‹ Études bibliquesChapitre 31 sur 54 · II · texte numérisé non relu

II

4. II, 476. Ailleurs, III, 31, le prophète juif est dit « héros de rabstraction et du vrai absolu »,

des dogmes précis, appuyés sur des déductions logiques, fondées elles-mêmes sur des principes incontestés. Ainsi les Israélites auraient cru au règne final de la justice sur la terre parce que, lahvé étant juste et le cours présent de ce monde étant le triomphe de Tinjustice, comme la justice de lahvé ne peut s'exercer qu'ici-bas à Tégard de rhomme mortel, il est inévitable qu'une révolution se produise [)Our remettre toutes choses dans Tordre ; et vu que la justice de lahvé ne serait plus une justice véritable si elle tardait à se manifester, cette manifestation est toujours censée prochaine. Isaïe la concevra comme devant s'achever, après le jugement exercé sur Israël et Juda par le moyen de Sargon et de Sennachérib, après le jugement exercé sur l'Assyrie par lahvé lui-même, dans le règne de paix auquel présidera le roi messianique. Jérémie se persuadera que Dieu, ayant châtié son peuple par Nabuchodonosor, ramènera ses fidèles à Jérusalem, après quelque temps- de captivité. Ézéchiel décrira même par avance la constitution de la société des saints qu'il voit déjà s'établissant dans la terre d'Israël. Le second Isaïe se figurera comme une victoire complète et définitive de lahvé sur le monde le retour des exilés en Palestine. Daniel ira plus loin encore et marquera en chiffres précis, dans l'avenir le plus rapproché, l'avènement du règne des saints. Paul lui-même, avec la première génération

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chrétienne, attendra impatiemment le retour du Christ et le jugement dernier. L'Apocalypse les présente comme imminents. N'est-il pas vrai que la notion du règne messianique est restée la même depuis le commencement, jusqu'à la fondation de rÉglise chrétienne ?

Il est pourtant bien invraisemblable que cette grande et perpétuelle aspiration des prophètes n'ait été fondée que sur un ou deux syllogismes; et supposé que ces raisonnements soient une analyse exacte de la pensée messianique, ils n'en seraient pas l'explication suffisante au point de vue de l'histoire. Car bn ne remarque pas, en lisant les prophètes, qu'ils aient beaucoup raisonné leurs croyances. Ils ont vu simplement les choses de telle façon. Pourquoi les voyaient-ils ainsi et non autrement? Quels antécédents traditionnels ont pu les préparer à les voir de la sorte? Ce ne peut être qu'une longue suite d'impressions et de traditions religieuses, non un travail, censé facile, de déduction rationnelle sur des prémisses générales et abstraites, qui a produit l'attente du grand jugement et du règne de Dieu ; et ces idées ont dû subir plus d'une modification importante depuis la prophétie d'Amos jusqu'à l'Apocalypse.

L'idée du jugement, comme condition préalable à l'avènement du royaume, appartient aux prophètes, et elle se rattache à la notion du Dieu juste en

même temps que tout-puissant, auteur de tout ce qui arrive dans le monde, auteur des maux qui affligent son peuple et qui ne peuvent être, venant de lui, qu'un châtiment mérité ou une épreuve nécessaire. Mais ridée même du triomphe définitif n'est pas purement morale. Ce triomphe n'est pas uniquement le règne de la justice, c'est aussi le triomphe de lahvé, le triomphe d'Israël. Or les prophètes n'étaient pas seuls à attendre ce triomphe ; d'autres y croyaient, sans le faire dépendre comme eux d'une condition morale. Les uns et les autres avaient foi au règne de lahvé, parce qu'ils avaient foi en sa protection puissante sur son peuple. Qu'on lise Amos, Isaïe ou tel autre prophète de l'Ancien Testament, on reconnaîtra sans peine que les points fondamentaux de l'espérance messianique ne sont pas l'idée de la justice divine, celle de la justice sociale et l'accord nécessaire de l'une et de l'autre dans l'ordre de la vie présente, mais a foi en lahvé Dieu tout-puissant et Dieu d'Israël, la persuasion intime, antérieure à tout raisonnement, que lahvé n'abandonnera pas son peuple et que sa gloire est intéressée à la prospérité comme à la conservation d'Israël. Le fondement de l'espérance messianique n'est donc pas purement rationnel et moral, il est essentiellement religieux et national, le sentiment national se confondant en Israël, comme chez les autres peuples de l'antiquité, avec le sentiment religieux.

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La persuasion qui domine les plus anciens récits de riiistoire sainte est que Dieu ne peut manquer de faire honneur à son choix, que ce choix est par lui-même une garantie pour la postérité dWbraham, d'Isaac et de Jacob, que lahvé se serait compromis devant les nations s'il eût laissé Israël, même désobéissant, périr dans le déserta On ne peut pas dire que cette persuasion n'existe plus chez les prophètes et que leur confiance dans Tavenir repose sur quelques propositions théoriques érigées en dogmes de foi. Les prophètes n'ont pas de symbole doctrinal, ou bien il faut résumer ce symbole en deux articles, admis avant toute démonstration : lahvé seul est Dieu; lahvé Dieu est le Dieu d'Israël; d'où jaillit, sans effort de logique, la conviction intime que lahvé glorifiera Israël et sera glorifié en lui.

A mesure que l'élément moral contenu dans le iahvéisme se développe dans la prédication prophétique, le règne de lahvé acquiert une signification plus haute; les abus qui se produisent, et que lahvé ne peut laisser impunis, obligent les prophètes à réserver l'espérance d'Israël pour ceux qui en sont dignes; les malheurs de la nation apparaissent comme un juste châtiment des fautes commises, un jugement de lahvé sur ses enfants indociles. Mais la colère ne peut durer toujours, ni l'humiliation

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