‹ Études bibliquesChapitre 15 sur 34 · S. PIERRE ET S. PAUL · texte numérisé non relu

S. PIERRE ET S. PAUL

Gloriosi principes terrœ, quomodo in vita sua dilexerunt se, itàet in morte nonsunt divisi (Brév. rom.).

L'Église romaine, fondée par les deux apôtres S. Pierre et S. Paul, cimentée de leur sang et enrichie

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de leurs précieuses reliques, célèbre tous les jours de rannée, leur fraternelle union dans la vie et dans la mort.

En même temps, lês enfants de la Réforme, remplis de haine contre le Siège apostolique, ne cessent, pour justifier leur révolté, d'en chercher l'origine et le modèle dans les siècles passés. Ils ont remué le ciel et la terre pour se créer des ancêtres ; ils ont relié les uns aux autres les noms des hérétiques les plus universellement odieux, depuis Aétius, Helvidius et Vigilance, au IV® et au v® siècle ; et de ces débris épars ils ont voulu former' les anneaux d'une même chaîne, à laquelle ils se rattacheraient eux-mêmes. Poussant l'audace encore plus loin, et remontant jusqu'au berceau deTÉglise, ils se sont couverts du nom vénéré de l'a* pôtre des Gentils. Après avoir dénaturé sa doctrine, ils ont dénaturé son histoire, le présentant comme une sorte d'Ismaël en lutte avec tous les autres apôtres : Manus ejus contm omnes, et manus omnium contra eum.

Comme ils avaient en horreur et S. Pierre, à cause de sa primauté qui les écrase, et S. Jacques à cause de sa doctrine sur la nécessité de bien vivre» ils ont à leur manière exalté S. Paul, dont ils ont fait Tardent antagoniste de ces deux apôtres.

On sait avec quel dédain Luther appelait l'épître de S. Jacques « une épître de paille, » et quel acharnement mirent ses disciples et ceux de Calvin à rejeter contre l'évidence des témoignages historiques Tépiscopat de S. Pierre, son martyre, et jusqu'à sa présence à Rome.

Ces excès d'une critique effrénée ne pouvaient durer. Des hommes plus calmes et plus savants succédèrent à la première génération des réformateurs : l'apostolat

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de S. Pierre à Rome et sa prise de possession de ce premier siège furent hautement reconnus ; Tépître de S. Jacques rentra dans le canon, avec plusieurs autres qu'une sorte de violence en avait expulsées d'abord, et il semblait que la controverse si bien éclaircie ne dût plus revivre sur les mêmes points. On se trompait : Tesprit d'innovation roule dans un cercle éternel, comme la fortune :

In sola constans mobilitate sua est,

La Revm Germanique, qui s'est donné la mission de nous initier aux travaux scientifiques, aux productions littéraires et aux procédés, ou, pour mieux dire, aux résultats de la critique chez nos voisins d'outre-Rhin, a publié, dans son cahier de décembre 1858, un article intitulé assez mal à propos : La Théologie des apôtres.

On n'y parle guère de Dieu, ni de ses attributs, ni de l'Incarnation, ni de toute la série des grands mystères. Il semble que toute la théologie se concentre dans la question (mal comprise) de la foi et des œuvres.

L'auteur, M.Michel Nicolas, est protestant, et même, si je ne me trompe, professeur à la Faculté protestante de Montauban. J'ai besoin de le dire, non pour lui reprocher avec amertume le malheur de son éducation, mais plutôt pour expliquer, dans un libre penseur comme lui, certaines notions si manifestement erronées, qu'elles ne peuvent être que le* fruit des impressions toujours profondes du premier âge. C'est un danger auquel il est, en effet, difficile de se soustraire. Il est peu d'hommes, parmi ceux qui se croient le plus maîtres de leur pensée, qui ne subissent l'influence du milieu où 'ils vivent.

M. Michelet n'aurait pas tant déversé de fiel sur le

ministère si noble et si digne de la purification des âmes, s'il avait connu par Texpérience de sa jeunesse les joies intimes du pécheur réconcilié, lorsqu'il relève son front courbé sous la main du prêtre.

M. Michel Nicolas me permettra aussi de croire qu'il eût eu une notion plus juste de la foi dont il parle à tout propos et de ses rapports avec les œuvres, qu'il eût mieux compris les apôtres qui nous ont expliqué ces rapports et qu'il eût trouvé entre eux un antagonisme moins violent, s'il n'avait été préparé de bonne heure à cette étrange aberration .

