igitur praesidio tutus sinam per ora virum volitare ad Traianum, epistolas iam meliores, iam faciliores : ex quibus, si aliquid ad vos gloriae perueniet, certum habeo tantundem oneris vos suscepturos, contra majedicos, pro Secundo, pro interprète charissimo.

exemplaire extrêmement vieux et dont nous n'avons pu

même nous servir Nous avons cependant passé outre,

en considérant que quoi qu'on fasse on n'évite pas les détracteurs. **

Ainsi Cataneo convient qu'il n'a reproduit dans son édition la correspondance de Pline et de Trajan qu'en se servant de l'édition primitive de Venise, et qu'il n'a eu à sa disposition aucun texte original. C'est évidemment déclarer qu'il entend se décharger de toute responsabilité dans cette affaire. Un éditeur parfaitement convaincu de l'authenticité de sa publication ne parle pas ainsi.

A la fin du xv® siècle, les imprimeurs ne vivaient pas de la publication des œuvres des auteurs contemporains ; leur vente eût été peu lucrative. La plupart de ces œuvres circulaient toujours en .manuscrits dont les copies suffisaient aux besoins de la demande et ne furent imprimées que cent ou deux cents ans après *. Ce que recherchaient les imprimeurs, ce qui faisait leurs profits, c'était la publication des ouvrages attribués aux écrivains illustres de l'antiquité ; ils ne demandaient donc pas de travaux originaux aux* savants de leur temps, ils réclamaient de la bonne volonté des premiers venus ^ l'apport de manuscrits ; être chercheur de vieux parchemins était un métier^; les imprimeurs se contentaient même de copies, nous l'avons vu tout à l'heure. C'était le nom de l'auteur qui assurait la fortune du volume.

La concurrence était grande alors dans l'imprimerie. On trouvait des ateliers dans toutes les villes. A Rome, en 1476,

* C'est ce qui eut lieu pour Cyriaque t'Ancône, Tristano Calchi, Alciati, pour ne parler que de quelques-uns des personnages dont nous avons à nous occuper.

5 Bayle, Dictionnaire historique et critique : Tacite.

' Tiraboschi, Storia délia litteratura italiana, t. VI, part. I, lib. III, c. 4 : " Ëntusiasmo degl' italiani nel ricercare codici antichi."

il y avait plus de vingt imprimeurs qui occupaient environ cent presses et qui cherchaient nécessairement à se surpasser les uns les autres en nouveautés de pubUcations. Venise avait cet avantage sur les autres cités, d'offrir un plus grand débit aux productions de la librairie que des milliers de navires emportaient dans toutes les parties du monde. Aussi les imprimeurs affluèrent-ils dans la métropole du commerce; elle en comptait plus de deux cents *.

Ils furent souvent victimes d'imposteurs. Mais d'autre part, au temps des Borgia et des Machiavel, lorsque la bonne foi paraissait avoir quitté la terre, lorsque jamais le luxe et l'amour du gain n'avaient été aussi grands à Venise et que la concurrence entre les imprimeurs était d'une incroyable activité, devait- on ne trouver parmi eux que de stoïques industriels? Un habile mystificateur en aurait certainement rencontré plus d'un disposé à pubher un dixième livre de la correspondance de Pline, des lettres encore inconnues, parmi lesquelles se trouverait, ce qui avait manqué jusqu'alors, la justification de la tradition de l'Église qui attribuait à l'illustre jurisconsulte une apologie des chrétiefls adressée à Trajan.

C'est ce que nous aurions été tenté de soupçonner, car Avantius, dans sa préface, avoue qu'il n'a eu à sa disposition que des copies défectueuses qui lui furent apportées de France par un certain Pietro Landri^. Mais quelques années plus tard, en 1508, Aide Manuce publiait une nouvelle édition des Lettres de Pline et y faisait à son tour figurer la correspondance avec Trajan.

^ Paul Lacroix, Les Arts au moyen Hge et à l'époque de la Renaissance : Imprimerie.

* " Pétri Leandri industria ex Gallia Plinii Junioris ad Trajanum licet mancas depravatasque habuimus." — G. Plinii Caecilii Epistolae^ ex recensione Henricii Keilii, praefatio, xxiv.

Pas plus que Cataneo, Aide ne pouvait se dispenser de traiter de la question de son authenticité ; c'est ce qu'il fit dans une lettre adressée à Alvizi Moncenigo et qu'il inséra dans son volume * .

