II Chron. xxi
* 3. On dira plus loin si cette contradiction a une portée réelle. Tous les faits signalés dans cette partie de l’article ne sont pas à prendre comme des erreurs de la Bible, mais comme des données à concilier avec la doctrine traditionnelle touchant la vérité des Livres saints.
après la guérison du possédé de Gadara celle du paralytique de Capharnaüm, en observant même que Jésus traversa la mer de Galilée pour venir dans sa propre ville, tandis que saint Marc et saint Luc placent la guérison du paralytique longtemps avant celle du possédé. De plus, saint Matthieu amène deux possédés là où saint Marc et saint Luc ne parlent que d’un seul. Les divergences de ce genre sont nombreuses dans les Évangiles.
11 n’est pas jusqu’à certains énoncés doctrinaux qui, si on les prend à la lettre et sans les compléter ou les corrigerpar d’autres passages de l’Écriture et par l’enseignement traditionnel, ne se prêtent facilement à des conclusions erronées. Job, quelques psalmistes, l’Ecclésiaste disent, touchant la destinée des hommes après leur mort, des choses qui sont peu en harmonie avec la doctrine d’autres livres plus récents de l’Ancien Testament et celle du Nouveau relativement à la vie future. Les prophètes annoncent toujours comme imminent le règne messianique, et saint Paul, dans ses premières Épîtres, donne clairement à entendre qu’il ne mourra pas avant le retour glorieux du Christ.
A tous ces faits dont l’évidence critique ne réclame pas, en général, d’autre démonstration beaucoup de théologiens répondent par une fin de non recevoir. Les livres de l’Écriture, déclarent-ils en s'appuyant sur les Conciles de Trente et du Vatican, sont sacrés et canoniques dans toutes leurs parties, inspirés tout entiers, par conséquent vrais tout entiers ; l’ancienne tradition n‘a pas pensé qu’il y eût la moindre erreur dans la Bible, et la tradition n’a pas pu se tromper sur un point qui intéresse directement la foi.
Ceux qui contestent l’inerrance absolue de la Bible
*1. La liste pourrait en être considérablement allongée. On n’a mentionné ici que les plus frappants et les moins contestables.
admettent les mêmes principes que leurs adversaires, et ils ont beaucoup de peine à se dérober aux mêmes conclusions. Ils supposent que l’inspiration divine a pour conséquence nécessaire la vérité absolue de la parole inspirée. Gomme, d’autre part, ils croient découvrir dans la Bible beaucoup de choses qui ne sont pas vraies, ils sont amenés à limiter l’inspiration, à distinguer dans les Livres saints ce que Dieu a fait faire, ce dont il est l’auteur direct, et ce qu’il a laissé faire, ce qui est imputable à l’initiative personnelle des écrivains sacrés. Dieu a fait écrire la vérité, il a laissé écrire l’erreur. Cependant, jamais ni les Pères ni les docteurs du moyen âge n’ont soupçonné qu’il pût y avoir dans la Bible des parties non inspirées, et les définitions de Trente et du Vatican n’autorisent pas une semblable distinction. L’Église n’a jamais pensé que la Bible soit une mosaïque où des fragments d’erreur humaine seraient juxtaposés à des fragments de vérité divine. En partant des données traditionnelles, il n’y a pas de place pour l’erreur dans la Bible.
Ainsi donc la question biblique, si on la pose et la discute uniquement sur le terrain de la théologie, n’est qu’un problème difficile, irritant, auquel on apporte des solutions incomplètement vraies, soit que, se fondant sur la tradition ecclésiastique, on nie qu’il y ait des erreurs dans la Bible1, soit que, partant des faits, on affirme la réalité des erreurs. Ceux qui nient paraissent bien être en contradiction avec l’évidence des faits observés. Ceux qui affirment ne savent pas expliquer le témoignage traditionnel, et leurs systèmes d’inspiration limitée n’ont pas la moindre racine dansl’antiquitéchrétienne. Resterait à savoir si le point de vue de la tradition était bien celui des théolo-
* 1. On, pour mieux dire, on s’autorise de ce qu’il n’y a pas d’erreur dans la Bible pour nier la réalité des faits précédemment indiqués.
giens modernes et s’il n’y aurait pas moyen de concilier la donnée traditionnelle avec la donnée scientifique, sans fausser l’une ou l’autre. Mais avant d’examiner ce dernier point, il sera bon de voir sous un autre jour, par un côté peut-être plus actuel, la question biblique.
