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de la Trinité se trouve dans ces trois mots de saint Jean : Très nnum simt. Très au masculin marque la distinction réelle des personnes : nnum au neutre exprime l'unité indivisible de la substance divine. Au mot très substituez tria^ et vous avez trois êtres distincts, trois substances séparées, que la conformité des pensées et des volontés rapproche, qui combinent leurs forces pour les faire converger au même but ; mais, qui après tout, n'ont pas une seule et même vie, un seul et même principe d'action et de volonté. C'est l'erreur du trithéisme. Renversez la phrase et dites : très tintts stmt, vous énoncez une proposition qui n'a point de sens, qui offre une contradiction dans les termes. Pour la ramener à un sens raisonnable, quoique forcé, vous êtes obligé de réduire le mot très à n'exprimer que trois modifications, trois aspects sous lesquels la même personne peut être envisagée. C'est l'erreur du modalisme. Noétus de Smyrne en fut le premier auteur. Il en inocula le venin à son disciple Épigone, lequel transmit sa doctrine à Cléomène et Cléomène à Sabellius. C'est au moins la généalogie du Sabellianisme, telle qu'elle nous est donnée par Hippolyte. Car on peut douter aujourd'hui si Cléomène, le maître de Sabellius à Rome, en fut jamais imbu. Quoi qu'il en soit, l'enseignement catholique se maintient entre ces deux erreurs extrêmes, et toute la question est de savoir siCalliste s'est tenu ferme dans ce milieu, ou s'il s'en est jamais écarté. S'il a, comme on l'en accuse, rejeté le dogme dans la foi duquel tous les chrétiens sont baptisés^ et nié la distinction réelle des trois personnes divines, que deviennent les promesses faites au Siège de Pierre, que deviennent les promesses faites à la grande société catholique, qui est fondée sur cette pierre et ne
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peut s'en séparer ? Ces causes expliquent, sans l'excuser, l'ardeur avec laquelle, dans tous les camps hostiles à l'Église, on s'est emparé de cette arme pour l'en percer. M. Réville, malgré l'indifférence dogmatique qu'il professe, malgré les différences profondes qu'il découvre entre le symbole de Nicée et celui d'Hippolyte, n'hésite pas à déclarer ce dernier bien plus orthodoxe que Calliste. Ce qui peut amoindrir la valeur de cette sentence, c'est qu'il ne paraît pas que le juge se soit bien rendu compte de la nature des débats. A son avis, Zéphyrin et Calliste sont Sabelliens. Mais sait-il seulement ce que c'est qu'un Sabellien ?
Il me pardonnera si je lui dis qu'après une lecture attentive de l'exposé qu'il en a voulu faire, j'ai peine à m'en contenter. Il nous l'a décrit sous deux formes diverses, « l'une populaire, assez grossière, l'autre plus y> philosophique et donnant aisément dans le pan- » théisme. » La première « disait tout bonnement que » Jésus était le créateur lui-même ayant souffert la » douleur et la mort. » Elle convenait « au vieux Zé- » phyrin, qui ne songeait guère à subtiliser sur le » dogme ; il disait ingénument au peuple : Je ne con- » nais qu'un seul Dieu, Jésus-Christ, et nul autre que » lui, un seul Dieu qui est * né (dans le temps) et qui » a souffert. » — Le vieux Zéphyrin ne parlait pas au hasard, et le plus ingénu n'est pas celui qu'on pense. C'est vous, critique imprévoyant, qui, sans vous en
* revïjTov xxl wadr,Tov. Co n*est pas bien rendre le mot -fêvr.Tov que de dire simplement, comme M. Ré ville, « qui est né. » Le fils de Dieu a une naissance éternelle, et une naissance dans le temps. Le verbe '^yto^oa s'applique quelquefois à la première, mais rarement et par abus. Ici, il est manifeste qu'il s'agit delà seconde. r«vYjTov signiûe donc « qui a commencé d'être » en son humanité.