Aussi ai-je toujours pensé qu'une des voies les plus sûres pour prévenir le danger de ces publications hostiles à nos croyances, serait d'en découvrir la source.

Le lecteur français est confiant. 11 suit volontiers l'écrivain habile ou brillant qui étale devant lui le fruit de ses méditations ou de ses lectures. Il s'abandonne à ce guide, parce qu'il le croit supérieur aux excitations de l'intérêt et de la prévention. Mais la confiance a des bornes, elle se refuserait au plus séduisant docteur, s'il n'était que le représentant d'une secte et d'un enseignement surannés. Cependant, qu'arrive-t-il? L'esprit protestant coule à pleins bords dans plusieurs de nos feuilles publiques et de nos revues, et il va répandre parmi les classes lettrées un venin d'autant plus dangereux, qu'aucune violente secousse n'avertit de sa présence. Ne pouvant se dispenser de parler de nos dogmes et de notre histoire, les écrivains rationalistes se donnent aisément l'air impartial et désintéressé sur tous les points qui divisent les catholiques et les réformés. Néanmoins, soit ignorance, soit parti pris, ils inclinent presque toujours vers ces derniers. Comment n^ le feraient-ils pas ? Dans ces matières, ordi-

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nairement, ils n'ont eux-mêmes consulté que les écrivains les plus suspects ou les plus hétérodoxes I Les poursuivre dans ce dédale d'affirmations sans preuves, d'illusions, d'insinuations fausses ou malignes, serait une tache impossible. Il suffit d'ailleurs de relever de temps en temps leurs erreurs les plus grossières ouïes plus perfides , pour tenir les catjioliquôs en garde contre le danger sans cesse renouvelé de pareilles lectures.

Le grand principe doctrinal de la Réforme, le pivot sur lequel elle roule tout entière, la base de presque toutes les dénégations qu'elle oppose au dogme catholique, c'est le principe de la justification et du salut obtenus par la foi seule , et sans les œuvres. C'est aussi le principe auquel elle tient avec le plus de persévérance ou d'opiniâtreté. Parmi les innombrables sectes sorties de son sein'et divisées sur presque tout le reste, je ne connais guère que Swedenborg, le fondateur de La Nouvelle Jérusalem (nom fastueux dont il a décoré ses adeptes), qui ait eu horreur d'un principe aussi subversif, et qui l'ait combattu de front.

Si nous en croyons cet homme un peu visionnaire, je l'avoue, il aurait de ses propres yeux contemplé, dans l'autre monde, Luther et Calvin, condamnés l'un et l'autre à rétracter ce principe pervers. Son autorité n'était pas de nature à persuader des gens que le bon sens, joint à l'enseignement de tous les siècles passés, n'avait pu convaincre, et encore aujourd'hui, toutes les sociétés protestantes tiennent à cette immorale doctrine comme à leur palladium, quoique plusieurs aient tenté de louables efforts pour en atténuer les conséquences.

Luther y allait plus franchement et sans arrière-

pensée, quand il disait : Pecca fortiter, et crede fortius. Des millions de disciples ont répété l'axiome sur le même ton ; mais on conçoit que des âmes honnêtes s'en soient indignées, et qu'en respectant les termes sacramentels, elles aient tâché d'en modifier le sens. La foi, telle que S. Paul la prêchait, n'est plus, aux yeux de plusieurs, que le principe même de la moralité, ou la lumière intérieure, le jugement d^ l'esprit et l'intention, d'où dépendent en effet la bonté ou la malice des œuvres *. Aies en croire, Luther n'aurait fait que réveiller le monde assoupi, et lui rappeler cette grande vérité universellement oubliée avant lui. C'est vraiment lui faire la partie trop belle, et se moquer trop visiblement des docteurs qui ont éclairé l'Église pendant quinze siècles.

, Cette notion de la foi confine à celle de M. Michel Nicolas, sans lui être pleinement identique.

Pour échapper au soupçon d'altérer sa pensée, donnons-lui la parole ; laissons-le nous exposer à loisir la notion de la foi et l'histoire des graves débats soulevés au I**' siècle sur cette matière.

Selon lui, tandis que la communauté primitive de Jérusalem ne comprit guère le christianisme que comme

* S. Paul, en un seul passage bien connu (Rom, xiv, 23), a désigné par le mot de foi, la ferme adhésion de l'esprit au jugement qu*il prononce sur la bonté morale de ses actes. Cela est facile à comprendre: toute conviction sincère peut porter la nom de foi. Cie qui n'empêche pas que le mot ne conserve sa valeur dans le nombre presque infini de textes où il est employé.

