‹ Études bibliquesChapitre 23 sur 54 · Deut. xxxi, 9, 24;Jos. viii · texte numérisé non relu

Deut. xxxi, 9, 24;Jos. viii

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texte, en deux éditions, et à la même situation historique. L'activité littéraire de Moïse se trouve ainsi réduite aux premiers linéaments de Thistoire et de la législation. N'est-ce pas tout ce qu'on est en droit d'attendre?

Partant de là, il eût été facile d'expliquer l'origine et la valeur substantielle de la tradition qui attribue à Moïse le Pentateuque tout entier. Si* les plus anciens rédacteurs de l'Histoire sainte reconnaissent le Décalogue comme la loi du pacte juré sur le Horeb, et le Livre de l'alliance comme une institution réglée par Moïse au pays de Moab ; si le Décalogue et le Livre de l'alliance sont antérieurs aux réd étions de l'Histoire sainte; si ces vieilles lois ne contiennent pas trace de l'existence d'une royauté en Israël ; s'il devient impossible de leur assigner une date précise et un auteur déterminé, lorsqu'on fait abstraction de Moïse, il est évident que le simple examen des textes ne suffit pas à résoudre les problèmes littéraires que soulève la composition de l'Hexateuque ; qu'il faut tenir compte des nécessités logiques de l'histoire et des affirmations traditionnelles; que les premiers rédacteurs n'avaient pas à inventer le rôle de Moïse législateur ; que la tradition mosaïque est antérieure aux prophètes, appuyée sur de vieux documents qui ne nous ont probablement pas été conservés dans leur forme originale, mais dont les traits essentiels, tant en ce qui regarde les

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principes de la vie religieuse et morale qu'en ce qui concerne les règles de la vie sociale, remontent à Tauteur désigné par la tradilion, c'est-à-dire à Moïse.

Le principe de la propriété littéraire n'a pas lieu de s'appliquer ici. Rien de plus impersonnel que le travail d'où est finalement résulté le Pentateuque. Tous ceiTx qui ont mis la main à Tœuvre législative qui nous est parvenue sous le nom de Moïse se sont regardés comme les dépositaires et les interprètes de sa pensée. S'ils s'étaient trompés, leur bonne foi serait hors de cause. Mais n'y a-t-il pas toute chance pour qu'ils ne se soient pas trompés? Le Pentateuque, œuvre littéraire, n'appartient à personne ; le Pentateuque, œuvre législative et manuel de religion, pTocède de Moïse et n'appartient réellement qu'à lui ; il ne pouvait s'appeler autrement que la Loi de Moïse ; et parce que la date de sa compilation n'était pas celle de sa composition, que ses derniers rédacteurs ne pouvaient être considérés comme ses auteurs, il était naturel que l'idée de la loi écrite par Moïse s'associât à l'idée de loi émanée de Moïse et devînt comme le symbole traditionnel de Tauthenticité générale qui appartenait à l'ensemble de la Loi. Cette authenticité générale, qui est admise par les critiques catholiques, ne diffère pas substantiellement de celle qui a été reconnue par les anciens Pères et par Beilarmin.

On objecte, il est vrai, les passages du Nouveau Testament où il est question de Moïse comme auteur de la Loi, et principalement la parole du Sauveur en saint Jean ^ : « Votre accusateur est Moïse, en qui vous espérez. Car, si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, parce que c'est sur moi qu'il a écrit. » Moïse, dit le P. Lagrange, n'est ici que pour représenter la Loi ; ce n'est pas dans la personne de Moïse, mais dans la Loi, que les Juifs mettaient leur espérance; la question de l'authenticité mosaïque ne se posait alors pour personne. Rien de plus juste ; mais cela n'explique pas pourquoi le Sauveur, s'il a présente à l'esprit la connaissance de l'inauthenticité littéraire, emploie une façon de parler qui suppose Moïse auteur-écrivain de la Loi, et qui ne laisse pas simplement entendre que Moïse « a écrit quelque chose » touchant Jésus-Christ. Pour écarter cette difficulté il ne suffit pas de dire que Notre- Seigneur n'avait pas « à redresser toutes les opinions des pharisiens », qu'il « savait mieux que nous ce qu'il en était de l'origine du Pentateuque », et qu'on n'est pas « de ceux qui limitent sa science, même comme homme ». Cette prudence théologique n'est pas une solution, et l'expression même peut en paraître exagérée ; car si la science humaine du Christ n'a pas de limites, elle est donc infinie, elle va se confondre avec la science divine, ce qui mène

i. Jean, v, 45-46.

tout droit à un monognosisme dont la théologie ne s'acrommoderait pas mieux que du monothélisme. Interprétons bénignement le texte du P. Lagrange par l'article de la Somme théologique ^ : IJtrum anima Christi in Verbo cognoverit omnia. Le P. Méchineau nous dira bientôt ce qu'il pense de la question.