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douter, condamnez une proposition orthodoxe, comme une erreur sabellienne. Le vieux pape a mesuré ses termes avec une précision qui abat d'un même coup deux têtes des plus menaçantes de l'hydre aux cent têtes de l'hérésie. Il recourt à l'une de ces formules dont l'Église a le secret, et qu'elle produit selon les temps, pour ôter à l'erreur tout subterfuge, sans nuire àla clarté et à la simplicité du langage. A moins de nier en effet ou l'incarnation du Verbe avec Théodote, ou l'unité de la substance divine avec les dithéistes, il faut bien confesser que Dieu a souffert et que ce Dieu qui a souffert est le créateur, le seul Dieu vivant et véritable. Que penser d'un théologien qui ne prend pas garde à ces vérités élémentaires i ?
Si le Sabellianisme, sous cette première forme soidisant grossière et populaire^ ressemble tout à fait à la plus pure orthodoxie, je n'en puis dire autant de sa seconde forme prétendue philosophique. L'exposé qu'on en va lire est un bizarre assemblage des erreurs les plus monstrueuses et les plus disparates. « Il (Sabellius) dis- » tinguait en Dieu une monade et une triade. Tout ce » qui est n'avait, selon lui, d'existence que dans la » triade, qui, du sein obscur de la monade, se déploie » en Père, en Fils, en Saint-Esprit j selon le moment » de l'histoire que l'on considère. La monade, c'est » donc Dieu muet, inintelligible, inactif, purement
* Que M. Réville veuiUe bion relire le commencement de l'Évangile de S. Jean, il y verra que le Verbe, qui s'est fait chair, est le même « par qui tout a été fait, et sans lequel rien n'a été fait. » Qu'il ouvre encore l'épitre aux Hébreux, il y trouvera ces paroles appliquées au Fils de Dieu, Jésus-Christ ; «r C'est vous qui au commencement avez affermi la terre, et les « cicux sont l'œuvre de vos mains; etc..»
» abstrait. Le Verbe n'est autre chose que le principe » du mouvement immanent à la Divinité, et la faisant » sortir du silence éternel. Par conséquent, l'existence » réelle de Dieu se confond avec celle du monde, et » l'histoire du monde se confond avec l'histoire de » Dieu. La période du Père est celle de l'Ancien Testa- » ment, celle du Fils est l'Incarnation ; dans la troi- » sième,Dieu, comme Saint-Esprit, vit dans l'ensemble » des fidèles. Chacune de ces modifications de l'essence » divine, une fois son œuvre spéciale terminée, rentre » et disparaît dans le sein de la monade. »
Je désire être juste même envers Sabellius l'hérésiarque, et je protège sa mémoire contre une odieuse aggravation de ses torts.
Il n'est pas exact qu'il ait mis en Dieu quatre termes, en concevant par delà la triade un Dieu muet, inintelligible, inactif, purement abstrait, dont le sein obscur laisse échapper une triade qui se déploie en Père, Fils et Saint-Esprit. Ce Bythos, et cette télî-ade sont des rêveries gnostiques dont Sabellius eut horreur.
Il n'est pas exact qu'il ait jamais confondu l'existence de Dieu avec l'existence du monde, et l'histoire du monde avec l'histoire dp Dieu. Le panthéisme fut complètement étranger à son système, et le raisonnement à l'aide duquel le critique s'efforce de l'en déduire m'échappe. Il est vrai qu'Hippolyte nous le donne pour disciple d'Heraclite. Mais il faut savoir pourquoi. Heraclite, précurseur d'Hegel, confondait tous les contra" dictoires. Selon lui, tout est divisible indivisible, engendré non- engendré, mortel immortel, etc. Noétus et Sabellius se heurtent à la même absurdité, quand ils enseignent que le Père est fils, qu'il s'engendre luimôme,, etc. Leur doctrine sur la Trinité n'est qu'un
tissu de contradictions. Mais là se bornent leurs rapports avec le philosophe d'Éphèse.
n n'est pas exact que « le Verbe ne soit autre chose » (en ce système) que le principe du mouvement imma- » nent à la divinité, et la faisant sortir du silence » éternel. » Si le Père se déploie le premier dans la triade, et si dans l'histoire il revendique pour son partage tous les temps qui ont précédé llncarnation, il faut bien reconnaître en Dieu du mouvement et de la vie, avant de le concevoir comme Verbe par son union avec la chair ?
Enfin il n'est pas exact que la doctrine de Sabellius aboutît, au nihilisme. Ce retour successif de chacune des modifications de l'essence divine dans le sein du Dieu muet, inactif, abstrait, cet anéantissement de tout l'être, ce Nirvana universel est une énormité qu'on se résigne à peine à croire dans le Bouddhisme.
