‹ Études bibliquesChapitre 21 sur 54 · OPIMONS CATHOLIQUES SUR L ORIGINE DV PENTATEUQUE · texte numérisé non relu

OPIMONS CATHOLIQUES SUR L ORIGINE DV PENTATEUQUE

commentaire du Livre de Talliance et semble ne tenir aucun compte de la législation lévitique. Avec sa chronologie arrêtée, sa conception systématique de riiistoire ancienne ramenée à quelques faits principaux, création qui autorise le sabbat, déluge auquel se rattache la défense de manger le sang, alliance avec Abraham d'où résulte l'obligation de la circoncision, séjour' dlsraël en Egypte et exode aboutissant à la législation sinaïtique, conquête de la Palestine et partage du pays entre les tribus, comme sanction de la promesse faite aux ancêtres et fondement inébranlable du droit d'Israël sur son territoire, P a donné le plan de l'histoire sainte jusqu'à la mort de Josué ; P a fourni le cadre du Pentateuque ; ce qu'on appelle encore parfois le plan de la Genèse est le schéma généalogique de P. L'histoire de J-E se poursuit aussi dans le livre de Josué ; mais, tandis que cette histoire ne porte aucune trace notable de retouche deutéronomiste dans la Genèse, l'Exode et les Nombres, elle a subi dans Josué une revision analogue à celle qu'on remarque dans les Juges et dans Samuel, et qui s'est accomplie sous l'influence du Deutéronome. Du reste, chacun des grands documents représente plutôt une tradition ou une branche de tradition que l'œuvre d'un individu. La plus ancienne rédaction de J et de E a englobé des pièces antérieures ; elle a fait des emprunts à de très vieux livres qui sont cités

SOUS les noms de livre du lasliar et livre des Guerres de lahvé ; ces rédactions ont été ensuite enrichies d'additions avant que J et E fussent réunis ensemble. Les chapitres d'introduction du Deutéronome ont été composés après le corps du livre, selon la plupart des critiques ; et dans la partie principale, relativement homogène, on croit aussi reconnaître les vestiges d'un travail rédactionnel assez complexe. On distingue pareillement, dans la législation lévitique, la loi dite de Sainteté (majeure partie des chapitres xvii-xxvidu Lévitique) ; ici encore l'œuvre de codification a traversé plusieurs phases.

Il va sans dire que les documents ainsi formés ne se datent pas avec précision. Pour fixer approximativement le temps où ils ont vu le jour, on les compare entre eux et avec les données de l'histoire israélite. Le simple examen des parties narratives et même la comparaison des récits entre eux ne conduisent pas à des résultats suffisamment nets. On constate, par exemple, que l'esprit religieux de P est moins primitif que celui de J-E, que le premier récit de la création est moins anthropomorphique que le second, et qu'il a chance d'être moins ancien. En ce qui regarde le lieu d'origine, on aurait peutêtre des indices assez probables pour faire naître J dans le royaume de Juda, et E dans le royaume d'Israël ; mais sur la question de priorité les opinions sont partagées. Le point de repère de lacri-

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tique a été la découverte de la Loi sous Josias, et les prescriptions relatives au lieu du culte. Certains Pères de TÉglise, et même des auteurs modernes qui ne sont pas suspects d'indulgence à Tégard de la critique, ont admis que le livre trouvi dans le temple par le prêtre Helcias était le Deutéronome. C'était du moins une partie de ce livre, et il suffit de comparer le récit des Rois avec la législation deutéronomique pour s'apercevoir que celle-ci a servi de règle à la réforme de Josias. Le trait caractéristique de cette réforme a été l'abolition de tous les sanctuaires en dehors de Jérusalem, et Ton a vu que la préoccupation du Deutéronome était précisément d'empêcher les Juifs de sacrifier ailleurs que dans l'endroit choisi par le Seigneur. Or on voit, dans les Juges, dans les livres de Samuel et même dans les Rois, que, pendant longtemps, on a sacrifié partout, sans le moindre scrupule : Samuel et Élie offrent des sacrifices ailleurs que devant l'arche. Cet état de choses, observent les critiques, est en rapport avec la législation du Livre de l'alliance ; si respecté que fût le sanctuaire de l'arche, il n'était pas le centre unique de tout le culte public en Israël; les prescriptions du Deutéronome et celles du Code sacerdotal touchant l'unité du sanctuaire n'étaient pas connues. L'histoire des Rois parle d'une réforme qui fut essayée, au temps d'Ezéchias, pour centraliser le culte à Jérusalem ; mais on ne dit pas que

