‹ Études bibliquesChapitre 10 sur 34 · II. H · texte numérisé non relu

II. H

â'iâ ÉTUDES BIBLIQUES

une nourriture plus forte aux parfaits, tout maître sensé aurait un enseignement multiple, et aussi diver*sifié que le nombre de ses disciples. Ce n'est pas apparemment ce qu'on veut dire. Ou Ton ne s'entend pas soi-même, ou l'on parle de deux doctrines séparées, indépendantes l'une de l'autre , opposées même ou quant à la lettre ou quant à l'.esprit. Les philosophes delà Grèce avaient un double enseignemeat , qui, révérant extérieurement, les dieux nationaux, n'en parlaient qu'avec mépris à leurs intimes, soit qu'ils inclinassent vers l'athéisme, soit que plus éclairés et J)lus heureux, ils adorassent dans leur cœur le seul Dieu véritable. L'enseigjnement est double aussi dans ces sociétés occultes, si justement réprouvées par l'Église, qui, sous quelques apparences de respect pour le christiçtnisme , n'aspirçnt qu'à sa ruine , et en soufflent la haine à leurs adeptes .

0 Jésus, ô mon maître , qu'avez-vous fait pour mériter qu'on vous imputât une duplicité pareille î Nous avons votre portrait peint d'après nature. Le modèle achevé de toutes les vertus qui reluit en votre personne est aussi vrai qu'il est inimitable. Il dépasse de si haut le type idéal qu'un docteur de Jérusalem pouvait se former du vrai sage, il est tellement supérieur aux préjugés étroits des Juifs qui ont goûté le bonheur de vous voir et de vous entendre, que nul d'entre eux n'aurait pu le retracer par la plume, s'il ne l'avait vu d'abord vivant et réalisé sous ses yeux. J.-J. Rousseau l'a dit avant moi, et j'aime à répéter sa parole : « Ce n'est pas ainsi qu'on invente; l'inventeur serait plus admirable que le héros. »

Quel homme met-on à la place de ce modèle ? Un sec • taire parjure qui, à peine initié à une doctrine occulte,

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trouve bon de s'en parer comme d'un produit de son propre génie, e!. de la faire tourner adroitement à son avantage personnel. Enflé d'une sagesse d'emprunt, il n'a plus aucun souci de Vhonneur, de la foi du serment, de la probité la plus vulgaire. Il s'entoure de disciples ignorants pour les éblouir par un appareil de science, et leur persuader qu'il est le Messie, le Roi d'Israël attendu depuis de longs siècles, le Fils de Dieu' un avec son Pè^re, le Verbe manifesté dans la chtiir. A ce dérèglement du cœur et dé l'imagination, il joint la dissimulation la plus insigne, et affecte un respect extérieur pour les instittrtions nationales dont il médite le renversement. Rien ne lui coûte pourvu qu'il s'élève sur tant de ruines; et se fasse adorer comnïe un Dieu du nord au midi, du levant au couchant. Le premier qui ait fait fleurir sur la terre l'humilité véritable et la piété solide envers Dieu, n'y serait parvenu que pur l'hypocrisie et le sacrilège. Le christianisme serait

. sorti d'une infamie, et le mot de Voltaire qu'on

n'ose répéter, serait juste! M. Renan est mille fois plus' honnête : « On n'a point d'exemple; dit-il {Vie de Jésus, » p. xxvii), dans le monde apostolique d'un faux de ce » genre, d'une supercherie que l'auteur s'avouait àlui- » même. »

Donc, au nom de la dignité humaine outragée , je proteste de toute l'énergie de mon âme contre cette hypothèse dégradante.

Ail nom du Dieu trois fois saint qui ratifiait par d'innombrables miracles la mission et la parole de son Christ, je proteste plushaut encore. Que pense de ces miracles le novateur téméraire? Il ne veut pas s'en occuper. Mais ils subsistent, malgré ce silence affecté, et ils subsisteront à jamais pour affermir le*; âme. =? droites.

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et confondre les aveugles volontaires , quand paraîtra le juge qu'on ne trompe point.