Et c'est cet ignoble syncrétisme, ce mélange incohérent de gnosticisme, de panthéisme et de nihilisme, qu'on ose imputer à Galliste, en l'accusant d'avoir professé publiquement la doctrine de Sabellius ! Et toute l'Église, qui obéissait à Galliste et adhérait à son enseignement, serait descendue jusqu'en cet abîme. Et celui qui lui jette cet outrage exige pourtant qu'on « demeure avec lui dans les termes d'une discussion polie. y> Quoi, Monsieur, vous déshonorez ma mère, et vous voulez encore que je vous ôte mon chapeau !
Les preuves abondent pour confondre la calomnie. Les Églises d'outre-mer, à l'est et au sud de la Médi-
terranée, étaient en communion avec le Siège de Rome. Hippolyte le reconnaît, quand il reproche au pape de tolérer des abus, qui n'eurent jamais cours que dans ces provinces éloignées. Or Noélus en Asie, et Praxéas en Afrique y ont toujours été traités d'hérétiques. Nous apprenons même de TertuUien que Praxéas fut obligé de se dédire, et que l'acte signé de sa rétractation se conservait dans les archives des catholiques qui l'avaient exigé de lui ; caverat doctor de emendatione sua, et manet chirographum apud psychicos^, (Adv. Prax., c. i.) Hippolyte dit encore plus nettement que la foule accourait à l'école de Galliste; •que tous consentaient à son hypocrisie, que ses adhérents s'enorgueillissaient de leur nombre, que sa doctrine s'était répandue dans le monde entier. Turbœ ad scholam illam confluunt. — Propterea et augentur superbientes turbis^ — Omnes^ejus sifkulationi assentiebant. — Hujm mri doctrina per totum mundum divulgata, (Philosoph., ix, Î2et13.)
Il écrivait ces paroles vers l'an 230, ou même plus tard, puisque partout il parle de Galliste comme d'un homme mort depuis assez longtemps. Cette date nous rapproche du milieu du siècle et du pontificat de saint Denis, sous lequel la controverse se ranima dans i'Orient. Or, la foi de saint Denis nous est parfaitement
1 M. le professeur Hagemann n'avait pas assez pesé ce fait^ 'quand il a entrepris de montrer que Praxéas n'était autre que Galliste lui-même, attaqué par TertuUien sous ce sobriquet injurieux. Il eût dû se rappeler aussi le passage de S. Optât, qu'on lira plus loin, où Zéphyrin est nommé parmi ceux qui ont triomphé de Praxéas. Tant il faut se défier en histoire des théories les plus ingénieuses, quand elles n'ont pas subi l'épreuve du temps!
connue. Il Ta exposée lui-même dans un fragment que saint Athanaee a encadré comme un joyau dans un de ses nombreux écrits contre les Ariens. Et ceux qui divisent en Dieu la substance, et ceux qui y confondent les personnes y sont réprouvés en des termes aussi clairs que les termes de Nicée. Cette foi du successeur de Calliste, doit servir, autant qu'il en serait- besoin, de commentaire à la sienne. On ne se persuadera pas aisément que renseignement public et solennel dans rÉglise mère et maîtresse se déplaçât par enchantement et passât d'un pôle à l'autre tous les quarts de siècle : ébionite jusqu'à Victor, sabellien sous Calliste, sous Urbain, sous Pontien, et nicéen sous saint Denis. Credat jtidœus !
Un texte de saint Optât, évêque de Milève on Numidie au' iv® siècle, range même en termes exprès le pape Zéphyrin au nombre de ceux qui ont condamné Praxéas et Sabellius : Marcion, Praxeas, Sabellius^ Valentinus et cœteri temporibus suis a Victorino Petavionensi^ et Zephyrino Urhico, et a Tertulliano Carthaginensi superati siint. (Édit. d'E. Dupin, p. 8.) Je n'examine point si le saint docteur ou ses copistes ont con-
fondu saint Victorin de Pétaw avec le pape saint Victor, comme l'ordre des dates et l'arrangement des noms en feraient naître le soupçon. Je m'arrête au nom de Zéphyrin, désigné comme évêque de Rome; c'est le sens du mot Urbicus. J'y vois la confirmation indirecte du fait que TertuUien nous avait déjà appris, d'une rétractation exigée de Praxéas. C'est Zéphyrin qui a dû recevoir ou ratifier cette rétractation; il faut même qu'il en ait exigé une semblable de Sabellius, et que ce novateur ait échappé par là à une première menace d'excommunication., Car nous appre-
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nons d'Hippolyte qu'il n'en fut frappé que par Calliste après la mort de Zéphyrin, sans doute parce qu'à l'exemple de tant d'autres hérésiarques, il revint, selon le mot de l'Écriture, à son vomissement.
