II
Hippolyte lui-même n'a osé résister à Calliste qu'en usurpant le titre d'évêque, et y joignant sans aucun doute, quoique contre tout droit, la consécration épiscopale. Si les successeurs de Calliste ne lui ont donné, depuis sa conversion et son martyre, que le titre de prêtre, c'est qu'on ne pouvait sanctionner en lui le fruit d'une usurpation sacrilège.
Au même temps et dans la même Église de Rome, nous rencontrons un autre exemple analogue au sien, dans ce confesseur de la foi, qui se laissa séduire par des Théodotiens au point de consentir à devenir leur évêque. L'histoire de sa chute et de son repentir se lit dans Eusèbe [H. Ec, 1. V, ch. xxvm). Elle est extraite d'un écrit sprti, comme les Philosophumena,-delamain d'Hippolyte, selon l'opinion qui me paraît au moins la plus probable. Chacune des sectes détachées du tronc sentait son impuissance à vivre et à se perpétuer autrement que par l'épiscopat; et quand, sous le saint pape Corneille, .Novatien renouvela le schisme éteint des rigoristes, il fallut, pour se faire donner la' consécration épiscopale, qu'il appelât de fort loin trois évoques simples et sans lettres, sous le séduisant appât de se rendre médiateurs de la paix'. (Eus., H. Ec, 1. VI, 43.) Mais les moins instruits n'ignoraient pas que la consécration toute seule ne fait point le pasteur, sans l'institution canonique. Et de là vient que saint Optât, en rejetant avec horreur le schisme des Donatistes, disait de leur représentant à Rome : « Gomment serait-il le successeur de saint Pierre, lui qui peut-être n'a pas vu le siège du prince des apôtres ? » Prendre place sur le siège du fondateur, et recevoir sur ses épaules, en présence de l'assemblée du clergé et du peuple, son pallium ou manteau, signe de son autorité pastorale, telles
étaient en effet les cérémonies principales de Tintroninisation.
Ainsi la dignité épiscopale était entière ; elle n'était point contestée ; les schismatiques eux-mêmes lui rendaient hommage en travaillant de tous leurs efforts à s'en assurer la possession. Il y a plus ; la clef de voûte de toute l'organisation sacerdotale, la primauté de l'évêque de Rome, ressort avec une égale clarté des pages qu'on vient de lire, sans que nous ayons fait aucun effort pour l'y montrer. Et Tertullien et Hippolyte, deux ennemis déclarés de Zéphyrin et de Galliste, la confessent, tout en s' élevant contre ceux qui l'exercent. Calliste est le docteur de la foi, et son enseignement, dit avec chagrin celui qui lui résista, devient la foi de tout l'univers catholique. Il est le maître de la discipline, et si elle s'énerve ou se relâche, même en des pays lointains et spumis à d'autres patriarches, on tente, indirectement au moins, de lui en faire un crime. C'est qu'il succède à Victor, le juge en dernier ressort de la controverse relative à la pâque ; c'est qu'il occupe ce siège avec lequel, disait saint Irénée, il faut que toutes les Églises, et tous les fidèles dispersés sur la terre s'accordent, à cause de sa principauté plus puissante. C'est enfin qu'il est l'héritier de la puissance confiée à saint Pierre par le Prince des pasteurs, et que saint Pierre a laissée comme un dépôt aux lieux consacrés par son martyre.
Digikis Dei est hic. La main du Fils de Dieu affermit la pierre sur laquelle il a bâti son Église, afin que cette Église, appuyée sur un fondement inébranlable, entre en part de sa solidité éternelle.
SECTION DEUXIÈME