Aide déclare qu'il avait eu, depuis deux ans déjà, une copie des lettres à Trajan faite sur manuscrit français par Joconde de Vérone, moine d'une grande érudition, quand Moncenigo, ambassadeur* de Venise à Paris, lui apporta et lui confia, pour être publié, le manuscrit original lui-même. C'était, dit Aide, un parchemin; et les caractères de l'écriture étaient si différents de ceux en usage alors, qu'à moins d'une profonde connaissance en pareille matière, il était impossible d'en comprendre le contenu. Mdl^ à quel personnage, à quelle corporation appartenait -il? D'où provenait -il et comment était-il arrivé en leur possession? On ne peut s'empêcher

* Aldus pius Manutius Romanus Aloisio Mocenico equiti,

ET Senatori Veneto. s. p. D. '

Solebam supcrioribus annis Aloisi, Vir Clarissime, cum aut T. Livii Décades, quae non extare creduntur, aut Sallustii, aut Trogi historias, aut quemvis alium ex antiquis autoribus inventum.esse audiebam, nugas dicere, ac fabulas. Sed ex quo tu e Gallif, ubi pro senatu tuo integerriine, accuratissimeque legatum agens, magnam tibi laudem, et gloriam peperisti, cum plurimis, quae inesse optimo Oratori oportet, tum eloquentia illa tua singulari, qua tibi ante et divitias, et gratiam in hac Rep. excell. comparaveras, has iPlinii epistolas in Italiam reportasti, in mémbrana scriptas, atque adeo diversis a nostris characteribus, ut nisi quis diu a8sueverit,non queat légère, coepi sperare mirum in modumfore aetate nostra, ut plurimi ex bonis autoribus, quos non extare credimus, inveniantur. Est enim volumen ipsum non solum correctissimum, sed etiam.ita antiquum, ut putem scriptum Plinii temporibus. Quamobrem, si, ut videtur, a Plinii aetate ad haec usque tempora hoc epistolarum volumen servatum est, fit, ut facile credam et T. Livium, et alios, quos tum vctustate, tum hominum negligentia, tum vi aliqua, incursioneve exterarum gentium periisse credimus, alicubi, tanquam in impio conclusos carcere, squallidos delitere, speremque exituros in lucem, idque temporibus nostris, ac mea, si diu vixero, praecipue opéra, Christo lESU annuente, ôoTTipo; eàwv. Nunc autem, quod possumus, hasce Secundi epistolas damus quam correctissimas, in quibus etiam multae sunt, quae antehac non habebantur. Sed tibi in primis habenda est plurima gratia, Inclyte Aloisi, qui exemplar ipsum epistolarum reportasti in Italiam, mihique dedisti, ut excusum publicarera. Deinde lucundo Veronensi Viro singulari ingénié, ac bonarum literarum studiosissimo, quod et easdem Secundi epistolas ab eo ipso exemplari a se descriptas in Gallia diligenter, ut facit omnia, et sex alla volumina epistolarum partim manu

d'être étonné de voir qu'aucun renseignement précis ne nous a été donné sur l'origine de ce manuscrit.

Aide réfute ensuite les objections qui avaient été formulées contre l'authenticité de cette correspondance. Loin d'admettre que le style des lettres à Trajan est défectueux, il déclare au contraire qu'on y reconnaît la main d'un écrivain distingué et qui prenait pour chaque sujet le ton qu'il convenait. Pour ce qui est de la qualification de dominus, il la justifie en disant que Martial, contemporain de Pline, l'emploie dans sa lettre à Domitien et dans plusieurs épigrammes. Puis il énumère les personnes et les choses dont Pline aimait à parler à ses amis et qu'on retrouve dans sa correspondance avec Trajan.