A défaut de tant de preuves, la foi de Calliste se justifierait au reste par l'exposé même du livre sur lequel on s'appuie pour l'attaquer. On y lit que dès le temps de Zéphyrin, Calliste, son vicaire, s'écriait : « Ce n'est pas le Père qui a souffert, c'est le Fils, » et que jamais il ne se départit de ce langage. Toujours il repoussa ceux qui faisaient du Père et du Fils une seule personne : oO y^p ÔeXei ^eyetv tov -ïraTepa Treirovôévai xal ev slvai irpocw-TTov. Est-ce là le dogme de Sabellius? C'en est la xîondamnation la plus expresse. Par quel excès de raffinement ose-t-on voir ici une distinction de personnes plus apparente que réelle, et autorisée par la théorie sabellienne? Dans la bouche de Sabellius ce langage eût été au contraire de la plus insigne duplicité, et s'il le tenait quelquefois, ce n'était pas devant ceux qu'il voulait éclairer sur sa doctrine, mais devant des juges qu'il avait intérêt à tromper. Je sais qu'en certaines occasions on dédouble, pour ainsi dire, une personne par une figure de rhétorique assez connue. Je ne mentirais pas, par exemple, si je disais que ce que plusieurs poursuivent en Calliste, ce n'est pas l'esclave de Carpophore, mais l'évêque de Rome ; je serais compris. Mais le collaborateur de la Revue des Deux Mondes pourrait-il, sans blesser la sincérité dont il s'honore, nier qu'il soit le pasteur (ou Tex-pasteur) de l'Église wallonne de Rotterdam? Un honnête homme ne recourt point à ces distinctions subtiles sans des restrictions et des circonstances qui les expliquent. Surtout il ne les soutient pas avec une opiniâtreté ridicule.
<:omme un dogme dont il ne veut pas se départir.
Ce que Calliste enseignait, il le soutint avec vigueur; il sépara Sabellius de la communion des fidèles, et ce fat lày Hippolyte l'assure, un des premiers actes de son autorité souveraine. « Oui, répond l'accusateur, mais ce fut à contre-cœur, et par la crainte qu'il avait con- >çue de moi. » La plaisante raison I Calliste cède à la peur, au moment même où le rang suprême eût dû l'affranchir de toute crainte ! Ces deux coups de pinceau par lesquels un grand pape a fait de l'ambition le portrait le plus vif et le plus vrai, pavida dum quœrit, -audax cumpervenerit, devront être effacés et retournés ! Au reste, l'explication fût-ello admise sans contrôle, il resterait constant que Calliste n'a point enseigné Terreur, étant pape, et les ennemis de la papauté n'en tireraient aucun avantage.
Les preuves se multiplient sous notre plume, qui ne fsuffit pas à tout écrire. Écoutons Calliste enseigner Hippolyte, comme il a enseigné Sabellius, et nous admirerons de plus en plus la fermeté de vue qui le garde <ie tous les extrêmes. Il affirme donc« que le Père n'est » pas une chose, le Fils une autre chose {aliud au neu- » tre), qu'ils sont un même esprit indivisible, une seule » et même chose ; que cet esprit divin remplit tout de » sa présence, les hauts lieux et les lieux bas, » c'està-dire, le ciel, la terre et les enfers {Ibid., ix, 12.) Voilà bien la doctrine constante des siècles, et celui qui la rejette se condamne de sa propre bouche. La substance spirituelle de Dieu (car, dans la circonstance, le mot -« esprit » ne signifie pas autre chose), la substance de Dieu ne souffre point de multiplication, parce qu'elle est immense, bien qu'elle soit possédée simultanément et indivisiblement par trois personnes distinctes. Ceci
" n'est pas seulement énoncer le dogme ; c'est l'expliquer et le défendre.