Et sila dignité humaine est peu de chose, et si le nom de Dieu n'a* plus d'écho dans une âme distraite, eh bien I je protesterai au nom de ces textes mêmes qu'on a l'air d'invoquer, mais qu'on torture pour les contraindre à dire ce qu'ils ignorent. Car où trouver dans l'Évangile la trace la plus légère de cette doctrine double? Vous en appelez aux paraboles que Jésus expliquait en particulier à ses disciples. Mais cet argument ne vous contente pas vous-même, et vous en sentez tout le vide. S. Matthieu a donné la clef des paraboles, et pourtant, à vous en croire, le secret dont vous amusez vos lecteurs aurait duré plus d'un siècle après lui. Vous en appelez à S. Jean. Mais ce bien-aimé disciple vous confond, puisque c'est en public, à Jérusalem, et dans le temple, au milieu des fêtes les plus solennelles, en présence des docteurs et du peuple, devant l'innombrable multitude qui affluait en ces jours-là dans la ville sainte, qu'il fait tenir au Sauveur la plupart des discours qu'il en rapporte.

C'est aussi lui qui nous a transmis la réponse du Sauveur, interrogé par le grand prêtre sur sa doctrine. Elle mérite d'être ici rappelée : «J'ai, dit-il, parlé ou- . » vertement au monde. J'ai toujours enseigné dans la » synagogue et dans le temple où tous les Juifs se ras- » semblent, et je n'ai rien dit en secret. Pourquoi » m'interrogez-vous î Interrogez ceux qui m'ont 6n- » tendu. Ils savent ce que je leur ai dit. » (Jean, xviii,20, 21.)

Si le disciple qui eut le plus de part aux confidences de son maître a recueilli cette parole, c'est qu'il la jugeait vraie, sincère, irréprochable. Que vaut, à l'en-

contre d'un témoin si éclairé, la vaine conjecture d'hommes venus au monde dix-huit siècles plus tard !

Vous opposez les textes aux textes. Sachez en saisir l'esprit, et tout s'accorde. lia science sacrée de la théologie s'enseignera toujours devant un auditoire choisi et restreint. Le professeur qui, se séparant de ses élèves, leur dirait pour dernier adieu : « Ce que vous » avez appris à huis clos, vous le proclamerez sur les » toits, » serait-il considéré comme le propagateur d'une science occulte ?

La modestie, ne la confondez pas non plus avec l'hypocrisie. Si Jésus, entouré dans la Galilée d'une population enthousiaste, prête à ceindre son front du diadème et à s'armer pour sa cause, ne leur dit pas explicitement qjii il est, s'il se contente de demi-révélations, s'il'met tout l'effort de son zèle à déraciner en eux le préjugé funeste d'un règne politique et temporel, s'il les prépare ainsi à recevoir sans danger de plus hautes et plus saintes communications sur sa nature divine, estrce prudence ou dissimulation? Il leur enseigne l'humanité, la patience, la mansuétude, la miséricorde, comme les seules voies pour entrer en son royaume. Quand ces maximes auront pénétré leur âme et commenceront à y germer, quand il les verra disposés à sacrifier les intérêts mesquins de la terre à des biens plus nobles et plus solides, il déchirera lé voile qui le couvre, voile si transparent du reste qu'un esprit atten* tif à ses œuvres et à ses discours ne pouvait conserver le moindre doute sur sa personne.

Malheureux ceux que la dissipation des sens et le goût des joies terrestres ont privés d'une plus grande lumière I Jésus se révèle dans la mesure qu'il lui plaît, mais à chacun plus qu'il ne mérite. Il s'ouvre à la Sa-

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Diaritaine etaux humbles Jmbitants de Sichem. Il se déclare aussi dans Jérusalem, en face de ses envieux, et sachant que cette déclaration authentique lui coûtera la vie. Sa prudence n'est donc pas pusillanime.