La question biblique, en effet, n’est pas pour nous un simple thème de discussions théologiques analogue à celui qu’agitent en des sens divers les thomistes et les molinistes. Elle est aussi et d’abord une question d’histoire et de critique historique. Depuis plus d’un siècle, la critique rationaliste et protestante s’est emparée de la Bible, l’a disséquée comme une pièce d’anatomie, en a discuté les origines. Tous les problèmes qu’elle a soulevés se ramènent à un seul, dont l’énoncé diffère notablement de celui qui résume la question biblique pour les théologiens. Il ne s’agit plus de savoir si la Bible contient des erreurs mais bien de savoir ce que la Bible contient de vérité. « Que vaut la Bible ? » Telle est la question que l’exégèse non catholique fait retentir à nos oreilles par un si' grand nombre de voix qu'il n’est plus en notre pouvoir de ne pas l’entendre. Nous devons opposer à la science rationaliste la science catholique de l’Écriture
S’il est vrai que la saine et complète intelligence des Livres saints, considérés comme source de la doctrine révélée, n’existe pas en dehors de l’Église catholique, il est vrai aussi que la connaissance scientifique de la Bible peut exister, qu’elle existe et se développe réellement chez « nos frères séparés », comme on disait au xvne siècle en parlant des protestants. Nous insistons volontiers sur les changements et les contradictions qui se manifestent dans
les œuvres de l’exégèse protestante et rationaliste. Mais ces changements et ces contradictions ne prouvent pas que nos adversaires soient toujours et tout à fait dans le faux. Des changements désordonnés, des contradictions perpétuelles ne sauraient être la marque de la vérité : une transformation régulière, une rénovation incessante est la condition naturelle de toute science qui n’est pas morte. La science rationaliste traîne partout avec elle l’erreur de son parti pris, la négation étroite du surnaturel. Cependant, si elle a un défaut radical et qui la perdra, à moins qu’elle ne s’en corrige, elle a une qualité indiscutable, c’est qu’elle travaille, et qu’elle suit souvent une méthode meilleure que ses principes philosophiques.
L’histoire du travail critique exécuté sur la Bible par les savants non catholiques ne s’offre pas à nous comme une succession incohérente de systèmes arbitraires, et il y a un certain nombre de conclusions sur lesquelles la critique non catholique ne reviendra probablement jamais, parce que de fortes raisons portent à les regarder comme acquises à la science. Telles sont les suivantes 1 :
Le Pentateuque, en l’état où il nous est parvenu, ne peut pas être l’œuvre de Moïse.
Les premiers chapitres de la Genèse ne contiennent pas une histoire exacte et réelle des origines de l’humanité.
Tous les livres de l’Ancien Testament et les diverses parties de chaque livre n’ont pas le même caractère historique. Tous les livres historiques de l’Écriture, même ceux du Nouveau Testament, ont été rédigés selon des procédés
* 1. Ces conclusions n’ont pas un caractère théologique. Elles sont l’énoncé de problèmes qui méritent d’être étudiés de très près et qui ne peuvent être résolus a priori, mais par un examen attentif des textes scripturaires, soit pris en eux-mêmes, soit comparés avec les données de la science moderne et de l’histoire profane.
plus libres que ceux de l’historiographie moderne, et une certaine liberté dans l’interprétation est la conséquence légitime de la liberté qui règne dans la composition.
L’histoire de la doctrine religieuse contenue dans la Bible accuse un développement réel de cette doctrine dans tous les éléments qui la constituent : notion de Dieu, de la destinée humaine, des lois morales.
A peine est-il besoin d’ajouter que, pour l’exégèse indépendante, les Livres saints, en tout ce qui regarde la science de la nature, ne s’élèvent pas au-dessus des opinions communes de l’antiquité, et que ces opinions ont laissé leurs traces dans les écrits et même dans les croyances bibliques.
Toutes ces conclusions ont pour objet des faits généraux qu’il ne paraît guère possible de contester absolument. Il importerait plutôt d’en déterminer la portée, de les analyser soigneusement dans leurs détails, afin de reconstituer avec précision et justesse l’histoire de la composition des Livres saints, l’histoire du peuple de Dieu, l’histoire de la Loi et de l’Évangile.
On peut regretter que nos exégètes, renfermés dans le rôle d’apologistes, se soient attachés surtout à réfuter les hypothèses des savants non catholiques, au lieu d’examiner directement, dans un esprit de sage liberté, les problèmes nouveaux que la critique soulevait à propos des Livres saints. Nous essayons encore de prouver l7 authenticité mosaïque du Pentateuque tout entier, et nous employons à cet effet des arguments qui ne sont pas assez concluants, parce qu’ils ne reposent pas véritablement sur l’analyse des textes : nous pourrions prouver plus facilement et avec plus de fruit, que Moïse, quelle que soit la part qui lui revienne dans la composition du Pentateuque, a réellement existé, qu’il est le fondateur indispensable delà religion israélite, le point de départ historique du grand mouve-
ment religieux qui aboutit au christianisme. Nous avons aussi perdu beaucoup de temps à échafauder sur le premier chapitre de la Genèse des systèmes à prétentions scientifiques et dont le défaut commun est de violenter le texte biblique pour y introduire les résultats d’une science qui lui est étrangère. Dans la question des Évangiles, pour ne toucher que les points essentiels, nous tenons à ce que chaque évangéliste ait écrit indépendamment des autres; à ce qu’il s’accorde parfaitement avec eux, même dans les détails où les témoignages sont contradictoires ; à ce que les discours du quatrième Évangile aient été prononcés par le Sauveur dans la forme sous laquelle il nous ont été transmis. Et pourtant la dépendance des Synoptiques, au moins celle du premier et du troisième Évangile, à l’égard de sources antérieures, paraît bien établie ; l’opposition des données évangéliques sur des points secondaires très nombreux est indiscutable, et, au lieu de la nier, il faut en chercher des explications satisfaisantes ; l’auteur du quatrième Évangile a, pour le moins, rapporté librement les discours du Sauveur, en sorte qu’il convient d’étudier ses procédés de rédaction, afin de déterminer autant que possible la part qui lui revient dans l’arrangement et la forme des enseignements qu’il reproduit. Au lieu de se perdre dans les détails d’une apologétique subtile, il faudrait faire valoir l’autorité substantielle du témoignage évangélique, en dépit des divergences accessoires qui n’ont vraiment pas de portée réelle, si l’on se met, pour les juger, au point de vue des évangélistes ; montrer la divine figure du Christ qui ressort, en pleine lumière, de ce cadre imparfait ; présenter tel qu’il fut cet enseignement unique où l’on trouve assurément la marque du temps, du milieu, des circonstances où il a été donné, mais qui reste et qui restera le véritable aliment des âmes, la suprême ressource de l’humanité contre ses ignorances, ses faiblesses et ses douleurs.