Qu'à côté de ces expressions si justes et si bien pesées, il s'en rencontre d'autres, pareillement attribuées à Calliste, qui sont ou équivoques, ou grossière-
■ ment sabelliennes, ce peut être un problème à résoudre, un mystère à éclaircir ; mais ni ce problème ni ce mystère ne dépassent la portée d'un esprit exercé. Ou le texte a souffert notablement de l'imprudence des correcteurs et des copistes, ou Hippolyte tombe dans une faute ordinaire à ceux qui disputent. Il tire des principes de son adversaire des conséquences que celui-ci rejette, dont en efifet la déduction n'est pas évidente, et les lui impute, comme s'il les avouait. Les apologistes que j'ai pu lire se sont rangés à cette dernière solution, adoptée tout récemment encore par M. le docteur Hagemann, professeur de théologie catholique à Hildesheim. Je m*y arrêterais aussi volontiers, si je n^avais d'autre but que la justification de Calliste, but auquel elle satisfait pleinement. Mais rintérêt d'Hippolyte me touche, et je l'ai assez longtemps combattu pour n'être pas suspect dans ce que je dirai à sa décharge.
Son âme vive, emportée, mais naturellement honnête, l'entraînait en des écarts de passion, sans être capable d'une calomnie préméditée et de mauvaise foi. Surtout il avait le sens assez droit pour n'être pas absurde dans ses accusations. Hé bien ! je le demande à tous ceux qui m'entendent : quel homme de sens rassis, essayant d'exposer une doctrine, un système vrai ou faux, a jamais pu coudre ensemble ces deux phrases : « Calliste affirme que le Père et le Fils, étant » une seule personne, ne peuvent être deux, et qu'ainsi
» le Père a souffert avec le Fils. Car il se refuse à dire » que le Père ait souffert, et qu'il soit une seule per- » sonne avec le Fils. »
Chacun voit du premier coup d'œil que pour lier la première de ces propositions à la seconde, il faudrait la renverser, et dire : « Il affirme que le Père et le Fils, » étant un en substance , sont pourtant deux per- » sonnes, et qu'ainsi le Père n'a pas souffert avec le » Fils ; car il se refuse à dire, etc. » Voilà ce qu'exige la logique et le bon sens. Voilà ce qu'avait écrit Hippolyte. La proposition sabellienne s'est évanouie, et a fait place à une vérité catholique. Je ne prétends pas dire que chaque phrase du texte doive être ramenée à des termes aussi irréprochables. Mais je suis persuadé qu'en le dégageant des altérations qu'il a subies, nous obtiendrions un exposé orthodoxe dans son ensemble, où le fond de la doctrine catholique paraîtrait, même au travers des phrases louches ou vicieuses dont elle est enveloppée *. Que serait-ce donc si le pape, au lieu
^ La doctrine de Calliste sur la Trinité est exposée en deux endroits des Philosophumena, au 1. IX et au 1. X. Le texte est altéré dans les deux endroits. Dans l'essai de restitution qu'on va lire, nous avons été surtout guidé par ce principe, qu'il ne faut pas à la vérité s'attendre à y trouver un exposé exact et complet,,mais qu'on doit en exclure les contradictions, au moins celles qui seraient trop choquantes, et dans les termes euxmêmes ; que les deux exposés doivent s'accorder au moins quant à l'essentiel; que d'ailleurs chaque phrase doit avoir une construction passablement régulière; et que toutes doivent s'enchaîner assez bien les unes aux autres.
Forcé de reconnaître, par l'application de ces principes, que les mêmes altérations avaient affecté les deux exposés, nous en avons conclu qu'elles étaient, au moins en partie, l'œuvre des correcteurs, qui, travaillant sur un texte déjà corrompu, et prévenus de l'idée d'y trouver des propositions sabelliennes, ont en conséquence déplacé ou supprimé arbitrairement la né-
de parler par la bouche d'un détracteur qui ne l'avait pas compris, pouvait se faire entendre lui-môme ?
Deux conséquences découlent naturellement de cette notice biographique, et de l'examen détaillé des faits
gation. Il s'agit do la remettre en son lieu; les autres corrections sont en petit nombre, et ne consistent que dans le changement de quelques lettres.