Le monde avait besoin d'un témoignage qu'il fût impossible d'obscurcir, et qui portât son fruit après la mort de Jésus-Christ; il avait besoin d'un exemple de force et de magnanimité qui soutînt le courage des martyrs, et nous apprît ce que vaut la vérité. Ce témoignage et cet exemple, le maître les a donnés, et ses premiers disciples en ont recueilli le premier fruit. Ont- ils eu peur quand, au sortir du cénacle, parais" sant pour la première fois devant la foule déicide, ils ont dit à ces hommes par la bouche de Pierre, sans colère, mais aussi sans détour : « Vous avez tué l'auteur de la vie I » Que les princes de la nation s'alarment, qu'ils les chargent de chaînes, qu'ils les battent de verges, ces généreux athlètes se réjouissent d'avoir souffert cet opprobre pour le nom de Jésus ; ils déclarent qu'ils obéiront à Dieu plutôt qu'aux hommes, et qu'ils ne peuvent taire ce qu'ils ont vu et entendu. Savez-vous ce qu'ils auraient fait s'ils avaient été accessibles à la crainte ? Ils auraient fait alors ee que vous faites aujourd'hui. Ils auraient moins parlé de la croix et de .celui qu'on y avait attaché. Ils auraient laissé dans l'ombre ce nom odieux et cet instrument de supplice, qui soulevaient contre eux Iqs mépris, les animosités et les haines. Ils auraient dit : « Nous sommes des Esséniens qui adorons le Dieu unique et invisible, » sauf à sous-entendre le Dieu impersonnel. Nul ne les çturait iaquiétés, jnais le monde n'eût pas été sauvé. Us put fait tout le contraire. « A Pieu ne plaise, s'écrie chacun d'eux à l'envi, que je me glorifie, si ce

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n'est dans la croix de Jésus ! Jésus est ma vie ; sa doctrine ne me satisfait pas sans lui. Je la crois parce qu'elle émane de lui, Vérité substantielle, éternelle, infinie. Je n'ai d'espérance qu'en lui, et ne puis être lavé que dans son sang. Sa charité me presse, m'enlève et m'attache à sa croix. Ce qu'est à mon corps l'air que je respire, ce qu'est la sève dans la plante, et le sang dans les veines, Jésus crucifié l'est pour moi, et plus encore. » Et ce ne sont pas seulement les premiers apôtres, qui, après avoir savouré tout le charme d une familiarité sainte avec leur maître, pensent et parlent ainsi ; c'est Paul, Paul qui n'avait point vécu dans sa compagnie, que l'amour transporte , et qui remplit ses divines épîtres des élans impétueux qu'il ne peut contenir en son âme. Il meurt du désir de le voir, il attend la mort comme un gain, il appelle de tous ses vœux la dissolution de son corps pour se réunir à Jésus-Christ. Il porte un défi audacieux à toutes les créatures hautes et basses, visibles et invisibles, présentes et futures, de le séparer de cet amour. En lui, il contemple le commencement, le milieu et la fin de toutes choses. En lui et par lui il contemple surtout les chrétiens unis d'un lien si étroit et si fort, mais si doux et si souple, qu'il ne trouve aucune image plus juste pour en donner une idée, que celle d'un corps vivant avec la diversité de ses membres et Tharmonie de ses jointures. En Jésus, il n'y a plus d'esclave ni de libre, de Juif ni de Gentil, de Grec ni de Barbare, d'homme ni de femme, mais une seule créature nouvelle, un même corps, un même esprit, une même pensée, un même cœur et une même âme.

Cet amour n'est point naturel ; l'esprit qui l'inspire ne souffle point de la terre; il ne peut venir que du

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ciel : « Si jadis nous avons connu le Christ selon la » chair, nous ne le connaissons plus de cette sorte. Le » vieux levain est ôté, et tout est nouveau présente- » ment. » (Il Cor., v, 16, 17.) S. Paul, de qui sont ces paroles, les prononce, si je ne me trompe, au nom de tous les apôtres pour les exalter tous ensemble, en paraissant ne faire que sa propre apologie. Personnellement il n'avait jamais brûlé pour le Sauveur que de l'amour le plus spirituel et le plus épuré. Mais il oppose à l'affection encore imparfaite et trop humaine • que ses collègues avaient eue pour Jésus vivant au milieu d'eux, la pureté céleste et la force incomparable de l'amour dont ils se consument pour lui désormais.

Tel est le fond de la religion des apôtres^; et ce qu'on a osé écrire dans une intention blasphématoire, que Jésus rédjiisait tout à son amour, est vrai dans un sens infiniment plus noble et plus sublime. L'amour de Jésus les crucifiait, et changeait pour eux les épines en roses, et les tourments en délices. L'amour de Jésus les unissait et fondait leurs cœurs en un, comme la cire à l'approche du feu.

