Is. xLii, 1-4; xLix, 1-6; l, 4-9 ; lu, 13-liii
muniqué à Fespérance messianique une vigueur impérissable. En lisaniV Histoire du peuple cT Israël^ on croirait que le messianisme a réussi par une simple accumulation de hasards dont un seul, manquant, aurait compromis à jamais Tavenir de la religion. « Le moment de Sennachérib, nous dit-on, fut comme celui d'Antiochus Épiphane, comme celui du retour de la captivité, un de ces moments où l'avenir de Thumanité se joua sur un coup de dés. Isaïe avait en quelque sorte engagé son enjeu sur un fait tangible, la délivrance de Jérusalem. Il avait parié, et il gagna son pari. Si Sennachérib fût revenu vainqueur de TÉgypte et eût pris Jérusalem, le judaïsme et par conséquent le christianisme n'existeraient pas '. »
De tels raisonnements ont toujours un caractère spécieux, puisqu'on les appuie sur des faits qui ne peuvent être supprimés en hypothèse sans que Tenchaînement historique des causes et des effets apparaisse bouleversé. Ils ne sont jamais concluants, parce que, si Ton fait abstraction de la réalité, il est impossible de dire ce qui, les circonstances n'étant plus les mêmes, serait arrivé ou non. Certes, tout se tient dans l'histoire, et l'évolution religieuse de l'humanité ne s'est pas poursuivie indépendamment de tout le reste. Mais, à considérer cette évolution dans son ensemble, il est évident que le succès final
l'espérance messianique d'après ERNEST RENAN 281
n'a jamais été à la merci d'un accident particulier. A côté des accidents favorables d'où Ton fait dépendre toute la fortune de la religion israélite, il en est d'autres funestes qui auraient dû en procurer la ruine totale et qui en ont, au contraire, accéléré le progrès. Ne pourrait-on pas dire aussi que le iahvéisme prophétique mit tout son enjeu sur une seule chance, le Deutéronome présenté à Josias comme gage infaillible de salut, et que la malheureuse fin du pieux roi était la banqueroute de toutes les promesses^? Jérémie cependant n'en fut pas déconcerté. L'espérance d'Israël survécut à cette catastrophe ; elle survécut à la ruine du premier temple, que l'on avait tant de raisons de croire intangible - ; elle survécut à l'état misérable où languit pendant quelque temps la communauté juive de Jérusalem après le retour de la captivité-^ ; elle survécut à la mort de Judas Machabée, qui ne fut pas enseveli dans son triomphe mais bien dans une défaite qui aurait dû paraître irrémédiable^. Et pourquoi ne pas ajouter
i. Renan s'abstient de souligner cette épreuve capitale de la foi iahvéiste et se demande simplement (III, 262) comment les « piétistes « purent expliquera la mort prématurée et imméritée de ce prince accompli selon lahvé ».
2. Cf. Is. VIII, 18; XXXI, 5-9. Jérémie (vu, iOet suiv.), faisant entrevoir que le temple de Jérusalem aurait le même sort que celui de Silo, scandalisait ses contemporains ; on l'excuse sur ce que sa prédiction est conditionnelle (Jér. xxvi), comme elle rétait en effet, même dans l'esprit du prophète.
3. « La misère, en ces premiers temps du retour, dut être horrible » (IV, 4).