Jean, xi
droit d’être écouté en matière de tradition johannique, pense que le mortier fait avec la salive de Jésus rappelle la création de l’homme, et Maldonat approuve encore ce rapprochement, qui vient très à propos si la guérison de l’aveugle figure la régénération spirituelle de l’humanité. Saint Augustin a pensé à l’incarnation, « où la sagesse éternelle s’est mêlée, pour le dire ainsi, et unie si parfaitement avec la terre de notre nature, dans la personne du Fils de Dieu, pour guérir l’aveuglement de tous les hommes figurés par ce seul aveugle 1 » : explication qui se concilie aisément avec la précédente, puisqu’il s’agit toujours de nouvel homme et de nouvelle créature. En envoyant l’aveugle à la fontaine de Siloé, « le Fils de Dieu voulut encore, selon saint Cyrille, faire connaître... que ce n’était pas assez pour nous guérir qu’il se fût fait homme par son incarnation,... mais qu’il fallait que le saint baptême, rempli de la divine vertu de celui que le Père avait envoyé , et figuré par les eaux de cette piscine, dont le nom même exprimait sa mission , servît à nous appliquer les mérites de son incarnation et de sa mort, en nous lavant effectivement de tous nos péchés 2. » Le P. Knabenbauer admet une intention symbolique dans l’interprétation de Siloé. Mais conçoit-on seulement que l’évangéliste ait allégorisé ce trait sans allégoriser le reste, et s’il y a une allégorie pour V Envoyé céleste qui envoie lui-même l’aveugle à la fontaine, comment n’v en auraitil pas pour l’aveugle et pour la source? La fontaine de Siloé n’est la fontaine de l'Envoyé divin que si elle figure l’eau du baptême, et si l’aveugle figure l’homme régénéré par « l’illumination baptismale ». Que les théologiens d’aujourd’hui, avant de sourire dédaigneusement à ces
1. Le Maistre de Sacy, Le saint Évangile de J. -G. selon saint Jean.