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une continuation du judaïsme, avec les mêmes rites et le même culte, en substituant simplement la croyance au Messie venu à Tespérance du Messie à venir, il en fut tout autrement des Juifs hellénistes répandus dans les provinces de l'Empire.

« Les cérémonies judaïques avaient perdu à leurs yeux la plus grande partie de leur prestige, et les espérances messianiques, ou n'avaient pour eux aucune importance, ou étaient entendues dans un sens allégorique et moral.... De très-bonne heure, il y eut k Jérusalem même un noyau de chrétiens sortis du milieu des Juifs hellénistes, qui formaient comme une société à part, à côté du chrétien d'origine juive palestinienne. Un d'entre eux, Etienne, fut mis à mort pour avoir soutenu des doctrines peu favorables au mosaïsme, et la petite église helléniste fut chassée de Jérusalem, tandis que les chrétiens qui ne s'étaient point séparés de la tradition juive furent épargnés (Actes, viii, 1) *.

* L'endroit des Actes où Fauteur nous renvoie, dit au contraii*e que toute l'Église de Jérusalem, à l'exception dêg apôtrêê, fut dispersée par la persécution. Il est d'ailleurs manifeste que S. Luc n'a pas songé à nous montrer deux corps d'Églises chrétiennes à Jérusalem, et que les sept diacres furent établis, non sur las hellénistes seuls, mais 9uv tous les iidôles de la ville sainte, afin de prévenir les partialités dont quelques-uns s« plaignaient dans la distribution des aumônes. Les hellénistes, c'est-à-dire les Israélites venus des provinces et établis à Jérusalem, se croyaient lésés par une inégale répartition. En leur qualité d'étrangers, ils étaient, en effets plus exposés à en souffrir que les indigènes. 11 est probable qu'ils étaient aussi les moins nombreux, et rien ne prouve, par conséquent, que lôs votes de l'assemblée pour l'élection des diacres soient tombés de préférence sur quelques-uns d'entre eux. Sur quoi donc M. Nicolas s'appuie- t-il pour affirmer que S. Etienne fut choisi parmi euxt Le nom d'Etienne (STéçavoç) est grec; mais c*est un indice bien insuffisant.

» Cette division se creusa plus profondément, quand le christianisme, débordant le cercle de la nation juive, eut commencé à se répandre parmi les païens... Tandis que, dans le centre du judaïsme, les disciples de Jésus- Christ, sortis de la famille de Jacob, observaient encore toutes les prescriptions de la loi, les chrétiens d'Antioche, païens d'origiae pour la plupart, ne connaissaient et ne pratiquaient aucune des cérémonies juives. Quelques chrétiens, venus de Jérusalem dans cette ville, scandalisés de voir les ordonnances mosaïques laissées de côté, protestèrent hautement contre ce qui leur paraissait une impiété, et déclarèrent aux chrétiens d'Antioche que, s'ils n'étaient circoncis, ils ne pourraient être sauvés. S. Paul etBarnabas s'élevèrent contre cette prétention. Ce fut le commencement d'une querelle qui devait survivre à ceux qui l'avaient soulevée. Ce dissentiment prit des proportions plus considérables quelques années plus tard, et ce fut encore à Antioche que la scène se passa. »

Ici le critique rappelle le fait raconté dans l'épître aux Galates, chap. ii, 2. Il nous montre S. Paul résistant en face à S. Pierre, et lui reprochant ses scrupules tardifs relativement aux observances légales.

« Depuis ce moment, ajoute-t-il, les deux parties vécurent en pleine hostilité.

» Ce qui les séparait ne portait ni sur un détail insignifiant, ni sur des faits accessoires : le caractère et le fond même du christianisme étaient ici en cause, et c'est ce qu'il importe de bien comprendre...

» La question de fait recouvrait une question d6 principe. Le particularisme des apôtres palestiniens et luniversalisme de S. Paul dérivaient de conceptions différentes du christianisme...

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» Les premiers ne s'élevant pas au-dessus du point de vue juif, qui était aussi, en général, celui de l'antiquité, rattachaient la religion aux cérémonies ; ils ne faisaient pas sans doute abstraction du sentiment religieux et moral qui doit les accompagner, mais, en « somme, leur idéal religieux n'est pas très-élevé. L'élément mystique, qui constitue le fond même de la religion, y tient très-peu de place. La religion pure et sans tache (Jacques, i,2), consiste pour eux dans une morale aux maximes de laquelle il n'y a rien à reprendre, mais qui rappelle ce qu'il y a de meilleur dans les préceptes des écoles juiyes. En général, l'épître de S. Jacques, l'expression la plus complète de ce point de vue, ne dépasse guère le niveau de l'Ancien Testament...

