Ap. xii-xiii
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le second Isaïe, qui a le cœur si large et qui aime tant Cyrus, le second Isaïe montre les rois à genoux, non pas précisément devant lahvé, mais devant les enfants de Jacob. Ceux-ci reviendront de Texil à dos ou à bras d'homme, et le grand honneur de les porter sera pour les Gentils ^ Si le plus idéaliste des prophètes a conçu de cette manière la participation des païens au règne de justice, c'est que luimême ne les associait pas au culte d'Israël en partant d'un principe abstrait, mais toujours en partant de l'espérance concrète, aussi étrangère à la philosophie pure qu'au pur socialisme, du triomphe de lahvé sur le monde par l'intermédiaire d'Israël, lahvé accablait, éblouissait, attirait les nations par le prestige de sa force manifestée en faveur d'Israël, et les restes des Gentils, en voyant ce que lahvé avait fait pour les restes d'Israël, étaient subjugués, vaincus de Dieu autant que convertis, et tributaires d'Israël. Tant que Favènement du royaume de Dieu était conçu comme une manifestation éclatante de la puissance divine en faveur de son peuple, il ne pouvait en être autrement. L'égalité absolue du Juif et du Gentil devant Dieu, seulement pressentie dans la seconde partie d'Isaïe et dans Jonas ^, n'a
1. Is. xLix, 22-23. Pour le détail de cette question, voirie remarquable ouvrage de A. Bertholet, Die Stellung der Israeliten und der Juden zu der Fremden (1896).
2. Is. xLiî. 1-4, fragment relatif au Serviteur de lahvé. Jon. iv.
A. LoiSY. — Études bibliques. 18
été proclamée définitivement et expressément que par saint Paul, quand déjà le royaume était réalisé spirituellement dans et par T Église naissante.
Ainsi considérée dans la réalité de sa forme historique, Tespérance d'Israël est incontestablement moins « naturelle » que ne la trouvait Renan, c'està-dire qu'elle n'est pas affaire de raisonnement philosophique ou de réflexion systématique, ce qui la rendrait « naturelle » pour nous, qui avons l'habitude de raisonner nos opinions et qui croyons y tenir par les raisons découvertes après que nous les avons embrassées. Elle apparaît comme une manifestation spontanée de la conscience religieuse d'Israël, élaborant et transformant les anciens éléments de sa tradition. N'est-elle pas plus réellement « naturelle », en ce sens qu'elle est plus vivante et qu'elle rentre dans l'ordre des idées religieuses vraiment fécondes, qui ne sont pas un fruit de l'étude scientifique ou delà froide réflexion, mais de l'intuition d'une âme qui voit clair en religion parce qu'elle est religieuse ? Ce naturel est compatible avec ce que les théologiens appellent surnaturel, et le premier même pourrait bien être inexplicable sans
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le second. Mais ce n'est pas le lieu d'insister sur ce point. Observons seulement que si Renan a jugé tout de travers les prophètes et les prophéties, c'est que, savant, il a voulu mettre un peu de science à la place de ce qu'il ne comprenait plus. Les prophètes n'avaient rien à y gagner.
L'attente messianique n'a donc pas procédé d'un raisonnement qu'Israël aurait fait en arrivant à l'âge de la réflexion. Elle procède à la fois de sa tradition la plus antique et des intuitions progressives de ses prophètes. Contester la haute originalité de ces intuitions, sous prétexte que l'objet matériel s'en retrouve plus ou moins dans d'autres religions anciennes qui n'ont pas été sans influence sur la tradition d'Lsraël, serait aussi facile qu'injuste. Ce qui fait la valeur d'un symbole, ce n'est pas sa matière ni sa couleur, ce n'est pas Timage symbo- Hque elle-même, c'est l'esprit qui s'y cache en même temps qu'il s'y révèle. L'image de lahvé exterminant le monstre du chaos, même corrigée en celle de Michel terrassant le Dragon, peut rappeler encore le mythe babylonien de Marduk et de Tiamat. Mais l'idée transmise par cette vieille image est devenue de plus en plus morale. On peut en suivre l'histoire d'un bout à l'autre : de cet examen l'on ne pourra rien déduire, si ce n'est, d'une part, la ténacité de la tradition religieuse, et, d'autre part, la force du germe spirituel que le iahvéisme y a introduit. On
trouvera difficilement ailleurs une religion qui exploite ainsi Théritage de l'antiquité, avançant toujours sans se renier elle-même, se réformant sans se détruire, et vivant de progrès au lieu de se maintenir par l'immobilité.
Et s'il importe assez peu que les croyances d'un âge primitif aient fourni aux prophètes certains éléments de leurs visions, certaines formes de leurs espérances, il n'importe pas davantage que les circonstances du moment et les influences ambiantes aient modelé aussi les contours de l'avenir qu'ils essaient d'esquisser. Ils vivaient en leur temps et non dans un autre ; ils vivaient sur la terre et non au ciel. Que l'influence de l'Orient, de Babylone ou de la Perse, ait été pour quelque chose dans le développement que prend, après l'exil, l'idée de la résurrection des morts \ il n'y aurait pas lieu de s'en étonner, quoiqu'il faille prendre garde d'attribuer à la Perse, comme on Ta fait trop souvent, la possession exclusive de doctrines qui ont appartenu, sous une forme moins systématique et moins définie, à la tradition chaldéenne, mère ou sœur de l'ancienne tradition hébraïque. L'idée de la résurrection ou de l'immortalité humaine, qui se rencontrait dans les anciennes légendes^, s'étant trouvée répondre au
1. Ézéchiel (xxxvii) s'en sert en forme de comparaison ; peutêtre est-elle exprimée directement dans Is. xxiv, 22 ; xxvi, 19 ; elle s'affirme nettement dans Daniel (supr. cit.),