Les catholiques tiennent encore à Tauthenticité mosaïque du Pentateuque par respect pour la tradition chrétienne, qui attribue le Pentateuque à Moïse : quatrième « raison ». Il s'agit de savoir si c'est là une tradition de foi ; car si ce n'est pas une tradition de foi, l'unanimité des Pères ne la rendrait pas certaine. Le P. Lagrange distingue entre la tradition purement littéraire, la questioil de rédaction, et la tradition historique, la dépendance de tout le développement législatif à l'égard de Moïse et de son action. Il observe que la tradition littéraire est fort sujette à caution ; que les Pères ont été souvent assez crédules « en matière littéraire », par exemple pour la légende concernant la restauration des Écritures dans le quatrième livre d'Esdras, et les cellules des Septante ; que les théologiens ont longtemps accepté pour authentiques les œuvres de Denys rAréopagite ; que le concile de Trente, en attribuant le Pentateuque ^i Moïse, n'a pas voulu définir Tau-

1. P. s, q, 1U, ^ 't : '■ L'riiiic du Christ connaissait-elle toutes chos^js tliiris le Verb^? ji

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thenticité mosaïque ; les faits extraordinaires que les Pères ont admis sur la foi du quatrième livre d'Esdras « sont des signes d'incertitude dans la tradition » ; la tradition historique est seule claire et solide.

Mais pourquoi employer le mot « tradition » d'une manière si équivoque, ici pour le témoignage autorisé des Pères sur les choses de la révélation, là pour une opinion dont il est permis de ne pas tenir compte? Ne serait-il pas plus vrai de dire que le témoignage positif des Pères ne porte réellement que sur la substance historique du Pentateuque, qu'il n'y a pas de témoignage traditionnel touchant la question purement littéraire, ou plutôt que ce témoignage consiste dans le désintéressement de la tradition à l'égard des problèmes littéraires maintenant agités par la critique ? La tradition sur ce point est en quelque façon négative : c'est la permission de chercher ce qu'on ne savait pas autrefois, sauf le respect dû à la traditioflh positive, celle qui a pour objet la question d'histoire, et qui, en tant qu'elle appartient, dans sa généralité, à l'enseignement évangéliqueet ecclésiastique, n'est pas soumise au contrôle de la critique, bien que celle-ci puisse en vérifier la solidité.

On ne peut pas dire que la conception rabbinique de la Loi, qui fait remonter jusqu'au Sinaï les moindres détails du texte mosaïque, ait jamais pré-

valu dans l'Eglise calholique. L'Église des derniers siècles n'est pas tombée à cet égard dans les excès des protestants orthodoxes ; et si, en face du rationalisme incrédule qui niait à la fois Tauthenticité mosaïque et l'autorité historique du Pentateuque, l'exégèse catholique a cru garantir celle-ci en défendant celle-là, il ne semble pas que l'attitude des savants catholiques ait été assez uniforme, ni leur enseignement assez unanime et sûr de lui-même, pour que la thèse dite traditionnelle, touchant Torigine mosaïque du Pentateuque, ait réellement droit à ce nom.

Les apologistes de la Bible, depuis Bossuet, ont volontiers considéré l'authenticité mosaïque du Pentateuque comme la condition indispensable de son autorité historique : c'est la cinquième « raison ». Il importe, au contraire, nous dit le P. Lagrange, de séparer la question d'autorité historique d'avec la question d'unité rédactionnelle ; car « de dater cette unité de Moïse, personne n'y consentira, et nous ne saurons plus comment on peut se iier à un auteur écrivant si loin des faits, sans qu'on puisse affirmer qu'il ait eu des sources. Qu'on admette, au contraire, un rédacteur respectueux des vieux documents qu'il juxtapose plutôt que de les altérer, nous sommes sur un terrain plus solide. »

SeuleiiiLMiK pour mesurer la valeur de cette preuve, il faudrail connaître l'état de la critique, et pourquoi

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« personne » ne conviendra que Moïse ait écrit le Pentateuque. Il est heureux que nous ayons entendu M. von Hûgel pour commencer; car, supposé que nous fissions le crédit d'une démonstration qui paraît indispensable, nous comprendrions malaisément pourquoi les « trois témoins » de THistoire sainte en garantissent mieux la vérité qu'un seul, et comment on peut comparer les sources du Pentateuque avec les Evangiles. De même, ce qu'on nous dit touchant le caractère figuratif du Code sacerdotal est inintelligible pour quiconque ne connaît pas déjà l'esprit de cette source. En introduisant par une voie indirecte la question du Pentateuque, comme il l'a fait dans le mémoire que nous venons d'analyser, le savant Dominicain n'a pas évité une certaine obscurité, qui l'exposait à être mal compris ; autant vaut dire qu'il ne pouvait manquer d'être bientôt attaqué.