c'ait été en vertu d'une loi mosaïque. La réforme tomba avec l'avènement de Manassé. Elle fut reprise sous Josias, en partant d'un livre. Ce livre, que nous connaissons, avait donc été composé entre le temps d'Ézéchias et le moment de sa découverte au temps de Josias. Plusieurs critiques pensent qu'il avait été composé en vue de la réforme à effectuer, et déposé à cette fin dans le temple. D'autres supposent qu'il fut rédigé sous Manassé. La question est secondaire. La ressemblance frappante qui existe, tant pour les idées que pour le style, entre le Deutéronome et le livre de Jérémie, vient confirmer l'hypothèse des critiques. Si quelques-uns d'entre eux ont parlé de fraude à l'occasion du Deutéronome, c'est pour avoir méconnu le véritable caractère de ce livre, qui est comme une adaptation du Décalogue et du Livre de l'alliance aux besoins de la communauté israélite vers la fin du vu® siècle avant notre ère. En faisant parler Moïse, l'auteur avait conscience d'interpréter, comme il le fallait dans le présent, la pensée du législateur. Il est vraisemblable que la mise en scène a aussi un fondement traditionnel. Le procédé n'a rien que de conforme aux habitudes de l'antiquité. On ne conçoit même pas, au point de vue de Thistoire, que la tradition de Moïse ait pu se conserver dans d'autres conditions et par d'autres moyens. Transcrire les vieux textes avec l'exactitude d'un philologue était

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contraire à l'esprit de ces temps, et, bien loin de servir les intérêts de la religion, n'aurait pu que les compromettre.

Le Deutéronome étant ainsi rattaché au temps de Josias, il est aisé de déterminer ce qui, dans le Pentateuque, est antérieur ou postérieur à cette date. L'histoire de J-E, avec le Décalogue et le Livre de l'alliance, lui est certainement antérieure; elle doit même être antérieure au temps d'Ezéchias et aux plus anciens prophètes écrivains ; les récits concernant les patriarches, où on les voit consacrer, par l'érection de stèles et par des sacrifices, les sanctuaires de Sichem, de Béthel, d'Hébron, de Beersabée, remontent à une époque où ces sanctuaires étaient encore en honneur. Toutefois les critiques placent volontiers la première rédaction de J au IX® siècle, celle de E au viii®. M. von Hûgel ne se prononce pas à cet égard. On ne peut plus s'appuyer que sur la tradition seule pour attribuer à Moïse la première idée de la Loi et la promulgation ou la rédaction de ses préceptes fondamentaux ; mais ce sont là des faits indispensables pour expliquer l'origine même de la tradition. D'autre part on doit regarder comme postérieur au Deutéronome le document P, soit en ce qui concerne le cadre historique, soit en ce qui concerne l'ensemble de la compilation rituelle, quoique certains éléments de celleci puissent être contemporains du Deutéronome ou lui être même antérieurs.

L'esprit général du document P est fort analogue à celui d'Ézéchiel ; c'est la Loi sacerdotale qui préside aux réformes de Néhémieet d'Esdras; elle a dû être compilée vers la fin de Texil ou peu après. Certains critiques pensent que la Loi apportée par Esdras à Jérusalem était le document P, distinct du corps historique formé par J-E et D ; d'autres croient que c'était le Pentateuque tout entier. Quoi qu'en dise le P. Méchineau, les premiers ne sont pas du tout regardés par leurs confrères comme des « énergumènes », et sans doute, on ne les compterait pas « sur les doigts de la main », car ils doivent être maintenant les plus nombreux. La question est assez obscure, parce que l'histoire même d'Esdras et de Néhémie ne se présente pas sans quelque confusion dans les livres qui portent leur nom. Tout le monde accorde que le travail de compilation définitive se fit, sinon par Esdras, au moins par les scribes de son école. Ce travail se poursuivit assez longtemps, et des retouches légères, mais pourtant appréciables, se firent encore dans le Pentateuque après qu'il eût été traduit en grec. Les rédacteurs du Code sacerdotal ont fait parler Moïse, comme avaient déjà fait les auteurs du Deutéronome. Leur conduite s'explique de la même façon. Moïse avait été l'initiateur du culte de lahvé, il avait posé les principes dont le Code sacerdotal représente le commentaire traditionnelle développement

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séculaire et rapplication réclamée par Tétat religieux de la communauté israélite à partir de Texil. La tradition n'indiquait pas d'autre nom pour recommander ce droit liturgique, très ancien comme coutume, sinon comme texte fixé ; et de même que la tradition ne se trompait pas en l'indiquant, les rédacteurs ne se trompèrent pas en l'acceptant.