Il est donc impossible qu'ils aient manqué de courage ou de concert dans le témoignage qu'ils avaient mission de lui rendre. Non, leur courage n'a jamais failli. Ceux qui ne rougissaient pas de la croix s'étaient fait un front à ne rougir de rien, sinon de la lâcheté et du mensonge. Ceux qui ne tremblaient pas devant elle ne tremblaient que devant l'opprobre du péché. Ceux qui ne voyaient rien que de beau, que d'aimable en Jésus, le voulaient faire connaître tout entier. S'il y a eu progrès, ce n'a point été dans la mesure de vérité qu'ils répandaient sur les hommes, mais dans l'énergie de l'affirmation qui croissait à proportion des efforts par

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lesquels on voulait Fétoufifer. S. Matthieu ne prend aucune précaution contre le doute; les faits étaient trop récents et trop notoires en Palestine pour qu'il en fût besoin. Tout au plus mentionne-t-il en passant l'argent donné aux soldats romains pour accréditer la fable du corps enlevé du sépulcre pendant leur sommeil. C'est la même sécurité dans S. Marc qui écrit sous les yeux de S. Pierre, pour des chrétiens instruits par cet apôtre, dont la parole lui sert de garant. Mais S Luc, dont les titres à la confiance pouvaient paraître moins évidents, ne se dispense pas d'en appeler aux sources sûres auxquelles il a puisé. De faux docteurs veulent-ils ruiner la foi à la résurrection; S. Paul en frémit d'indignation. Et prenant pour point de départ la résurrection dé Jésus-Christ, il en énumère les témoins. Il insiste sur leur accord. Il s'écrie : « Si le Christ » n'est pas ressuscité, notre prédication est vaine, vaine » aussi notre foi. Nous sommes de faux témoins contre » Dieu même. Nous n'avons rien à espérer après la » morl., et nous sommes les plus misérables de tous les » hommes, puisque nous avons déjà sacrifié le bon- » heur de la vie présente. »

S. Pierre à son tour, dans son grand âge, encore tout ému de la vision du Thabor, à la veille de sa mort et au milieu, pour ainsi dire, des apprêts de son martyre, avec une énergie sereine et une conscience sûre d'ellemême, s'adresse à tous les fidèles pour attester ce qu'il a vu : « Ce n'est point, écrit-il (II Petr., i, 16, 18), » en nous attachant à des fictions ingénieuses ou sa- » vantes *, que nous vous avons fait connaître la puis-

* Par ces fables savantes ou sophistiques («aoçiafAevoi fAodoi), l'apôtre désigne les rêveries des gnostiques, que S. Paul appelle

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» sattice 'Crt ^avènement de NMre Seignetar Jésus-Christ, » mais après avoir contemplé de nos yeux (éitoirrat) > sa majesté. Car il reçtit de Dieu le Père l'honnetir et » la gloire, quand cette voix descendit sur lui du trône » glorieux de la magnificence : « Celui-ci est mon Fils » bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisance^; » écoutez-le. » Et cette voix apportée du ciel, nous » l'avons entendue nous-même, lorsque nous étions » avec lui sur la montagne sainte. »

Et quand S. ' Pierre et* S. Paul eurent disparu xie la scène, moissonnés par l'homme ennemi que leur témoignage importunait, quand une nouvelle génération eut pris leur place, et que les schismes et les hérésies s'efforcèrent de l'envahir, le hien-aimé disciple, réservé pour la dernière heure, releva son front penché vers la tombe et jeta dans la balance le poids de sa déposition dernière : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et touché par nos mains, du Verbe de vie : (car la Vie s'est manifestée ; nous l'avons vue, nous l'attestons et nous vous l'annonçons, cette Vie' éternelle qui nous est apparue ;) ce que nous avons vu et entendu, nous vous Pannonçons, etc. »C'est ainsi qu'il s'exprime dans la lettre qui sert de préface à son évangile * ; et quand il a achevé le récit de la vie, de la mort et de la résur-

dans le môme sens c giiosB pseudonyme i) falsi nominii seiêWtia, et ailleurs t fables judaïques. »

' C'est le sentiment de plusieurs célèbres critiques que la Ire épifcre de S- Jean ' doit ; étïe côttsidék^ée comme une lettre d'envoi, adressée aux Églises auxquelles il offrait son évangile. Ce sentiment nous parait très- solidement fondé. Car ce n'est que par «on évangile que le saint vieillard réalise tout ca que promet le début de Tépitre que nous citons ici.