La science catholique doit reprendre, en les traitant suivant une méthode rigoureusement critique, les questions générales qui se rapportent à l’étude de la Bible, et le commentaire même des Livres saints, de façon à mettre dans tout leur jour le véritable caractère de ces livres, l’origine et la signification des croyances bibliques. Histoire du dogme de l’inspiration, histoire du canon des Écritures, histoire du texte et des versions de la Bible, histoire de l’exégèse biblique, tels sont les sujets d’introduction préliminaire à l’examen direct des Livres saints. Vient ensuite l’étude des écrits bibliques, soit pris en euxmêmes, soit comparés entre eux, la discussion de leur origine et l’analyse critique de leur contenu. Cette étude fournit les matériaux nécessaires à l’histoire de la composition des Livres saints, à l’histoire d’Israël et de la religion israëlite, à celle des origines chrétiennes. Tout le travail dont les parties principales viennent d’être énumérées, doit donner, autant qu'il est possible d’y atteindre, la solution de la question biblique sous les différents aspects qu’elle présente, et pour tous les cas où une difficulté plus ou moins grave a pu être constatée.
La nécessité d’un tel programme n’a pas besoin d’être démontrée : sa légitimité se trouve établie du même coup. J’ai dit ailleurs 1 comment l’exégèse catholique jouit, en principe, d’une grande liberté pour traiter toutes les parties de la science biblique, qu’il s’agisse de la critique des textes, ou de la critique des livres, ou même de l’examen des doctrines. La science catholique de la Bible peut grandir et se perfectionner : il appartient aux savants catholiques d'en assurer les progrès.
* 1. Voir plus haut la leçon sur la critique biblique.
Certains esprits très prudents ne voient pas sans- appréhension l’exégèse catholique s’engager dans une voie qui leur paraît nouvelle et pleine de périls. D’autres esprits, très violents, condamnent résolument l’application de la méthode critique aux études scripturaires; ils voudraient retenir la science orthodoxe dans le cercle de ce qu’ils appellent les opinions traditionnnelles et qu’il conviendrait d’appeler simplement les opinions acceptées, depuis un certain temps, par la majorité des théologiens 4, touchant les effets de l’inspiration, l’interprétation des premiers chapitres de la Genèse, l’origine du Pentateuque et de tel ou tel autre livre biblique. Ni les craintes des uns ni les clameurs des autres ne semblent justifiées.
Qu’on lise Origène et saint Jérôme, et l’on verra combien les anciens docteurs se sentaient libres dans les questions de critique textuelle et les questions d’authenticité biblique. Le même esprit de liberté se rencontre jusque chez les théologiens du moyen âge. 11 disparaît graduellement, depuis la fin du xvie siècle, par l’influence indirecte du protestantisme, et plus tard par réaction contre les tendances négatives du rationalisme. On peut dire néanmoins que ce qui serait nouveau dans l’Église, et d’une nouveauté dangereuse, ce serait la défiance à l’égard d’un examen sérieux et sincère des questions bibliques. Le péril, à l’heure présente, n’est pas d’avancer sur le chemin de la science ; ce serait de rester immobiles, en niant le mouvement qui s’est accompli et qui s’accomplit encore autour de nous2.
* 1. Surtout ceux qui ne sont pas exégètes. Les théologiens dont le suffrage doit compter en matière biblique sont principalement ceux qui ont approfondi non seulement la doctrine traditionnelle de l’Église sur les Écritures mais encore la critique des Livres saints.
*2. Talia ex temporum cursu incrementa suscipiank'(Scripturæ sacræ sludia ) quæ vere sint in præsidium et gloriam calholicæ veritatis. Encyclique Providentissimus Deus.