Voici d'abord la restitution du texte au ch. x, p. 330 :
... xal aÙTOç (KaXXiaro; dji.oXo'YSiv hx tiva-. tov irarspa xatl ôsôv tov S'ri|j.ioop'yov ToO iravTcî;, tcutov ^t Eivai uîov, [eux] (*) dvou.xTi {aÈv Xe-^op-evov xai ovouiaî^op.Evcv, cùaîa ^i sv* (^) TrveujAOt «^àp, (p/iatv, o 6*b; cù^ erspov èffTi irap« rbv Xo^cv 7) ô X^^OÇ wapà Tov ÔEQv. *'Ev cuv toOto, (c) irpsacdircûv p.iv ovoaaTUfi.6piîJo{xevcv, cÙGta ^è cù. TcÛTCv tov Xo-fov sva slvat 6eov cvGp.Gc^Ei xai oEffapxûoOat Xs'fEt. Kai 70V fx.fiv xarà aapxa 6pô>u.£vcv x%t xpaTci3u.Evcv uiôv slvai dsXEi, tov ^è IvcixcùvTa, iraTe'pa.
€ Traduction, f (Galliste) confesse qu'il y a un seul Dieu, Père > et créateur de l'Univers, et que celui-là est Fils, non qu'il » en porte le nom, mais parce qu'il est un en substance. Car, » dit-il, Dieu (le Père) n'est pas un autre esprit que le Verbe, » ni le Verbe un autre esprit que Dieu (le Père.) Cet esprit est » donc un, distinct, il est vrai, quant au nom des personnes, » mais non quant à la substance. Il appelle ce Verbe le seul » Dieu, et dit qu'il s'est incarné. Et (il dit) que celui qui était » vu et palpé dans la chair est le Fils, mais que celui qui habite » en lui est le Père. »
A part ces mots : « celui-là est Fils, » tout est conforme à la saine doctrine dans cet exposé. Et ces mots eux-mêmes qui, isolés, présentent un sens sabellien, sont ramenés au sens catholique par l'explication qui les suit immédiatement.
Or, nous sommes parvenu à ce résultat par des procédés faciles à justifier. Nous avons intercalé (■) la négation eux, requise soit par l'opposition des particules |X5v ^e, soit par l'analogie de la phrase suivante, t ôvo{xaTi {i.tv |i.ÉpiÇoj*.Evov, » soit enfin par l'aveu formel d'Hippolyte, que Galliste n'a jamais voulu confondre les noms des personnes.
(t») Nous avons substitué tv à tîvai, correction que, d'une façon
et des doctrines qui s'y rattachent; conséquences importantes, et directement opposées à celles que les critiques hégéliens en ont tirées. La première, c'est qu'un siècle avant Constantin, la grande et célèbre question qui provoqua la célébration du premier concile œcuménique, avait déjà soulevé au sein de l'Église romaine une très-vive controverse, terminée, comme elle le fut plus tard à Nicée, dans le sens de la consubstantialité
ou d'une autre, tous les éditeurs ont admise équivalemment. (c) Nous avons substitué dans la désinence de TCçcffWTrwv un » à l'o, en rattachant ce mot à ce qui suit, plutôt qu'à ce qui précède. Notre ïnotif est que, de l'aveu formel d'Hippolyte, Galliste a toujours refusé de dire qu'il n'y eût qu'une personne (du Père
et du Fils) cù •^àp ôs'Xei Xé-ytiv 6v eïvat Tcpoowwov.