Mais, selon lui, deux principales raisons prouvent que les lettres à Trajan sont bien de Pline : la première, c'est qu'elles étaient réunies aux autres et sous le nom de Pline

scripta, partim impressa quidem, sed eu m antiquis collata exemplaribus, ad me ipse sua sponte, quae ipsius est erga studiosos omneis benevolentia, adportaverit, idque biennio ante, quam tu ipsum mihi exemplar publicandum tradidisses. Exeunt igitur hae Plinii epistolae in manus literatorum et tua, et lucundi nostri in illos benevolentia, emendatissimae. Sed quoniam epistolas decimi libri, quae scribuntur ad Traianum Imperatorem, sunt qui non esse Plinii putant, tum quia stylo, et elegantia diversae ab aliis videntur, tum etiam quia praeter doctorum consuetudinem, Domine dicat Plinius ad Traianum scribens, operae pretium fuerit et illas a Secundo scriptas fuisse ostendere. Non imusjnficias scripsisse Plinium alias epistolas, ut ipse ait paulo accuratius, sed et bas ad Traianum, si quis diligenter inspiciat, et doctas esse, et eleganteis fatebitur, nec a stylo Plinii aliénas, id quod, cum ex omnibus id genus epistolis licet cognoscere, tum ex ea manifestius, quae de Dione quodam scribitur, qui suorum reliquias in religioso loco posuerat. Récitât enim ibi quae in causa utrinque dicta fuerant se indice, quemadmodum in aliis quibusdam facit epistolis cum de causis, quas ipse egerat, ad amicos scribit. Domine autem principibus dicere temporibus Plinii, iam receptum fuisse, illud etiam Martialis in epistola libri octavi ad Domitianum, ostendit. Omnes quidem libelli mei Domine. Item illud, Edictum domini, denique nostri. Esse autem Plinii epistolas ad Traianum, multis rationibus probari potest, sed his potissimun. Primum, quia in antiquissimo exemplari unacum aliis ut nos imprimendas curavimus, sub Plinii Secun^i nomine scriptae sunt. Deinde, quia Plinii illud de Chrislianis ad Traianum, et rescriptum Traiani super ea re, habetur in una ex eisdem epistolis ad Traianum, cuius rei Tertullianus,

Eusebius, Paulus Orosius meminere

Venetiis mense Novembri m.d.viii.

dans le manuscrit; la seconde, c'est que parmi eUes se trouve

celle adressée d Trajan au sujet des chrétiens et la réponse du prince dont ont parlé Tertullien, Eusebe, Paul Orose.

Quant au silence gardé sur. cette correspondance par les auteurs profanes ou chrétiens, et à la déclaration faite par Sidoine Apollinaire que Pline n'avait écrit que neuf livres de lettres, Aide n'aborde pas ces questions. Il n'y répond qu'indirectement en disant que ce parchemin date vraisemblablement du temps même de Pline le Jeune, et qu'il a été par une si rare fortune préservé de la destruction qu'on peut nourrir l'espoir de retrouver dans quelque cachot ou sous la poussière de quelque grenier les œuvres de Tite-Live ou celles d'autres auteurs illustres qui nous manquent.

Quoique sur certains points les raisons que Aide invoque valent mieux que celles qu'avait données Cataneo, on conviendra qu'elles sont loin de suffire à déterminer notre conviction. Malgré son savoir et celui des amis qui formaient son académie, Aide s'est parfois trompé sur la paternité de quelques ouvrages. Ainsi, dans ce même volume, il attribuait à Pline le De Viris illustribus in Re militari^ et in administranda Rep., et il publiait une lettre pour prouver que Pline avait écrit ce livre, qui n'a pas encore aujourd'hui . d'auteur reconnu*.

Dans l'enthousiasme général pour les sciences et les lettres qui régnait au xvi® siècle, les poètes, les artistes, les jurisconsultes, les érudits, les industriels eux-mêmes exerçaient, par leur renom et l'admiration dont ils étaient l'objet, . une grande influence sur les esprits et jouissaient d'un grand

crédit politique*. Aussi tous les Etats, grands ou petits, se

* Inibi etiam liber De Viris illustribus, non Tranquilli sed Plinii esse ostenditur,

* Sismondi) Histoire des Républiques italiennes, t. XII, ch. 91. •

LA CORkESPÔNbANGE DE PLÏNE ET DE TRAJAN. 411

disputaient alors l'honneur de les avoir et de les garder dans leur sein.

Dans le Milanais, Louis XII ne n^Iigeait rien pour gagner à sa cause les Italiens. On voyait le grand Jean-Jacques Trivuke assister aux leçons des professeurs. Il était secondé par Giaffredo Garoli*. Du service du marquis de Saluces, Caroli était passé à celui de la France. Nommé président du Parlement de Grenoble par Charles VIII, il fut envoyé par . Louis XII à Milan en qualité de président du Sénat de cette ville. Sur Tordre et avec l'argent du gouvernement français, il se montra le protecteur de tous les savants ; ses louanges étaient publiées par tous ; il n'y eut guère d'ouvrage imprimé à cette époque, dit Tirasbochi, qui ne fût dédié à Caroli. Mais quand après la défaite de La Trçmoille à Novare, en 1543, l'Italie fut perdue pour les Français, chacun se défendait ou s'excusait d'avoir été son protégé.