Si l’exégèse non catholique était arrivée, sur certains points particuliers, à des résultats certains ou très vraisemblables, que nous n’avions pas prévus, il ne devrait pas nous coûter de les reconnaître. La vérité, partout où elle se trouve, est toujours bonne à prendre. Les principes fondamentaux du catholicisme sont tels que les progrès scientifiques les plus considérables peuvent se produire en lui sans porter atteinte à sa constitution ou à ses doctrines. On ne saurait trahir la vérité traditionnelle en ouvrant les yeux à la vérité rationnelle. Le mot de capitulation, que Ton emploie quelquefois avec l’intention de rendre suspect et odieux tout effort tendant à la restauration des études bibliques, n’est pas applicable au sujet dont en parle. Aucun dogme n’est en cause, et l’on ne fait pas de concession à une vérité, de quel ordre qu’elle soit, lorsqu’on la voit et qu’on l’accepte. De même qu’il faudrait flétrir l’homme qui, sous prétexte de science, travaillerait à ruiner la foi, ainsi celui qui, sous couleur de servir la foi, travaillerait à dérober en quelque sorte furtivement, pour les anéantir, les données certaines de la science, serait digne de tout mépris ; et il serait aussi nuisible que l’autre, car il compromettrait gravement la cause qu’il prétendrait servir. D’ailleurs, il ne saurait être question pour nous d’accepter sans contrôle les conclusions, même les plus vraisemblables, de la critique moderne, mais bien de reprendre, en les étudiant dans l'esprit de la véritable tradition catholique, tous les problèmes dont une étude approfondie de la Bible doit fournir la solution b
* 1 . Ceux qui se sont demandé avec une certaine anxiété si l’Encyclique Providentissimus Deus ne rend pas ce travail plus difficile, ou bien même si elle ne le défend pas comme attentatoire à l’autorité de l’Écriture, se troublent certainement à tort. L’Encyclique ne défend pas, elle recommande, au contraire, d’étudier à la fois l’histoire des textes bibliques et le témoignage de la tradition, le caractère propre des différentes parties de l’Écriture, les procédés suivis dans leur compo-
Études bibliques. — A. Loisy.
Un point que je n’ai pas traité directement dans ma leçon sur Là critique biblique est la difficulté que pourrait opposer aux conclusions de la science exégétique la théorie de l’inerrance absolue de l’Écriture. La lumière, dit-on, jaillit de la discussion : peut-être se trouve-t-elle plus sure et plus complète dans un examen tranquille et patient des difficultés à résoudre. Mais puisque le pro-
sition, les nuances particulières que présente la pensée des écrivains sacrés. Tout cela constitue la vraie critique, à laquelle doivent s’exercer principalement ceux qui sont appelés à enseigner l’Écriture sainte. L’Encyclique réprouve seulement les abus d’une critique audacieuse, qui, sans s’occuper de la tradition autrement que pour la contredire, s’adonne à l’examen des Livres saints afin d’improviser des hypothèses téméraires au sujet de leur origine, et des interprétations compromettantes pour leur autorité.
L’Encyclique fait une distinction importante, et qui n’a peutêtre pas été assez remarquée, entre l’enseignement scripturaire qui doit être donné à tous les prêtres et celui par lequel on formera des professeurs d’Écriture sainte ou des exégètes chargés de représenter, en face de la critique rationaliste, la science catholique de la Bible. Le premier a nécessairement pour texte la Vulgate, interprétée surtout au point de vue doctrinal et théologique. Le second est fondé sur les textes originaux de l’Écriture étudiée au point de vue historique. Rien ne répondrait mieux, semble-t-il, à la pensée et au désir du Souverain Pontife que l’institution de cours spéciaux pour la formation des professeurs d’Écriture sainte dans telle ou telle Université catholique où l’on pourrait les organiser plus facilement, parce qu’on aurait des maîtres capables et de plus grandes ressources pour l’étude. Ces cours s’adressant à un auditoire choisi, n’auraient pas tout à fait le même objet, ni le même caractère que ceux qui s’adressent au grand nombre : ce seraient des cours de langues orientales, hébreu, assyrien, syriaque, etc., et des cours d’exégèse savante où les questions d’introduction biblique seraient traitées avec plus de développements par leur côté historique, où les textes originaux de l’Écriture seraient commentés directement devant des auditeurs qu’une connaissance suffisante des langues anciennes aurait mis en état de suivre une telle explication. La protection éclairée de Léon XIII ne manquerait certainement pas à ceux qui entreprendraient cette œuvre dans un esprit de dévouement à l’Église, de respect pour la tradition, de zèle pour le progrès de la science catholique. (Note rédigée en 1894.)
blême a été posé, il semble que ce soit un devoir pour quiconque voit le péril auquel une conception trop étroite de l’inerrance biblique pourrait exposer la foi des personnes éclairées, d’énoncer, dans un esprit de parfaite soumission à l’autorité de l’Église , les raisons que l’on peut faire valoir en faveur d’une opinion plus large.