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rection -du Sauveur, ilreyientà laforme épistolaire, «t scelle tout 6e qu'il .a écrit en affirmant la certitude »de ce qu^il a dit : « C'est ce disoiple qui: rend témoigit^e de ces dhoses et qui les; a écrites; et nous savons que son témoignage est vrai *. >

On éprouve une joie délicieuse 6t une indicible consolation en repasisant dans son esprit -tous ces traits •d'une conviction profonde, éclairée» oounage.uae, qui s'iJliumine d'une clarté plus vive en face de la moart,;et Ton répète avec S. Paul : Non, je ne me suis point tt^oïnpé ; « je sais à qui j'ài cru, et je suis certain qyx'il » est puissant pour garder mon dépôt jusqu'au >demif!r > jour. »{ll Tim., i, 12.)

Ces témiodgnages ont une valeur-i^olue ; ils porkent également et sur la doctrine, et sur les faits hi^tbriqUeis qnii la protègent, la garantissent et l'éclaireat. ILn'est pas possible- de les diviser, puisque, selon l'enseiguemejit apo&tolique, et les faits et la doctrine sont également l'objet nécessaire de notre foi.

« Ces choses ont été écrites, dit le dernier évangé- » liste/è la fin de son livre (Jean,, xx, 3i), afin que vous » croyiez que Jésus est le flhrist, le Fijfiide Dieu, efc^^ifea » que croyant, vous ayez la vie en son nom* »

. S'il était nécessaire d'écrire ces choses, il étaijt aussi nécessaire de les prêcher ;,et soutenir que S. Jean n'en avait rien dit pendant soixante -di^c ans d'apostolat , que, même après les avoir écrites, il ne les publia

* Quelques modernes ont conjecturé que ce dernier verset était des compagnons de S. Jean qui auraient voulu confirmer ainsi son témoignage par leur assentimeoat. Je na pms me nasger à cette opinion. Ce verset est tout ^ fait conforme à la manière et au style du saint apôtre. Et que pouvaient ajouter d'autres voix au poids de sa déposition? Que prouvaient y ajouter surtout des dépositions anonymes?

r»SI ÉTUDES BIBLIQUES

point, et que son livre resta caché jusqu'à la fin du II® siècle, c'est avancer un paradoxe si incroyable qu'on a honte de le réfuter. C'est prétendre que l'apôtre de la dilection a refusé à TÉglise un aliment nécessaire, et qu'il a laissé périr les âmes, quand quelques mots sujSisaieût pour les sauver.

Le témoignage des apôtres est donc un témoignage sincère, courageux, plein et sans réticences lâches et criminelles. C'est aussi un témoignage uniforme, unanime et identique. Non, l'un n'a pas renversé ce que l'autre édifiait. Tous ont vécu de la même foi, de la même espérance et du même amour : vniim corpus , una fides^ nmis spiriUis,,. in vnâ spe vocationis. S. Pierre, en sa seconde épître, nomme avec honneur Paul son frère bien-aimé {charissimus frater noster Paulus)^ et met ses lettre», célèbres dès lors, sur le même rang que les livres inspirés. Mais quand il serait vrai, comme les hétérodoxes le prétendent, que cette épltre n'est pas de lui, il faudrait encore avouer que l'auteur de la fraude, pour la rendre croyable, n'a pu se dispenser de suivre les idées généralement reçues. L'union trèsétroite des deux apôtres dans la vie et dans la mort était par conséquent un fait notoire, à l'abri de toute contestation.

S. Luc, le disciple chéri de Paul, a écrit le livre des Actes dans un tel esprit de charité, et y suppose partout une union si parfaite entre les apôtres, que les novateurs n'ont d'autre ressource que de ranger encore ce livre parmi les apocryphes : opinion désespérée dans laquelle M. Renan n'a pu les suivre. Il faut lui rendre cette justice qu'il déclare l'authenticité des Actes parfaitement inattaquable.

