La lire après Marc, xii
mettre son prestige devant les non-croyants, Juifs et païens, et même aux yeux des fidèles. L’auteur du quatrième Évangile ne rapporte aucun fait qui n’ait rapport à l’enseignement qu’il veut inculquer, et rien ne l’invitait à s’approprier celui-ci de préférence aux autres épisodes hiérosolymitains de la tradition synoptique. Mais les anciens Évangiles non canoniques avaient pu le retenir : Eusèbe l’atteste pour l’Évangile des Hébreux ; on le conjecture avec quelque probabilité pour l’Évangile de Pierre. Ces écrits non canoniques, mais lus dans certaines parties, on pourrait dire sur certaines frontières de l’Église, et des traditionnistes comme Papias ont pu aider le vrai sens chrétien à maintenir une page, authentique entre toutes, de l’Évangile du Christ, en l’annexant tant bien que mal aux textes officiels. Le P. Knabenbauer n’aurait pas fait acte de témérité en disant plus clairement que la négation de l’authenticité johannique, si elle s’imposait définitivement à une exégèse clairvoyante et sincère, laisserait au fragment contesté toute son autorité divine de texte inspiré, avec sa valeur historique.
Au chapitre xvm, pour le récit de l’interrogatoire de Jésus et du reniement de Pierre, nous voyons citer la version syriaque des Évangiles récemment découverte au Sinaï. Dans cette version les faits se déroulent comme il suit : xvm, 12. « Et la cohorte, et le chiliarque, et les officiers des Juifs lièrent Jésus, 13. et ils l'amenèrent premièrement chez Hanan, le beau-père de Caïphe, qui était le grand-prêtre de cette année-là. 24. Hanan donc l’envoya lié à Caïphe le grand-prêtre. 14. Et Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs le conseil, qu’un seul homme devait mourir pour le peuple. 15. Et Simon Pierre [suivait Jésus1] avec un des disciples, qui était
1. Une ligne du texte parait avoir été omise accidentellement en cet endroit de la version.
connu du grand-prêtre ; c’est pourquoi (ce disciple) entra avec Jésus dans le palais. 19. Alors le grand-prêtre interrogea Jésus au sujet de ses disciples et de sa doctrine. » Suit la réponse de Jésus et le soufflet de l’offlcier 1 ; puis vient le récit du triple reniement, sans interruption : 16. « Or Pierre se tenait dehors près de la porte. Et le disciple qui était connu du grand-prêtre sortit et parla au portier, et il fit entrer Simon. 17. Et quand la servante du portier le vit, elle lui dit : N’es-tu pas aussi des disciples de cet homme? Il lui dit : Je n’en suis pas. 18. Et il y avait là les serviteurs et les officiers, et ils s’étaient fait un brasier dans la cour pour se chauffer, parce qu’il faisait froid, et Simon aussi était avec eux et se chauffait. 25. Alors quelqu’un lui dit : Toi aussi n’estu pas de ses disciples ? » La narration s’achève comme dans le texte reçu. Qu’a pensé de cet arrangement le P. Knabenbauer ? 11 ne nous le dit pas. L’idée ne semble pas même lui être venue qu’on pourrait le regarder comme primitif. Il est tout occupé à combattre les interprètes catholiques qui, à bonne intention, soutiennent que l’interrogatoire s’est passé devant Caïphe, et il ne s’inquiète pas de ce que saint Cyrille d’Alexandrie lisait le verset 24 de notre texte après le verset 13, comme la version syriaque. La discussion des deux combinaisons, qu’elle ait dû tourner ou non à l’avantage du texte vulgaire, n’aurait pas laissé d’être instructive.
Tout s’enchaîne naturellement dans la version sinaïtique; la troupe qui vient d’arrêter Jésus se rend d’abord chez Hanan, qui est grand-prêtre ici comme dans Luc2, mais non pas en exercice; et c’est pourquoi Hanan ne retient pas Jésus, mais l’envoie tout lié, comme on le lui