L’inerrance de la Bible ne peut impliquer la vérité absolue de tout son contenu et de toutes ses propositions, quel que soit leur objet1. Un livre absolument vrai, pour tous les temps, dans tous les ordres de vérité, n’est pas plus possible qu’un triangle carré. Un livre, même divin, est toujours un livre ; destiné aux hommes, il est encore et nécessairement un livre humain. Un livre absolument vrai pour tous les temps serait, s’il pouvait exister, inintelligible pour tous les temps. Un livre vrai selon la science d’aujourd’hui ne sera plus tout à fait vrai selon la science de demain. Si tous les hommes portent la marque de leur époque, il en est ainsi de leurs œuvres, particulièrement des œuvres littéraires, qui reflètent, avec l’individualité de leurs auteurs, les opinions et les mœurs de l’âge où ils ont vécu. 11 n’existe pas de symbole contenant, sous une forme accessible aux esprits de tous les
M. Au fond et pratiquement, la théorie de l’inerrance absolue, telle qu’on la combat ici, n’est admise par personne. Mais beaucoup raisonnent comme s’ils l’admettaient en principe et comme s’il était indispensable de l’admettre. La Bible est aussi vraie qu’un livre peut l’être. Néanmoins elle ne présente pas uniformément l’expression exacte et complète de la vérité sur tous les points qu’elle touche. La parole divine adressée à tels hommes, dans telles conditions, a été dite pour eux ; dans sa forme elle est vraie relativement à eux, bien qu’elle soit absolument vraie dans sa substance. En face d une difficulté réelle, le théologien qui veut y apporter une solution sérieuse dit la même chose que le critique non préoccupé de théologie. Tout le monde reconnaît, par exemple, que les auteurs bibliques, en ce qui regarde le système du monde, s’expriment conformément aux apparences aux conceptions populaires, à la science du temps. D’où il suit que leurs énoncés en cette matière ne sont pas nécessairement conformes à la réalité des choses et n’ont qu’une vérité relative.
siècles, toute la somme de vérité que les hommes sont et seront jamais capables de comprendre. La vérité religieuse elle-même n’a pas été donnée à l’humanité comme un trésor immuable, une sorte de diamant incorruptible, destiné à être contemplé successivement par toutes les générations. La doctrine révélée ressemble plutôt à un germe précieux qui vit et grandit, substantiellement identique à lui-même sous le développement incessant qui est la manifestation et la condition naturelle de son existence. Il ne faut donc pas exiger de la Bible que sa vérité soit en rapport'avec les états successifs de la science humaine. La Bible a été ce qu’elle devait être pour satisfaire aux besoins religieux de ses premiers lecteurs. Le rationaliste qui reproche à la Bible de contenir des erreurs en matière de sciences naturelles ou des inexactitudes en matière d’histoire, se montré injuste à son égard, et cette injustice ne trouve qu’une excuse insuffisante dans l’imprudence avec laquelle nous violentons parfois le texte scripturaire pour le mettre d’accord avec les données de la science moderne.
L’idée que la Bible serait en accord positif et permanent avec tous les résultats de toutes les sciences, naturelles et historiques, est trop évidemment contredite par les faits pour qu’un critique, abordant l’étude de la Bible sans préoccupation théologique, puisse ne pas la rejeter. Dans l’application, cette idée aboutit à une contradiction palpable, parce que l’on s’en autorise pour déterminer la signification et la portée des textes avant d’en examiner critiquement le contenu b
* 1. Passage à interpréter conformément à la note précédente. Il s’agit de savoir si les moindres parties de l’Écriture contiennent, sur tous les points quelles touchent, même incidemment, le maximum de vérité qui a pu ou qui pourra être jamais connu en ce monde par l’esprit de l’homme, avec les lumières de la nature et de la grâce. Or il est évident que la vérité de l’Écriture n’a pas ce caractère absolu et n’a jamais été comprise de la sorte par la tradition. Les livres de l’Écriture
Bien loin qu’une telle conception soit un article de Foi, ce n’est pas même une doctrine théologiquement autorisée. Rien dans les documents scripturaires et traditionnels ne prouve que Dieu ait voulu faire aux écrivains sacrés ou mettre dans la Bible une révélation scientifique ; il n’a pas même voulu y mettre une révélation religieuse complète dès le début et, dans son ensemble, adéquate par elle-même aux besoins de tous les temps. La question de savoir en quel sens et dans quelle mesure la Bible est vraie, n’a été traitée ex professo ni dans la Bible ni dans Tancienne tradition. Cette question n’existait pas pour les auteurs bibliques ni pour les Pères de l’Église ; les
sont adaptés aux conditions historiques de leur publication. De ce fait providentiellement nécessaire résulte la présence dans la Bible d'un élément relatif dont il ne faut ni exagérer ni contester l’importance au point de vue de l’interprétation. Nous ne devons pas nous croire obligés, comme critiques, de retrouver dans chaque endroit de l’Écriture toute la somme de vérité que l’on est capable de connaître actuellement sur le point qui y est traité, comme si la Bible avait été écrite spécialement pour notre époque et comme si la science de notre temps était la règle immuable de la vérité. L’Encyclique nous prémunit contre cette tendance. In considérations sit primum scriptores sacros, seu verius Spiritum Dei qui per ipsos loquebatur noluisse ista , videlicet intimam rerum adspectabilium constitutionem, docere homines, nulli saluti profutur a ; quare eos, potiusquam explorationem naturae recta prosequantur, res ipsas aliquando describere et tractare aut quodam translations modo , aut sicut commuais sermo per ea ferebat tempora... Scriptor sacer... ea secutus est quae sensibüiter apparent, seu quae Deus ipse homines attoquens ad eorum capium significavit humano more. Le Souverain Pontife dit expressément que ce principe n’est pas applicable seulement aux matières de sciences naturelles mais aussi à l’histoire. « Léon XIII, écrit un savant jésuite anglais, n’affirme nulle part que tous les récits delà Bible soient aussi rigoureusement historiques les uns que les autres; mais il déclare que tous les récits qui sont vraiment historiques sont historiquement vrais... Admettons (par hypothèse) qu’Esdras ou un autre rédacteur (du Pentateuque), en agissant comme le supposent les critiques modernes, ait procédé conformément à une façon courante de parler, et non avec l’intention de créer la persuasion erronée que la législation placée dans la bouche de Moïse était tout entière et rigoureusement mosaïque, l’Encyclique nous laisserait libres d’interpréter les textes conformément à cette façon de parler. » P. H. Lucas; The Guardian, 25 avril 1894.