S. Paul enfin, celui-là même qu'on essaye de trans-

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former en victime innocente de l'injustice et de la jalousie de ses frères, S. Paul se prévaut hautement de cet accord où il vit avec eux, dans cette même épître dont on s'arme contre nous. Il a fait exprès le voyage de Jérusalem, après d'immenses succès obtenus parmi les Grecs de l'Asie mineure. Il a conféré avec les trois colonnes de l'Église, providentiellement réunies en ce moment dans la capitale du judaïsme. Il leur a exposé ses travaux et sa doctrine. Il n'en a reçu que des félicitations et des encouragements. Ils sont convenus entre eux de se partager le travail, et ont donné à Paul toute la gentilité pour son partage. De cette diversité de ministère a dû découler quelque diversité dans la conduite. Par honneur pour l'origine divine de leurs lois, on permettait aux Juifs d'y rester fidèles après leur baptême ; mais on ne souffrait pas qu'ils voulussent astreindre les Gentils à tant de pratiques gênantes et désormais abolies. Tous étaient d'accord sur ce point. Voici en quoi ils différaient. S. Jacques, établi sur le siège épiscopal de Jérusalem, toujours mêlé aux seuls Juifs, continua personnellement à se conformer à leurs usages. S. Paul au contraire fut engagé, par la nécessité même de son ministère au milieu des nations païennes, à s'en affranchir le plus souvent; ce qui ne l'empêchait pas de s'y assujettir lui-même dans les occasions où la prudence le conseillait. Il se fit, selon son propre langage, juif avec les Juifs, et gentil avec les Gentils. S. Pierre qui se donnait à tous, qui séjourna successivement en Palestine, à Antioche et à Rome, n'eut pas à cet égard d'autre règle de conduite que le grand apôtre. Mais, qui ne sait qu'en des questions livrées à l'appréciation des hommes, les mêmes règles reçoivent tous les jours

d«i5 application»' dlversesT Un joui" donc, étant à An' tioche, Pierre hésita sur le parti le plus sage à prendre. Il avait près- de lui des Gentils avec lesquels il vivait librement, quand arrivèrent des Juifs venus de Jérusalem, et fortement attachés aux prescriptions du rituel mosaïque. Que faire? La condescendance pour l'infirmité de ces derniers l'emporta dans son cœur. Pour l'amour d'eux, il se sépara momentanément de ceux qui ne suivaient pas leurs pratiques. Il eut tort, j'y consens , d'humilier et de oontrister ainsi cette partie du^troupeau qu'il eût dû plutôt porter dans ses bras. Paul, zélé pour la liberté de l'Évangile, l'en reprit, et Pierre répara noblement sa méprise. Voilà le thème, l'unique thème de tous ces poëmes ennuyeux et fort peU' homériques dont l'incrédulité systématique ne se lasse poijit d^assourdir nos oreilles.

Si, cô-mme on se l'imagine-, S. Paul avait été seul contre tous, ces déchirements entre les pasteurs aurait agité J'Église de violentes secousses, et la tradition en eût conservé le triste souvenir. Disons. mieux, l'édifice encore mal afi'ermi*, battu par tant d'orages au dehors, et ijinéau dedans par la discorde, n'aurait offert bientôt après que le spectacle d'une grande ruine : Begnum contra seipmm ditisum desolabitnr, et dormis suprà.démtm cadet.

Je n'ai plus qu^ un mot à dire sur les temps qui suivirent la mort des apôtres». M*, de Bunsen a embrassé les deux premiers siècles dans ses investigation^. Sans le suivre dàBfs tous ses écarts, je veux expliquer au moins cette loi fameuse du secret, qui mal comprise laisserait planer • quelque nuages sur la question que j 'ai tâché d'éolàircir.

Le couraige- des> hommes qui ont fondé la société

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chrétienne u€ fqtjamjai». téméraire. L'ordre etlaiûéthodé ne sont pas. opposésià; TlSsprit. de: Dieu; ce scal; des bi^ns que nul aut^at que TÉglise n'a contribué à ré^pandre et à faire aimer. On ne sera pa^. surpris de la: voir dès son origine adopter un ordre à peu près constajit, et tracé par la raison même, pour l'instruction des infidèles ou des catéchumènes qu'elle prépa^ rait au baptême.