L'impression que laisse l'histoire de la religion israélite, quand on y suit ainsi le mouvement des idées et des institutions religieuses depuis les origines jusqu'aux approches de l'ère chrétienne, n'est pas du tout celle d'un chaos ou d'une vision fantastique. M. von Hûgel n'hésite pas à dire que ce développement de la religion israélite à travers les siècles n'est pas chose moins admirable, moins digne de Dieu, moins visiblement surnaturelle que ridée d'une révélation complète dès le début et qui n'aurait pas été comprise avant la fin de la captivité; d'une législation immobile, écrite dans le désert et observée seulement au temps du second temple; d'un livre composé par Moïse, où serait d'avance résumé tout l'enseignement des prophètes, et que les prophètes n'auraient jamais invoqué à l'appui de leur doctrine. Il faut distinguer entre l'interprétation naturaliste que les Kuenen et les Wellhausen ont donnée à ^histoire d'Israël, et cette histoire même telle qu'elle se manifeste à ^observateur sans parti pris, qui accepte, en matière de critique pure-

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menl littéraire, et sauf vérification, les conclusions générales de ces mêmes savants. On peut concevoir la religion israélite comme quelque chose de vivant et la trouver en même temps surnaturelle, parce que, si Ton y constate un développement, un progrès, un mouvement de plus en plus fécond dans Tordre de la vérité religieuse, le principe même de ce mouvement doit toujours être cherché en dehors de ses causes apparentes qui ne suffisent pas à l'expliquer. Comprendre ainsi la Bible, dit le savant auteur, n'est pas être rationaliste. Et il cite nombre de docteurs anglicans qui maintiennent le principe de la révélation divine avec le caractère surnaturel de la religion israélite, tout en admettant les résultats généraux de la critique contemporaine. Il énumère ensuite les écrivains catholiques qui se sont prononcés dans le même sens : le D^ Bickell en Allemagne, le D^ von Hoonacker à Louvain, le P. Lagrange à Jérusalem, le D^ Robert Glarke et le L)^ Van den Biésen en Angleterre, d'autres encore qui ne sont pas cités nommément, et qu'on trouverait sans peine s'il était expédient d'allonger la liste; l'auteur du présent compte rendu vient en dehors de cette respectable série, domicilié dans une phase très bienveillante.

Pour finir, M. von Hûgel allègue divers exemples de livres composés de la même façon que THexateuque, notamment le Diatessaron de Tatien, qui

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fut, pendant environ deux siècles, Tévangile officiel de rÉglise d'E]desse ; et il observe que, si Tespril de TEglise catholique avait été le même que celui dn judaïsme palestinien ou de TÉglise syrienne, cette harmonie des quatre Évangiles aurait pu supplanter partout, dans Tusage ecclésiastique, les Evangiles séparés. Si cette hypothèse avait été une réalité, si la somme évangélique de Tatien avait fait disparaître les documents dont elle a été composée, serait-on aujourd'hui hérétique ou insensé pour dire que cet Évangile unique a été formé de quatre documents, dont l'un, qui a fourni le cadre de la compilation, comme P a fourni le cadre de THexateuque, c'est-à-dire notre quatrième Évangile, se distingue nettement des autres, pour les idées et pour le style, tandis que la masse formée par les trois autres documents, c'est-à-dire les Évangiles synoptiques, accuse entre eux la plus étroite communauté de renseignements, d'esprit et de langage, de sorte qu'il n'est pas toujours facile de démêler ce qui appartient à l'un ou l'autre, et que, si l'on peut affirmer avec la plus entière vraisemblance l'existence de deux sources principales, à savoir nos Evangiles de saint Matthiéli et de saint Luc, la présence de la troisième source, dont presque tout le contenu est commun aux deux autres, est beaucoup moins garantie? L'histoire synoptique, d'un genre plus populaire, conçue en dehors de tout système