théologiens scolastiques l’ont à peine soupçonnée. Ni la Bible ni la tradition n’ont pu y faire de réponse claire et indiscutable. Mais il est permis de dire que la tradition y a fait une réponse qui, pour être implicite, n’en est pas moins significative. Les Pères de l’Église et les anciens commentateurs avaient trouvé le moyen de concilier avec le principe de l’inspiration verbale, des interprétations qui nous semblent parfois très risquées. Leürs procédés exégétiques, en partie abandonnés aujourd’hui, ne laissent pas d’être instructifs. Les auteurs ecclésiastiques ont traité la Bible comme un livre vrai, mais vrai à condition d’être interprété. N’est-ce pas encore le grand argument que l’Église catholique oppose avec raison au protestantisme ?
La Bible est un livre ancien, un livre écrit par les hommes et pour des hommes, dans des temps et des milieux étrangers à ce que nous appelons la science. Les erreurs de la Bible 1 ne sont pas autre chose que le côté relatif et imparfait d’un livre qui, par cela même qu’il était livre, devait avoir un côté relatif et imparfait. Toute les défectuosités qui nous frappent dans l’Écriture et qui résultent soit des opinions courantes de l’antiquité en matière de cosmologie et de sciences naturelles, soit du manque d’informations historiques sur les temps primitifs ou trop anciens, soit des procédés de composition usités dans le milieu où les Livres saints ont été écrits, soit enfin du caractère plus simple et plus rudimentaire des croyances religieuses dans les âges très reculés, étaient pour la Bible une condition de succès, on pourrait dire une qualité indispensable. En ce sens, on peut dire que ces imperfections contribuaient à rendre la Bible vraie pour
* L Ou plutôt ce qu’on appelle ainsi.
le temps où elle a paru1. Cette vérité purement relative ne porte aucun préjudice à la valeur absolue des principes qui sont la base de l’enseignement biblique. Conçoit-on la révélation religieuse complète dès le début ? Elle eût été inintelligible. L’imagine-t-on compliquée d’une révélation scientifique dont nul ne se serait aperçu avant les temps modernes ? Elle eût été en partie inutile.
On dit, il est vrai, qu’une révélation scientifique n’était pas nécessaire pour éviter les erreurs scientifiques, parce que l’Esprit-Saint aurait guidé les écrivains sacrés de telle sorte que, tout en partageant les idées populaires
* 1. « Dieu, en parlant aux hommes, a dû employer le langage des hommes. Or tout langage humain est imparfait. Il se compose de mots et les mots sont des signes, des images toujours incomplètes de la réalité... Les langues sémitiques sont encore plus impropres que les langues aryennes à rendre toutes les fines nuances de la pensée... Le travail de subtile et délicate analyse fait par les philosophes de la Grèce dans le domaine intellectuel, travail admirable dont héritèrent Rome d’abord et ensuite les nations de l’Europe moderne, a manqué aux idiomes des enfants de Sem. Leur métaphysique, leur psychologie sont presque nulles. La science, dans le sens que nous attachons aujourd’hui à ce terme, n’existait pas pour eux... Nous sommes arrêtés à chaque pas, même quand nous lisons les auteurs anciens de même race que nous... Combien la difficulté ne s’accroit-elle point quand les vieux écrivains dont nous lisons les œuvres ont non seulement écrit en une langue d’un génie différent de la nôtre, mais ont eu une autre manière de concevoir et de penser, ont vécu une tout autre vie et employé des mots semblables dans un sens tout différent. .. Leurs œuvres sont des fragments décousus plutôt qu’un tout suivi, une mosaïque de documents plutôt qu’un ensemble enchaîné, soudé ou fondu... L’ignorance des siècles passés relativement à l’origine du monde, à sa formation, aux lois qui le régissent, était profonde. Actuellement encore que d’obscurités et que d’hypothèses ! Que serait-il donc arrivé si Dieu, dans l’Écriture, nous avait donné l’énigme de la science ? L'Écriture aurait été rejetée par tous ces hommes, imbus de leur savoir, parce qu’elle n’aurait pas été d’accord avec leurs rêves du moment. La Providence a donc été sage en mettant le livre de la révélation en dehors des opinions changeantes des savants de la terre, et en parlant sur ces matières la langue du peuple. » Vigouroux, Les Livres saints et la critique rationaliste, I, 13-20, 6 4. S. Jérome disait déjà (In Jer ; Migne, Pair. lat. XXIV, 855) : Multa in Scripturis sanctis dicuntur secundum opinionem illius temporis quo gesta referuntur , et nonjuxta qaod rei veritas continebat.