Cet ordre est indiqué par S. Paul dans réï]iltre aux Hébreux. On traitait d'abord de la pénitence, nécessaire pour préparer les: âmes aux communications célestes, puis.de la foi en Dieu, du baptême, de la conr firmation, de la résurrection des morts et: du jugement futur, En étudiant les discours rapportés dans les Actes, et la pratique de l'Église durant. les siècles suivants, on se convainc que cette marchie fut assez uniforme. Le symbole esft désigné déjà par ses premiers et ses derniers mots, comme dans Sv Irénée : « La foi en Dieu.,., la résurrection de la chair, le jugement final et éternel. » Dana la plupart des églises, on n'en confiait le texte aux catéchumènes que peu de jours avant leur baptême. Mais ils en, connaissaient déjà la substance qu'on ne se bornait pas à leur expliquer avec soin, et sur laquelle on les obligeait: de plus à répondre aux interrogations du pasteur. L'exr plication des rites et des sens cachés que l'Eglise a toujours eu soin d'y rattacher, certains développements plus relevés de la doctrine, étaient réservés pour les jours qui suivaient la cérémonie du baptême, ou comme on parlait. alors de VUlumnatioîk mystique. Il y eut donc quelque mesure à garder, et un véritable secret prescrit: à: l'égard desiinfidèlesi Les mystères voilés sous le silence étaient surtout ceux de la Tri-

nité et de TEucharistie. On en devine la raison. Ces dogmes mal compris pouvaient revêtir pour des esprits grossiers je ne sais quelle apparence de polythéisme. Cette loi dura plus longtemps que ne le dit M. Burnouf, égaré par un guide peu sûr. Il n'est pas besoin d'avoir longtemps feuilleté S. Jean Chrysostome pour avoir été frappé de cette formule qui lui est familière à propos de TEucharistie : Norunl initiati, « les initiés me comprennent. » La présence des infidèles aux instructions des pasteurs n'était donc pas un obstacle insurmontable au maintien de cette discipline. Les initiés s'entendaient à demi-mot. Et c'est à quoi des critiques, savants d'ailleurs, n'ont pas tou jours fait assez d'attention quand, de quelques locutions obscures ou peu précises, ils ont tiré des conséquences précipitées contre l'orthodoxie d'anciens écrivains ecclésiastiques, ou même contre l'antiquité de nos croyances.

Mais si l'Église usa de cette sage réserve à l'égard des étrangers, jamais elle ne déroba aucune partie de son enseignement dogmatique à ses enfants. Le fait est certain, et je l'affirme sans crainte d*être démenti. Seules, les formules consécratoires employées dans l'administration des sacrements, ou dans la célébration du sacrifice, furent tenues plus secrètes, et communiquées aux prêtres seuls. Il suffisait aux fidèles d'en connaître le but, l'esprit, et la valeur dogmatique.

Je me suis efforcé de répondre à tout ce qui m'a paru mériter une réponse dans un livre qui sera vite oublié, is'il ne l'est déjà, mais dont l'annonce fastueuse pouvait offrir plus de danger que le livre même. Puissé-je avoir réussi à conjurer ce péril I Et puissent, des hommes

trop prompts à s'armer contre le Christ comprendre enfin qu'il n'est pas facile d'arracher une seule pierre de l'édifice bâti par sa main I

Mais quand il leur eût été donné de prévaloir en ce point, quand ils auraient établi, ce qu'ils ne feront jamais, que nos dogmes furent prêches quelque part hors de la Judée avant Jésus-Christ, qu'ils sachent qu'ils n'en seraient pas plus avancés. Ils auraient nui à l'Église sans aucun profit réel pour leur cause. Car enfin, il y a dans le christianisme autre chose qu'un enseignement purement spéculatif. Quelque nécessaire et saint qu'il puisse être, cet enseignement livré à luimême ne se serait jamais fondé, ni maintenu, et surtout n'aurait pas opéré la réforme des mœurs. Le dogme ne subsiste que par l'Église, et si vous en doutez, regardez la confusion où tombent tous les jours les sociétés qui s'en séparent. Le peu de christianisme qui s'y conserve n'a d'autre cause que l'influence qu'elles ont subie jadis pendant ces siècles plus heureux où elles étaient dociles à leur mère. Le lait dont cette mère les a nourries les préserve encore d'une dissolution totale après de si longs égarements.

11 faudra donc trouver aussi quelque part le type et le modèle de l'Église. Il faudra tout au moins expliquer sa force et sa stabilité. Un illustre publiciste en a cherché le secret dans le principe accepté par tous les fidèles de son infaillible autorité. C'était reculer la difficulté sans la résoudre. C'était toujours la fable indienne qui fait reposer le monde sur une tortue, et qui oublie de dire sur quoi repose la tortue. Il eût fallu montrer comment ce principe d'autorité a pu prévaloir et se perpétuer parmi tant d'orages, comment il se conserve

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