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théologique bien défini, s'offrirait à la critique dans les mêmes conditions que Thistoire de J-E ; et le quatrième Evangile, tant par son caractère doctrinal que par la précision de son cadre chronologique, correspondrait à P. Il est évident que Ton ne pourrait pas déterminer toujours avec une probabilité suffisante l'attribution de tel ou tel fragment, et pourtant la thèse générale des critiques ne laisserait pas d'être solidement fondée. Une comparaison n'est pas une preuve ; mais cet exemple est vraiment inslructif.

Dans son exorde, fait de précautions oratoires et de considérations sommaires sur le développement de la critique du Pentateuque, le P. Lagrange partage les exégètes catholiques en deux catégories : « ceux qui tiennent, avant tout, à conserver intact le dépôt de la tradition » et qui « craignent de tout céder en abandonnant quelque chose » ; ceux « qui, pour montrer que les catholiques, eux aussi, font œuvre de critique », s'empressent de (* suivre aveuglément un système à la mode » et « démolissent eux-mêmes des défenses qui sont devenues une gêne ». Pas un seul des savants que M. von Hûgel

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nous désignait tout à Theure ne répond à ce type singulier de critique catholique, et le P. La grange, qui ne mentionne ces deux groupes d'exégètes que pour s'isoler de l'un et de l'autre, aurait dû peser ses termes en ce qui regarde le second, auquel on le rattachera malgré lui, avec tous ceux qui n'appartiennent pas au premier. L'éminent directeur de la Revue biblique a l'intention de traiter plus tard à fond la question du Penlateuque; pour le moment il ne veut qu'apprécier a les raisons qui ont empêché jusqu'à présent les catholiques d'aborder l'examen des sources du Pentateuque ». Ne nous y trompons pas cependant ; de l'observation critique à la réfutation il n'y a qu'un pas, et c'est bien une réfutation de la thèse traditionnelle que nous allons entendre.

Les « raisons » signalées par le P. Lagrange ont été bien exposées, sérieusement discutées, et, si tout n'est pas neuf dans les idées qui sont développées à leur occasion, il y a beaucoup de neuf, des choses qui n'avaient pas encore été dites avec tant d'ampleur, de clarté, d'assurance, ou même qui n'avaient encore, ce semble, jamais été dites par un exégète catholique. Ainsi la première « raison » : la difficulté qu'il y a pour l'Occidenlal, nourri dans l'idée classique du livre, à concevoir ce qu'est le livre pour les Orientaux, et la répugnance qu'éprouve le théologien, qui a pour ainsi dire accommodé sa théorie de

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rinspiration à a conception d'un livre homogène, œuvre d'une seule main, fidèlement gardé dans sa teneur primitive, quand il s'agit d'adapter la notion de l'inspiration divine à un travail séculaire de composition, à un livre auquel cent mains différentes ont contribué. Il faut bien pourtant prendre les faits comme ils sont. L'œuvre de rédaction s'est poursuivie, pour le Pentateuque et pour d'autres livres de l'Ancien Testament, après l'époque des Septante. La liberté de la transcription était plus grande encore dans les temps antérieurs. En Orient, dit excellemment le P. Lagrange, « le livre vaut par lui-même, parce qu'il est écrit. Aujourd'hui encore les Orientaux s'informent peu des auteurs d'un livre. Ils l'estiment donc davantage comme livre. Mais ils respectent moins son texte. Cette autorité générale qui régit tout le monde est aussi le bien de tout le monde. On se soucie peu de la reproduction littérale des mots quand on le copie, et on se croit permis d'en faire d'amples extraits qui figureront d'autant mieux dans un nouvel ouvrage, qu'ils avaient moins de caractère individuel dans leur première situation. » En Israël aussi les Livres saints existaient pour eux-mêmes, pour leur contenu, pour l'utilité de leurs lecteurs, non pour leurs auteurs ni pour la gloire de ceux qui avaient part à leur rédaction. Avec cette notion du livj:'e, les questions d'authenticité et d'intégrité changent de sens; il est

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évident qu'elles ne peuvent se résoudre aussi simplement que pour des œuvres provenant de milieux où la littérature a été cultivée comme un art et une profession. Les sources immédiates des livres historiques ayant un caractère religieux, rien n'empêche d'attribuer Tinspiration divine aux principaux auteurs et rédacteurs, et non seulement au dernier compilateur.