Cataneo fut à ce moment appelé à Rome et s'y rendit. Il y entreprit une nouvelle édition de Pline qui parut en 1518.

La première édition de Milan avait été naturellement dédiée à Giaffredo Caroli. Par une épître adressée à Jacopo Sadoleto, évêque de Carpentras^, camérier de Léon X et secrétaire des brefs, Cataneo lui fit hommage de la nouvelle édition de Rome et tenta de se disculper de ses anciennes attaches à Caroli. A ce propos, il revint sur l'histoire et les mérites de sa publication.

*' En comparant mon édition, dit-il^, avec celles qui avaient paru antérieurement à Venise en petits caractères, on verra

* Tiraboschi, Storia délia litteratura italiana, t. Vn, lib. î, cap. 2, § 36 : " Favpre e munificenza dei principi verso le lettere. "

* Carpentras faisait alors partie du domaine du Pape.

' Reuerend. D. Iacobo Sadoleto, Episcopo Garpentoratensj,

lo. Maria Catanaeus. S.

Emiseram iarapridem commentarios in eas Plinii Caecilii epistolas, quae forte tune impressae circumferebantur. Gaeterum cum postea Homam venissem, ac cum

que nous avons rectifié plus de deux cents fautes. Nous en signalerons une, facile à constater : Nous avons divisé en deux lettres celle qui formait la troisième du X^ livre, que Vignorance du correcteur avait réunies en une seule, "

On avouera avec nous que ce qui forme l'objet de la communication de Pline à Trajan aurait tout aussi bien pu être énoncé dans une lettre que dans deux ; et nous lie voyons pas la grande importance de cette division.

Nous ne la signalerions pas si Cataneo, quoique d'une façon peu claire, ne laissait entendre une chose nouvelle, c'est qu'il avait fait cette rectification d'après des fragments d'un vieux manuscrit allemand qui lui auraient été communiqués.

Il dit en effet : " Lorsque je vins à Rome, je me liai avec Dominico Mamiliano, homme très actif dans la recherche des livres de texte ancien; il m'apporta plusieurs lettres à Trajan, copiées d'un très vieux manuscrit allemand, et en outre quelques-unes du même Pline à ses amis, non encore déchiffrées, qui faisaient partie du VHP livre. "

Cataneo, toutefois, encore ici, semble tenir à mettre sa responsabilité à couvert pour ce qui a trait à la correspondance avec Trajan. Il prend soin de déclarer qu'il n'a pas eu sous les yeux les lettres originales qui lui ont servi à faire les rectifications dont il parle. C'est un de ces hommes très

Dominico Mamiliano viro in libris antiquae lectionis perquirendis diligentissimo beneuolentiam contraxissem, descriptas mihi de vetustissimo codice germanico plures ad Traianum, & insuper quasdam eiusdem Plinii ad amicos epistolas legendas obtulit, quae de libro octauo exciderant : is autem peruerso tune ordine nonus imprimebatur, ubi nos etiam tum coniectura fueramus assecuti ipsas interceptas fuisse : quapropter lectorem eo loco istud clare admonueramus. Itaque ne illae amplius tanquam corpus mancum oberrarent, & inuentas pariter interpretandas, & loco suo omnes imprimendas studuimus : additis praeterea, & immutatis quibusdam in superioribus commentariis, quae necessaria, aut meliora videbantur : in quo perficiendo adiutoribus vsi sumus viris doctissimis Thoma Phaedro, Baptista Pio, & Andréa Alciato : quibus eo magis debemus, quod in huiusmodi officio nobis alacriter, & praesto aflfuere : quodque plerique alii praestantes doctrina viri, quos suppliciter rogaueramus, operam suan aperte vel non praestiterunt, vel différend o subterfugerunt. Accessit ad curam nostmm earundem episto-

actifs dans la recherche de matières à vendre aux imprimeurs comme il y en avait tant alors, Mamiliano, qui lui en a porté des copies; et il n'ose même pas préciser, il ne dit pas à quelles lettres elles se rapportaient.