Le P. Méchineau commence par déclarer que la « thèse de l'origine mosaïque du Pentateuque » a été « universellement reçue jusque vers les débuts du siècle qui va finir », ce qui n'est qu'à moitié vrai, puisque, avant le xvii® siècle, il n'était pas question

de thèse, ni de tradition ferme sur la question littéraire. « C'est, nous dit-il, le rationalisme allemand » qui <( a trouvé commode de dénier à Moïse ses droits d'auteur et de les passer à toute une série d'écrivains qui s'échelonneraient du x® au v^ siècle avant Jésus- Christ ». Le savant Jésuite oublie Richard Simon et l'hypothèse des scribes « échelonnés » depuis Moïse jusqu'aux approches de l'ère chrétienne. Il cite au même endroit une épigrammede M. Maurice Vernes sur la Byble polychrome de M. Paul Haupt, où chaque source biblique est distinguée par une couleur spéciale. Si les lecteurs des Etudes savaient que M. Maurice Vernes ne traite avec dédain le travail minutieux de la critique documentaire que pour renvoyer la composition de TAncien Testament tout entier au temps de la domination persane et de la domination grecque, ils trouveraient peut-être que le P. Méchineau n'est pas assez traditionnel dans le choix de ses autorités.

« Depuis quelques années » seulement, « des écrivains catholiques peu nombreux^;) se sont montrés sympathiques aux nouvelles théories. Mais on se consolait en pensant que ce n'étai»:nt peut-être pas des (( hommes de théologie ». V>wi\ plus grave est le cas du P. Lagrange, qui « mctiii^ avec une égale dextérité les armes du théologien et du critique ». ^^ ' Kt Ton dit « maintenant assez couramment que la ^^ thèse de l'origine mosaïque du Pentateuque peut '^'^

Lois,

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être librement débattue par les catholiques ». Le P. Méchineau estime que cette liberté n'existe pas, et il veut nous le montrer.

Voici le point de départ de l'argumentation : les critiques catholiques ont admis qu'il sliffîs'ut à la démonstration et à la défense de la foi par les Écritures, de sauvegarder la canonicité et l'inspiration des Livres saints, le nom des auteurs n'ayant aucune importance ; mais il est évident que l'authenticité des Evangiles, par exemple, est nécessaire à la démonstration chrétienne et qu'on irait contre la pensée de l'Eglise en soutenant que l'authenticité des Evangiles est indifférente à la foi ; on ne peut donc admettre le principe sur lequel les critiques se fondent pour discuter librement l'origine de tel ou tel livre biblique.

Il faut bien le dire, quoi qu'il nous en coûte de le constater, la première allégation est fausse, et tout le raisonnement porte sur une équivoque. Les critiques n'ont jamais dit ni laissé entendre que « la valeur documenta» iC » des Ecritures fût chose indifférente à la démonstration et à la foi chrétiennes. Les critiques Ox dit que l'inspiration et la canonicité des Ecritures étaient l'objet direct du témoignage que l'EgtikeVend aux Livres saints, c'est-àdire une question de foi, et que l'origine humaine des livres inspirés était, de soi, une question d'histoire : à prendre les choses d'une manière générale,

A. LoiSY. — Études bibliques. 15

rinspiration des Livres saints est un fait surnaturel garanti parTEglise, organe et interprète de la révélation ; Tattribution de tel livre à tel auteur est un fait d'ordre commun, attesté par TÉglise comme témoin historique, bien qu'il appartienne à TÉglise de décider si cette attribution n'est pas, pour certains livres, liée si étroitement à la foi, qu'elle doive être considérée en même temps comme relevant de la tradition dogmatique et de la tradition historique. Mais les critiques ont eu soin d'insister sur la valeur historique des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, et s'il leur est arrivé de contester Tattribution de tel livre à tel auteur, ce n'était pas pour diminuer J'autorité historique du livre, c'était plutôt pour la mettre dans son véritable jour. Est-ce que M. von Hugel et le P. Lagrange contestent a la valeur documentaire » de la tradition mosaïque ? Ils ne travaillent qu'à la fortifier en l'élucidant.

Les critiques sont, au contraire, très préoccupés d'établir sur un fondement solide la certitude historique du témoignage scripturaire ; Tun deux a écrite avant le P. Méchineau, et ce n'était pas une découverte,, que, « sans cette certitude historique, toute la démonstration évangélique et 1 apologétique chrétienne rouleraient dans un cercle vicieux^ ». En prouvant que l'autorité historique des Ecritures n'est pas du tout indifférente à la religion, le P. Méchi-

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