sur le système du monde, et les habitudes littéraires de leur temps, ils n’auraient jamais risqué une assertion contraire à la vérité des choses b Mais il suffit, pour savoir à quoi s’en tenir, de regarder le texte biblique et de voir à quelles échappatoires la théorie de l’inerrance absolue de l’Écriture réduirait sur certains points notre apologétique. On peut dire, en se plaçant au point de vue de la théologie, que les auteurs bibliques ne se sont pas trompés dans les endroits où nous les prenons en défaut, parce qu’ils n’ont pas eu l’intention formelle d’enseigner comme vrai en soi ce que nous trouvons erroné. Mais dès que Ton rejette cette explication, Ton se heurte à des difficultés sans fin. La semaine de la création génésiaque sera éternellement réfractaire à la géologie; le firmament ne peut être aucunement remplacé par l’espace indéfini, et, d’un bout à l’autre de l’Écriture, la terre est supposée réellement immobile sous la coupole des deux. On cherchera toujours en vain l’emplacement réel du paradis terrestre et la source commune des quatre fleuves. On tourmentera inutilement les généalogies patriarcales pour faire cadrer la chronologie biblique avec les données certaines de l’assyriologie et de l’égvptologie. On ne fera pas croire aisément à un lecteur sérieux que Saül, au moment où David allait combattre le Philistin, connaissait seulement le harpiste et non le jeune homme vaillant qui était son écuyer, ou bien qu’il voulait, en bon père de famille, prendre des information sur son futur gendre ; etc., etc. Pour chercher dans
* 1. Il résulterait de là que les écrivains sacrés se seraient mépris sur le véritable sens de leurs discours. L’auteur de la Genèse, croyant parler du firmament, aurait parlé de l’espace; croyant parler de jours, il aurait parlé d’époques; ayant sur les astres les idées de son temps, il en aurait parlé comme Laplace. Cependant on doit dire des auteurs inspirés en général ce que saint Jérôme dit des prophètes: Neque vero, ut Montantes cum insanis feminis somniat, prophelae in extasi sunt locuti , ut nescirent quid loquerentur , et cum alios erudirent, ipsi ignorarent quid dicerent. In Is. (P. I. XXIV, 19.)
la Bible trop de vérité, l’on s’expose à y trouver beaucoup d’erreurs L
L’inspiration des Écritures est à concevoir comme un concours divin dont le but a été de préparer à -l’Église une sorte de répertoire pour l’enseignement religieux et moral. Ce concours échappe à notre analyse, comme toutes les opérations divines dans l’ordre naturel et dans l’ordre surnaturel. Mais on peut affirmer, sans crainte de se tromper, que ce concours spécial a prévenu et enveloppé toute l’activité des écrivains sacrés, en sorte qu’il est impossible de discerner dans leurs œuvres ce qui vient uniquement de Dieu et ce qui vient uniquement de l’homme. Tout vient à la fois de l’un et de l’autre. Les
* 1. Les données concernant le système du monde, la cosmogonie, la géographie du paradis terrestre, sont en rapport avec la science du temps. Les généalogies patriarcales sont une sorte de chaîne à laquelle les écrivains bibliques ont rattaché ce qu'ils savaient de l’antiquité préhistorique et qui sert principalement à montrer la continuité de l’action providentielle dans l’histoire de l’humanité. Le livre de Samuel contient deux relations concernant les premiers rapports de David et de Saül. Le dernier rédacteur n’a pas jugé à propos de préférer l’une à l’autre : était-il obligé de se prononcer sur la valeur de ces documents ? Il est vrai pourtant que l’une de ces relations peut être plus exacte que l’autre au point de vue historique. La lettre d’Élie exprime, dans le langage du Chroniqueur, ce que les prophètes ont pensé de la conduite du roi Joram ; la circonstance de la lettre envoyée encadre la leçon qu’a voulu donner l’historien. Il faut en dire autant de lamention de Salmanasar dans le livre deTobie, du nom attribué auroi de Ninive dans le livre de Judith, du titre et de la généalogie de Balthasar dans le livre de Daniel. Ce sont des données vagues que les auteurs sacrés ont pu, d’ailleurs, emprunter en partie à la tradition et dont ils n’avaient pas à faire autrement la critique. D’une manière générale, les trois premiers évangélistes n’attachenî que peu d’importance à l’enchaînement historique des faits. Job, les Psaumes, l’Ecclésiaste ne contredisent pas doctrinalement l’enseignement des livres plus récents; ils correspondent à un degré moins élevé de la révélation divine. L’imminence du règne messianique était un effet de perspective qui avait ses raisons providentielles et psychologiques. L’homme rapproche de lui l’objet de son espoir, et il a besoin, pour agir, de le voir tout près. La foi des prophètes et des apôtres n’embrassait pas pour cela une illusion, bien que les contours matériels et flottants de leurs espérances, si l’on peut s’exprimer ainsi, manquent de réalité.
vérités religieuses et morales, objet propre de la révélation, apparaissent dans l’Écriture telles que les écrivains bibliques ont été capables de les concevoir. D’autre part, on n’imagine pas qu’il puisse y avoir, dans un livre inspiré, tel ou tel élément resté en dehors de l’influence divine, qui, selon la doctrine traditionnelle, atteint le livre comme livre, et l’atteint tout entier. Cette influence atteint même d’une certaine manière les imperfections que l'on qualifie d’erreurs et qui n’étaient point telles au jugement des écrivains sacrés et de leurs premiers lecteurs.
