Voir, page 247, ce qu'à ce propos L. Jan répond à Bahac
Enfin, parmi toutes les lettres de Balzac publiées jusqu'ici, celle qui porte la date la plus rapprochée de celle de sa mort est adressée à Théophile Gautier. Daté du 20 juin 1850, l'autographe, sauf quelques mots et la signature, est entièrement écrit par madame de Balzac sous la dictée de son mari.
Le poète en a donné, en 1859, le fac-similé dans son volume : Honoré de Balzac^ dont nous avons parlé en commençant ces lignes, et cette lettre termine aussi la Correspondance imprimée du grand romancier. L'original, resté aux mains de M. Poulet- Malassis, l'éditeur d^Honoré de Balzac, fut vainement réclamé par Théophile Gautier pendant de longues années. A la vente après décès de son détenteur, il fut acquis par M. Charles Asselineau, et fait aujourd'hui partie de la belle collection de documents manuscrits et autographes rassemblée en Angleterre par M. Alfred Morrisson.
Huit ans avant de publier l'ouvrage dont il vient d'être question, Théophile Gautier, en rendant compte de Mercadet {la Presse, i^ septembre 1851), parla pour la première fois de cette lettre, et donna en môme temps ces intéressants détails sur la façon cruelle dont il avait appris la mort de son ami :
« L'année dernière, au mois d'août, — comme le temps passe I — nous étions à Venise, sur la place Saint-Marc, devant le
café Florian, occupé à déguster uue glace, lorsqu'un numéro du Journal des Débats^ la seule feuille dont l'entrée soit libre dans ce pays absolutiste, nous fut apporté par le garçon qui, à notre italien, nous avait surle-champ reconnu Français.
> Ce journal annonçait la mort de Balzac.
Cette nouvelle nous fit l'impression la plus profonde. Nous avions beaucoup connu Balzac et des liens d'amitié littéraire nous unissaient depuis longtemps. Nous le savions très malade; mais sa constitution robuste nous faisait croire qu'il sortirait vainqueur de l'épreuve. Avant de partir, nous étions allé pour le voir; il était sorti en calèche, et cela nous avait rassuré sur son compte. Une lettre écrite par sa femme, et au bas de laquelle il avait ajouté quelques mots, les derniers peut-être qu'il ait tracés : « Je ne puis ni lire ni écrire », nous assignait un autre rendezvous que les préoccupations d'une absence, qui devait durer quatre mois, nous firent
manquer à notre grand regret. Nous n'avions pu voir dans les journaux les bulletins de sa santé, et cette mort fatale, sue de tous en France, était inopinée pour nous.
» Celte année, lorsqu'on a donné la première représentation de Mercadet *, nous étions, à Londres, à visiter l'Inde ^ Mais nous connaissions Mercadet depuis longtemps. Balzac nous l'avait lu, il y avait bien dix ans, dans sa forme primitive, aux Jardies, qu'il habitait alors, et avec quel sens, quelle variété d'intonations, quelle puissance comique, nulle plume ne saurait le redire. Aucune représentation n'égalera cette lecture. A la voix de l'auteur des silhouettes bizarres naissaient en foule : cos-
tûmes, gestes, attitudes, grimaces, on devinait tout. Les créanciers pullulaient de toutes
1. Représenté pour la première fois quelques jours auparavant, le samedi 23 août*