Peut-être convenait-il d'ajouter que c est surtout à partir du xvii® siècle, et sous l'influence indirecte du protestantisme, que l'idée d'Écritures a conservées avec tant de religion qu'on n'a pas cru pouvoir sans impiété y altérer une seule lettre », comme dit Bossuet, s'est imposée à l'exégèse catholique. Les opinions des anciens Pères n'étaient pas très fermes sur ce point. Quelques-uns, à propos de la découverte de la Loi sous Josias, ou de la restauration des Écritures par Esdras, parlent du peu de soin avec lequel on gardait les Écritures chez les Juifs. Le jugement n'est pas exact, mais il montre au moins que les Pères ne tenaient pas à l'idée d'un auteur et d'une rédaction uniques pour chaque livre. La pensée de l'inspiration divine dominait tout, et l'on n'attachait qu'une importance très secondaire aux circonstances et aux détails de la composition humaine. Tel est le vrai point de vue de la tradition catholique. On ne saurait trop recommander à Tat-

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tention des théologiens ce passage de Bellarmin * : «Jusqu'au temps d'Esdras, les Ecritures n'étaient pas rédigées en forme de livres, de façon qu'on pût les avoir facilement et commodément, mais elles étaient dispersées en diverses annales el feuilles, et, parfois, à raison de la négligence des prêtres, demeuraient longtemps introuvables, comme on le voit par

IV Rois, XXII Mais Esdras, après la captivité,

recueillit le tout et le rédigea en un seul corps, ajoutant, dans le Deutéronome, le dernier chapitre sur la vie de Moïse, et quelques autres choses, de ci et de là, pour la continuité de l'histoire. »

La seconde « raison » est la difficulté d'admettre une évolution législative que semble exclure la formule constante : « Dieu dit à Moïse. » Cette évolution serait dans la nature des choses; mais la formule ne garantit-elle pas Torigine divine et mosaïque de toutes les lois contenues dans le Pentateuque ? — Certes, répond le P. Lagrange, elle la garantit, « mais médiatement », quand il s'agit de lois plus récentes édictées conformément aux principes éta-

1. Conlroversiœ (éd. Milan, 1721), I, 67 : Usque ad tempora Esdrœ, Scripiurœ non erant rerlactœ ad formani librorum^ ut facile et commode haberi possent, sed erant dispersas in nariis annalibus et chartiSy et înterdum ex negligentia sacerdotum longo tempore non inveniebantur (écho des Pères mentionnés plus haut), ut patet ex IV Beg., xxii... Esdras au tem, post captivitatem, omnia collegit et simul in unum corpus redegit, addens in Deuteronomio ultimum caput de vita Mosis, et qusedam alia hinc et inde ad continuationem historiœ.

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blis dans la législation primitive. On a gardé la loi ancienne avec respect, mais on Ta complétée quand elle s'est trouvée pratiquement insuffisante. « Les deux dispositions se contredisent en ce sens que Tune abroge l'autre, mais le rédacteur ne se contredit pas en rapportant deux dispositions successives. » La formule : a Dieu dit à Moïse », n'implique pas une révélation proprement dite, caries préceptes rigoureusement mosaïques ne font guère que consacrer ou proscrire des pratiques religieuses antérieurement existantes; elle signifie simplement : « Voici une loi émanée de l'autorité divine dans l'esprit du premier législateur. » Cette explication est conforme à ce que nous disait plus haut M. von Hûgel; elle a cours depuis longtemps parmi les critiques modérés, soit anglicans, soit catholiques.

Mais il y a la formule : u Moïse a écrit. » C'est la troisième <« raison ». Or la formule : « Moïse a écrit », n'est pas à interpréter plus rigoureusement que la formule : « Dieu dit à Moïse ». Cette formule s'applique seulement à certaines parties du Pentateuque, et, si on veut la prendre à la lettre, elle prouvera, en même temps, que Moïse a rédigé ces parties, et qu'il n'a pas écrit le reste. Il aura écrit quelque chose sur l'agression d'Amalek^ le Livre de l'alliance^, la liste des campements d'Is-

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