Ce qu’on appelle erreur n’est pas d’ordinaire un élément séparé de ce qui est pour nous la vérité. Les deux éléments ne sont même pas toujours facilement séparables dans la pensée des écrivains bibliques et dans leurs livres. Ils peuvent être séparés et ils le sont toujours plus ou moins dans le commentaire ecclésiastique, où l’on applique aux besoins des temps les principes de la révélation biblique, et où l’on est obligé de la dégager du moule ancien qui l’a d’abord enfermée. Là où les Pères cherchaient quelque sens mystique permettant de trouver l’édification dans des difficultés qu’il n’était point alors nécessaire d’expliquer à fond, l’exégèse critique découvre certaines libertés de rédaction qui ne sont pas dans nos habitudes modernes, mais qui étaient dans celles des écrivains bibliques, et en vertu desquelles ils ont pu énoncer telle donnée moins sûre ou hypothétique, telle combinaison de faits, artificielle et non historique, sans avertir expressément le lecteur. La Bible reste vraie, comme le croyaient les Pères, vraie à condition d’être interprétée.
La Bible est vraie, mais l’Église est infaillible. Un livre, si vrai qu’il soit, ne.peut s’interpréter lui-même, se proportionner à l’état intellectuel, moral, social des temps pour lesquels il n’a pas été écrit. Voilà pourquoi le commentaire ecclésiastique a varié de caractère et de forme
suivant les différentes époques. Il a besoin d’être toujours nouveau, tandis que la Bible est obligée de rester ce qu’elle est. Le commentaire historique ne détruit pas le commentaire traditionnel de la Bible ; il en vérifie simplement les bases. Ce que le progrès de la science scripturaire paraît enlever au prestige de l’Écriture manifeste la nécessité du magistère ecclésiastique. La critique fait ainsi l’apologie de l’Église contre les sectes fondées sur l'autorité de la Bible seule.
Les conclusions du présent article peuvent se résumer en quelques mots :
La question biblique n’est pas uniquement une question de théologie1; elle consiste principalement à savoir dans quelle mesure les résultats de la critique moderne modifient les opinions reçues touchant la composition et l’interprétation historique des Livres saints. La meilleure façon de la résoudre serait de reprendre et de reviser, au point de vue catholique, tout le travail de l’exégèse indépendante2. Le dogme chrétien et la saine théologie laissent aux savants toute la liberté dont ils ont besoin à cet effet.
Une interprétation trop étroite du dogme de l'inspiration pourrait être un obstacle sérieux au progrès de la science catholique. Mais la façon dont certains théologiens semblent entendre l’inerrance de la Bible3 ne s’offre pas à nous comme un dogme ni comme une doctrine liée nécessairement au dogme.
* 1. La question théologique est maintenant résolue par l’Encyclique Providentissimus Deus; ce n’a jamais été la vraie question biblique.
* 2. Hos autem ipsos (qui ad sacras Litteras profitendas designantur) doctiores esse oportet atque exercitatiores in vera artis criticæ disciplina. Encyclique Providentissimus Deus.
* 3. En faisant de l’Écriture une série de propositions ayant toutes la même valeur de vérité pleine, constante et immédiatement adaptée à tous les états de la science humaine.
La vérité des Écritures est une vérité que l’on peut dire, à certains égards, économique. Elle est coordonnée à l’infaillibilité de l’Église qui l’interprète. La forme sous laquelle cette vérité a été présentée d’abord implique, relativement à nous, beaucoup d’imperfections que l’on peut, au point de vue de la science moderne, qualifier d’erreurs, mais qui, n’étant pas l’objet de l’enseignement révélé contenu dans la Bible1, jouissent, au point de vue théologique, d’une sorte de vérité proportionnelle comme condition inévitable de la révélation dans les temps bibliques 2.
Ces opinions n’ont, au fond, rien de nouveau. A l’heure actuelle, beaucoup les conçoivent telles qu’on vient de les lire et préfèrent laisser à autrui le soin de les exprimer en public. Mais une parole sincère et pacifique a toujours le droit de se faire entendre : tous sont à même d’en faire leur profit si elle est bonne, et il est facile de la corriger en ce qu’elle peut avoir de défectueux 3.
* 1. Ni de l’enseignement biblique en général. Les imperfections dont il s’agit tiennent à la forme de l’enseignement, non à la substance, bien que les deux éléments ne soient pas toujours faciles à distinguer. La notion de \' économie biblique a été remarquablement traitée par un théologien catholique anglais dans le Tablet, 28 avril, 5, 12 et 19 mai
* 2. Nefas omnino fuerit, aut inspirationem ad aliquas tantum sacræ Scripturæ partes coangustare, aut concedere sacrum ipsum errasse auctorem. Encyclique, supr. cit.
* 3. A la suite de cet article, l’auteur a dû quitter l’Institut catholique de Paris, où il avait enseigné pendant douze ans. Quoiqu’on l’ait dit et même écrit souvent, l’Encyclique Providentissimus Deus n’a été ni la cause ni le prétexte de la mesure prise à son sujet par les Évêques fondateurs. Il n’appartenait déjà plus à l’Institut catholique lorsque l’Encyclique a été publiée. Voir Revue critique du 3 janvier 1898, p. 6-7.