Le passage du livre IX® est un peu plus développé, je voudrais dire, plus compliqué. Je crois pourtant qu'il peut être rétabli, par une juste application des mômes règles. Le voici tel que je propose de le lire, avec la traduction ensuite ;
•EçEupev atpemv Toîav^s^ >.é"ycv tov Xcr^ov oùtov eîvtti uio'v, aÙTcw Kat irarlpa, [cùk] (1) dvo[i.scti fi.àv }ccXou[JLEy&y, £v ^k ovrii ?rvsû{A2 à^iatpsTOv* eux ôXXo ctvai iraTÉpa, âXXo ^è utov, ev ^k x.aX to auto xmd^yjiv** xat Ta navra 'ifcpiEiv tcû 6stoi> i7v6U|AaTc; Ta Te avo) xat xaTO)* xat £tv£i to èv t^ irapOsvù crapxidôèv irveO^ta eux CTepov Tapa tcv 'KO.réça.^ à>J.a tv xai rô aÛTO. Kal touto tivat to èiprifiivcv* eu irioT8UEi; oTi t-Y» ev t5> waTpt, xat 6 iraTYip èv 6p.6t j (2) to (jliv "y*? PX6ir(>|i.svov, Ô77tp è<7Ttv àvôpcoTroç, tcOto eivat tov u'.o'v^ to ^è èv Ta utû x^pviôcv ^rveOixa tcûto sivai TÔv icaTÉpa* où "^àp, (p)]<jiv, èpû ^uo 6eo6;,ffaTépa xxtolo'v, àXX' eva. (3) G «^àp Iv xot TO aÙTCf 'yevop.Êvc; iraTpi, TCpocXa6d{i.ev&ç vn* oapxa, èôsoiro'iYKKV svttaa; eauTÛ , xai èrroiriasv cv^ ô); xoXeiodai rraTepa xai ulôv t^a. 6eov, xal toûto cv ôv irpoocdica (^) (asyrci ?) ^uvaoSai iivai ^6o, xal cutca; tov icaTtpa {at) oujaitsircvOtvai tû utû* où 'yô^p ôiXei Xs-^eiv tov iraTspa nticovôivoi xal Iv elvai irpcauncv.
« (Galliste) inventa cettç hérésie, disant que le Verbe est Fils, » qu'il est aussi Père, non qu'il en porte le nom, mais parce » qu'il est un même esprit indivisible (avec lui) ; que le Père » n'est pas une chose, le fils une autre; mais qu'ils sont une » seule et même chose; et que tout est plein de l'esprit divin » dans les lieux hauts et bas; que l'esprit qui s'est incarné dans > la Vierge n'est pas un autre esprit que l'esprit du Père, mais » que c'est un seul et même esprit. Que c'est là (ce que signifie)
du Verbe ; c'est que bien loin que ie dogme fût alor.^ dans un état informe, et se dégageât du chaos par une progression lente, douteuse, chancelante, les hérésies des siècles suivants sur la nature du premier Être, sur la distinction de ses personnes, sur son union avec notre humanité, et sur ses rapports avec le monde, s^étaient déjà produites pour la plupart sous des formes peu dijBférentes de celles qu'elles affectèrent
» cette parole (de l'Écriture) : « Ne croyez-vous pas que je suis- > en mon Père, et mon Père en moi ? » Car ce qu'on voyait, qui » est rhomme, c'est le Fils; mais'l'esprit contenu dans le Fils, » c'est le Père. Car, disait-il, je ne dirai pas deux dieux, le Péra » et le Fils, mais un seul Dieu. Car cebii qui, en vertu de sa » génération, est une seule et même chose avec' le Père, prenant » sur soi la chair, l'a divinisée en se l'unissant, et en faisant un » même tout (avec lui); de sorte que le Père et le Fils sont » appelés un seul Dieu, et que cela, étant un, peut cependant » former deux personnes, et qu'ainsi le Père n'a point souffert » avec le Fils; car il se refuse à dire que le Père ait souffert, et » soit une seule personne (avec le Fils). »
Cette dernière phrase est capitale; il est impossible d'y rien changer, et ainsi elle doit servir de règle pour juger de toutes les autres, soit quant aux paroles, soit quant jiu sens. • Au no *, j'ai ajouté eux pour les raisons déjà exposées. M. Miller a reconnu lui-même qu'il manquait quelque, chose à cette phrase, sans pouvoir indiquer le mot à suppléer, qui est certainement la négation..
Au n» 2, je n'ai rien changé au texte^ quoiqu'il offre un sens erroné. C'est qu'ici la faute ne vient point d'un correcteur, mais de l'auteur lui-même, qui, confondant les genres, a mis au neutre ce qu'il avait mieux readu par le masculin dans le passage correspondant du livre X». Hippolyte confond ainsi continuellement les genres, sans s'apercevoir de la différence qui en résulte pour le sens, et c'est le fond de son erreur. Calliste avait • dit certainement au masculin : « Celui que l'on voyait, c'était » le Fils, le Verbe, » seul « incarné; et le Père était dans le » Fils, t non en vertu de l'incarnation, mais par l'unité de substance, et par la mutuelle habitation des personnes divines l'une dans l'autre, qui en est la suite nécessaire.