Or, comment expliquer que Cataneo, en quête d'un manuscrit pour authentiquer sa publicatipn, n'ait pas tenu à posséder ou à avoir en communication celui que Mamiliano prétendait avoir eu en main? Une telle déclaration doit être tenue pour fort suspecte. Aussi Keil déclare-t-il que Cataneo, aussi bien à Milan qu'à Rome, ne s'est servi que des éditions vénitiennes.

On devait d'autre part penser que Aide et ses amis auraient pris un soin extrême à conserver le parchemin qui était la justification de leur loyauté, la sauvegarde de leur honneur. A une époque où toutes les villes, toutes les corporations, tous les riches particuliers formaient des musées et des collections, Venise ne voulait pas se laisser distancer par ses voisines. Le Sénat envoyait ses agents rechercher dans tous les pays marbres, médailles, inscriptions pour former ses musées. Il semble donc qu'on n'aurait pu manquer de recueillir et conserver un pareil manuscrit, un manuscrit unique écrit en caractères curieux et qui, disait-on, remontait au temps de Pline.

larum antiquissimi codicis Pontificii, qui cum libris quinque Cornelii Taciti nuper inuentis coniunctus fuerat, per Philippum Beroaldum luniorem elegantis doctrinae virum inspiciendi facultas : quibus omnibus efTectum est, vt in praesentia clariores & emendatiores quam unquam antea in lucem veniant. Ab ipsis enim, si doctus aliquis eas conférât cum iis, quae Venetiis impressae minutioribus literis faerunt, supra ducentas maculas (vt arbitrer) abstersas deprendet : vt vnam ex omnibus manifestissimam referamus ex epistola tertia, libri decimi duas effectas, cum eas supina correctoris ignorantia in vnam congessisset.Verumenimuero non satis est recuperare venerandae vetustatis exemplaria, nisi etiam simul adsit acre emendatoris iudicium : quoniam & veteres librarii in voluminibus describendis saepissime falsi sunt, & Plinius ipse scripta sua se viuo deprauari in

quadam epistola demonstrauerit

Romae Idibus Martiis, M. D. XVHL

114 PERSÉCUTION DES CimÉTIENS SOUS NÉRON.

C'était aussi pour tout savant un désir légitime, nous dirons même un devoir, de prendre communication de ce manuscrit afin de constater sa provenance, la date de sa confection et contrôler la lecture qui en avait été faite. Or quel ne doit pas être Tétonnement d'apprendre qu'il n'a été donné de le voir à aucun savant indépendant du xv® ni du XVI* siècle, et qu'il avait été déclaré perdu presque aussitôt la publication qui en avait été faite.

Nous ne croyons pas qu'on soit fondé à affirmer que Guillaume Budé, en citant dans ses Annotations sur les Pandectes des passages tirés des lettres de Pline à Trajan, les ait pris sur le manuscrit antique lui-même. Il nous dit bien, il est vrai : Nos integrum ferme Plinium habemus : primum apud Parisios repertum opéra lucondi sacerdotis, hominis antiquarii architectique famigerati^. Mais son édition est de 1508, de l'année même de la publication de Aide, et celui-ci convient qu'il avait eu deux ans auparavant en sa possession les copies de Joconde. Or, Budé était très lié avec le frère Joconde^, nous apprend Tiraboschi, et n'oublions pas non plus que Aide a déclaré que les caractères du manuscrit le rendaient indéchiffrable pour ceux qui n'étaient pas fort experts en paléographie.

En de telles circonstances, il ne nous semble pas possible d'admettre pour un document indiscutable une correspondance qui, d'une part, renferme beaucoup d'invraisemblances et qui, d'autre part, ne s'appuie sur aucune autorité certaine.

Mais, nous dira-t-on peut-être, faut-il accuser Aide de mauvaise foi? Telle n'est point notre intention, et il n'y a d'ailleurs pas lieu de le faire. Nous constatons les raisons qui font douter que le dixième livre des Lettres de Pline

* Cité par Keil, Praefatio, xxiv.

• Tiraboschi, Storia délia litteratura italiana, t.VI, part. III, lib. III, c. 7, § 9.

soit authentique, et nous n'allons pas plus loin. Une erreur peut être constatée sans qu'on ait les éléments nécessaires pour établir quelles causes Tout amenée et déterminer à qui en incombe la responsabilité.

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