‹ Études bibliques (volume 2)Chapitre 7 sur 27 · LA QUESTION BIBLIQUE ET L’INSPIRATION DES ÉCRITURES · texte numérisé non relu

LA QUESTION BIBLIQUE ET L’INSPIRATION DES ÉCRITURES

Au commencement de cette année (1893). Mgr d’Hulst, dans le Correspondant, et après lui, d’autres théologiens, dans diverses revues catholiques, ont traité la question biblique par rapport au dogme de l’inspiration. Quoique ce point de vue soit très important, ce n’est pas le seul d’où l’on puisse envisager le sujet : peut-être même l’intérêt principal de la question doit-il être cherché ailleurs ’. C’est pourquoi, après avoir analysé brièvement les dernières controverses, j’essaierai de dire en quoi consiste surtout la question biblique, quels sont les moyens dont on dispose pour la résoudre, enfin comment il est possible d’écarter les difficultés qu’elle présente au point de vue théologique.

C’est bien une question de théologie qui a été examinée récemment dans les revues et les journaux catholiques,

* t. Enseignement biblique, nov.-déc. 1893.

*2. On remarquera que la majeure partie de l'Encyclique de Léon XIII sur l’Écriture sainte est consacrée à recommander les études bibliques et à tracer la méthode qu’on doit suivre en s’y appliquant. La question théologique de l’inspiration y est traitée de façon très sommaire. Le pape, affirmant avec autorité la doctrine traditionnelle de l’Église, a enseigné simplement que la Bible est inspirée tout entière et qu’elle ne contient pas d’erreurs. Au fond, l’Encyclique Providentissirnus Ueus n’a pas modifié l’état de la question théologique ; elle n’a fait que le formuler clairement. La liberté de l’exégèse catholique n’a. été ni augmentée ni diminuée par les déclarations pontificales.

sans être résolue. Il s’agissait de savoir si le dogme de l’inspiration permet ou ne permet pas de croire qu’il y ait des erreurs dans la Bible.

Ceux qui croient à l’existence d’erreurs dans les Livres saints ne s’accordent pas entre eux. Les uns ont fait ces erreurs presque imperceptibles, les réduisant à de légères méprises ou distractions de l’écrivain sacré. Saint Paul, réclamant son manteau et ses livres à Timothée, aurait pu dire que ces objets se trouvaient chez Carpus à Troas, oubliant qu’il les avait laissés ailleurs.

D’autres admettent des erreurs plus considérables. Les auteurs bibliques, en tout ce qui touche aux sciences de la nature, auraient partagé les opinions de leur temps qui aujourd’hui sont reconnues fausses, et de ce chef il y aurait dans la Bible quantité d'énoncés en contradiction avec la vérité scientifique. On lit, en effet, dans l’Écriture, que la terre est à jamais immobile ; que Dieu l’a fondée sur les eaux ; que les cieux la couvrent comme un pavillon ; que les astres sont de simples luminaires destinés au service de la terre, et dont les plus grands sont le soleil et la lune; que le monde a été créé en six jours, ce qui réduit à cinq jours l’histoire du monde avant l’apparition de l’homme sur la terre, etc.

Quelques-uns enfin vont jusqu’à dire qu’il y a dans la Bible des erreurs de fait plus graves que les obiter dicta dont il était question tout à l’heure. Les récits de la création n’auraient rien d’historique, et le déluge aurait été aussi tout autre chose que ce que l’on raconte ; les patriarches antédiluviens et plusieurs des postdiluviens n’auraient pas existé, mais pourraient être la personnification de peuples, de villes, d’événements historiques très reculés. On dit aussi qu’il y a une chronologie biblique pour les temps primitifs, et que cette chronologie est insuffisante, artificielle, inexacte. On a relevé certaines contradictions

qui se trouvent dans les livres historiques de l’Ancien Testament. Le livre de Samuel se contredit quand il présente David comme écuyer de Saül, qu’il fait ensuite dire au roi, lorsque David s’avance contre Goliath : « Quel est donc ce jeune homme? » et qu’Àbner, commensal de Saül et de David, répond: «Je n’en sais rien1.» Quoiqu’on lise, au livre des Paralipomènes 2, que le prophète Élie envoya une lettre au roi Joram de Juda, il ne paraît pas que cette lettre ait pu être écrite, puisque le prophète avait quitté ce monde avant la mort de Josaphat, père de Joram. Nonobstant le témoignage exprès du livre de Tobie, Sennachérib n’était pas fils de Salmanasar. Nonobstant le témoignage du livre de Judith, aucun Nabuchodonosor n’a régné à Ninive au temps ou l’empire assyrien a été en rapport avec les royaumes d’Israël et de Juda. Nonobstant le témoignage du livre de Daniel, Balthasar ne peut pas être en même temps le fils de Nabuchodonosor et le dernier roi de Babylone.

On pourrait ajouter que les évangélistes se contredisent 3 assez fréquemment sur les circonstances de temps et même de lieu qu’ils attribuent aux mêmes faits, ainsi que sur d'autres détails historiques. Saint Luc change l’ordre attribué par saint Matthieu à la seconde et à la troisième tentation du Christ. Les Synoptiques disent que le Christ commença à prêcher en Galilée après que Jean-Baptiste eut été emprisonné, tandis que, selon le quatrième Évangile, Jésus aurait déjà enseigné avant la captivité du Précurseur. Le premier Évangile présente comme ayant eu lieu

t. I Sam. xviii, 55-58.

Page 1