)> Pour S. Paul, il y a, entre le christianisme et le judaïsme, non point une différence de degré, mais une différence essentielle.... Pourvu que l'acte se fasse, la loi sera satisfaite ; peu lui importera de savoir* si l'homme y a été décidé par une heureuse disposition morale, ou parla crainte du châtiment. Ains;, par rapport à la loi, le sentiment n'est pas la chose importante: l'essentiel, c'est l'acte lui-même, Vopus operatum. C'est le contraire au point de vue moral ; l'acte n'est que l'accessoire ; le sentiment qui l'a inspiré est Tessentiel. Ce point de vue est celui de S. Paul. A la légalité pharisaïque, il oppose la moralité évangélique. »

Jusqu'ici, je ne vois rien de plus dans la notion de la foi attribuée à S. Paul, que ce que j'ai déjà dit. Mais, un peu plus loin, j'avoue que la même foi est expliquée dans un sens fort différent. Elle commence, y est-il dit, par r adhésion de V esprit à la vérité révélée) mais elle pénètre plus profondément dans la nature humaine ; elle fait

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naître Tespérance et l'amour, et conduit à runion intime avec Jésus-Christ. Il y a plus de vrai dans cette explication, et néanmoins l'auteur y brouille tout. Il a raison de faire de la foi le principe de la vie surnaturelle, mais non de faire consister dans la foi cette vie tout entière, puisque S. Paul a dit : « Quand j'aurais la foi suffisante pour transporter les montagnes, si je n'ai point la charité, je ne suis rien, » et qu'il a toujours parlé de la foi, de l'espérance et de la charité comme de trois vertus distinctes. De plus, l'auteur renverse sans y penser la première notion qu'il noas avait donnée de cette vertu. Car, si la foi commence par l'ad* hésion de l'esprit à la vérité de l'enseignement de Jésus-Christ^ elle n'a donc rien de commun avec le sentiment moral ou le principe de la moralité, à moins qu'on ne veuille refuser toute notion de la moralité à ceux qui, n'adhérant point à la doctrine chrétienne, n'ont pas même le commencement de la foi. Ainsi, il n'y aura point de sentiment moral dans M. Jules Simon, qui a écrit un livre sur le devoir et un autre sur la religion naturelle^ ni dans ces libres penseurs qui se flattaient d'être d'honnêtes gens sans être chrétiens. Voilà où Ton arrive avec ces pensées confuses. Tirez-vous de ce chaos, si vous le pouvez.

Quant a l'auteur, il ne se met pas en peine, et après nous avoir engagés dans cet imbroglio, il reprend son récit d'un ton fort assuré. « Cette lutte, dit-il, entre S. Paul et les apôtres de Jérusalem, remplit tout le i*"" siècle et se prolongea même assez avant dans le second... KUe fut le centre autour duquel s'agita toute la période apostolique,..

» Ce sujet a inspiré les épîtres les plus importantes de S. Paul, celles de S. Jacques et de S. Pierre, 11 a

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donné naissance au livre des Actes des Apôtres, Fermez les yeux sur cette lutte, et ces écrits deviennent tout à fait incompréhensibles. . .

» Une véritable contre-mission fut organisée pour paralyser les efforts de S. Paul et pour ramener à l'Évangile des judaïsants, c.eux qui s'étaient laissé séduire par ses prédications. L'existence de cette espèce de conspiration n'est pas douteuse. . . ; persuadés sans doute que tous les moyens étaient bons pour le succès d'une cause qui leur paraissait sainte, les agents du parti judaïsant ne reculèrent pas devant les manœuvres d'une coupable déloyauté. »

C'est dans cette odieuse compagnie que le nouveau critique ose bien placer les apôtres S. Pierre, S. Jacques et S. Jean. Il est possible, selon lui, que les plus ardents promoteurs de ces menées fussent des pharisiens convertis et exagérant les tendances judaïsantes des douze, mais le mauvais vouloir des apôtres palestiniens à l'égard de S. Paul éclata d*une manière évidente dans plusieurs circonstances^ et leur nom se trouve malheureusement mêlé partout à ces tristes débats.

