‹ Études BalzaciennesChapitre 23 sur 40 · LasgaiUy · texte numérisé non relu

LasgaiUy

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}» On le conduisit à là salle à manger ; il y trouva un repas servi. Cela se composait exclusivement de côtelettes et d'oseille. Ensuite on lui fit prendre du café très fort.

» Au moment où le jeune homme finissait sa demi-tasse, Balzac entra dans ce costume de moine qu'il affeclionnait comme robe de chambre, et lui dit : * Commençons. »

Il l'emmena dans une autre pièce où se trouvait sur un bureau une main de papier encore vierge, et lui dit : « Écrivez : — » V École des Ménages. » Puis, il se promena à grands pas, dictant des scènes inspirées, qu'il suffisait de rédiger correctement, et ce travail dura jusqu'à sept heures du matin.

A cette heure-là, Balzac sortit.

» Le domestique entra et dit au jeune homme : « Monsieur vous prie de vous » recoucher. » On le fit lever à midi, pour prendre un autre repas; puis il s'agissait de se promener pendant quatre heures, et ensuite de reprendre ce travail, espacé de côte-

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lettes à Toseille, de café, de promenades et de repos.

» Telle était la règle aux Jardies.

» La pièce fut écrite en quinze jours. Balzac la fit immédiatement imprimer en un texte fin à deux colonnes, dont on ne tira que douze exemplaires. Il en fit la lecture chez madame d'Appony.

» Nous pensons bien qu'aucun exemplaire de cette pièce n'est resté en France; il nous a été impossible de la retrouver, mais nous avons gardé un profond souvenir de la lecture.

» L'École des ménages était, selon la pensée de Balzac, quelque chose comme les drames de Molière et de Beaumarchais. Il y avait un peu de cela, en effet.

» Les cinq actes se passaient dans une boutique de marchand de nouveautés. Le patron, — un brave homme d'une cinquantaine d'années qui avait servi sous l'Empire, — vivait patriarcalement entouré de sa mère,

de sa femme, de sa fille... Seulement, son état l'obligeait à avoir chez lui des demoiselles de boutique, jolies, autant que possible, adroites et laborieuses surtout.

» Telle était mademoiselle Adrienne, la première demoiselle, — et, en outre, si gracieuse, si blanche, si élancée de taille, — avec son profil aquilin, encadré d'épaisses grappes de cheveux blonds cendrés roulés à l'anglaise... Si bien que le brave commerçant se trouvait épris de sa demoiselle de boutique sans le moins du monde s'en être aperçu.

» Là commençait le drame de famille! Le marchand était obligé d'aller à Rouen pour affaires. Sa femme profitait de cette absence pour chasser, sous un prétexte quelconque, mademoiselle Adrienne. Au second acte, le marchand revenait de Rouen.

» Il remarquait tout d'abord l'absence de la demoiselle... mais il n'en marquait rien. Il embrassait sa femme, sa fille, se disant à

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lui-même : « Adrienne sera sortie pour une y> commission... )»

» Puis, par des préparations successives, la vérité se faisait jour. C'était terrible.

« — Vous avez renvoyé Adrienne, disait-il à » sa femme... Je sors, et malheur à tous, » malheur à moi-même si je ne puis la » retrouver! »

» Il la ramenait au troisième acte, et l'on peut comprendre quel trouble et quelle sourde lutte dans cet intérieur de famille bourgeoise. Au quatrième acte, la petite fille, assistant sans cesse aux lamentations de sa mère et de sa grand'mère, prenait une fatale résolution, dont la lecture d'un journal judiciaire lui donnait l'idée. Elle trouvait dans la cuisine un cornet rempli d'arsenic, destiné aux rats, et elle le versait dans le café au lait de la demoiselle de boutique.

}» Il est inutile de donner tous les détails

de cette action. Ce qui était beau, c'est la

fin de l'acte, où le père de famille faisait

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fermer toutes les portes, et sachant que le crime ne pouvait avoir été commis que dans sa maison, faisait, comme juge domestique, comparaître tout le monde devant lui.

> C'étaient tour à tour sa mère, sa femme sa servante, qui avaient à répondre ; la terreur planait sur toutes les têtes...

» Puis, quand un hasard amenait enfin la véritable coupable, il est impossible de rendre la poignante réalité qu'avait trouvée Balzac pour une telle situation ^

» Ce qui était remarquable encore, c'est que ce rôle d'Adrienne, qui semble au premier abord un Tartuffe femelle dérangeant tout un ménage, était délicieux de grâce et de sentiment ; on comprenait que la fatalité seule s'était appesantie sur cette pauvre famille bourgeoise, et y semait toutes les

1 . Balzac a malheureusement modifié les détails de cette enquête domestique, et détruit en outre sa première version* Dans le texte définitif, ni la mère ni la servante de M. Gérard ne sont plus interrogées.

haines, toutes les terreurs, tous les remords que les poètes grecs ont prêtés aux Atrides.

» A défaut d'un drame nouveau, qui nous manque pour cette semaine, on voudra bien, nous l'espérons, accepter cette analyse incomplète d'un drame peut-être à Jamais perdu. »

Après l'éclatant succès posthume de Mercadet^ si habilement mis à la scène par M. d'Ennery, V École des ménages lui fut soumise, et son concours sollicité afin de faire subir à l'œuvre les modifications qu'il jugerait nécessaires pour sa représentation. Mais le grand dramaturge déclina cette mission.

Plus tard, M. Duquesnel, le distingué directeur de rOdéon et de la Porte-Saint-Marlin , revint à la charge, et voici la réponse inédite qu'il reçut alors de M. d'Ennery.

Les hasards des ventes d'autographes l'ont fait tomber entre nos mains :

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« 5 août 1873.

3> Mon cher ami.

» Autant que je m'en souvienne, il y a de fort bonnes choses dans la pièce de Balzac. Il y a, surtout, un caractère de jeune fille! !..•

}» Mais quel dénouement !

» L'amant et l'amante deviennent fous tous deux I . . •

» On en rirait.

» Est-ce que je me trompe? Ou bien mes souvenirs me servent-ils bien ?

» Ne m'envoyez pas la pièce. J'aime mieux qu'à mon retour à Paris nous la lisions ensemble.

> Ah 1 comme vous y allez 1

» Celle-là d'abord, et puis, tout de suite après, V Homme de Neige ^I Et puis quoi encore ?

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