38'é* ÉTUDES DIBLIQUËS
plus tard, et qu'elles avaient été vigoureusement repoussées. « Calliste, » disait en 1851 , l'année même de la première publication des Philosophumena, un savant professeur de Berlin, peu suspect d'un zèle outré de religion, mais désireux de rendre cet hommage à la vérité, « Calliste suivit d'un pas ferme la tendance vers » l'homoousion. L'Église de Rome suivit de très bonne » heure la voie qu'on pourrait appeler trinitaire^ en
Au n* 3, Tarticle ô doit se rapporter au Fils et non au Père, comme le démontrent d'une part Tendroit parallèle du livre X, et d'autre part l'assurance formelle que le Père n'a point souffert dans la chair. Je substitue donc warpt à irxnip, et avec d'autant plus de droit que le participe •ysvojaivoç ne peut en aucun sens être appliqué au'Père, lequel n'est ni fait ni engendré. L'idée du texte est que le verbe, sans sortir du sein du Père, sans se distinguer de lui quant à la substance, s'unit à la chair, et qu'ainsi celui qui est vu et touché comme homme, est un seul Dieu avec le Père. L'accent oratoire appuie sur * Iv aÙTô»; » car il s'agit de celui qui a été engendré, et qui subsiste dans le Père même, tv cùTw Tw w«Tpî ; comme ce pronom est trop faible pour porter l'accent, j'y ai substitué Jv xai to aùxo, locution qui se retrouve quelques lignes plus haut, et que je propose ici sans la garantir.
Au n* * j*ai mis wçoWipa au pluriel pour éviter la contradiction choquante qui résulterait du singulier. — Le verbe ^uvaoôai esjt douteux; p-ii ^uva<j6ai (pron. wiirfinasthai) peut n'être qu'une corruption de p.^vT&t (pron. mendi.) En tout cas, la négation doit être ici supprimée, et transportée avant le verbe ouii.ir£7cov62vat. Tertullien avait raison de dire : quid est compati quam cum alio pati, et Calliste n'a pu se prévaloir d'une distinction si frivole.
On comprendra maintenant pourquoi Calliste est accusé en ce môme lieu d'avoir mêlé l'erreur de Théodote avec celle de Sabellius. Refusant d'admettre l'incarnation du Père, il semblait (à son adversaire) écarter l'union de la substance divine avec notre nature; ce qui était l'hérésie de Théodote. Ce reproche au contraire serait un non-sens selon le texte imprimé d'Hippolyte ; puisqu'on y fait dire à Calliste que « le Père a pris sur lui » la chair, l'a divinisée en se l'unissant, et l'a faite un avec lui.»
La longueur de cette note sera, je l'espère, excusée par l'importance du sujet. .
» maintenant la consubstantialité contre l'opinion de » rinégalité des personnes divines, mais en excluant » aussi le sabellianisme *. » Nous enregistrons avec plaisir cette déclaration comme une appréciation purement historique, émanée d'un juge impartial à tous égards, et infiniment éloigné de notre foi ; et nous l'opposons avec confiance à d'autres juges égarés par la légèreté et le demi-savoir.
Au reste ce n'est pas sur ce seul point que l'enseignement de Rome a devancé celui de Nicée, et a tracé la voie que les trois cent dix-huit Pères y ont suivies. Qu'on passe en revue toutes les autres questions résolues en cette grande assemblée, et Ton verra qu'elle n'a fait que ratifier les sentences de Rome. Rome, dès le second siècle, interdit la célébration de la Pâque en même temps que les juifs. Au troisième, elle condamna la rigueur des Novatiens, et la rebaptisation des hérétiques. Que fit le concile au siècle suivant? Il frappa d'anathème et les quartodécimans, et les novatiens ; et il déclara valide tout baptême donné selon la forme légitime, quelle que fût d'ailleurs la foi du ministre . qui le conférait ou du catéchumène qui le recevait. Le mot de saint Ambroise se vérifiait par anticipation de point en point : là où est Pierre, là est l'Église : nbi Petrus, ibi Ecclesia.
Ceci nous conduit à la seconde conséquence, étroite ment unie à la première, et qui découle de plusieurs faits exposés dans cette étude. Au temps de Galliste, le gouvernement épiscopal paraît parfaitement établi, aussi pleinement reconnu qu'il a pu l'être depuis.
*. M. Jacobi, cité par le baron de Bunsen, dans son ouvrage Hippolytus and his âge, t. I, p. 337.