Entre ces deux partis extrêmes, on sent pourtant le besoin d'en supposer un troisième, celui de la modération et de la conciliation. On croit en suivre la trace du vivant même des apôtres, et on s'avance jusqu'à en désigner les chefs par leur nom. Ce sont S. Barnabe, S. Luc, S. Marc, et même, qui le croirait, ce Démas, dont S, Paul, écrivant à Timothée, disait en gémissant : Demos me reliquit diligens hoc sœculum (lITim., iv, 10). « Cette tendance conciliatrice se produisit plus hardiment après la mort des apôtres, quand des hommes, comme Luc, Barnabas, Marc, Silas, se trouvèrent placés au premier rang. On peut donc placer à cette époque,

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c'est-à-dire dans les vingt-cinq dernières années du i*"" siècle, ceux des écrits du Nouveau Testament où cette tendance est évidente... (p. 440). Les livres sont au nombre de trois : la première * épître de S. Pierre, répître aux Hébreux et les Actes des apôtres. »

Voilà donc ce qui nous est proposé « comme le résumé général de ce qu'il y a de plus positif et de moins sujet à contestation dans les études faites en Allemagne dans ces derniers temps sur la période apostolique, au point de vue franchement historique » (p.. 435).

Il serait beaucoup plus exact de dire que c'est le résumé des paradoxes que l'école la plus fantasque et la plus antihistorique de l'Allemagne a inventés depuis vingt ans pour rabaisser le christianisme au niveau des institutions humaines, et transformer ses colonnes fondamentales en des hommes à peine vulgaires. Cette école à laquelle M. Nicolas voudrait nous rattacher, est celle des théologiens hégéliens de Tubingue. Mais il est juste de dire, par respect pour rérudition et pour le bon sens des exégètes d'outre-Rhin, que, si cette école y a quelque vogue, elle y est avantageusement combattue par des savants plus dignes de ce nom que M. Baur et que ses disciples tubingiens. Je n'invoquerai point le nom des catholiques éminents, ni même ceux des protestants encore attachés au dogme de l'inspiration des Écritures, qui luttent par de doctes ouvrages

4 C'est sans doute une erreur typographique. Uensemble de la discussion montre que l'auteur a voulu parler de la deuxième et non de la première épitre de S. Pierre.

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contre ces tendances destructives. J'atteindrai plus sûrement mon but en produisant le jugement d'un savant, également passionné contre Torthodoxie catholique et contre l'opinion des protestants, dits rétrogrades, M. Ewald, pour lequel les rédacteurs de IdiRevtœ Germanique ont bien quelque estime, si j'en juge par les éloges qu'il a reçus de M. Renan, et par les emprunts que M, Renan lui a faits. M. Ewald a un nom justement célèbre au delà du Rhin, et si l'on veut savoir ce que pense de l'école de Tubingue ce philosophe distingué, ce fin critique, fort peu suspect de préjugés orthodoxes ou pour parler franchement, fort téméraire lui-même dans les procédés de sa critique, qu'on ouvre presque au hasard le dernier volume de ses Annales de la science biblique, publié en 1858. Les théories de M. Baur et de ses disciples y sont représentées comme des rêves creux, de savantes niaiseries, propres seulement à inspirer aux étrangers une juste défiance des travaux de l'Allemagne, enfin comme un opprobre national dont lé docte professeur .de Gôttingue ne parle qu'en rougissant. Consultez le tome IX de ses Annales, aux pages 71 , 72, 202 et suivantes.

Voilà un rude adversaire auquel on en pourrait joindre d'autres dont M. Nicolas n'aurait point dû taire les noms, puisqu'il promettait de nous instruire de l'état des controverses en Allemagne. Il n'eût point, en mettant en avant le seul nom de Néander, mort depuis plusieurs années, donné lieu de croire que la lutte contre les docteurs de Tubingue s'était éteinte avec lui, ou que le reste des opposants ne valait pas la peine d'être nommé. Ce procédé est plus habile que loyal. Tantôt on s'empare de M. Ewald comme d'une autorité propre à faire goûter les explications mythiques des faits ra-

contés dans TAncien Testament, tantôt on le laisse dans Tombre et on lui substitue d'autres réputations plus suspectes encore pour ruiner le Nouveau. G^est ainsi que la Revue Germanique entend l'impartialité et la fidélité à son titre.

Nous ne sommes pas réduits pour la combattre à rappui de noms aussi suspects. Les faits d'ailleurs parlent d'eux-mêmes, et il nous suffira d'en opposer le récit fidèle au roman que nous venons de lire.

ARTICLE DEUXIÈME

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